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#1 Re : Échanges au jour le jour » Théurgie et christianisme. » 27-10-2015 01:38

Notre photocopieur est en panne. big_smile Nous n'avons qu'une imprimante et un scanner poussif. lol
Pour le reste (avant modif) je t'ai fait une réponse sur la causerie shabbat.

#2 Re : Échanges au jour le jour » Théurgie et christianisme. » 08-10-2015 02:52

Salut Thamis,

Je vais essayer de participer à l’échange, même si Ivsan a bien expliqué en allant à la racine des choses. Face à un sujet un peu complexe, j’aime bien commencer par simplifier les éléments en présence (pour mieux sombrer dans la confusion par la suite ! lol )

Pour reprendre les définitions :

La théurgie est la manipulation de la volonté de Dieu, enfin, une tentative bien sûr.

Théurgie = tentative de manipulation de la volonté divine


La thaumaturgie est le pouvoir de faire des miracles, de guérison principalement, pouvoir donné par Dieu.

Thaumaturgie = pouvoir de guérison (théoriquement) accordé par Dieu


Les deux sont très proches, semble-t-il. Il me semble que la thaumaturgie est une sous-catégorie de la théurgie. En effet, on demande un pouvoir de guérison à Dieu afin d’intervenir soi-même dans la réalité.

Pour ce qui est des formes traditionnelles de prière (supplication, action de grâce…), c’est vrai qu’il est très difficile de faire le distinguo entre prière et tentative de manipulation de la volonté divine pour modifier sa réalité.

Ça prend des proportions carrément malsaines dans certains milieux chrétiens où l’on « réclame » l’accomplissement de toute une liste de « promesses scripturaires » souvent tirées de l’Ancien Testament, et qui donc ne sont que les conséquences de la mise en pratique de la Thora. Pas besoin de taper du poing au bureau des réclamations de Dieu pour ça : tu appliques le code du Mont Garizim (bénédictions).

Bref, avec cette méthode de la déclamation de versets, on se met à réclamer tout ce qu’on peut trouver de profitable dans la Bible, parce que si on a cru on veut un retour sur investissement (la graisse du ciel). Genre :
« Dieu ! TU AS DIT ÇA ! Bon, tu t’en souviens j’espère ??? Parce que moi j’ai des preuves là dans ce bouquin (Ta Parole !!!), au cas où tu l’aurais oublié. Tiens, là tout de suite, je vais te rappeler 20 fois d’affilée sans reprendre mon souffle que tu es tenu de me guérir. Ouaip, t’es obligé. Parce que c’est écrit là, dans le grimoire magique. »

J’exagère à peine. Certaines pratiques de prière sont de véritables engueulades de Dieu où on lui « rappelle » expressément ce qu’il est censé avoir dit afin qu’il se mette au boulot pour délivrer le chantier. On le sermonne : « C’est écrit dans le contrat, alors au boulot maintenant !!! » Je ne dis pas que Dieu ne veut pas nous guérir, mais en essayant de l’y forcer par une méthode, là on tombe dans la théurgie.

La prière est quelque chose de difficile à comprendre ; et je veux bien écouter quelqu’un qui aurait tout compris à la prière !

Même l’action de grâce est parfois intéressée ! On va remercier Dieu en introduction pour pouvoir lui soumettre une nouvelle liste de doléances, et si on le remercie « à l’aveugle » pour ce qui arrivera dans le futur, on pense très fort « Mais j’espère qu’il m’arrivera des trucs chouettes, en tout cas pas trop de tuiles ! » Une sorte de protection plutôt qu’un vrai remerciement, en somme. Pourtant il nous arrive d’avoir des envies réelles, sincères et gratuites de remercier Dieu.

Ce qui m’amène à dire que la frontière est floue entre relation intime avec Dieu et théurgie, et ça semble inévitable. D’après moi il est presque impossible de ne pas tomber dans la théurgie. En effet, démuni comme on l’est face à la réalité, on ne peut s’empêcher d’entraîner Dieu, plus ou moins consciemment, à changer notre réalité dans le sens où on le veut.

Pour essayer de le voir d’une manière saine, je dirais que la prière doit tendre vers le dialogue d’amis qui vont se découvrir, échanger sur plein de sujets. Alors un ami invisible qui se trouve dans une autre dimension où tout lui est possible — OK, pas évident le dialogue — mais je pense qu’il y a plus à « gagner » de ce côté-ci, si on reste dans l’optique d’un gain. Le gain est spirituel et on en recueillera pleinement les fruits dans la résurrection, ce qui est loin d’être un lot de consolation, c’est même le principal.

Pour ce qui est des miracles accompagnant la prédication de l’Évangile, je rejoins Ivsan pour dire que le seul vrai miracle du Christ est la Résurrection. Et que les autres ont plus valeur à nous montrer que le Christ vient d’une réalité où il domine la Nature et qu’avec les miracles, il nous manifeste les prémices de cette réalité. Prémices qu’il peut partager avec nous ici-même — donc quand tu parles de « pratique cessationiste stricte », je ne vois pas pourquoi tu ne pourrais pas tenter de te guérir ou guérir une personne dans la prière… Mais si cela fonctionne, c’est entre toi et Dieu, et ce n’est pas une preuve pour confirmer l’Évangile. C’est d’ailleurs souvent une occasion de chute : une vision consumériste du Christ (= récupérer du bien-être et pourquoi pas une puissance), quand il n’y a plus rien, on finit par rejeter Dieu.


Ajout d’Ivsan :

Le problème, mais genre LE PROBLÈME, c à d LA QUESTION des questions, ce qui taraude l’homme, ce qui hante l’humanité, tous et toutes, athées et croyants, tous genres confondus : c’est de changer la réalité. Il s’ensuit que, question logique qui suit : par quelle Méthode ? Or, étrangement, après des centaines de milliers de livres, des siècles de réflexion, des philosophes, des théologiens, des scientifiques, etc. il s’avère que LA méthode pour atteindre ce but (changer la réalité), est la MÊME pour tous : la rationalité, l’impact qu’on peut avoir sur un système logique, que les uns appelleront loi de la science, les autres, loi divine, etc.

Soit donc, tout le monde, à son niveau veut répondre à la question (=comment changer la réalité) par une pratique théurgique. Maintenant, autre question essentielle : Est-ce que le Christ s’est jeté dans cette mêlée séculaire en apportant lui aussi sa méthode ? Le chrétien lambda répond : Oui. C’est ce que dianitsa vient d’aborder avec les recettes miracles qu’on va extraire de l’Écriture.

Je pense que le Christ ne s’est pas jeté dans la mêlée et qu’il n’a pas de méthode. Si on tente de l’écouter dans ce domaine, on en vient à renverser la question, et on l’entend dire : « Je me moque totalement de changer ta réalité, bien que je ne sois pas inconscient de tes souffrances et de tes peines. Ce que je veux, c’est te changer Toi, et ce que tu ne comprends pas, c’est que le reste suivra, sans que tu n’aies aucunement besoin d’une pratique théurgique. Où as-tu vu un homme dont l’ombre ne le suit pas ? Ça n’existe pas. »

Nous voici donc confrontés à un double problème :

  • Premièrement, il nous est impossible de concevoir cette nature si extraordinaire que Dieu veut nous donner, nature telle que ce que je veux, ce que je pense, ce que j’intentionne se produise directement dans le réel, et cela sans que j’aie aucunement besoin de me nourrir de l’arbre du bien et du mal, c à d de connaître les lois logiques qui organisent le réel. Cette nature-là m’est si étrangère qu’en comparaison celle d’un animal m’est particulièrement intime. Cette confiance en soi aussi extraordinaire qui ne connaît absolument aucune loi physique et les fait pourtant ployer aussi facilement que l’ombre suit le mouvement de ton bras, je crois que c’est à peu près cette attitude-là que le Christ appelle la Foi. La foi c’est ainsi, littéralement, être un autre. Une nature-Autre qui seulement peut m’être donnée et que je n’ai aucun moyen de l’acquérir.

  • Deuxièmement, la réalité, ce pitt-bull impitoyable, qui ne se laisse convaincre par aucune supplication, prière, souffrance ; ce psychopathe qui n’acceptera de se modifier qu’à la condition que je me soumette précisément à ses lois impitoyables… Bref, cette réalité me lapide, me tance, m’oppresse, je souffre, je pleure, je me lamente… Et naturellement, je suis tenté de pratiquer la théurgie, de la modifier en jouant son jeu, en rentrant dans la mêlée d’une logique rationnelle. Et si je suis croyant, je suis aussi tenter de faire rentrer Dieu dans cette logique, dessinant de lui une représentation de même type : une fausse représentation. Puis, naïvement, j’appellerais cela la foi, alors que ce n’est qu’une croyance en un système théurgique que j’appelle divin.

Et Dieu dans tout ça ? Dieu sait qu’il nous faut passer par ce premier stade de croyance, dogmatique, rationnel, théurgique, qu’il faut nous fracasser contre ces échecs, pour rechercher l’autre, le véritable mouvement de la foi. Il y a donc de sa part une véritable tolérance devant notre immaturité, tolérance telle que parfois il répond même à ce mouvement de foi rationnelle que nous mettons en mouvement. À nos prières et supplications tout empreintes de cette foi rationnelle, il y répond d’une part, parce qu’il a vraiment compassion et qu’il nous aime, et d’autre part par mesure pédagogique, afin de nous conduire petit à petit, donc, vers quelque chose de plus mûr. Que chaque homme donc, individuellement, s’examine pour voir s’il joue avec le feu ou s’il est sur un chemin, un processus de maturité. Si, petit à petit, il est en train de réaliser qu’il vaut mieux prier pour devenir soi-même un autre, plutôt que pour faire devenir à la réalité.

Cette prise de conscience qui consiste à renverser la question, à en fait ignorer l’immédiateté pour viser directement la nature de l’homme, sachant qu’ensuite ma réalité suivra, cette prise de conscience exige une grande maturité, et surtout d’accepter la menace et l’oppression continuelles de la réalité. En s’efforçant de ne pas tomber dans son jeu et de rester sur l’être plutôt que sur l’avoir. C’est difficile, c’est ardu, c’est impossible, c’est spirituel. Seul l’esprit le donne, d’autant plus quand on sait que, ici-bas, on n’arrivera jamais au but.

Dire à un malade ou à un pauvre que sa maladie ou sa pauvreté est secondaire et ce qui compte le plus c’est le miracle de son être, de sa volonté, de sa liberté, sa victoire sur la raison, et qu’en plus lui signifier que cette victoire ne sera réellement accomplie qu’à la résurrection : il est vrai que c’est très difficile à dire, qu’il faut une grande pédagogie, patience, etc. À se demander si Dieu n’est pas le seul capable de communiquer un tel message.

Mais voici, je demande : est-ce mieux de dire à ce malade ou à ce pauvre, « Si tu fais ceci ou cela, si tu te repens, si tu vas au culte, si tu appelles le prêtre pour l’onction, etc. Dieu te guérira parce qu’il t’aime… » ? Lui dire cela, apparemment, c’est beau, c’est faire preuve de compassion, donner de l’espoir. Moi je dis, c’est le paroxysme de la cruauté, parce qu’on sait fort bien que le but de Dieu est autre et qu’il y a une très faible probabilité pour que Dieu cède et que justement il le laisse croire qu’Il est un être rationnel et qu’on peut le manipuler à l’aide d’une théurgie et de formules magico-religieuses.

#3 Re : Échanges au jour le jour » Sur les « taguim » » 12-01-2015 12:47

Des ornementations calligraphiques donc, les taguim? Rien de bien extraordinaire jusque là : caractères de typographie, enluminures, art de la calligraphie, etc. Tout ce qui tourne autour de la production matérielle de la parole, donc de l'écrit, est un plaisir pour les yeux (et du toucher quand on s'intéresse aux supports), un plaisir d'esthète, d'historien à la limite.

Mais ce qui éveille l'intérêt dans la parure de ces lettres c'est à la fois leur simplicité visuelle face à leur symbolique, et leur contexte d'origine. Ces filaments ressemblent à des herbes folles qu'on aurait tolérées sur une pelouse trop bien tondue, ou qu'on aurait laissé pousser tranquillement entre les pierres d'une maison. Ils montrent qu'avant que la parole soit organisée en mots, phrases, lignes, paragraphes et texte finalisé — elle était en friche dans notre esprit. C'est mon interprétation. smile
Et qu'elle aurait pu, cette parole finalisée et organisée, produire autre chose en cours de route, aboutir à une autre architecture. Ou encore que la parole non-écrite, cette matière à l'origine du résultat final, est encore disponible pour revêtir d'autres formes, d'autres interprétations. Je rejoins ici l'explication cabalistique du papier blanc qui symbolise l'infini des sens face à la lettre noire qui dit une chose délimitée (par les lignes de son dessin) et donc impose un faisceau de sens.

Un site dit que ces signes ont une signification de niveau « plus élevé » encore que les voyelles qui ne sont pas écrites ! ( http://www.modia.org/tora/devarim/vaethanane.php )  Ils sont en tout cas comparés à une couronne, moi je trouve que ça ressemble à des pistils !   

Cela me fait penser au darosh-darash, le blanc entre les mots dans les écrits bibliques, blanc ou espace d'interprétation — qui est un espace de rencontre du lecteur avec Dieu. J'aime beaucoup cette idée. On a essayé d'évoquer le concept du Darosh-Darash dans cette causerie : http://audio.akklesia.eu/index.php/post … -Bible-2/3

L'article suivant que je n'ai pas encore lu intégralement semble développer cette idée de l'espace d'interprétation inclus dans l'image du texte (ou des lettres), l'idée de « dimension interstitielle qui permet la flexibilité du texte » — http://paceminterris.fr/index.php?optio … e-biblique
( lien trouvé sur ce blog qui parle aussi des taguim — http://22lettres.blogspot.fr/2011/02/taguim.html ). Il y a peut-être des choses tirées par les cheveux, à « benner » comme tu dis ivsan, autrement dit « tutto n'est pas bene » (ho ho ho).

Décidément, on peut dire que les Juifs pensent à tout et que lorsqu'ils ont le sens du détail ils savent mettre du sens dans ces détails ! Je dis ça parce que les règles d'écritures et de mise en page du texte hébreu, surtout le texte sacré évidemment, sont draconiennes ! Et ils prévoient même une sortie de ces règles ! Les taguim ne sont apparemment pas si diversifiés que cela : ce sera soit un, deux ou trois filaments surmontés d'un point carré, toujours les mêmes et d'aspect toujours semblable, donc rien à voir avec des volutes élaborées (le mot doit rester lisible, j'imagine). Des fioritures pas si tarabiscotées que ça en somme.

Donc, au milieu de ces règles draconiennes, voilà un petit signe qui signifie « Attention, dépasse cette construction nette et carrée ; ce mot que tu es en train de lire, n'oublie pas de le lire autrement ! » Voilà ce que je trouve paradoxal dans ces taguim, c'est l'opposition entre ce qu'ils signifient, ce qu'ils disent : « Rappelle-toi qu'il y a autre chose que ces mots que tes yeux voient, que ces mots ne disent pas tout », ils sont un rappel de la liberté du lecteur vis-à-vis des mots écrits, de la parole matérialisée. Ils sont une invitation à ne pas se laisser ligoter par des signes, ce, au sein même d'une organisation extrêmement rigoureuse de ces signes ! Une opposition entre l'expression d'une distance avec la lettre, avec ce qui est représenté sur la page et l'attention extrême accordée à la mise en page.

Brèves explications de la BNF autour de l'hébreu :
http://expositions.bnf.fr/parole/explo/21/index.htm — « Les lettres sont séparées les unes des autres et ne se touchent jamais. Chaque lettre est un univers. »

Et un nouvel oxymore : « fioriture métaphysique ». cool

#4 Re : Nouveau Testament » Ajouts de versets après 300. » 12-12-2014 13:04

Oh non, rien à voir avec une quelconque prophétie mais juste un clin d'oeil pour l'aplanissement du chemin ! smile

Pour le rouleau compresseur de la fatalité, que dire… ? Je ne sais pas comment on s'attaque à un "rouleau compressor" donc je ne peux donner que de pauvres idées "pratiques" comme par exemple prendre les idées l'une après l'autre et ne pas chercher à tout attaquer de front ou à atteindre la cause première du premier coup.

Pour la question que tu nous as envoyée, je te réponds ici que c'est justement le travail auquel nous sommes attelés en ce moment. wink

La machine d'Ivsan a presque définitivement planté, et c'était la deuxième fois en très peu de temps… d'où son silence. La technique nous en fait vraiment baver en ce moment. mad

#5 Re : Nouveau Testament » Ajouts de versets après 300. » 05-12-2014 05:21

En vérité le sujet que tu soulèves est vastissime.

Tu dis "si les prémisses sont fausses, le résultat le sera probablement", oui mais... Ce qui serait justement intéressant, et puisque le sujet te tient à cœur, ce serait que tu nous exposes la façon dont tu entends ces doctrines.

Car, tu t'en doutes bien, il n'y a pas une seule définition claire nette et sans bavure de la Trinité, la Grande Commission et des "Signes" (charismes). Une grande partie du problème réside même dans la façon dont chacun comprend ces doctrines !

C'est dire combien il est donc incontournable que tu nous les expliques avec tes mots — et j'ai l'impression que ça te sera utile pour décanter la question. Cela nous serait également très utile pour donner une direction à la discussion, pour la canaliser car sans ça il faudrait des volumes encyclopédiques pour y participer.


En bref, il faut nous aplanir le chemin au maximum cher Jean Le Bapt' !

#6 Re : Nouveau Testament » Ajouts de versets après 300. » 28-11-2014 15:38

Ah non mais je parlais de ton premier message et de l'épisode "hématidrose" (quel mot !) Il existe une doctrine qui s'appuie sur ce passage contesté ??

#7 Re : Nouveau Testament » Ajouts de versets après 300. » 28-11-2014 10:32

Je suis curieuse de savoir quelles sont les doctrines qui s'appuient sur ces ajouts…

#8 Re : Dogmes & Doctrines » Seconde mort. » 18-11-2014 01:37

Dis-donc cette prophétie ADD, en plus d'être gratinée, je la trouve bien précise ! C'est même suspect cette précision dans la malédiction proférée par des "chrétiens" évangéliques. Non mais franchement, une prophétie ça ? Moi ça me fait penser à une obsession sortie de la personne même qui a proféré cette connerie. On dirait que cette personne abritait cette peur étonnamment élaborée (pour quelles raisons, lui/elle seul(e) le sait — peut-être un reportage Zone Interdite sur l'islam mal digéré) et qu'elle a fait un transfert (psychologique hein, donc totalement VIRTUEL) sur toi.

On sait bien que les fameuses prophéties charismatiques sont la plupart du temps des phénomènes psychiques, une sorte de mélange de sa propre perception de la personne en face (à la manière des voyantes qui perçoivent le profil psychologique de leur client et s'y adaptent), de ses préoccupations intérieures et des modèles bibliques de prophéties incendiaires. La responsabilité d'une telle parole inspirée par ces éléments charnels est terrible. 

Pour le reste c'est très délicat. "Y'a pire que la mort" c'est une expression typiquement sadique. Quelqu'un qui profère cela veut dire, à mon sens, que la souffrance vécue par son ennemi est pour lui une vengeance encore plus délectable que la disparition pure et simple de cet ennemi. Je n'y vois pas spécialement de parole de type prophétique, et je ne dis pas ça pour essayer de dédramatiser une situation de souffrance. Pour moi cette phrase est assez courante (on peut la dire en plaisantant, au second degré) et elle signifie "la mort arrête tout mais vivre en souffrant est bien pire" sous-entendu : "Je me régale à l'avance de ce que je vais te faire vivre un enfer". C'est une sorte de menace théâtrale. Évidemment un "sorcier" ou toute personne s'imaginant maîtriser des puissances occultes peut s'amuser à lancer ce type de sous-entendus lugubres.

Je pense que le fait d'y prêter foi peut faire basculer le récipiendaire de la "parole" dans un déroulement qui va prêter à croire que ces prophéties sont en train de se réaliser. C'est-à-dire que la personne qui reçoit la prophétie et l'accepte comme étant une parole inspirée se piège elle-même et se lie aux paroles délirantes proférées et qu'elle va commencer à voir des signes partout de cette réalisation. Quand on veut voir des signes on commence réellement à en voir partout !

#9 Re : Échanges au jour le jour » AGORA, film d'Alejandro Amenábar » 27-10-2014 15:58

Merci Thamis.

Évidemment on peut faire des parallèles avec notre époque. Un film sur le passé ne peut quasiment pas éviter de "dire" quelque chose sur son époque ! Et participe par la même occasion au bourrage de crâne comme tu dis.

Pour ce qui est des fanatiques chrétiens dans le film y'a pas à tergiverser, ils ressemblent aux islamistes qu'on voit dans les JT et reportages, et aux fondamentalistes qu'on croise de plus en plus dans les rues des villes. J'ai lu une critique qui supposait que le réalisateur espagnol avait un compte à régler avec la Reconquista et les relations hispano-sarrasines… Il faudrait lui demander. 

Alexandrie comme Paris ou une autre grande ville de l'occident humaniste qui voit fleurir des polices de la Charia au sein d'une population islamiste "motivée" comme aux premiers jours de leur religion, sûrement. Sauf qu'aujourd'hui les fanatiques auraient plus d'un "spot" à attaquer ! Vu que l'Église, les arts et les autorités humanistes se sont séparés. Pour détruire les idoles offensant l'islam ils devraient se déployer au minimum entre cathédrales, musées et grandes bibliothèques. Ils faudrait qu'ils attaquent le Louvre, Notre-Dame, l'Assemblée Nationale, etc. À Londres, le British Museum, les champs de courses de lévriers, etc. :-) 

Mais bon là on se lance dans la fiction catastrophe. Certains disent que ça va plus ou moins arriver (Zemmour annonce des conflits apparentés à une guerre civile).

La prêtres païens comme l'Église officielle, catholique donc, arrogante et totalement larguée, là encore ça semble logique quand tu le dis… Moi je n'y avais pas vraiment pensé car on assiste dans le film à la naissance de l'Église orthodoxe/catholique : mon cerveau n'a pas eu l'agilité suffisante pour faire la gymnastique entre les marionnettes présentes à l'écran et voir que l'une d'elles allait se cacher derrière une autre !

En tout cas dans Agora on a un spectacle qui reformule la surface de notre actualité, qui redit ce que les médias nous disent déjà alors effectivement on est peut-être en train de subir un bourrage de crâne en stéréo…

#10 Échanges au jour le jour » AGORA, film d'Alejandro Amenábar » 23-10-2014 04:09

dianitsa
Réponses : 7

Grâce à John on a pu découvrir un péplum assez intéressant. :-) Attention big spoiler, je dévoile plein de détails de l'intrigue.

    Agora, un film viscéralement anti-chrétien (et/ou anti-islam?) dans lequel flotte une odeur entêtante de franc-maçonnerie.

    Fonction divertissante : OK. Des relations entre personnages pas follement problématiques mais qui le sont juste assez pour nous donner envie de voir, par exemple, comment va finir l'initiative amoureuse du bellâtre envers son très inaccessible professeur (on s'attend à une réponse corsée de la vierge intello, tout ce que je peux dire c'est que les féministes ont dû jubiler de sa petite trouvaille). On a aussi envie de voir jusqu'à quel degré le trait sera forcé pour dépeindre les chrétiens en barbares idiots et crasseux.

    De ce côté-là c'est très réussi, les chrétiens sont vraiment les méchants du film, un peu comme les Russes dans les films américains. Du coup on les voit faire les pires saloperies et on a les narines qui frémissent de colère quand on écoute le patriarche Cyrille (tête de djihadiste Label Rouge AOC garanti, une vraie bobine de Sarrasin perfide) lire l'épître à Timothée (bouuuuh le macho !!!!) ou qu'on voit les hordes de "chrétiens" prêts au saccage envahir le Temple/Académie où les précieux rouleaux d'Alexandrie sont conservés (oh my god les obscurantistes !), ou encore les chrétiens les plus zélés caillasser les Juifs en pleine réunion (salauds d'antisémites, déjà à l'époque !), et plein d'autres horreurs de fanatiques. C'est vraiment pas beau de se convertir. Ça transforme un esclave intellectuellement très prometteur et au caractère noble en bête sauvage.

    La critique du christianisme commence avec un prédicateur de rue qu'on croirait sorti du Bronx ou du Neuf-Trois, un junkie hyper énervé et très wesh wesh mon pote : c'est un chrétien ! C'est même l'un des tout premiers "vrais" chrétiens qu'on croise dans le film. Il subjugue la foule, il est engagé dans une battle d'éloquence, plutôt de harangue avec un autre gars, plus âgé et à l'air, comment dire, plus respectable - le genre philosophe-tribun habitué des agoras, tout en sarcasmes. Eh ben le chrétien, ce trompe-la-mort, va foutre la merde et on va tout de suite comprendre que le film est à charge. Le wesh-wesh chrétien n'a cure des usages antiques et civilisés de l'Agora, la dispute de mots et d'idées c'est pas son truc, non, lui il fait dans le spectacle. Il traverse le bassin de braises enflammées autour duquel se déroulait le face-à-face, tel un prophète charismatique ashabadabada-karakaka ! Mais là n'est pas le pire. Le pire c'est qu'il va forcer le vieux discoureur à faire comme lui, à traverser les flammes. Mais comme l'autre n'avait pas pris la même substance psychotrope que le prédicateur fou (je suppose), ou qu'il n'était tout simplement pas animé de la même transe religieuse, il meurt. Et voilà comment on prouve la supériorité de sa croyance dans la place publique (l'agora), faut mettre le paquet mec ! À ce stade précoce du film si on n'a pas compris que les chrétiens étaient des tarés prêts à tout…  On a encore une chance de se rattraper, tout le long du film en fait.

    Face aux chrétiens : des païens, des Juifs, des philosophes et une femme.

    Hypatie, la fille unique du gardien de la bibliothèque d'Alexandrie, a été éduquée par son père dans toutes les connaissances scientifiques et philosophiques disponibles de l'époque. Pas de sexisme chez lui ! Bien lui en a pris car sa fille, très intelligente, a su faire un excellent usage de cette éducation privilégiée. Dans le film on la voit enseigner des jeunes hommes ; elle a sa propre classe d'étudiants dans l'enceinte de la bibliothèque, qu'elle appelle "son groupe" et qu'elle protège comme une instit' dévouée (quelle Républicaine avant l'heure !). Son dada à Hypatie c'est l'astronomie. Les astres et la géométrie. Elle fait une fixette sur la figure du cercle, "la forme la plus parfaite qui existe, la forme des dieux". C'est son dieu à elle le cercle, si on veut.
Grandes discussions dans l'amphithéâtre avec les étudiants pour savoir comment fonctionne la course de la Terre et des planètes que l'on observe dans le ciel. Hypatie donne une chance à chacun de s'exprimer, même à son esclave préféré, Davus, qui admire sa maîtresse et écoute attentivement les cours. Il a même fabriqué une figure mobile en osier de la course des planètes ! Sa très libérale patronne le pousse à faire un exposé de ses déductions perso.
Une femme prof, un esclave chargé de cours, des étudiants païens, athées ou chrétiens qui échangent librement… On l'a compris, dans la bibliothèque d'Alexandrie, on trouve une immense statue païenne et des usages un peu bizarres parfois (des esclaves qu'il faut châtier, un prêtre païen un peu zinzin et belliqueux) mais en vérité c'est là que demeurent les plus tolérants, les plus avancés des êtres humains de l'époque.         

    Le Savoir et sa quête réunit tout ce petit monde disparate qui devrait, dans la logique de l'époque, subir la ségrégation. La réflexion et la connaissance font tomber les barrières sociales, de sexe, religieuses, et jugulent les préjugés qui y sont associés. Plus tard dans l'intrigue, quand les choses tournent au vinaigre à cause du pouvoir grandissant des chrétiens et des intentions franchement mauvaises du Tariq Ramadan hollywoodien (le patriarche Cyrille), deux anciens élèves d'Hypatie vont se retrouver autour d'elle. Leurs destins ont divergé mais tous deux occupent des positions de pouvoir et respectent toujours leur "maître à penser", la philosophe-astronome toujours pas rentrée dans le rang (= ni mariée ni convertie). L'un des copains d'avant est un évêque chrétien qui prend le christianisme très au sérieux, l'autre est chrétien de nom, par pragmatisme politique, c'est le préfet de la ville (et accessoirement le bellâtre jadis éconduit). Ces trois-là devraient être vaguement ennemis mais au lieu de cela ils se rencontrent en coulisses pour tenter d'éviter la catastrophe politico-sociale, un mini-sommet politique occulte en somme. Car ils sont liés par la fraternité de l'Académie. Liés mais pas tout à fait unis… À cause de qui, on se demande ! À cause du chrétien qui prend sa foi trop au sérieux bien sûr !   
     
    Plein de symboles donc, à commencer par les figures géométriques (je ne parlerai pas des cornutos et autres 666 effectués avec la main à des moments-clefs, les sites complotistes l'ont peut-être déjà fait mieux que je ne pourrai le faire). Le symbole surprise du film, la star des figures géométriques, ce n'est pas le cercle mais l'ellipse. L'héroïne découvre son importance vers la fin du film, [ATTENTION JE DÉVOILE LA FIN] c'est même la dernière chose qu'elle voit avant de mourir, une ouverture dans le plafond de la bibliothèque normalement en forme de cercle mais qui, vue de son angle, devient une ellipse à travers laquelle elle (et on) voit le ciel. L'ellipse, c'est l'ovale, le cercle bâtard et en même temps une figure née de la jonction de deux cercles. Dans les symboles ésotériques et l'iconographie chrétienne (souvent très liés, de manière détournée ou non), il s'agit de la mandorle (de l'italien mandorla, amande), l'amande sacrée. Cette figure reprend la signification de l'amandier chez les Juifs mais porte également pas mal d'autres signifiés qui touchent au gnosticisme (passage d'un monde à un autre, etc.)
Franchement, c'est aussi clairement une stylisation digne de l'obélisque phallique, son pendant féminin si vous voyez. Ecco siamo, nous voici sur le terrain du Da Vinci Code et du Sacré Féminin soit dit en passant. Étant donné que le personnage principal d'Agora est une femme, qui meurt précisément en sa qualité de femme… Je me permets de faire ce genre de lien ! Quand on met l'accent sur la fraternité philosophique (néoplatonicienne) et le progressisme social comme rempart contre l'obscurantisme religieux, personnellement et sans verser dans le "complotisme", j'y vois un hommage au système et à la philosophie des loges maçonniques. Ce système de confréries qui oeuvrent pour le progrès humain, dans le secret et la réactualisation de connaissances et symboles anciens souvent ésotériques, et qui sont quasi-vénérés. Des sectes politico-spirituelles.         
La forme (et les formes géométriques donc) rejoint tout de même le fond, sinon ce serait un peu léger pour parler de film pro-confrérie. Ce qui compte dans le film, donc, c'est la camaraderie intellectuelle et vaguement ésotérique qui transcende les barrières entres les êtres humains, une camaraderie qui se vit dans un cénacle qu'il ne faut pas quitter pour sa sécurité. Pendant les troubles et le renversement de pouvoir, Hypatie enjoint ses étudiants à "rester dans le groupe" ; en le quittant, Davus, son esclave si sensible et intelligent, se fait happer par le fanatisme. Également important dans le film, les ravages causés non pas tout à fait par la religion (les païens sont belliqueux mais ils ont une bonne raison : ils se défendent à bon droit contre les envahisseurs chrétiens qui sont des agitateurs sociaux ; les Juifs n'emmerdent personne et savent vivre dans la cité) mais bien plutôt les ravages de qui refuse de remettre en question ses convictions. Hypatie, elle, a réussi à remettre en question son dieu le cercle parfait pour l'ellipse qu'elle considérait comme une forme impure. Du même coup, elle a résolu le questionnement de sa vie, à savoir, elle a trouvé le mouvement de la Terre autour du Soleil, ma ché brava !

    Le parallèle entre les chrétiens du Ve siècle et la vision occidentale contemporaine des musulmans est assez grossier : une image en particulier où l'on voit les combattants chrétiens enturbannés vêtus d'un accoutrement qui, grâce à des effets de tissus, ressemble à une tenue de combat avec cartouchières croisées sur la poitrine : de vrais soldats d'Allah ! Le "Je suis chrétieeeen !!!!" hurlé juste avant de massacrer un type ou encore les "Alleluia !" scandés par la masse en folie exactement comme des "Allah Akbar" guerriers juste avant d'enfoncer les portes de la bibliothèque (au passage gros plan sur un vieux chrétien barbu et bien basané qui hurle "Alléluia!") De plus les résidents de la bibliothèque, lieu à part dans la ville, s'étonnent que les chrétiens soient "de plus en plus nombreux" et lors de l'attaque c'est le cri du coeur : "mais d'où sortent tous ces chrétiens ?!" Ces chrétiens sont dans le film une foule anonyme, facilement manipulable et fanatisée. Certes, ont voit l'Église s'occuper des pauvres mais de manière machinale, comme pour asseoir son pouvoir sur la population, pour enraciner sa présence au sein de la plèbe carnassière et aveugle qui suivra ses bienfaiteurs sans se poser de questions. Parce que les questions c'est pour les intellos païens. 

    Dans ce sens, je l'avoue, malgré toutes ses lourdeurs hollywoodiennes le film n'a pas tout à fait tort, il faut parfois remettre en question ses convictions pour aller plus loin. Par ailleurs, le moins qu'on puisse dire c'est que la vision des chrétiens dans ce film est inédite, et ce n'est pas forcément négatif… Le réalisateur montre en effet une certaine attitude falsificatrice de l'Église. Si on ne peut être sûr de la manière dont les choses se sont réellement passées (je ne suis pas compétente en la matière), il existe des pistes à explorer et le film a le mérite de pousser le chrétien à se demander comment tels dogmes, telles interprétations se sont imposés dans le christianisme. Plus généralement, le questionnement qui pourrait être bénéfique au spectateur chrétien est : que s'est-il passé entre le passage du Christ sur terre et la pratique spirituelle/religieuse "chrétienne" que j'ai adoptée depuis ma conversion ?

#11 Nouveau Testament » Matthieu veut-il intégrer les nations au peuple juif ? » 08-05-2014 18:25

dianitsa
Réponses : 5

  Les juifs de Palestine du premier siècle avaient une vue élitiste de leur peuple. N'était fondamentalement juif que celui qui était né juif. Il est vrai que dans l'Ancien Testament Dieu ne reconnaît comme son peuple que ceux nés de son peuple, donc, cette exclusivité juive pour un Juif paraît jusque là, somme toute, chose normale.

  Cependant, Jésus, au cours de son ministère, bien qu'il s'adresse majoritairement aux Juifs, car, comme il le dit lui-même : il n'a été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël, s'occupe aussi de non-juifs, comme par exemple, de la femme cananéenne en Matthieu 15 qui demande les « miettes de pain tombées de la table des maîtres ».

  Mais Jésus n'est pas le seul à s'occuper de non-juifs. Car Matthieu, dans son évangile, semble aussi avoir une vue des desseins de Dieu étendue à toutes les nations. Comme cela nous est montré, par exemple, dans le verset suivant :

  « Mais Jésus, l’ayant su, s’éloigna de ce lieu. Une grande foule le suivit. Il guérit tous les malades, et il leur recommanda sévèrement de ne pas le faire connaître, afin que s’accomplît ce qui avait été annoncé par Ésaïe, le prophète : Voici mon serviteur que j’ai choisi, mon bien-aimé en qui mon âme a pris plaisir. Je mettrai mon esprit sur lui, et il annoncera la justice aux nations. Il ne contestera point, il ne criera point, et personne n’entendra sa voix dans les rues. Il ne brisera point le roseau cassé, et il n’éteindra point le lumignon qui fume, jusqu’à ce qu’il ait fait triompher la justice. Et les nations espéreront en son nom. » (Mattieu 12.15-21).

  Donc, d'une part nous avons un peuple juif élitiste, n'acceptant aucunement que des non-juifs s'intègrent à leur peuple, et d'autre part, « un » Jésus et « un » Matthieu s'occupant de ceux des nations pour semble t-il les intégrer au peuple juif.

  Comment expliquez-vous cette différence ?

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