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#251 Re : Nouveau Testament » La différence entre les épîtres de Paul, et celle de Jacques » 04-08-2012 13:55

gerardh a écrit :

Je suis déçu. J'aurais pensé que l'un ou l'autre des fins esprits qui postent sur ce forum m'auraient demandé des éclaircissements sur ma vision de l'épître de Jacques.  — L'Eglise est plus élevée que le royaume de Dieu… et le royaume des cieux n'est pas synonyme de la résurrection — Quant à toi, ivsan, je constate que tu cherches tous les moyens possibles pour dénigrer et relativiser la Bible : c'est du mauvais travail.

Si tu n'exposes tes idées que dès lors où tu en reçois la demande, alors on n’est pas sorti de l'auberge. Tu es libre de parler, mais si « monsieur » veut une demande écrite et officielle, alors là… Parle si tu le veux, tu es libre, tu ne seras pas modéré ici. À toi de te modérer toi-même, notamment dans la quantité — il ne s’agit pas de poster plusieurs pages.

L'Eglise est plus élevée que le royaume de Dieu, affirmes-tu. Et bien voilà, la chose est dite clairement. Tu en a mis du temps ! Tu suis l'église et adores la bible, pour moi je m'efforce de suivre le christ et de désacraliser la bible. Je fait donc honneur au texte tandis que tu le déshonores en pratiquant la bibliolâtrie. Quant à la résurrection, si elle ne correspond pas à une autre réalité, elle n'est pas une résurrection. Or qu'est-ce que cette autre réalité sinon le : « Je vais vous préparer une place » ? Bref, séparer la résurrection d'un changement de réalité, la séparer d'un autre monde et d'un monde tout-autre, cela ne peut que te conduire dans le mysticisme.

Je te félicite pour ton parcours professionnel, très sincèrement, mais ne crois pas qu'ici il impressionne qui que ce soit et ne donne quelque légitimité que ce soit. Les sans-diplômes auraient même un préjugé assez favorable, je dis cela au regard des auteurs bibliques.

#252 Re : Nouveau Testament » Comment prier ? » 04-08-2012 13:13

gerardh a écrit :

Désolé. La philosophie ne m'intéresse plus. J'ai mieux à faire.

J'ai toujours trouvé rigolo ce genre de remarque : « Je n'ai pas goûté à ce plat, mais je ne l'aime pas. » C'est très enfantin. Soit dit, Chestov, juif russe, n'a fait que discourir sur le religieux finalement. Son intérêt pour le Christ se découvre tout au long de son œuvre, à tel point que Jean Brun commente ainsi : « Une véritable conspiration du silence a été organisée autour de son œuvre par les historiens et les universitaires parce que Chestov était chrétien, rejetait le marxisme, écrivait dans une langue claire et surtout parce qu'il osa demander des comptes à la Raison, cette déesse intouchable qui, depuis Descartes, règne en France et en Europe sur le monde des idées. » — Je ne t'apprendrais pas qui est Jean Brun quand même ! En ce qui me concerne, ayant tout lu ce qu'il est possible de lire de Chestov, son intimité avec le Christ n'est plus pour moi une question.

En outre, dit un midrash : Celui qui ne s'intéresse qu'à la Tora, à l'exclusion des autres domaines du savoir, même la Tora, il ne la possède pas. — Si je reprends ce midrash, c'est parce qu'il est tout à fait transposable à l'étude biblique au sein même du christianisme. Aussi, je me demande comment aujourd'hui un homme peut se prétendre compétent à commenter la Bible dès l'instant où il pense comme toi « qu'il y a mieux à faire que de s'intéresser à la philosophie ». De même que l'Histoire, les langues, la sociologie… et que sais-je encore, l'étude biblique ne vaut rien si on s'exclut soi-même d'étudier les autres domaines du savoir. En effet, un tel homme, même la bible, il ne la possède pas.

#253 Re : Nouveau Testament » La différence entre les épîtres de Paul, et celle de Jacques » 04-08-2012 12:49

Le nuage blanc a écrit :

Jacques n’a-t-il pas intentionnellement écrit son épître pour contrer Paul et ses acolytes ?

Très intéressant ! Voilà qui t'ouvre une perspective de labeur pour faire tenir debout ce propos, s'il s'avère exact, bien sûr. En tous les cas, je le note, car je vois que tu vas plus loin que moi, n'hésitant pas à supposer une véritable intention, un véritable conflit ouvert et conscient au sein même de ce début du christianisme. Je n'ai pas jusqu'à présent pensé que la chose était aussi claire et consciente que cela, je décryptais plutôt des mouvances spirituelles, plus ou moins calculées, et qu'on retrouve finalement tout au long de l'histoire ecclésiastique. Mais ta réflexion me met en question, bien qu'elle soit parallèle. Elle est osée mais je la trouve très intéressante, car il est vrai que l'histoire a par la suite montré que l'opposition faite à la « foi seule » pouvait fort bien être orchestrée dans une démarche parfaitement consciente et calculée. Il faut creuser. cool

#254 Re : Nouveau Testament » La différence entre les épîtres de Paul, et celle de Jacques » 04-08-2012 12:28

gerardh a écrit :

Jacques parle de la justification vis à vis des hommes, tandis que Paul traite de la justification aux yeux de Dieu. — La Bible est la Parole de Dieu, ou autrement dit la révélation de Dieu aux hommes par le moyen de textes inspirés. — Au début de son ministère Jésus veut instaurer son royaume terrestre, d'où la forme spécifique de discours comme le sermon sur la montagne. Mais son peuple le rejette. Alors progressivement, et cela se voit bien dans l'évangile de Matthieu, il passe, dans sa grâce, à un concept bien plus élevé spirituellement à savoir l'Eglise (ou assemblée chrétienne), om juifs et grecs sont rassemblés en un seul peuple à vocation céleste.

La justification vis-à-vis des hommes, Gérard, franchement, on s'en fout totalement : « Maudit soit l’homme qui se confie dans l’homme… » (jer 17.5) — Tu prétends pour la énième fois que « la bible est la Parole de Dieu, la révélation de Dieu aux hommes », dis-tu. À la manière d'un musulman, tu t'entêtes ainsi à répéter un mythe sur lequel tu n'a jamais réfléchi, jamais questionné, jamais osé interroger Dieu précisément. Pourquoi ce manque de réflexion ? Parce que tu as peur, je suppose, en tout cas je l'espère, sinon il faudrait croire que tu es un peu benêt et limité intellectuellement. Tu ne reprends jamais aucun des arguments qui t'ont été donnés, mais tu répètes comme un perroquet, comme un mathématicien répète un théorème ou un intégriste son infaillible dogme. Nombre de chrétiens prestigieux ont abordé la bible en refusant les œillères d'un texte qui serait tombé du ciel, ce n'est pas une invention de ma part ; je te conseille par exemple de te référer à Jacques Ellul. Voyons Gérard, la bible est un témoignage et comme tout témoignage il peut être rejeté ou reçu ; dès lors où il est reçu, la révélation vient, mais non de l'extérieur, non du texte : elle vient de l'intérieur, de l'intérieur de l'homme qui soudain entend ce qu'il n'entendait pas dans l'encre du texte. « La foi vient avec ce que l'on entend », mais quand on l'entend précisément.

Si tu lis la bible à ton chat, il ne l'entendra pas, de même qu'un athée convaincu ne l'entendra pas, parce que la bible n'apporte pas de révélation, elle ne fait qu'en témoigner, elle ne fait que la proposer ! La révélation vient de l'intérieur, d'une rencontre spirituelle : « La parole est près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur » dit Paul. Car la Parole de Dieu n'est pas fait d'encre et de papier, elle est l'invisible Esprit qui soudain me révèle le Christ sans qu'il ne soit besoin de me le prouver. Et si le texte biblique est certes l'un des meilleurs témoins, puisque nombre de ses auteurs témoignent eux-mêmes de leur rencontre avec Dieu (elle est originée en Dieu, disait Ellul), la bible peut aussi devenir le pire des témoins : « Du sublime au ridicule, il n'y a qu'un pas », disait Napoléon. De la Bataille d'Iéna à Saint-Hélène, il n'y a qu'un pas, et le Saint-Hélène du christianisme c'est de croire qu'il peut se passer d'inspiration, que la récitation (« récitation » qui en arabe se dit coran) de la bible lui suffira à convertir le monde. Tu auras beau faire avaler 10 bibles à un homme ou l'endoctriner dès sa jeunesse, tu n'obtiendras de lui qu'une conversion intellectuelle, intégriste, ou sinon le dégoût le plus profond pour Dieu. C'est-à-dire que tu seras condamné avant lui, et plus que lui. Si tu n'es pas inspiré toi, la bible ne te servira pas plus qu'une balayette pour tes cabinets — La Parole de Dieu, c'est toi qui peut le devenir. Quand donc comprendras-tu cela ô homme ?

« Au début de son ministère Jésus veut instaurer son royaume terrestre, […] mais son peuple le rejette, alors il passe à un concept bien plus élevé : l'Église […] un peuple à vocation céleste. » — Mais enfin Gérard, tu ne relis pas tes réponses ? Dis-moi donc ce qui est le plus élevé : est-ce Israël, l'Église ou le Monde-à-venir ? Car ne voulant pas appelé les choses par le nom que le Christ leur donna, au lieu de dire : « …dont la vocation est le royaume des cieux, c'est-à-dire la résurrection » ; tu dis : « à vocation céleste » pour dissimuler ta gêne. Il s'ensuit que le Christ n'a jamais voulu instaurer de royaume terrestre, mais il est venu annoncer la résurrection, ce qu'il nomme le royaume des cieux. Un royaume terrestre divin, c'est l'échec de l'homme, et cet échec se nomme tout autant la théocratie d'Israël que le désir d'universalisme qu'est l'Église : l'un et l'autre doivent mourir, car « quand ce qui est parfait viendra, ce qui est imparfait sera aboli », or le christianisme est imparfait, j'en suis la preuve vivante tout comme toi. Karl Barth avait raison : « l'Église est jugée par le royaume de Dieu » — voir ici le lien

#255 Re : Nouveau Testament » Comment prier ? » 03-08-2012 22:24

gerardh a écrit :

…le dénommé Chestov

« Le dénommé ? », sur un ton un peu méprisant — Bref… il semble donc que cet auteur te soit inconnu ainsi que précisément son ouvrage sur Luther ; aussi connais-tu encore moins le contenu de son propos concernant le Christ.

Or, la première des choses quant on entreprend la critique d'un philosophe de cette stature, c'est au moins de l'avoir lu — sinon, il vaut mieux fermer sa bouche.

#256 Re : Nouveau Testament » Comment prier ? » 03-08-2012 08:22

gerardh a écrit :

Celui qui a la foi est dans la lumière et non dans les ténèbres. Ce fut le cas de Paul et de Luther (que tu critiques tant par ailleurs sauf erreur).

Pratiquement à chaque fois je te fais la remarque : tu lis en diagonale. Eh quoi ! n'as-tu pas remarqué que je parlais d'un Luther-prophète et d'une Luther-Réformateur ? Reprenant l'analyse de Chestov. Voilà comment on fait dire à l'autre ce qu'il n'a pas dit… en ne le lisant qu'à moitié, d'un quart d'oreille et/ou avec des préjugés.

Quant à l'expression « ténèbres de la foi », tu est décidément grec dans l'âme et incapable de glisser dans l'allégorie. Ne serait-il pas bon pour toi d'aller chez ton libraire et d'acquérir des contes ou des nouvelles mettant en scène la métaphore — tu en aurais bien besoin semble-t-il. N'as-tu pas quelque part les fables de La Fontaine ? Y'a plein de bonnes choses là-bas : « Fou l'homme qui boit à une flaque et ignore la fontaine qui jaillit dans sa maison ! » — Devant un christianisme si logique et incapable de lire et de dé-lire, il ne reste que les larmes. Comment ce christianisme-là lit-il le Christ, lui qui affirmait que les portes du Père s'ouvriront aux pécheurs (le cadet) et non aux justes (l'aîné), car c'est précisément ce que dit le Fils de Dieu dans la parabole du fils prodigue.

#258 Re : Nouveau Testament » La différence entre les épîtres de Paul, et celle de Jacques » 03-08-2012 07:47

gerardh a écrit :

L'épître de Jacques n'est absolument pas contradictoire par rapport aux écrits de Paul mais généralement très mal comprise…

Je ne vois pas pourquoi il y aurait obligatoirement un problème de légitimité dès l'instant où le texte biblique comporte des contradictions « philosophiques ». Pourquoi vouloir absolument les gommer ? Je ne parle pas des contradictions d'ordre historique ou géographique par exemple, lesquelles en effet ont besoin d'explications logiques. Elles permettent notamment de nous apprendre comment le texte fut rédigé, et elles sont d'une grande utilité pour désacraliser la bible, la « dé-coraniser » ou la « dé-torahiser ». Car dans la tradition juive la Torah préexiste au monde, de même que le Coran est saint et infaillible aux yeux du musulman. Mais il en est tout autrement du texte biblique dans la perspective du Christ : il n'est pas sacré, il n'est pas la Parole de Dieu et il n'est pas exempt d'erreurs ! Remercions donc, d'une part, les chercheurs qui ont su douter du texte et mettre en exergue ses erreurs ; et d'autre part, remercions les contradictions philosophiques qui ne cessent de parcourir la bible, contradictions dont le Christ lui-même se joue continuellement d'ailleurs. C'est précisément grâce à ces contradictions que le texte peut devenir Parole de Dieu entre les mains des hommes qui acceptent que Dieu ne pense pas comme nous ; et sans elles, il ne deviendra jamais autre chose qu'une science religieuse banale : de la théologie.

Quiconque n'accepte ni l'une ni l'autre de ces contradictions est un obsédé de l'harmonisation du texte ; une sorte de malade mentale de la raison et de la logique : un humain trop humain. Il construira dès lors des dogmes logiques qui s'emboîteront comme les pièces d'un puzzle, puis soumettra son interlocuteur à l'argument d'autorité, c'est-à-dire à l'autorité de l'argument suivant : « c'est une erreur doctrinale »… puis il se lavera les mains dans sa bassine d'eaux frelatées de l'infaillibilité doctrinale. Quant aux fautes réalistes que le critique textuelle nous découvre tout au long de la bible, face à elle il se revêtira d'œillères pour ne pas remettre en question la sacralisation biblique sans laquelle il perd sa soit-disant Foi. Aussi est-il en vérité un intégriste qui ne se connaît pas et un homme dangereux.

Il y a bien contradiction entre les propos et l'attitude de Jacques et les propos et l'attitude du Christ. Ne pas l'admettre, c'est faire l'autruche avant même d'avoir commencé une tentative d'interprétation. Toutefois — et je vais me contredire — cette contradiction se retrouve dans les propos mêmes du Christ ! En effet, le Christ prêche la tôrah, notamment dans une grande partie du sermon sur la montagne où il amène la morale à son paroxysme : dans l'intention même plus que dans les actes. Puis, ce discours adressé à la foule se métamorphose petit à petit, et au fur et à mesure où il sépare les siens de la foule pour les conduire alors dans une intimité particulière, en un autre propos. Aussi les amène-t-il finalement à désobéir à la tôrah, à les faire fauter moralement pour basculer dans un discours sur la foi seule, sans les œuvres. Enfin, allant plus loin encore dans l'intimité, il pointe directement sur le dernier discours du royaume des cieux seul, ne laissant désormais plus aucune espérance en une Réforme de la réalité et abolissant définitivement l'image du Roi-messie régnant ici-bas.

Que fait Jacques ? Intelligemment, ou plutôt de manière rusée, il conserve l'ensemble du discours ; mais, au lieu d'abolir comme le Christ la préface de la tôrah pour pouvoir atteindre la conclusion du monde-à-venir, il inclut la préface dans la conclusion comme chemin y menant. Il met du levain dans la pâte ! C'est-à-dire qu'il veut que la promesse soit atteinte, ET, par le moyen de la foi, ET, par le moyen de la tôrah, même si c'est une tôrah « light », adaptée aux Nations. Toutefois, ce n'est pas parce que la tôrah fait la promesse du salut que Dieu se sert directement d'elle pour précisément atteindre le salut. Il s'en sert justement indirectement, se servant d'elle pour nous révéler notre impuissance ; cela fait, il l'écarte, tel un outil qui a été utile en son temps, tel un administrateur qui a servi à l'éducation, mais inutile dès l'instant où l'enfant est devenu homme. C'est pourquoi il amène la Loi à son paroxysme dans le sermon sur la montagne, voulant mettre ainsi la foule au pied du mur et lui suggérer de lâcher ce « joug que les pères n'ont pu porter ». Si le Christ avait été présent au Sinaï, la montagne n'aurait pas seulement tremblé, elle aurait explosé. Là est son scandale : abolir la menace morale pour offrir la promesse gratuitement, par la foi uniquement. Scandale dans lequel Jacques ne parvient pas à entrer. De fait, le Christ n'abolit pas la promesse de la tôrah ; il affirme que cette promesse reste d'actualité, mais il abolit le moyen par lequel on atteint ce but. La tôrah n'est plus efficace, non de son fait, mais du fait de « la faiblesse et de l'impuissance de notre chair » explique Paul. Aussi instaure-t-il un autre moyen, radical : la foi seule, sans les œuvres.

Aussi, il me semble que Le nuage blanc voit juste. Jacques a les fesses entre deux chaises. En gros, son discours est un discours de paille, pour reprendre le fameux mot de Luther, lui qui définit l'épître de Jacques comme une épître de paille. Il faut brûler sa prétention à être inspirée comme se doit d'être brûlée la paille, car cette épître n'est pas inspirée. Je suppose qu'on ne peut s'en servir que comme support à ce que je tente ici de montrer par exemple. Quelle est la menace que ce propos du faux apôtre Jacques fait peser sur le christianisme depuis des siècles ? Celle d'avoir fait passer le texte de la contradiction, si riche pour atteindre l'irréligion divine, à l'ambiguïté d'un discours alambiqué qui doit se tordre comme un serpent pour justifier le fait de mettre du levain dans la pâte.

#259 Re : Nouveau Testament » Comment prier ? » 01-08-2012 22:00

gerardh a écrit :

Jean 1, 42 — Jean 1, 52 — Matthieu 3, 17… Jésus a donc été connu comme Christ et Fils de Dieu dès le début de son ministère.

Non, il n'a pas été connu, mais il a été cru sans être connu. Car il faut croire d'abord, sans connaître, pour ensuite cheminer, un peu, avancer, un peu, de quelques millimètres, dans Sa connaissance. Car ce que nous acquérons de connaissances et d'intimité à son propos n'est pas le milliardième du milliardième d'un quart de cheveux de Qui Il Est.

Tu confonds l'appel de la foi et la connaissance intime qu'on peut avoir du Christ : c'est un grave amalgame. Celui vit par la foi vit « dans les ténèbres de la foi » pour reprendre l'expression de Luther, « il voit d'une manière floue » disait Paul, et il aspire, avec impatience, disait-il, à ce jour « où il connaîtra enfin comme il est connu ». Deux grands hommes qui avec Barth ont reconnu que « Dieu est un Dieu caché », et que sa révélation tient de l'incognito ici-bas.

Maintenant, que le Christ se soit révélé à toi plus qu'à Paul, à Luther ou à Barth… j'en serai fort heureux pour toi Gérard ; hélas, je n'en crois pas un mot. Et quand bien même tu les égalerais tous les trois, il te faudrait confesser être dans les ténèbres de la foi, dans le flou et suivre un Dieu caché ; que tel est précisément sa Révélation en ce monde présent.

Le Christ ne s'est pas révélé, car sa révélation est à-venir, et ceux pour à qui il fait don de la foi en Lui, c'est de cette Révélation à-venir qu'il leur fait don : de son incognito.

#260 Re : Nouveau Testament » Paul prêche t-il la loi ? » 01-08-2012 21:42

Relis attentivement ce que nous disions, car encore une fois — c'est une habitude chez toi — tu lis en diagonale. Ce que nous avons abordé est plus complexe et subtil que cette image d'Épinal : « les gentils et parfaits apôtres contre les méchants chrétiens qui ont suivis… »

Les anciens d'Éphèse dans les Actes, et les épîtres à Timothée ? Ce n'est pas Paul ?
Oui, en effet, ces écrits ne sont pas de Paul, et Luc n'était certainement pas un compagnon de voyage de Paul. De même, la lettre aux Éphésiens n'est pas de Paul. Tu as beaucoup de pain sur la planche.

#261 Re : Dogmes & Doctrines » Comment connaître Dieu ? » 01-08-2012 21:34

Tu es plein de stéréotypes Gérard. J'ai l'impression que tu participes aux forums pour te faire plaisir mais qu'il y a bien longtemps que tu ne remets plus en question des acquis sur lesquels tu es posé, semble-t-il, bien au chaud.

Constantin, Constantin, mais quel stéréotype… et quelle lâcheté de faire un bond de plus de 15 siècles pour défendre l'église. Fait donc plutôt un bond de 15 ans et intéresse-toi à Billy Graham et son exécrable compromission avec le pouvoir — lui qui disait, en direct à la TV américaine, que le Christ lui-même avait oint Nixon président des Usa. C'est à vomir.

Wake up gérard, wake up man.

#262 Re : Nouveau Testament » Comment prier ? » 31-07-2012 23:53

gerardh a écrit :

C’est inexact : au début de son ministère terrestre, il s’est fait connaître.

Si le Christ s'était fait connaître, nous ne serions pas là pour parler de Lui mon pauvre Gérard.

Et il ne s'est pas fait connaître et ne se fera jamais connaître afin que nous le suivions par amour, c'est-à-dire par confiance, par foi, non de manière intéressée, si cela est possible, demande l'auteur du livre de Job dès le début !

Ce sont les anges, ces êtres rigides et intransigeants qui aiment à se faire connaître et à claironner la sainteté ; et quand ils le font, la terre tremble, le feux tombe et la culpabilité gonfle les uns de peur et les autre d'orgueil. Mais Dieu, Lui, il murmure comme murmure un amant dans la chambre, dans l'intimité de ce que l'œil ne peut voir et qu'aucun ange ne peut peser.

Il se fera connaître quand nous aurons assez de cran pour supporter la déraison, l'irréligion et le non dogmatisme de Sa présence ; quand notre corps même pourra encaisser un tel choc sans crier au « scandale » de sa liberté. Quand il nous aura relever des morts.

#263 Re : Nouveau Testament » Paul prêche t-il la loi ? » 31-07-2012 23:30

Tu touches un des points les plus importants. Ce qui prouve que toi, au moins, tu lis la bible ! Car il faut une certaine finesse pour relever ce point de contradiction chez Paul. Il y aurait beaucoup à dire, mais pour être bref, si nombre de théologiens n'arrivent pas à voir où est le problème c'est parce qu'ils pensent à la manière tout humaine, c'est-à-dire selon le principe d'Évolution. Ils pensent stupidement que le Christ est perfectible. Une horreur en somme. Comme si les apôtres avaient pris Son relais pour perfectionner Son œuvre. Cette pensée évolutionniste, toute engluée dans la raison et sur laquelle toutes les sciences et les civilisations se fondent, cette pensée-là — ça ne marche pas avec le Christ ! C'est d'ailleurs sur cela que Dostoïevsky a construit son « Grand inquisiteur », dans Les Frères Karamazof, sur cette idée religieuse qu'il réprouve dans ce conte et qui consiste à faire évoluer le Christ. Voir le lien sur mon site : Le Grand Inquisiteur

C'est en vérité la tentation de tout chrétien et le piège dans lequel nous tombons tous, un jour ou l'autre ! Le tout, c'est de savoir un jour en sortir — ce qui est rare. Chestov relève cela avec grand talent dans son Sola fide, Luther et l'Église. Voir la page de présentation du livre entier que je propose gratuitement sur mon site : Sola fide

« Luther, nous dit Chestov, a dû renier sa propre expérience spirituelle, dès qu’il eut à la formuler et à la transformer en une doctrine. C’est dans cette transformation, qui peut paraître paradoxale, qu’il faut chercher le profond mystère de toute œuvre religieuse. »

Puis d'expliquer plus loin : « Dans la vie pratique, non seulement les protestants, mais Luther lui-même ne savait que faire de sa doctrine de sola fide (par la foi seule). Dans la solitude, les yeux tournés vers l’infini, il sentait que seule la foi comptait, qu’elle seule donnait les forces, l’espérance et apportait même la consolation. Mais dès qu’il se tournait vers les hommes, il s’apercevait que les catholiques avaient raison : la foi effraye, les hommes ont besoin d’une autorité ferme, implacable, à pouvoirs illimités, toujours fidèle à elle-même. En de tels moments, Luther se mettait à parler un tout autre langage — comme s’il ne s’était jamais approché du mont Sinaï, comme si jamais il n’avait entendu la voix divine résonner dans la tempête. Pareil à la femme de Lot, il se changeait en statue de sel. L’histoire ne parle guère de Luther-Prophète. Elle n’a que faire des prophètes : ils sont tout juste bons pour être lapidés, comme le veut leur destin. L’histoire a besoin de réformateurs, d’hommes capables de regarder autour d’eux et d’escompter les conséquences pratiques de leurs entreprises. C’est Luther-réformateur qui compte aux yeux de l’histoire, celui dont les Allemands ont inscrit le nom en lettres d’or à côté de ceux des grands ouvriers de la Renaissance germanique. Quant à l’autre aspect de la pensée et de l’expérience luthériennes, les protestants qui sont aussi hostiles au vrai Luther que les catholiques, ont pris soin de bien le cacher et le camoufler. »

Il y a donc un vrai Luther selon Chestov : Luther-Prophète ; et un faux Luther : Luther-Réformateur. Je pense que c'est précisément de cela dont rend témoignage ce que tu évoques à propos des épîtres de Paul. Dès lors que Paul voit s'élever des groupes, fruit du travail de ses voyages, les problèmes pratiques et moraux surgissent inévitablement, et pour ne pas voir se déliter l'œuvre, il glisse, petit à petit, dans des conseils systémiques, soit donc, en effet, en suggérant plus ou moins des principes institutionnels qui feront la joie des ekklésiastiques. Ces principes vont donc être du « pain béni » pour les religieux et les théologiens, ceux-là mêmes qui pensent en terme de faire évoluer l'œuvre du Christ. Ainsi pourront-ils, en s'appuyant sur les Épîtres, instituer une Église de plus en plus administrative, jusqu'à l'assimiler au Christ lui-même ; Église qui deviendra finalement une sorte de Réforme de la synagogue, s'éloignant de plus en plus de la foi seule et du « là où deux ou trois » dont tu parles. Quant à ceux qui aujourd'hui rejettent le Système ecclésial, ils sont incapables de rejeter le dogme du corpus christi, d'abolir l'Église pour laisser toute la place au Royaume des cieux seul. Comme quoi, l'impact de 20 siècles est pour certain une telle masse d'endoctrinement qu'il pensent qu'il suffit simplement de Réformer l'Église ; c'est-à-dire qu'ils refont ce que n'a cessé de faire le christianisme : ils tournent en rond ! Ce n'est pas Réformer qu'il faut, mais abolir : il faut détruire l'Église en tant que Temple, comme le fit le Christ, et annoncer l'homme-temple, le Fils de l'homme, et le royaume des cieux seul.

Bref, cet élan d'un Paul-Réformateur est selon moi réprouvé par Dieu, et nous voyons cette réprobation lors de son retour à Jérusalem, après son dernier voyage. D'après Luc, Paul semble s'assouplir de plus en plus vis-à-vis de la Loi au cours de ses voyages, jusqu'à faire un vœu et à renouer avec le Temple (18.18 et 21.23). Finalement, il est enfermé durant deux ans et tout près d'être assassiné. C'est ici pour moi que se stoppe son ministère. D'après le texte, il est envoyé à Rome durant un périple où il semble que tout part n'importe comment, dans une sorte de mysticisme exacerbé (le naufrage, la morsure du serpent…). Pour moi, les Actes s'arrêtent à son retour de Jérusalem, car le reste du récit semble être un effort pathétique, glissant dans le fabuleux pour sauvegarder les apparences et conduire Paul jusqu'à Rome : jusqu'au lieu du pouvoir politique. Je ne sais quel micmac a été fait avec le texte des Actes qui nous est parvenu, et combien d'auteurs on participé à sa rédaction, mais on voit que le propos tend de plus en plus à l'institutionnalisation d''un christianisme qui doit obligatoirement trouver sa place sur l'échiquier politique, dans une sorte de Réforme du Judaïsme faisant la jonction entre les Juifs et les Nations. C'est d'ailleurs vers quoi tend l'idéologie des Actes dès le départ, avec cet engouement pour une Église de masse et victorieuse, avec la mise en avant d'un Chef, Jacques, le faux-apôtre, et d'un héros missionnaire, Paul, conduisant l'Évangile jusqu'à Rome, suggérant son futur règne ici-bas. Je ne sais la part de vérité historique que contient les Actes, mais il est certain que son témoignage constitue plus une révélation par l'erreur, par ce qu'il faut nier, l'évolution et l'idée d'une Histoire sainte déjà en germe, que par ce qu'il faut faire !

J'ai du mal à concevoir que les propos que tient Paul dans les Galates et Romains aient conduit cet homme à retourner à la synagogue ou à instituer de nouveau des règles et l'ébauche d'une hiérarchie d'autorité ecclésiastique. Il se peut toutefois que ce soit plus ou moins le cas (nous le voyons parfois assez autoritaire, notamment vis-à-vis de Marc, qui est peut-être l'auteur véritable de l'Apocalypse). De toute façon, non seulement ce fut le cas pour Luther, qui passa de la foi seule à un discours institutionnel, mais c'est le cas de la grande majorité des chrétiens qui suivent l'Église plus que le Christ. Il faut, selon moi, savoir séparer le prophète-Paul du réformateur qu'il est peut-être plus ou moins devenu. Quoi qu'il en soit, les circonstances sont largement là pour le défendre, car Paul n'avait pas 20 siècles de recul comme nous ! Enfin, il est certain, de toute façon qu'on s'est servi de lui pour les besoins d'instaurer un système religieux. L'épître aux Éphésiens, assez mystique et où le corpus christi est très prégnant, n'est pas de lui ; de même que les épîtres à Timothée et Tite où la hiérarchie pyramidale de l'Église prend une forme précise de codification. Si le Christ lui-même fut pillé pour prétexter l'Église victorieuse et son soit-disant âge d'or qui ne viendra jamais, rien d'étonnant que Paul l'ait été aussi.

#264 Re : Dogmes & Doctrines » Comment connaître Dieu ? » 31-07-2012 11:06

Le nuage blanc a écrit :

La terminaison en « -im » d'« Elohim » qui, en hébreu, s'applique généralement à un nom pluriel, a fait l'objet de nombreuses interprétations. (Wikipédia)

Yep… le mot Élohim signifie en vérité « Lui-les-dieux » comme le traduit Fabre d'Olivet ; et, dans la tradition talmudique est assimilée à la Nature. C'est un féminin pluriel en réalité. La volonté monothéiste venue d'Égypte au travers de Moïse fut donc, au départ, de témoigner qu'il n'y a pas plusieurs divinités, mais en réalité une seule. Le désir d'Unité autour d'une seule vérité se trouve là, et l'erreur de l'humanité c'est de s'être arrêter là, de s'être stoppé au monothéisme ; d'annoncer la mono-vérité universelle, pour tous, pour toujours et partout. Lorsque le Christ vint, il ne rétablit pas le paganisme, certes, mais il abolit le monothéisme ! La vérité serait désormais existentielle : « Je suis la vérité », dit-il, et « chaque-Un qui me suivra sera la vérité, car il puisera dans ma sève, moi qui suis la Racine ». C'est l'homme le temple de Dieu, ce n'est plus Une vérité ; c'est l'homme, devenu fils de l'homme qui sera le divin. La vérité monothéiste, entre les mains du Christ, s'est transformée en vérité pragmatique d'idéale qu'elle était ; elle s'est fait chair et sang. Et quiconque se nourrit de ce sang et de cette chair sera lui-même un jour la Vérité, dans son sang et dans sa chair ressuscitée, dans un corps que nul ne peut imaginer. Alors, quiconque verra un fils, c'est le Père qu'il verra, c'est-à-dire le Christ dans ce qu'il est réellement dans le visage des différences de chaque-Un.

Mais concernant ton propos, car tu fais référence au fameux 1 Cor 13, disant que « celui qui n'a pas d'amour, quand bien même il ferait tous les actes qu'il voudrait ou serait possible de faire, il ne serait rien. » — Voici donc la difficulté que tu relèves ; en effet, l'amour est le grand argument des religieux qu'ils ont volé dans les propos inspirés de Paul. Comme quoi , le diabolique se complaît à parler d'Amour ! Et il met toujours un grand A au mot « amour », l'accompagnant de musique, d'encens et de fleurs. Cessons donc de mentir et admettons-le : le diable est un romantique. C'est-à-dire que, soudain, l'argument d'Amour sauve le religieux. Le sauve de quoi ? De ne plus avoir un Dieu caché pardi ! Ouf… il peut respirer. Grâce à l'amour, il peut rendre sa divinité visible, et précisément prétendre à mettre à nue son secret. Comment s'y prend-il ? Oh, mais fort simplement. L'amour doit être visible, car c'est au nom de l'amour, dira-t-il, que dieu abolit le Dieu caché. Car si Dieu est amour, son amour est visible comme un soleil, affirme l'ekklésiastique, et non seulement il doit sauter aux yeux, mais il doit sentir aussi fort qu'une bouteille entière de parfum que Dieu verserait sur la tête de ses fidèles.

Ainsi prend-il la forme de la politesse la plus absolue où contester devient la racine même du péché. Il ne faut pas polémiquer ! Il est interdit de ne pas être d'accord, c'est une faute de désaccord, de disharmonie dans la symphonie religieuse du tous en Un, du totalitarisme religieux. Il ne faut pas contester son frère, car dit-on, reprenant le NT, il est dit que le Christ « ne contestera point, ne criera point, et que personne n’entendra sa voix dans les rues » (mat. 12.19). On oublie simplement une chose, le Christ ne cessa de contester, dans les rues et dans les maisons, et il fut en dispute avec tous. Aussi est-on tout simplement en tain de mal interpréter ce passage. Passage issu d'Isaie, où le prophète fait scandale en annonçant un messie qui ne sera pas un Roi-messie, un guerrier et un politique ; il sera tout le contraire de la vision traditionnelle du messie qu'avait le Judaïsme : il ne cherchera pas le pouvoir terrestre. Finis les guerres saintes, finis la politique, finis le pouvoir, affirme Isaïe. C'est cela que signifie la non contestation, c'est la non-violence physique, tout autant que doctrinaire et moraliste, c'est-à-dire culpabilisante. C'est la cessation d'un Dieu qui s'impose de Force en tant que Vérité universelle, obligatoire et menaçante. Que sera donc le Messie d'après Isaïe ? Il nous répond plus loin dans son livre ? (52) :

« Il s’est élevé devant Dieu comme une faible plante,
comme un rejeton qui sort d’une terre desséchée ;
il n’avait ni beauté, ni éclat pour attirer nos regards,
et son aspect n’avait rien pour nous plaire.
Méprisé et abandonné des hommes,
homme de douleur et habitué à la souffrance,
semblable à celui dont on détourne le visage,
nous l’avons dédaigné, nous n’avons fait de lui aucun cas. »

Or, qu'a fait et que fait précisément l'Église et son christianisme mondain ? Tout le contraire de l'annonce d'Isaïe. Elle veut et a toujours voulu le pouvoir terrestre : elle politise. Elle colonise, fait du prosélytisme, et elle veut les premières places dans la société ; elle ne supporte pas d'être méprisée et d'être sans éclats. Elle ne veut pas laisser la politique aux politiques ! Son péché, c'est de politiser, de vouloir s'inscrire comme un membre de la société, afin de la changer. Mais le Christ, ce n'est pas changer le Monde ; c'est changer l'homme intérieur afin de lui permettre un jour de changer DE monde. L'Église essaie continuellement de faire du Christ un Roi-messie ; c'est là qu'est sa déchéance ; c'est là qu'elle ferme la bouche aux prophète Isaïe et conteste directement la volonté d'être incognito du Christ. Par contre, dès qu'il s'agit de polémiquer contre les doctrines, elle fait la crevette et lance son argument d'amour. Polémiquer et contester serait trop défavorable à son projet, celui d'être « non méprisé,  d'avoir de la beauté pour attirer, de plaire aux regards et surtout de ne pas souffrir » ; elle qui promet le bonheur ici-bas, elle voit très bien que la polémique risque de faire du chrétien un homme de souffrance et de solitude, aussi la contestation est-elle inacceptable ! « Je ne suis pas seul, je suis un homme quelconque » dit le chrétien, pour reprendre une parole de Maurice Blanchot.

De fait, ainsi que je le disais à une gendarmette ecclésiastique dernièrement : « L'amour, l'amour, l'amour n'est qu'un cache-misère. On l'invoque toujours lorsqu'on veut éviter de parler des problèmes réels. » (Tobie Nathan). En effet, derrière leur argument hypocrite d'amour, ces fils du diabolique que sont les religieux ne cherchent en fait que cacher le problème réel : « Les forteresses de pensées » (cf. 2 cor 10) que le Christ cherche à détruire en eux. Et pourquoi cherche-t-il à les détruire ? Parce qu'il les aime, et que la destruction de ces forteresses est le commencement de Sa liberté. Le christianisme ferait mieux de prendre garde au fait qu'il n'y ait précisément plus d'espace dans ses cultes & messes pour une telle contestation ; car c'est alors qu'il sera livré à ses maîtres mielleux, à l'instant même où le Christ aura répondu ainsi à leur méchante politesse : « Jusqu’à quand serai-je avec vous, et vous supporterai-je ? » (luc 9.41).

#265 Re : Nouveau Testament » Que veut dire « tuer l’âme » ? » 27-07-2012 16:26

Le nuage blanc a écrit :

L'âme désincarnée prend conscience de ce qu'elle aurait pu être, mais n'a pas été ; de ce qu'elle aurait pu faire, mais n'a pas fait.

Tu as raison à propos de cette prise de conscience sur ce qu' « elle aurait pu être, mais n'a pas été », et sur « ce qu'elle aurait pu faire, mais n'a pas fait. ». Un tourment sous le fouet du Bien dont l'homme ne peux être rémunéré plus encore que celui du Mal dont il ne peux être puni ! Car n'ayant plus d'incarnation possible, le jugement ne peut s'accomplir ! Tant celui de des bonnes que celui des mauvaises œuvres. Le désincarné est ici contraint à regarder un jugement qui ne peut avoir lieu, mais dont sa conscience claire ne cesse d'édicter sa nécessité, le pourquoi de sa mise en examen. Il est « tombé dans le temps » disait Cioran, le temps de sa vie stoppée nette s'est lui-même figé avec elle ; et il lui fait face de manière continuel dans une vision entière, totale et translucide. Cet arrêt de son temps qu'il voit sans lacune et clairement, c'est en vérité lui, c'est sa vie dans sa mort, gravée éternellement sur la pierre de l'immuabilité.

Le jugement, c’est lorsqu’il n’y a plus de jugement, et c'est le propre de ne plus pouvoir être une âme vivante, incarnée. De n'être que conscience. J'en parle plus précisément ici : Jugement & diabolique.

#266 Re : Nouveau Testament » Sur Matthieu 12.15-21 » 27-07-2012 16:04

Comment se fait-il que Matthieu ait utilisé ce texte d'Esaïe, alors que Jésus s'est rarement adressé aux non-juifs ?

« Mais Jésus, l’ayant su, s’éloigna de ce lieu. Une grande foule le suivit. Il guérit tous les malades, et il leur recommanda sévèrement de ne pas le faire connaître, afin que s’accomplît ce qui avait été annoncé par Esaïe, le prophète : Voici mon serviteur que j’ai choisi, mon bien-aimé en qui mon âme a pris plaisir. Je mettrai mon esprit sur lui, et il annoncera la justice aux nations. Il ne contestera point, il ne criera point, et personne n’entendra sa voix dans les rues. Il ne brisera point le roseau cassé, et il n’éteindra point le lumignon qui fume, Jusqu’à ce qu’il ait fait triompher la justice. Et les nations espéreront en son nom. » (Matthieu 12.15-21).


Tout la pensée du Judaïsme est axée sur l'idée d'un Universalisme dont Israël serait la tête. Aussi s'adresse-t-il aux Nations et les vise-t-elle directement, ayant précisément pour finalité d'amener les Nations à reconnaître la primauté d'Israël, son Dieu et sa manière d'être vis-à-vis du divin (temple, sacrifices, cacheroute, etc.). De là l'idée très ancienne promulguée par le Judaïsme quant aux « Fils de Noé », c'est-à-dire à ceux venus des Nations qui se convertissent au Judaïsme en adoptant une version « light » de la torah. Voir à ce propos : les fils de Noé

Ce que Jacques semble d'ailleurs avoir en vue dans les Actes (15) : « C’est pourquoi je suis d’avis qu’on ne crée pas des difficultés à ceux des païens qui se convertissent à Dieu, mais qu’on leur écrive de s’abstenir des souillures des idoles, de l’impudicité, des animaux étouffés et du sang. » Ce faux apôtre, à cet instant, coupe l'herbe sous les pieds de Pierre, lui qui, juste précédemment avait une vision fidèle à celle du Christ : « Pourquoi tentez-vous Dieu, en mettant sur le cou des disciples un joug que ni nos pères ni nous n’avons pu porter ? Mais c’est par la grâce du Seigneur Jésus que nous croyons être sauvés, de la même manière qu’eux. » De la même manière ! Pierre insiste bien sur le « ni Juifs ni Grecs » : c'est aux Juifs de changer leur vision de Dieu et du Messie, non aux disciples du Christ ! Le malheureux Jacques discrédite pourtant le véritable apôtre, étant incapable d'abandonner totalement la Loi et la vision davidique du messie. Ce qui, aujourd'hui encore, est le malheur de l'Église… le levain des religieux.

Le messianisme juif est somme toute accompli lorsque le prosélytisme de la torah est accompli, lorsque toutes les Nations viennent, à la suite des Juifs, reconnaître le Temple de Jérusalem, la terre sacrée d'Israël et la vérité éternelle des lois mosaïques. Il n'y a pas plus prosélyte qu'un Juif pratiquant finalement. Il est missionnaire dans l'âme, car toute sa théologie repose sur l'efficace d'un gouvernement messianique mondial dont Israël serait la tête.

Aussi n'est-il pas étonnant que, pour « prouver » la messianité de Jésus, le texte mette en exergue sa volonté de toucher les Nations. Toutefois, le Christ, s'il a bien touché les Nations, d'une part, ce n'est pas en les désirant les convertir au Judaïsme, mais en le dépassant ! C'est-à-dire en dépassant la torah et ses avatars connus dans les moralismes traditionnels et les diverses idéologies politiques mondialistes ; et, d'autre part, non en pratiquant le prosélytisme de type missionnaire, mais en touchant par l'Esprit, au-delà d'une stratégie organisée visant à calculer pour rendre efficace ce désir malsain et humain d'universalisme. Les missions modernes sont exactement dans ce type de marketing et ne sont, somme toute, que des Entreprises Internationales, usant de la même méthodologie, du même esprit.

Soit, donc, Matthieu reprend la lecture d'Ésaie à l'adresse des Juifs, voulant montrer que l'action de Jésus confirme les dires du prophète, un propos qu'on trouve d'ailleurs dès le début de son livre (chap. 2) : « Dans la suite des temps, la montagne de la maison de l’Éternel sera fondée sur le sommet des montagnes et s’élèvera par-dessus les collines ; et toutes les nations y afflueront. Des peuples s’y rendront en foule, et diront : Venez, et montons à la montagne de l’Éternel, à la maison du Dieu de Jacob, afin qu’il nous enseigne ses voies, et que nous marchions dans ses sentiers. Car de Sion sortira la loi, et de Jérusalem la parole de l’Éternel. »

Or, il semble que Matthieu veuille tordre le coup à l'interprétation traditionnelle qu'a fait le rabbinat des paroles prophétique de ce type. Il explique autrement les propos d'Ésaïe. C'est pourquoi il rajoute : « Il ne contestera point, il ne criera point, et personne n’entendra sa voix dans les rues. Il ne brisera point le roseau cassé, Et il n’éteindra point le lumignon qui fume… » Nous sommes là loin de ce Messie Juif obsédé à faire fléchir les Nations sous la royauté davidique, ce messie-Roi qui a fonction guerrière tout autant que religieuse. Quelque chose d'autre est dit, et ce qui est dit, c'est que précisément le messie refusera cette couronne et cette méthode. Le prophètes voyaient en effet de loin, de manière floue, et c'est aux chrétiens d'expliquer en précisant leurs visions, non aux Rabbins de les expliquer en amenant le chrétien à adopter leurs vision archaïque. Hélas, le missionnariat chrétien dans l'Histoire va sans cesse reprendre la version rabbinique ! Il s'alliera avec la colonisation politique et forcera, en criant, en contestant, en tuant et en trichant continuellement ; loin de la méthode de l'Esprit que Matthieu semble déjà avoir en vue. La méthode « marketing » de nombreuses mission américaines de nos jours va aussi tout à fait dans le sens tordue de cette voie prosélyte.

#267 Re : Nouveau Testament » Que veut dire « tuer l’âme » ? » 27-07-2012 15:22

« L'âme ET le corps » ; parce que l'âme ne va pas sans le corps et, le corps ne va pas sans l'âme. Tous à fait dans la ligne de la pensée biblique somme toute. Une pensée loin du soma (corps)/sema (tombeau) de Platon ; du « corps comme tombeau de l'âme ». Loin de concevoir la béatitude comme l'échappée vers l'idée pure ou encore la conscience pure délivrée de ce « maudit » corps sensible.

Qu'est-ce que l'âme ? Une possibilité d'incarnation, et sans cela, elle n'est pas vraiment une âme, sinon du virtuel en quelque sorte. Et qu'est-ce que l'incarnation ? C'est le possible de l'âme, soit donc l'âme dans sa visibilité, dans l'expression de sa volonté, dans son animation  — d'où l'étymologie latine d'ailleurs : anima.

Tuer l'âme c'est tuer le possible de son incarnation ; c'est créer une division non naturelle et chimérique. Situation qui se présente dès la destruction de l'incarnation de l'âme, dès la destruction du corps. C'est-à-dire à l'instant de la mort.

Tuer l'âme, c'est donc le fait de la laisser dans l'impossibilité définitive de Résurrection, dans l'impossibilité de retrouver un corps. Non une réincarnation, mais une résurrection. C'est-à-dire un corps qui, comme elle, au moment de la résurrection — puisque ce corps est l'âme elle-même s'animant — sera tout-autre. La résurrection, c'est l'âme sortant de sa chrysalide de terreux limitée et soumise pour naître « tout-autre » à l'éternité d'une incarnation éternelle, soit donc dans un corps à son image, « tout-autre » : un corps incorruptible ! Ces corps-là, ces âmes-là sont des Gloires, et rien ne peut ici-bas les évoquer, car un ange même paraît pâle devant les Fils de Dieu.

Tandis que la réincarnation est le doublement continuel de son échec. C'est redoubler, reconstruire sa chrysalide de terreux pour recommencer à vivre sur terre dans le but de faire évoluer son habitat terrestre. Une sorte de reculer pour mieux sauter où l'âme s'imagine revenir dans un meilleur corps parce qu'elle aurait été plus juste. Un peu comme si l'homme revenait dans une maison moquettée et climatisée par le fait d'une vie précédente plus religieuse. Mais une maison qui jamais pourtant ne sera immortelle et incorruptible. Le propre des réincarnés, c'est espérer la destruction définitive du corps et de la vie tangible. Surprenant ! Car ces benêts ne vivent précisément que pour se réincarner dans une meilleure incarnation !!! Comme s'ils voulaient faire jouir la mort à leurs dépens, une sorte de masochisme extrême. En effet, quelle gloire pour la mort de détruire définitivement une vile maison devenue palais ! Quelle gloire pour elle d'avoir ainsi pu engendrer les fils de son enfer : les désincarnés, les morts-vivants de ses nirvanas éternels.

Qu'est-ce qu'une âme désincarnée et n'ayant plus la possibilité d'incarnation ? Certes, une âme morte. Mais encore ? C'est la conscience. Et la pire des choses, c'est bien d'avoir conscience d'être une âme morte : « de vivre sa mort » dira Kierkegaard. C'est ce qui s'appelle dans l'hindouisme ou le bouddhisme, l'état du Nirvana, ou l'Idée pure de Platon, ou la beauté de l'Absolu… le rêve du diabolique. Belle perspective comme béatitude ! Or, il s'avère que Dieu seul a le pouvoir de Résurrection, de faire sortir l'âme de cet état figé où elle n'est plus, mais où elle est toutefois, puisqu'elle a une conscience lumineuse de ne plus pouvoir incarner ce qu'elle veut être. Elle sait, au plus haut sens du terme, ne plus pouvoir vivre autrement qu'en vivant sa mort. C'est donc bien Dieu qu'il faut craindre, non la mort qui ne fait que détruire l'incarnation.

#268 Re : Ancien Testament » Comprendre Dieu » 23-07-2012 02:09

Le nuage blanc a écrit :

La Bible, dit « la parole de Dieu », a été transformé en vérité dogmatique.

Oui, je le pense aussi. Et j'aime la façon dont Chestov le disait : « La vérité de tout vrai prophète naît et meurt avec lui. Ce qui reste après le prophète, ce qui passe dans le domaine de l’histoire, ce n’est plus la vérité mais une manière de juger devenue obligatoire pour tous, généralement très utile et ayant une valeur sociale . » C'est là que se pose tout le problème de la subversion du christianisme, du Mal-Entendu de l'Écriture, c'est-à-dire du vol de la Parole d'un Autre pour la transformer en vérité dogmatique adressée à la masse. Mais outre ce terrible esprit religieux qui voit la masse avant l'individu, il y a encore cet esprit « grenouilleux » du mysticisme. Celui met beaucoup plus l'accent sur l'existentialisme inhérent à l'Écriture, mais il n'a pas le courage de considérer la teneur prophétique de cet existentialisme comme un À-venir de la Résurrection : il veut maintenant et tout de suite !

Le prophète « grenouilleux » des mouvements charismatiques vole donc lui aussi le texte ; il est lui aussi est dans un Mal-Entendu du texte, mais il est beaucoup plus séduisant puisqu'il a tendance à s'adresser à l'individu directement. Qu'est-ce que sera son jugement ? C'est d'avoir transformé l'À-Venir de la Résurrection en une Promesse Ici et Maintenant. Il erre donc dans une forme de divination au nom du prophétisme biblique, promettant à l'individu la prospérité, le bonheur et la gloire dans la réalité présente, mais bonheur et gloire qui ne viennent jamais en vérité, puisqu'il faut tout abandonner. Même le Christ n'a pas développé ce pouvoir : Lazare est mort après sa sortie du tombeau ! La gloire qu'il vécut n'était pas la Promesse, mais son évocation, c'est pourquoi Lazare mourut ; et c'est pourquoi toute prophétie individuelle est imparfaite et doit mourir pour laisser place à la Promesse, à la Résurrection. C'est cela la maturité spirituelle : « les prophéties disparaîtront », dit le NT. De plus, la prophétie individuelle devient diabolique quand elle est élevée comme dogme, quand elle se fait l'égale de la Promesse ; de même en est-il du miracle. Aussi nombre de « prophètes » et de « faiseurs de miracles » seront jugés par le propre mysticisme ; et lorsqu'ils diront au Christ : « N'avons-nous pas prophétisé en ton nom et fait des miracles en ton nom », le Nazaréen leur répondra : « Soyez donc jugé par vos prophéties et vos miracles car vous les avez élevés comme Promesse : vous les avez fait Christ ! »

Soit donc, tu as raison selon moi ; si vérité biblique il y a, c'est pour qu'elle devienne pour moi-même une vérité prophétique, c'est-à-dire un cheminement vers Ma résurrection ; cheminement jour après jour, tandis que je meurs douloureusement d'une part, et tandis que d'autre part je vois sourdre en moi un Nom nouveau : ce que je ne suis pas encore mais que je deviens. Et cette vérité naît avec moi alors qu'elle se révèle à moi, au quotidien, puis meurt avec moi ; et enfin, ressuscite avec moi. Mais non parce que Je la ressuscite, mais parce que le Christ me ressuscitera, m'arrachera de la condamnation de la Nature, de la condamnation du Terreux, de cet homme qui n'entend pas le divin et qui veut l'expliquer. C'est ainsi que Dieu anoblira et révélera tout à fait la spiritualité qu'Il avait cachée en certains. Alors seulement viendra le « rien ne vous sera impossible », alors viendra, cette possibilité d'extérioriser au dehors ce qui est intérieur, sans être enfin limité par une Nature qui ici-bas est première. Ce qui sera Premier, ce sera l'homme, le fils de l'homme précisément, et la nature suivra ce qu'il Est, comme l'ombre me suit et ne peut me faire face.

Ce qui est paradoxal, c'est que le Mal-Entendu de l'Écriture est finalement le propre du judaïsme. En effet, le judaïsme, c'est vouloir la promesse ici et maintenant ; il parle ainsi de la réparation (tikkoun) du monde, d'où l'idée d'un messianisme régnant et de lois concrètes (morales, alimentaires…). C'est ce qui fait d'ailleurs sa fierté et son principal argument. Car le judaïsme s'empresse de critiquer la promesse de la Résurrection et le Royaume des cieux seul, disant qu'il y a là une forme de lâcheté, d'abandon, de ne plus vouloir « parachever le monde » dit-il, de refuser de l'améliorer. C'est en vérité tout le contraire, car le propre de la Résurrection c'est d'avoir le courage d'accepter que notre situation est sans issue, que toute réparation et parachèvement du monde est impossible, d'accepter qu'il faut que la condamnation ait lieu, qu'il faut mourir, et qu'il faut une recréation, non pour réparer, mais pour Glorifier. La lâcheté, c'est refuser cette impasse, et cette une lâcheté parce qu'elle refuse à l'homme la foi, la vraie, celle où seul l'impossible est envisageable : où il ne reste plus que Dieu, et en vérité, la Gloire. Le manque de pragmatisme, c'est finalement du judaïsme, précisément parce qu'il s'entête dans un excès de pragmatisme, dans une auto-persuasion sur le fait que des lois puissent transformer le monde quand Dieu veut bien plus : il veut le glorifier. Or, ce Mal-Entendu qui fait de la Parole une puissance pour ici et maintenant, c'est précisément dans cela que le christianisme est tombé. L'église est plus ou moins une synagogue finalement, la sanctification est plus ou moins l'équivalent du tikkoun, et la Puissance de la Parole n'est plus l'impossible de la Résurrection, mais l'idée de faire agir Dieu ici et maintenant, dans une forme de religion magique que des hypocrites font croire à tous qu'elle vient de Jésus-Christ.

#269 Re : Ancien Testament » Comprendre Dieu » 22-07-2012 16:03

Si je m'adresse en français à un Français, pourquoi ne me comprendrait-il pas ? De même que si Dieu me parle, je suppose qu'il est assez intelligent pour me parler dans ma langue, et très exactement selon ma situation intellectuelle, culturelle… existentielle en somme. Toutefois, il s'avère que le prophète Ésaîe disait : « mon peuple ne m'a pas compris » (je cite ce passage car je suis en train d'écrire un petit commentaire dessus…). Pourquoi donc, même au regard de Dieu, meilleur des pédagogues qu'on puisse imaginer, l'homme a encore la possibilité de ne pas comprendre ? Bien plus, il a même la possibilité de croire qu'il a compris, et de se proclamer porte-parole du divin, tandis qu'il est peut-être complètement à côté de la plaque. Et ce rapport complexe entre l'homme et Dieu est précisément le même qui se retrouve entre l'homme et son prochain.

Les hommes prennent les mots à la lettre : « Je te prends aux mots », dit-on à l'autre… de même fait-on avec Dieu. N'est-ce pas de là que vient notre problème d'incompréhension ? Il faut tout de même admettre que pour la réalité de la vie matérielle, c'est la meilleure démarche à avoir. Car enfin, celui qui ne prend pas la réalité à la lettre, c'est celui qui passe par la fenêtre pour descendre de chez lui alors qu'il habite au dixième étage d'une tour ; ne voulant pas prendre la Loi de la pesanteur à la lettre, il meurt. Mais faut-il s'adresser à l'autre et à Dieu, ou écouter l'autre et écouter Dieu, comme si l'on écoutait le message universel d'une Loi, c'est-à-dire comme si l'on écoutait un ange ? — « ange », ou mal’akh (מַלְאַךְ), dans l'hébreu, peut signifier « messager », c'est-à-dire porteur d'une vérité. Car il n'y a pas plus rigide et autoritaire qu'un message universel, soit donc qu'un ange ! Or, ce sont bien à des anges, c'est-à-dire à des concepts (« personnages conceptuels » disait Deleuze), que l'homme est soumis dans sa réalité quotidienne. Nous sommes soumis à leurs mots, c'est-à-dire des vérités lumineuses puisque justifiables par les preuves de la réalité. Elles ne sont pas des vérités devant lesquelles l'homme a recours à la foi, c'est-à-dire à une interprétations personnelle et unique comme tu le suggères. En revanche, les vérités issues de la foi utilisent des mots au sein de paraboles ou de métaphores. Car la réalité ne veut pas les justifier, et dès lors où elle est forcée de le faire, elle perd aussitôt son autorité : c'est ici la puissance de la Parole. Et en effet, comme tu le dis, un homme qui aurait cette puissance deviendrait créateur de sa propre réalité ; « rien ne lui serait impossible » ; il ne serait plus homme, mais fils de l'homme, étant sorti de l'homme et l'ayant aboli tout en l'ayant anobli.

N'est-ce donc pas finalement ceci le problème du christianisme : pratiquer la religion des anges. D'où cet engouement quasi psychiatrique à voir des anges dans certains milieux dits chrétiens. Et lorsque Jacques Ellul dit que « le christianisme est la pire trahison du Christ », n'est-ce pas justement parce que les chrétiens aiment les livres saints, tout comme les anges, eux aussi, aiment les livres gravés dans la pierre. Car il faut rappeler que la Loi fut donnée par des anges, non directement par Dieu (plusieurs passages bibliques en témoignent). Ainsi donc, le christianisme a-t-il toujours voulu faire de la Bible La Parole de Dieu, et de ce fait est-il souvent aussi intransigeant que les concepts, les vérités, et, comme les anges, sans souplesse existentielle, sans possibilité de comprendre l'autre en dehors du prisme de ses dogmes. En somme, le chrétien est devenu un savant imbécile ; ce n'est pas seulement Dieu qu'il ne comprend pas, mais c'est l'Autre, sa différence. La Bible cache en vérité quelque chose derrière ses mots. Ne faut-il la briser, la briser en tant que vérité pour écouter au-delà des mots ? Qu'est-ce que Dieu cache donc au-delà des mots, des anges, de la théologie définitive et de son encre noire si amère — Lui qui aime tant parler en paraboles ?

#270 Re : Nouveau Testament » Comment prier ? » 22-07-2012 11:02

gerardh a écrit :

« Le messie est toujours à-venir, et s'il est déjà venu, c'est un faux-messie » disait un philosophe juif. — Ce philosophe juif se trompait. Le Messie est venu, et c'était bien le Messie. "Et il est venu, et a annoncé la bonne nouvelle de la paix" (Ephésiens 2, 17)

Tu manques de concentration et de réflexion Gérard, car il est clair, non seulement que tu me lis à la va-vite, mais que tu es incapable de lire ta bible sans y placer le tribunal de tes doctrines à ta droite. Tu n'es pas libre de penser dans un espace large, mais seulement dans celui resserré et coincé de tes dogmes, c'est-à-dire de tes préjugés.

Si tu avais essayé de comprendre ce que je veux dire tu aurais parlé moins vite et avec plus de prudence, car tu aurais eu souvenir de ce que j'évoque ailleurs sur ce sujet, précisément dans une discussion sur ce forum et à laquelle tu as participé — mais encore une fois à ta manière, en faisant un copier/coller de versets, vite fait… et, bien fait, crois-tu. Je te redonne le lien ainsi qu'une partie de ma réponse sur laquelle tu pourras, je l'espère, un peu activer une réflexion : Lien : connaître Dieu

Pourquoi le propos du Christ est-il donc si intéressant désormais ? Parce que précisément, il n'a pas voulu être connu comme le messie, il n'a pas voulu sa couronne, son règne et sa gloire. Il a jeté un feu sur la terre, disant aux hommes : « Doutez de toutes les vérités ». Aussi a-t-il annoncé le royaume des cieux seul, disant qu'il était le messie en tant qu'il était venu nous dire qu'il venait ; d'où son refus d'affirmer sa divinité ouvertement, sachant qu'elle ne peut être ici-bas que cachée, et que dès lors où elle serait « trompettée » à l'excès, elle serait subvertie par l'homme qui voudra la rendre dominatrice, obligatoire et législative. Sa venue est donc à-venir, disait-il, et cette dernière rencontre, elle s'appelle la Résurrection. Elle n'est pas terrestre ; sinon le Christ est aussi un faux messie !

C'est précisément en affirmant haut et fort… et trop haut et trop fort la messianité du Nazaréen qu'on fait de Lui un faux messie, oubliant le propos paradoxal de l'Évangile : « Et vous, leur demanda-t-il, qui dites-vous que je suis ? Pierre lui répondit : Tu es le Christ. Jésus leur recommanda sévèrement de ne dire cela de lui à personne. » (marc 8.29-30). Si le Christ tient tant à son incognito, ne se révélant un peu plus ouvertement que dans l'intimité et non devant la foule, c'est parce qu'il « ne se fie pas aux hommes, parce qu’il les connaît tous, et parce qu’il n’a pas besoin qu’on lui rendît témoignage d’aucun homme ; car il sait lui-même ce qui est dans l’homme. » (jn 2.24-25) Et que sait-il de l'homme qui l'insupporte tant au point de désirer l'incognito ? Précisément que l'homme veut un messie qui soit déjà venu, un messie terrestre qui règne ici-bas, chevauche une armée et fasse couler le sang de ses ennemis… puis, qui prenne fièrement, au nom de la sainte communauté, la couronne politique. Un messie mondain. Le messie du diabolique. Pourquoi une telle démarche de la part des hommes ? Parce que l'homme veut un pouvoir auquel obéir : sa liberté l'angoisse et celle des autres d'autant plus. Aussi se fabrique-t-il un messie qui lui-même devra obéir aux règles de la morale, de la raison et des explications logiques de la réalité que les érudits concoctent dans leurs laboratoires d'apprentis sorciers.

L'homme religieux et l'Église ont donc fomenté avec le diabolique la doctrine du Retour terrestre du Christ, afin que, cette fois, leur méchant christ ne refuse pas la couronne des pouvoirs, dresse ses tribunaux religieux et moraux, et, bien sûr, règne avec les églises ! Mais le Christ de Nazareth ne reviendra pas sur terre ! Et s'il est le Christ, c'est précisément parce qu'il est à-venir : À la résurrection, dans l'ailleurs du Royaume des cieux. Aussi son mot est-il : « le royaume des cieux seul ». Mais si toi Gérard, tu te fais l'écho d'un Messie reconnaissable et aux intentions politiques et socio-culturelles, c'est-à-dire, non à-venir dans un futur aussi lointain que celui de la Résurrection, alors tu te fais l'écho d'un anti ou antéchrist (ce qui est la même chose), et de fait, ton dieu n'est pas mon dieu.

gerardh a écrit :

La grâce de Dieu transparaît à toutes les époques, mais le temps d'Eden était le temps de l'innocence. Il y eut d'autres temps ensuite dont le temps de la responsabilité et le, temps de la Loi. etc., etc.

« Vous, en effet, qui depuis longtemps devriez être des maîtres, vous avez encore besoin qu’on vous enseigne les premiers rudiments des oracles de Dieu, vous en êtes venus à avoir besoin de lait et non d’une nourriture solide. » (héb 5.12) Je réponds cela parce qu'il y aurait tant à t'enseigner sur l'Éden et cette lecture littérale, mondaine et Historique que tu fais des Écritures… Mais, au regard des 40 ans de croyance dont tu témoignes ailleurs, il me semble que je t'enseignerais inutilement. Tu crois probablement, comme le pensent, hélas, ces tarés d'intégristes américains, que le jardin d'Éden n'est pas allégorique, ou encore que les 6 jours de Création sont des journées de 24 heures. Lorsqu'après 40 ans d'Église on croit encore cela, le cas n'est pas de mon ressort. Je dirais plus : ça me fait peur ! Car malheur aux peuples si les hommes armés d'une telle pensée dogmatique obtenaient un jour le pouvoir politique : ce serait de l'islamisme intégriste, mais version chrétienté ! Et nous n'en sommes pas loin ; car sous le gant de soie des politesses ekklésiastiques, voilà bien longtemps que je sais que se cache le fer et la hache d'un totalitarisme doux et subtil dont se délecterait Torquemada.

#271 Re : Dogmes & Doctrines » Comment connaître Dieu ? » 20-07-2012 10:04

Il est vrai que j'ai cette bonne manie de répondre à une question par une question, et dans ce cas présent je trouve essentiel de le faire. Non pas que je te pose cette question à toi personnellement, car il me semble te connaître un peu « Le nuage blanc », mais c'est bien plutôt à la question intéressante que tu poses que je demande : « Pourquoi veux-tu connaître Dieu ? Qu'est-ce que ça peut bien te faire de Le connaître ? » Et plus globalement encore : « Pourquoi vouloir connaître la vérité ? » — Car enfin ! dans tous les domaines de la vie, connaître LA vérité est un enjeu considérable et bien souvent une grande source de profits et de gloires. Le chercheur qui découvre telle vérité est nobélisé ; le groupe pharmaceutique qui découvre la vérité, donc un nouveau médicament, fera fortune ; le journaliste qui découvre la vérité sur tel ou tel événement aura le prix Pulitzer ; l'artiste qui découvre la vérité sur le nouveau courant musical sera starifié, etc. Et, croit-on, le prophète ou la religion qui connaîtra le nom de Dieu, portant ainsi sa puissance, ce sera la religion et le prophète qui dominera le monde.

Il s'ensuit que vouloir connaître la Vérité dernière, ou Dieu, c'est d'abord se demander si nous n'avons pas sur Lui des préjugés « humains et trop humains ». Celui de penser que la vérité veut régner ici-bas et donner à ses disciples gloire, prestige et prospérité, n'est-ce pas là le préjugé le plus commun qu'on lie à la Vérité dernière ? De fait, n'est-ce pas un peu bizarre lorsqu'un homme dit : « Je veux connaître Dieu », tandis qu'il a déjà posé le postulat que Dieu veut lui donner ici-bas la domination, la richesse et l'applaudissement de ses semblables. Car comment peut-il demander : « Qui est Dieu », alors qu'il prétend à l'avance savoir Ses intentions, soit donc savoir qui Il est déjà plus ou moins. Y'a un truc qui cloche là. En vérité, cette attitude est l'engrais permettant à l'homme de se fabriquer des idoles. « Je veux te connaître, dit l'homme au divin, mais à condition que tu sois tel que je préjuge que tu dois être ; c'est-à-dire à mon service. Et si toutefois, ce n'est pas le cas, nous te subvertirons, nous te transformerons en notre image de la Vérité, c'est-à-dire que nous utiliserons ton discours, mais nous rejetterons ton esprit. »

C'est bien pour briser cette attitude qui Dieu répondit à Moïse qui lui demandait Son nom pour le donner au peuple : « Je n'ai pas de Nom et je n'ai pas de vérités. Je suis la vérité. C'est pourquoi je serai ce que je serai. Je suis LE vivant, non une vérité, non une statue qu'on adore ou une puissance qu'on utilise à son grès après l'avoir saisie et l'avoir fait sienne. Je suis celui qui est aujourd'hui et qui demain sera peut-être Tout-autre, car je suis dans la relation à l'Autre. La vérité que je suis aujourd'hui sera peut-être demain abolie pour toi, car toi aussi tu es le vivant, et les vivants qui se rencontrent ne sont pas des pièces de puzzle qui s'emboîtent, ou des pierres qu'on assemble pour bâtir un temple. Ainsi, l'homme qui me découvre se découvrira lui-même, c'est-à-dire qu'il découvrira qu'il est vivant, car cela, il ne le sait pas. »

Si ce rapide raisonnement est plutôt dans le vrai, je viens de connaître en quelque sorte une chose sur Dieu, et je l'ai connu parce que j'ai commencé à douter de mes préjugés. Lorsque nous jetons un feu sur nos vérités,  sur nos dogmes, sur nos certitudes, alors c'est ici que commence très souvent la Révélation. Il en est d'ailleurs de même pour toutes les vérités. Le chercheur, le journaliste ou l'artiste qui commence à douter d'une vérité reçue, c'est celui qui tend précisément à dévoiler la Vérité qu'il pressent être cachée derrière ce voile des préjugés. L'Histoire regorge de tels cas (Galilée, Mozart…). Et dans cette tension qui l'inquiète, il ne trouvera ni gloire, ni prestige ni richesses, mais l'opposition. Car la masse qui a adopté l'antique vérité et qui l'a statufié, trouvant en elle de nombreux profits, luttera contre le visionnaire pour préserver sa source de profit. Par contre, une fois le visionnaire mort, on adoptera finalement sa vérité, puis on fera d'elle aussi une statue, une vérité définitive, utile socialement et profitable financièrement. Puis un autre viendra qui la mettra en doute, etc., etc.

Où est la Vérité dès lors ? Elle est à-venir et toujours à-venir. De fait, « un messie qui est déjà venu est un faux messie, car le messie est toujours à venir » disait un philosophe juif. Pourquoi le propos du Christ est-il donc si intéressant désormais ? Parce que précisément, il n'a pas voulu être connu comme le messie, il n'a pas voulu sa couronne, son règne et sa gloire. Il a jeté un feu sur la terre, disant aux hommes : « Doutez de toutes les vérités ». Aussi a-t-il annoncé le royaume des cieux seul, disant qu'il était le messie en tant qu'il était venu nous dire qu'il venait ; d'où son refus d'affirmer sa divinité ouvertement, sachant qu'elle ne peut être ici-bas que cachée, et que dès lors où elle serait « trompettée » à l'excès, elle serait subvertie par l'homme qui voudra la rendre dominatrice, obligatoire et législative.

Car Sa venue, qui est donc à-venir, disait-il, cette dernière rencontre, elle s'appelle la Résurrection. Elle n'est pas terrestre ; sinon le Christ est aussi un faux messie ! Dans l'allégorie biblique, on parle d'un mariage, puisque ce qu'IL est devient là-bas tout à fait intime, et ce que je suis ne trouve non plus aucun obstacle à être — les juifs appelaient le saint des saints, la chambre des lits ; tandis qu'aujourd'hui, nous ne pouvons connaître que les fiançailles, que les prémices, « de manière obscure et confuse » disait Paul. Le Christ n'est donc pas saisissable ici-bas autrement que par un cheminement continuel, par la foi seule, c'est-à-dire aussi par la mise en doute sans pitié du dogmatique, du figé, l'église y compris, et surtout l'église je dirais. Le malheur de l'homme, c'est de s'arrêter trop tôt ; c'est de dire qu'il est marié tandis qu'il n'est que fiancé. Méfions-nous, car certains qui semblent adultères et sales sont en vérité fiancés et propres, alors que d'autres qui prétendent être mariés et tout parfumés sont en vérité adultères et vomitifs.

#272 Re : Nouveau Testament » Comment prier ? » 19-07-2012 21:28

gerardh a écrit :

Par ailleurs le Notre Père, dont par ailleurs tous les termes sont justes, n’est pas une prière adaptée aux temps de la grâce dans lesquels vit le chrétien.

Une petite réflexion non sans intérêt.

Je ne parlerai pas toutefois « du temps de la grâce », formule trop axée sur l'idée d'une histoire divine selon moi. Car les prophètes antiques, pour qui un Dieu qui donne gratuitement et sans la loi était encore une vue floue, savaient pourtant mieux rencontrer Dieu que nous. Et les redites de prières encapsulées à la manière « notre père » ne semblent pas être leur lot.
Ceux-là, bien que vivant à une époque « pleine de la loi », étaient pourtant plus prêt de la gratuité de Dieu que nombre de chrétiens. Certain chrétiens sont en effet bien plus sous la loi que l'étaient ces prophètes. Pour ces chrétiens-là, le « notre père » est donc adapté.

Les temps se mêlent et s'entremêlent, car l'histoire ne fait que se répéter. C'est pourquoi, pour Dieu, l'Histoire n'existe pas, mais seulement des histoires individuelles, et de tout temps certaines ont vécu un pas devant l'Histoire, tandis que d'autres ont vécu un pas en arrière. Il s'ensuit qu'il y eut parfois plus de grâce avant la grâce artificielle des historiens, et plus de lois durant la grâce artificielle des historiens.

Car le temps de la grâce n'a pas commencé à Bethléem, mais en Eden ! Et il doit duré pendant 7 jours, les 7 jours de la création. Bethléem n'est que sa confirmation et son sceau. Et pour ceux qui se trouvent avant comme pour ceux qui se trouvent après, le but restent pour les deux au-devant d'eux. Car c'est l'accomplissement de la grâce qui importe, et celui-ci, c'est le monde-à-venir. Aussi trouve-t-on les prémices du monde-à-venir de tout temps. « Le messie est toujours à-venir, et s'il est déjà venu, c'est un faux-messie » disait un philosophe juif. De même en est-il de la gratuité, elle est à-venir, puisqu'elle est la résurrection. Aussi est-il dangereux de découper l'histoire avec des « temps » de ci et de là, comme s'il y avait une histoire divine. Il n'y a que des histoires individuelles pour Dieu.

À propos du « notre père », ainsi que je le dis plus haut, je parlerai plutôt du fait religieux, du phénomène liturgique propre au rassemblement ecclésial, aux rassemblements collectifs, qui, inévitablement, ont besoin de stéréotypes et ne se plaisent guère dans l'immédiateté et le soudain. C'est une sorte de succédané d'inspiration, de prière protectrice pour ceux qui en sont encore au biberon, même après 10 ans de croyance — et qui veulent en rester là. De tout temps les hommes ont eu besoin de formules faites à la manière des « notre père ». Le problème est lorsque ces formulent sont « La Prière », lorsque l'homme ne sait plus que dire les mots des autres, et jamais les siens.

#273 Re : L'Akklésia (sans églises) & le Royaume des cieux » Quelle est la bonne manière de voir le Christ ? » 17-07-2012 10:12

Oui, je suis bien d'accord, car parler n'est que la première expression d'une chose qui précède cette parole : le Vouloir. Or, le vouloir, c'est du caché. Dieu nous a rêvé avant de nous créer. Je crois que j'en parle un peu ici : Au commencement, alors que je tente de dire que finalement : au commencement était le vouloir.

Exister, c'est somme toute extérioriser ce qui est intérieur, ainsi que le suggère l'étymologie du verbe « exister ». Je suppose que c'est de Son vouloir dont parle le Christ lorsqu'il parle du Père, c'est-à-dire de lui-même en réalité, mais de Lui qui n'était pas connu et que l'histoire n'est donc pas capable de faire connaître. Car la parole n'est pas cachée — elle. Elle est le « premier » instant dans un processus durant lequel la volonté, elle qui précède sa propre parole, va donc incarner par sa parole ce qu'elle a d'abord voulu dans son intimité. Elle ne dévoile pas cette intimité, elle ne dévoile pas le Père : elle l'évoque. Puis l'existence devient enfin pratique et concrète. La parole « matérialise » enfin, elle fait naître son vouloir dans la réalité, dans cette vie bigarrée, mouvante et particulière donc, et cette vie-là va alors d'autant plus n'être qu'une évocation du caché, du vouloir, c'est-à-dire de l'esprit de la parole, du Père. Ainsi donc, le réel devient son allégorie ! Il est un jeu par lequel les êtres s'aimant dansent, voulant s'aimer intimement et se dévoiler, mais le faisant dans une sorte d'art de s'aimer où la liberté de l'autre prime sur tout — même sur ce qui est raisonnable. Ici n'existe d'autre règle et d'autre loi que l'Autre.

Pour ce qui est de l'expression « prisonnière de son corps qui n'est qu'un véhicule », je sais fort bien que ce n'est pas ta pensée, mais je précise un peu pour les nombreux visiteurs anonymes du forum, afin que personne n'imagine que nous soyons en accord avec la pensée hindouiste qui considère le corps comme coupable. Le corps, c'est l'âme, tout comme ma vie réelle est finalement mon âme, mon petit royaume ; ma vie et mon corps sont bien l'expression de ma volonté, de mon intériorité qui essaie de s'extérioriser.

Or, à partir du moment où je soumets ma volonté, non plus à ma liberté, mais à une parole réglementée, c'est-à-dire à une parole qui traduit la vie, non comme si j'en étais le roi, mais comme si la connaissance en était la Reine… en ce cas, je vais incarner ma vie selon, au travers et par le média de cette parole devenue morte car définitive. C'est toute l'expression du « raté », du péché humain qui est à genoux aux pieds de l'arbre des connaissances dans la Genèse. Le corps devient l'expression, non plus de ma royauté, là où ma parole est libre d'exprimer la volonté de mon esprit, là où tout est possible, mais il devient l'expression d'une prison. Prison de la connaissance, laquelle affirme l'impuissance de ma liberté que j'ai perdue presque totalement ; laquelle connaissance limite le possible à ce qu'elle sait. Dès cet instant, mon corps, c'est-à-dire mon âme, tombe, et toute la terre tombe avec lui, toute la Création, car mon corps aurait du être un royaume ! L'homme a été donné par Dieu pour être engendré de lui tel un dieu ; mais de roi en devenir et édictant ses vérités, il s'est fait esclave de vérités éternelles qu'il invente en contemplant la connaissance. Béat comme l'est un benêt qui sait tout.

Ayant renié sa vie, il se meurt et devient corruptible. En ce sens il est en prison dans son corps, non parce que le corps est mauvais en lui-même, mais parce que l'homme a perdu librement le corps qu'il aurait pu choisir d'avoir. Il s'est fait une création, un monde et un corps raisonnable, limités par les lois de la sagesse humaine. Soit donc, son identité est corrompue et il ne sait plus qui il est : il ne peut qu'imiter. L'hindouisme a donc tellement peur de la liberté, qu'il condamne comme un damné, et le corps et l'individu avec. Tandis que l'Écriture aime tant la liberté, qu'elle le ressuscite incorruptible, donnant à l'homme une autre chance de s'incarner dans l'infini des possibles ; non plus par les connaissances, mais par l'esprit : dans le Père. Cette nouvelle identité, bien sûr — nul ne peut la connaître vraiment si ce n'est celui à qui elle est donnée et qui la reçoit. Chaque-Un reçoit « un nom nouveau que personne ne connaît, si ce n’est celui qui le reçoit » (apo. 2). Être un, c'est d'abord respecter l'intimité et le particularisme de chaque-un, afin que s'aimer soit un consentement. C'est ainsi qu'aimer devient une explosion de joie, une puissance où non seulement tout est possible, mais où l'autre est mon roi et moi-même son roi ! Tandis que dans l'hindouisme, être un est une grande partouze où chacun viole l'autre tout en étant lui-même continuellement violé par l'autre : Nul ne reçoit un nom nouveau, mais tous portent le même nom : Totalité. Tel est le nom de l'enfer, lui qui consiste à ne plus être, c'est-à-dire où tous doivent servir un Absolu.

#274 Re : Dogmes & Doctrines » Les Écritures me sont nécessaires comme repère » 17-07-2012 08:43

Thamis. a écrit :

Néanmoins même si l'Esprit m'enseigne, les Écritures me sont nécessaires comme repère quoique le diabolique les connaissent bien lui aussi.

Oui… bien sûr, les Écritures sont utiles, et toute parole est utile d'ailleurs, de même que tout livre est utile. Et encore, ayant parfois besoin de telle parole précisément, il se peut que je ne la trouve pas dans la bible explicitement. Je me rappelle avoir pleuré en lisant « oncle Vania » de Tchekhov, parce que quelque chose m'était dit, mais ce quelque chose, je ne l'aurai probablement pas entendu quelques années plus tôt — c'était le moment ; et c'est par la bouche de Tchekhov que je l'entendais. Et à ce moment, ce n'est pas l'Écriture qui m'a donné ce pain ! Et ceci n'est qu'un exemple parmi bien d'autres.

Il n'en reste pas moins que la bible reste particulière et inégalée, non parce qu'elle serait la seule lecture dont l'homme ait besoin — surtout pas ! Mais parce que ce qu'elle dit est très exactement ce que veulent dire les autres livres. Pourquoi donc écouter ailleurs ce qu'elle dit elle-même, me répondra-t-on ? Parce que, paradoxalement, l'esprit de l'écriture le désire ; il désire que nous reformulions par nous même le témoignage dont rend compte le texte, que nous le fassions exister dans notre vécu, dans notre parole, dans nos histoires personnelles : que de parole écrite et définitive, elle devienne vivante dans ce que je suis, dans ce que je cherche, dans ce que je deviens. En vérité, la bible veut que nous la ressuscitions ; et c'est ici que des dents grinceront, car nombre de lectures dites « anathèmes » seront reconnues par Dieu, tandis que nombre de textes et commentaires dits « spirituels » seront rejetés. Méfions-nous.

Le problème est donc bien là : dans l'interprétation ! Car le propre du sectarisme est de laisser le texte pour mort, de le rendre définitif, de l'appeler « Parole de Dieu » comme les païens appellent leurs statues Zeus, Athéna ou Râ. C'est-à-dire de rendre le texte divin dans le sens même où le musulman entend le coran. Pour lui, il faut le rappeler, le coran est l'équivalent du Christ ; le coran est tombé littéralement du ciel et ne doit pas être retouché, c'est-à-dire interprété, saisi par l'individu, dans son temps, son histoire, sa volonté, etc. Il doit demeurer un discours unique et vrai pour tous, partout et toujours, quels que soient les histoires, les vécus et les volontés individuelles. C'est ainsi que le christianisme a transformé la bible : Il a coranisé l'Écriture.

De fait, ce qu'on entend tel un somnifère hypnotique dans les églises, ce bon vieux refrain du christianisme intégriste et taré, le fameux : « le diable aussi connaît les écritures » — il n'y a rien de plus faux. S'il y a précisément un homme qui ne connaît pas la bible, c'est l'homme diabolique ! C'est-à-dire le religieux qui l'étudie et la scrute le plus. Pourquoi ? Parce qu'il croit que l'homme a besoin de la Bible, tandis que c'est la Bible qui a besoin de l'homme. La bible a besoin de nous afin que ce qu'elle dit, nous l'incarnions ; que nous le fassions vivre ; afin que l'esprit dont témoigne le texte devienne « existentiel » dans mon histoire personnelle. Sortant ainsi de l'encre, l'Esprit brûle le livre et le réécrit : Dieu n'écrit que sur du sable, ainsi qu'en témoigne l'Évangile.

Le geste est donc exactement le contraire du diabolique, lui qui n'a pas appris, qui ne peut concevoir et ne peut même pas imaginer du livre une telle chose. Dire qu'il ne le veut pas serait encore faux, car il ne peut le vouloir ou ne pas le vouloir, il ne peut imaginer sortir de son encre : il est l'encre même. Sa nature même est de ne pas être. Aussi il fige, pétrifie le livre ; il livre le livre en dogmes, en vérités éternelles ; et transformant ainsi l'outil en dieu, il devient idolâtre. Mais paradoxalement, faisant cela, l'homme ekklésiastique et scientifique fait cependant encore exister l'Écriture : on n'échappe pas à la vérité. Car l'Écriture elle-même témoigne que certains, en la prenant, se nourriront de son encre, du sang du diabolique en quelque sorte ; tandis que d'autres ne nourriront de son Esprit, buvant au sacrifice de sa parole pour la ressusciter dans un a-venir. La bible, et ainsi que toute parole et que tout livre, propose donc à l'homme de se nourrir de ce qu'il veut, lui disant : « que ta volonté soit faite ». Soit donc, que celui qui assimile la Parole à un pain forgé dans les lumières de nos intelligences afin que l'homme puisse discerner le bien du mal, que cet homme s'en nourrisse donc de cette manière : puisqu'il le veut. Ce pain diabolique le rendra certainement fort ici-bas, et probablement que de nombreuses richesses lui seront associées, car le diabolique aime ses boulangers et la vie ici-bas aime ses boulangers. À contrario, que celui qui y trouve le pain de Vie et son vin s'enivre donc, car ce repas là est gratuit, bien qu'on ne puisse ici-bas n'en goûter que les prémices et n'en voir que l'aube cachée.

#275 Re : Nouveau Testament » Comment prier ? » 15-07-2012 05:31

Thamis. a écrit :

[…] juste une question de curiosité, un peu hors sujet : Dieu me répond intelligiblement immédiatement, mais aussi parfois "l'adversaire" s'incruste, vous aussi Dieu vous parle-t-il intelligiblement ? Ou n'est ce que la chronique d'une psychose ordinaire ?

Parler de manière intelligible ne signifie pas que l'on soit compris, bien que les mots soient intelligibles. De même qu'une chauve-souris avec des cheveux est en réalité une souris, cela ne veut pas dire pas que la souris chevelue soit consciente qu'elle sait voler.

Ainsi, entendre une voix intérieure ne signifie pas que ce soit dieu ou diable, ce n'est peut-être que toi qui te déguises. Pour ce qui me concerne, je sais que chercher des signes rend fou, et celui qui cherche des signes en trouvera, à coup sûr. De même, pour celui qui désire entendre des voix, il est certain qu'il en entendra, et s'il est talentueux, il peut très vite devenir prophète : il peut se déguiser en prophète. Et, se convainquant qu'il l'est véritablement, il sera très difficile ensuite de lui faire comprendre que dieu parle en parabole de manière intelligible ; très difficile de lui faire comprendre cela puisque le petit prophète du dimanche a décidé que dieu lui parlait ouvertement. Il est tellement spirituel qu'il ne peut en être autrement.

Ainsi, toutes ces portes si facilement ouvertes, de même que ces visions si facilement révélées, qu'elles se nomment dieu ou diable, et tandis qu'elles sont si claires et si précises, je les considère comme une source profonde d'ambiguïtés parce qu'elles mettent un mors à la bouche : elles obligent, elles subliment, elles écrasent par le spectacle qu'elles offrent à l'intériorité de l'homme. Elles sont en fait une menace cachée. Or, il m'est bien difficile de penser que je sois un cheval soumis et dieu le sublime cavalier qui me dirigerait par le sublime mors du mysticisme ; et encore moins je désire être un bourricot, même si je voyais un ange et l'entendais me parler. Et je suppose aussi que la souris, une fois devenue enfin moins bête, comprendra alors qu'elle n'a rien de commun avec la chauve-souris, car même si intellectuellement, même s'il est clair que les mots les rapprochent, elles sont totalement éloignées l'une de l'autre.

À quoi donc sert le rapprochement des apparences intellectuelles qui savent déguiser les souris en oiseaux, les diables en dieux et les injustes en justes ? À donner à rire au spirituel ; lui qui ne se prend pas au sérieux. De même faut-il rire des voix divines et des voix diaboliques, ne pas craindre de s'en moquer ouvertement, ou ne pas avoir peur de scandaliser les justes, etc.

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