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sans églises


aux réchappés du jugement de l'Église :
« Il a trouvé ma faveur au désert, ce peuple réchappé du glaive » · jér. 312
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#51 Re : Nouveau Testament » Le personnage de Paul » 19-07-2013 08:33

  Oui… toute action prophétique est toujours récupérée au profit du religieux — on veut faire basculer la « révélation » dans un autre vocable : la « réforme ». Quelle connerie, quelle débilité ! Il ne s'agit pas de se réformer, mais de mourir… et d'entrer dans une autre Réalité !

  Même l'animal, au sein de son troupeau, sait se réformer pour s'adapter à son monde grégaire fait de dominants et de dominés : rien de plus social qu'un loup, rien de plus enclin à l'esprit réformateur qu'un loup. Le loup alpha, c'est le réformateur qui va exclure l'ancien loup alpha de sa position dominante :  le loup, c'est le réformateur qui bientôt sera lui-même excrété dans la prochaine réforme. Soit elle se fera avec toute la vicieuse subtilité de la Démocratie : réformes & dépoussiérages (on cache les tâches de sang et on le congèle) ; soit elle se fera grossièrement : révolution & violence (on en appelle au sang pour se justifier). Et dans ce maudit cycle à la con parce qu'on le croit positif et progressif, tout le monde attend le Messie. Mais le Messie ne viendra pas ! Il mourra et ressuscitera — et qui L'aime Le suive, loin des réformes avec ses sages administrations, loin des révolutions avec ses puissants miracles : loin des chimères et des miroirs aux alouettes — jusqu'au royaume des cieux.

#52 Re : Dogmes & Doctrines » La foi est un terrain miné » 19-07-2013 08:07

Le nuage blanc a écrit :

... en le séparant de son trône d'éternité.

  Oui, « en le séparant de son trône d'éternité » ! Nous sommes sortis de l'éternité, et le salut consiste à enjamber l'éternité. Chose absurde, incompréhensible… burlesque, extravagante, louftingue ! car qu'est-ce qui est plus grand que l'éternité et comment la dépasser ?

  Dieu est plus grand que l'éternité et il la dépasse. C'est de son sein qu'il nous a retiré, lorsqu'un jour, il fit jaillir le temps, « la possibilité de changement » disait Chestov ; « le péché » disent les Grecs, les hindouistes, les sages et les religieux, eux qui rêvent d'une immuabilité éternelle : là où plus rien n'est mouvant et changeant, là où le fantasque, la Vie quoi, avec sa mouvance, sa mutabilité… ! n'a plus lieu d'être. Là et où il est interdit de mourir autant que de vivre. Là où pour l'être, cette béatitude-là s'appelle l'enfer.

#53 Re : Dogmes & Doctrines » La vie dans la foi » 19-07-2013 06:47

Le nuage blanc a écrit :

Le Christ fut le premier à le relever, et l'agent principal permettant désormais à l'homme aussi de le relever.

  Ce que tu dis m'apparaît tout à fait correct et dans l'esprit dont témoigne l'Écriture (et c'est notamment bien dit). La Loi est en quelque sorte la voie menant vers Dieu par le chemin du diabolique. C'est-à-dire qu'elle conduit et éveille l'homme à vouloir se saisir de la promesse divine : mais, parvenue à ses portes, voici que la Loi, grande accusatrice et parfaite dans ses exigences, révèle alors à l'homme son impuissance à franchir le seuil. L'homme livré à la conscience lumineuse du bien et du mal ne peut aller au-delà ; il ne peut entrer là où se trouve Dieu : Dieu et Dieu en l'homme.

  Il a reçu par la loi la révélation de ce ne pas connaître Dieu, de ne pas le penser, de ne pas le comprendre — et de ne jamais pouvoir y parvenir par le chemin de l'obéissance aux lois du bien et du mal. Toute la subversion consiste donc à s'entêter, à avoir le coup raide — à imaginer Dieu comme la perfection face à la Loi, comme l'Être qui, face à la loi, accomplit cette dernière ! Rien n'est plus faux ; rien n'est plus diabolique ! Et c'est même là une offense suprême faite à la Loi. En effet, puisque celle-ci, en tant que servante, a été donnée par Dieu pour aplanir le chemin ; mais elle n'est pas le chemin. Faire de la Loi le chemin est l'insulte la plus grave qu'on puisse faire à la Loi. C'est la rendre folle !

  Voici donc l'ambiguïté et le grand mal-entendu de cette parole : « Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir la Loi ». En effet, le Christ n'est pas venu accomplir la Loi en ce qu'Il serait parfait, irréprochable et sans jamais désobéir à ses commandements. Niet ! Lorsque le Christ dit : « Je suis venu accomplir la Loi », il dit en vérité : « Je suis venu lui désobéir ! ». C'est-à-dire : « Je suis venu accomplir la promesse. Mais la Loi étant incapable de la donner, à cause de votre Nature, je vais toutefois accomplir la promesse sans la Loi : Je suis Dieu. Comment donc vais-je le faire ? Non seulement sans la Loi, mais encore contre la Loi. En dépassant son exigence ; en demandant plus qu'elle n'exige : en étant maître de la Loi et en offrant la perspective aux hommes de devenir eux-mêmes maître de la Loi : des Fils de l'homme. Ainsi donc, en leur offrant, à eux aussi, la folie, l'absurdité, la Foi de désobéir à la Loi et de la vaincre. C'est ainsi que toute loi est faite par l'homme et pour l'homme, et non l'inverse. »

  « Ainsi donc : Je vais pardonner l'impardonnable devant la Loi ; c'est-à-dire que je vais pardonner gratuitement, sans avoir à payer quoi que ce soit à une obéissance, à des lois de récompenses et de punitions, et à une quelconque morale. Qu'est-ce mon sacrifice dès lors ? Ce n'est pas un paiement à la Loi ! Je suis Dieu et je ne marchande pas avec la malédiction ! Mon sacrifice est un paiement à votre conscience. Sachez donc, par mon sacrifice, combien je vous aime, et combien je pardonne tout, sans lois ni morales : mon sang est un jugement contre les jugements de la Loi ; il est un jugement de votre culpabilité : il est votre déculpabilisation.

  En outre, sachez que ma résurrection est vraie, concrète, réelle et non allégorique. J'ai le pouvoir, non seulement de vous déculpabiliser, mais encore de vous redonner une vie, un corps et votre individualité s'épanouissant dans une réalité où vous n'aurez pas à comprendre la science, à boire son encre, mais à lui ordonner tel un roi ordonne à ses sujets que sa volonté soit faite ! Tel est mon monde, tel est mon royaume, telle est la résurrection : le Royaume où chaque Être est Dieu, où chaque-Un est Fils. Ici-bas, ce monde s'appelle le monde de la foi seule. Heureux celui à qui je donne d'y entrer »

  « La Loi n'est donc pas abolie pour tous ceux qui ne croient pas en moi — sinon l'homme retournerait à l'animalité ; mais elle est abolie pour ceux qui ont foi en moi. Ne demeurent pour l'homme de foi que les lois physiques, en attendant la résurrection où même ces lois lui seront alors assujetties ; mais quant à la spiritualité de la Loi et des morales, elle est tombée pour l'homme de foi : il n'est plus redevable aux lois dans le domaine spirituel, il est sa propre moral, il est, selon votre langage, un anarchiste : « Je voyais le satan tomber ». Par la foi seule est donc accomplie la Promesse que la Loi aussi percevait — mais elle est accomplie sans la Loi. J'ai ôté votre fardeau. Pourquoi donc s'en ressaisir en construisant vos temples ecclésiastiques, vos dogmes, vos règles morales et spirituelles, et en vous agenouillant aux pieds de vos obéissances ecclésiales ? »

#54 Re : Le concept d'Église : humain, trop humain » L'œcuménisme » 30-06-2013 05:49

  Le Christ est anti-œcuménique et quiconque prêche l'œcuménisme va contre l'esprit de l'évangile. C'est ce que nous apprend le comportement du Nazaréen dans ce passage de Marc :

Jean lui dit : Maître, nous avons vu un homme qui chasse des démons en ton nom ; et nous l’en avons empêché, parce qu’il ne nous suit pas.
Ne l’en empêchez pas, répondit Jésus, car il n’est personne qui, faisant un miracle en mon nom, puisse aussitôt après parler mal de moi.
Qui n’est pas contre nous est pour nous. (9.38-39)

  Ainsi donc, le Christ voit d'un bon œil la disparité des mouvances et insiste pour qu'on « n'empêche pas », qu'on ne défende pas et qu'on ne s'oppose pas à cette disparité vivifiante. L'Évangile doit être inféodé à toute centralité ! Mais les disciples, alors plein de religiosité, croyaient avoir le monopole du Christ et prêchaient déjà l'œcuménisme. Ils étaient alors charnels et s'ils avaient vécu au 20e s. ils auraient probablement applaudi des deux mains cette diablerie de Joseph de Maistre : « L'Évangile hors de l'Église est un poison ».

  L'œcuménisme est un problème typiquement et uniquement ecclésiastique. C'est un problème politique. On veut le contrôle et pour cela on édicte un dogme selon lequel l'Église détient le Christ, son Esprit, sa révélation et qu'en dehors d'elle la parole du royaume est condamnable. Aussi faut-il lutter de toute ses forces contre l'œcuménisme qui est un poison. Il faut favoriser les mouvances, les libertés, les disparités et insister sur ce scandale de l'esprit évangélique qui souffle où il veut, quand il veut et comme il veut. Il faut surtout ne pas tomber dans la « sagesse » évangélique qui, avec le Cardinal Daniélou prétend que : « Si nous séparons l'Evangile de l'Église, l'Evangile devient fou ». Bien au contraire, séparons tant que nous le pouvons l'Évangile de l'Église, car l'Église est son étouffoir !

  L'œcuménisme n'est que la machiavélique tentative de fonder une église universelle réunissant toutes les dénominations, et en dehors de laquelle on serait interdit et jugé comme satanique si l'on osait prétendre suivre le Christ sans la suivre. L'œcuménisme est la crucifixion du Christ.

  Il y aurait beaucoup à dire sur l'esprit malsain dont est animé l'œcuménisme. En effet, cette passion pour l'unité est typique de la raison humaine et cette obsession du Un est notamment typique des religions hindouistes et bouddhistes. L'œcuménisme conduit inévitablement au syncrétisme et ne peut y échapper malgré ses efforts. L'œcuménisme tend à bâtir un monstre titanesque et tyrannique au sein duquel le Christ, associé à Moïse, Bouddha, Mahomet et les Sciences humaines n'est plus le Christ. C'est pourquoi l'Église, qui est déjà animée de cet esprit, intègre de plus en plus des données hindouistes et scientistes dans ses dogmes, ses comportements et sa lecture de la bible. C'est vers un grand malheur qu'elle se dirige.

#55 Re : Échanges au jour le jour » Jésus et Bouddha d'Odon Vallet » 17-06-2013 07:57

Le nuage blanc a écrit :

Il vaut mieux imiter le « je » en se fabriquant un « moi » de surface.

  Je pense qu'à la racine se trouve la peur de la pensée existentielle dont est toute emprunt l'évangile… et de de la pensée existentielle en général.

  Il vaut mieux imiter le « je » en se fabriquant un « moi » de surface. Mais quand la mort aura dévêtu le « moi », on verra alors — au-delà des comportements et des détails pragmatiques de ces « moi » — s'il n'existe un « je » derrière et au-delà. Le « je » qui aujourd'hui scandalise les « moi », ces peureux qui se tiennent au chaud les uns contre les autres dans leurs ekklésias tant ils ont peur d'assumer leur existence, leur devenir, leur tout-autre — les « je » sauteront alors de joies en s'aimant sans complexes… Tandis que les « moi » grinceront alors des dents, nus, déshabillés, étant devenus des consciences désincarnés sans repos ni paix ni vie — avec leur seule mort comme compagnon !

#56 Re : Ancien Testament » La loi » 17-05-2013 12:36

Le nuage blanc a écrit :

C'est d'ailleurs le cas pour toutes les formes de loi.

  Oui… Il y a une première chose que le christianisme établi, tout autant que les autres religions ainsi que le monde athée, n'arrivent pas à saisir. C'est le lien inéluctable entre ce qu'on appelle la Loi de Moïse, la thora, ET, la Raison en général, c'est-à-dire toutes les lois de la physique, les lois de la Nature, et tout ce que l'homme en a fait par son génie intellectuel en les étudiant : morales, éthique, déontologies, sciences de toutes sortes, politiques, philosophies rationnelles et spéculatives, religions, etc., etc. La Loi de Moïse n'est somme toute qu'un modèle, une esquisse, un crayonné de ce que l'homme est capable d'intellectualiser lorsqu'il observe la vie à l'aune de la raison. La première évocation de cette démarche s'appelle dans la Bible « l'arbre du bien et du mal » [gen 2] ; et il existe dans l'Histoire d'autres démarches identiques, je pense notamment à l'activité des philosophes grecs qui eux aussi, comme Moïse, ont lutté contre l'idolâtrie en établissant comme vérité première les vérités intellectuelles et morales. L'Histoire humaine n'a ensuite fait que retravailler sans cesse ces premières révélations de la raison qu'ont reçu des hommes comme Moïse, Socrate ou encore les gourous hindous qui eux aussi ont vu dans la pure science la vérité dernière… bien qu'eux n'ont pas eu le talent grec d'épurer leurs études de l'antique tradition mythique. Le fond demeure toutefois identique. Bref… après plusieurs siècles, l'arbre de la raison dont nous parle la Genèse se trouve être gigantesque, ses ramifications sont innombrables ; il suffit de faire le bilan des lois que l'homme a promulguées en cueillant les fruits de cet arbre pour développer sa puissance intellectuelle. De fait, les premiers rudiments de ses premiers « prophètes » sont souvent vus comme archaïques. C'est pourquoi la Loi de Moïse dans son origine est presque totalement inapplicable à notre modernité, à moins qu'elle soit reformulée et modernisée au fur et à mesure des progrès de la pensée. C'est toute l'activité du Talmud et ce par quoi les penseurs juifs sont souvent visionnaires… et c'est l'échec de l'Islam qui n'a pas suffisamment fait évolué sa Thora arabe.

  De plus, si on parle ici de la « révélation » de la raison, de la Loi, c'est à juste titre. En effet, l'Écriture elle-même évoque cela en disant que « la loi a été reçue d’après des commandements d’anges » [ac 7.53], qu'« elle a été promulguée par des anges » [ga 3.19] Les anges, très tôt dans la pensée hébraïque, sont considérés comme des puissances savantes et de ce fait non libres, ce que l'homme dont la conscience intellectuelle est faible appelle des dieux… d'où l'idolâtrie. Ce sont les forces de la Nature, les forces qui régissent le monde. Le mot « élohim », malencontreusement traduit par « Dieu » en est la forme monothéiste, c'est pourquoi « élohim » signifie littéralement « les dieux », et plus précisément « les déesses », puisque c'est un féminin. Moïse a donc transformé ce pluriel en un singulier, notamment en usant du tétragramme Yhwh, en écartant sa dimension existentielle précisément adogmatique et a-thoranique. Il a ainsi intimement lié le Dieu unique avec la Raison et ses promesses de bonheur à quiconque s'y soumet (cela sous la poussée du peuple en vérité). Le monothéisme est une évolution de la Raison, à n'en pas douter. Ailleurs, l'athéisme, la philosophie ou les religions asiatiques parleront de Monisme, éliminant la racine « théos » pour parler d'un principe Unique, de l'équation Universelle ou de l'Un dans l'hindouisme et le Bouddhisme. Le Monisme est une évolution du Monothéisme, à n'en pas douter. Le Monisme est une gigantesque puissance, écrasante, qui a déjà soumis le judaïsme puisque la kabbale voit en lui le Ein Sof, le Néant de type bouddhiste qui selon cette théologie se trouverait derrière Elohim et Yhwh, lesquels n'en seraient que des émanations. Le Monisme est aujourd'hui en train de soumettre subrepticement le christianisme.

  Enfin, il y a une seconde chose cruciale que le christianisme est incapable de voir et sur lequel sont aveuglement est décisif. C'est cette parole du Christ : « Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes ; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. » [mat 5.17]. Le Christ n'est pas venu obéir à la Loi, mais il est venu accomplir sa promesse. Or, pour cela, il a initié une autre dimension de la pensée : la Foi. C'est-à-dire qu'avec la foi, il discrédite la Loi tout en reconnaissant que sa condamnation de notre nature et juste, MAIS, il offre à l'homme le dépassement de l'un et de l'autre, de la loi et de la mort qui existe en vertu de la loi. La promesse est en effet impossible à accomplir par la loi, celle-ci étant impuissante à cause de notre nature même, totalement soumise dans son essence à la nécessité, à la Nature et à ses ordres : totalement religieuse en somme, parce que dogmatique… totalement mortelle donc. C'est pourquoi, il faut absolument rattacher ce verset au suivant : « Je vous le dis en vérité, tant que le ciel et la terre ne passeront point, il ne disparaîtra pas de la loi un seul iota ou un seul trait de lettre, jusqu’à ce que tout soit arrivé. [5.17]. C'est-à-dire qu'il y a une finalité de la loi, et cette finalité c'est précisément lorsque l'homme commence à vaincre la raison, les dieux, les anges, les lois et leur principe d'unicité intello-moraliste dans le monothéisme et le monisme. C'est pourquoi le Christ ne fait jamais appel à Dieu, mais au Père. L'homme chrétien, regardant la croix où son Père lui pardonne tout contre la raison, et gratuitement, voit soudain qu'il n'a pas été créé par le divin et ses principes raisonnables pour s'y soumettre, mais qu'il a été engendré par un Père pour avoir de Lui la même nature, la même liberté sur les lois, les morales, les puissances rationnelles. C'est-à-dire pour dominer la raison, accéder à l'impossible et même juger les anges disait Paul : pour vivre par la foi seule !

#57 Re : L'Akklésia (sans églises) & le Royaume des cieux » Fréquentation du forum » 16-05-2013 21:00

  S'il y a si peu d'intervenants sur ce forum c'est tout simplement parce que l'Église a trahi le Christ. Elle l'a tué et le tue continuellement. Kierkegaard avait raison.

  Et puisque le « chrétien » ne peut vivre sans sa petite église, sans son corpus christi bien visible, bien connu, et précisément en façonnant le Christ de sorte qu'il ne soit absolument pas incognito ; parce que sa théologie de l'église-corps du Christ lui apprend à rendre visible le Christ au travers d'œuvres ecclésiastiques, le rendant parfaitement tangible, sensible, et raisonnable, en Le soumettant aux ordres de la morale ; puisqu'il ne peut vivre sa foi de façon akklésiastique donc, n'acceptant pas le fait que l'Église a crucifié le Christ… De ce fait, il ne peut communiquer avec le christianisme akklésiastique comme si celui-ci était aimé du Christ. Il ne peut communiquer avec lui qu'en considérant qu'il est apostat.

  Lorsqu'un certain christianisme akklésiastique se lève, c'est le Christ qui se lève. Or, le chrétien religieux est voué à sa théologie de l'église, il ne peut donc croire à la résurrection du Christ quand celle-ci lui demande d'en finir avec l'Église ; d'en finir avec la preuve de Sa résurrection en abolissant les théâtres de prophètes, de miracles et de morales qu'ont bâtis les églises. Il ne peut croire à l'incognito du Christ, à son rapport avec l'homme absolument existentiel, akklésiastique ! Il ne peut croire au Christ et lutter en même temps contre toutes les tentatives ecclésiastiques par lesquelles le religieux tente de rendre évident Sa résurrection. Il ne peut croire que rendre le Christ visible, ecclésiastique, c'est précisément Le trahir. Comment donc pourrait-il dialoguer avec le Christ akklésiastique ? Il se sentirait Le renier sous la coulpe amère de l'autorité de l'église.

  En somme, il ne voit pas la délivrance. Il ne voit pas qu'il serait soudain en droit de cesser de Le crucifier, alors que, dans sa fidélité à l'église, il enfonce les clous à ses membres à chacun des cultes, des messes, des miracles et des morales que l'église édicte noir sur blanc pour convaincre le monde. Il ne lui resterait que le tombeau vide, que la foi… ce qui pour lui est un cauchemar. Aussi, préfère-t-il le laisser sur la croix, puis se justifier en faisant du tombeau vide une caverne de voleurs et de menteurs : miracles, signes, promesses morales du bonheur, prophéties à deux balles et théologies dogmatiques, etc.

#58 Re : Ancien Testament » La loi » 15-05-2013 16:32

  Il faut ici rappeler le mot de Luther dans son commentaire aux Galates :

« La loi et l'Évangile sont étroitement unis dans l'intention. C'est ce que Paul signifie : “Sous la loi, nous étions gardés enfermés pour la foi qui devait venir” ».

  Ainsi donc, la loi a bien l'intention de la vie, et d'ailleurs, elle la promet ! Simplement elle ne peut tenir sa promesse. Non que cela soit dû à son impuissance, mais plutôt à notre Nature même. L'illusion qu'elle puisse donner la vie est de ce fait plus précisément une illusion sur notre Nature ; nous pensons que sa réparation ou sa sanctification suffiront… et nous pensons cela de tout le créé en général. Il faut en vérité tuer cette Nature. Ce qui suppose, pour ensuite trouver la vie, de même que le grain meurt et repousse Autre, d'envisager et la résurrection et un Dieu au-dessus de la loi.

  Pourquoi au-dessus de la loi ? Précisément parce que la loi affirme honnêtement l'irrémédiable de notre condamnation, de notre mort, reconnaissant son impossibilité de tenir la promesse. Aussi ne ment-elle pas. Elle est bien le chemin qui aplanit dans notre cœur un chemin pour le Christ ; un cœur qu'elle transforme en désert en avouant son impuissance, faisant de lui un chemin sans chemin où la solution tient de l'ordre de l'impossible : de l'ordre de la foi seule, sans la loi… qui a fini son office et peut désormais se retirer. Le désert, bamidbar, ne se lit-il pas d'ailleurs en Hébreux : « le lieu de la parole ».

  Quiconque reçoit d'En-Haut la révélation de la loi est inévitablement conduit vers la foi sans la loi. Et s'il n'y est pas conduit, c'est qu'il n'a pas réellement reçu la révélation de la loi. Et probablement la prend-il encore comme prétexte pour demeurer dans son sortilège. Ce sortilège par lequel il pense n'être que partiellement en défaut face à la loi, comme n'étant que blessé, quand il est en vérité mortellement en défaut devant son glaive… dans une impasse absolue où la loi lui réclamera le moindre centime sur ses actes, ses paroles et ses intentions.

#59 Re : Le concept d'Église : humain, trop humain » La perception selon Kant » 15-05-2013 15:54

  « A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu… » disait Rimbaud dans son poème.

  — « Ridicule » me répondit un jour mon clavier ; « pour moi le A correspond objectivement, et à rien d'autre, qu'à un A à tel endroit de mon espace. »

  — « Certes » lui ai-je répondu, « mais après cela ? Ne suis-je pas libre de l'entendre noir comme j'entend le E blanc ? Certainement, je peux l'entendre subjectivement et en tant que sujet, puisque “je suis” ».

  Kant n'a pas tort jusqu'à là, mais il se trompe par la suite. Car alors qu'il pense que l'objectif demeure encore lorsque le sujet meurt, il est est tout autrement dans la suite du dialogue que j'entretins avec mon clavier. En effet, le jour où je partirais, lui dis-je, je te dirai, ainsi que la poétesse russe dit à son métronome :

  — « Tu vois, toi tu restes, mais moi je pars ».

  Ce que Kant n'a pas vu et ce qu'il faut lui reprocher, c'est d'avoir cru que l'objectif partirait, qu'il était éternel, que 2+2 font éternellement 4. Tandis que c'est le subjectif qui part, c'est lui qui rejoindra, peut-être, un monde où tout ne sera que subjectif et caprice. Un monde où les choses objectives, étant à l'ombre du sujet, n'auront plus cette valeur définitive et fermée qu'a encore aujourd'hui et ici-bas l'objet.

#60 Re : L'Akklésia (sans églises) & le Royaume des cieux » La politesse comme valeur chrétienne » 15-05-2013 14:41

  L'impolitesse du Christ n'est pas dans sa colère et ses attitudes de face à face scandaleux avec le monde religieux endormi. Certes, tu as raison, si l'église entendait aujourd'hui à sa chaire un Jérémie prononcer la violence, le sang et la peste comme nous le lisons dans ses textes, on le traiterait à coup certain d'homme démoniaque. Il est vrai que le christianisme est devenu chamallow, bubble gum et annonce un évangile à l'eau de rose… Toutefois, l'impolitesse de Christ et son scandale sont bien tout autres. Car en terme de « prophète de malheur » ou de « prédication » à teneur révolutionnaire, le Christ n'a rien apporté, et ce qu'il a reproché aux religieux fut âprement dit par d'autres tout aussi efficacement et le sera encore.

  L'impolitesse et le scandale du Christ tiennent dans cette parole : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; mais moi, je vous ai choisis » [jn 15.16]. Comme dirait mon ami Modeste Legrand, « tout se résout dans l'élection », or cette résolution nous échappe totalement. Car il plaît à Dieu de laisser certain dormir tandis qu'ils l'adorent au son de leurs berceuses liturgiques, et de les laisser encore dormir quand bien même les plus grands malheurs leur seraient annoncés et leur arriveraient… Et il plaît à Dieu de réveiller ceux qui ne le cherchent pas. L'élection est un repos dans lequel nous sommes appelés à vivre 7 jours sur 7 : tel est notre défi.

  S'il est une « sonnerie de réveil spirituelle », c'est bien l'Élection. Face à elle, les « race de vipères et hypocrites » ont presque valeur de caresse ; à tel point que je me demande si le Christ en usa vraiment pour réveiller comme nous sommes naturellement voués à le croire. N'avait-il en l'Élection une arme à sa disposition 1 million de fois plus efficace : « Personne ne connaît le Père si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. » [ma 11.27]. Il me semble plutôt que le Christ usa de ses faces à face violents, non pour éveiller les autres justement, mais pour leur donner de dresser la croix : pour qu'ils le servent contre leur gré. Cette croix du paradoxe par laquelle, précisément, il désigne aujourd'hui ceux qu'il choisit… malgré eux. Dieu nous trompe continuellement en vérité… ou plutôt : « Tout ce qui vient de moi n'est pour vous que mensonge, parce que je suis la vérité » [Maurice Blanchot, le Très-Haut].

#61 Re : Dogmes & Doctrines » La vie dans la foi » 15-05-2013 13:55

  Oui… et à ce titre rappeller le mot de Luther dans son commentaire aux Galates :

  « Que personne ne pense que la doctrine de la foi soit facile. Elle est, sans doute, facile à dire, mais très difficile à comprendre. Il est facile, en outre, de l'obscurcir et la perdre. […] Celui-là donc qui a bien appris à discerner entre l'Évangile et la loi, qu'il rende grâces à Dieu et qu'il sache qu'il est théologien. »

  Mais quand l'église le dit, et le fait, elle a, dès cet instant, joué son rôle et n'a plus de raison d'exister. Elle est véritablement l'église sur la croix. « La caractéristique ineffaçable et essentielle de l’Église, c’est qu’elle est l’Église sous la croix » disait Karl Barth. Toute sa perversion tient là : « Dans son désir de ne pas mourir » disait encore Barth. L'église ne peut être qu'akklésiastique en somme, et c'est ce paradoxe-là qui lui est demandé de dire, de faire et d'être. Qui aura l'audace de le relever ?

#62 Re : Échanges au jour le jour » Le féminisme » 15-05-2013 13:29

Le nuage blanc a écrit :

Ce que j’ai voulu faire c’est dénoncer par l'ironie un féminisme trop radical.

  Je t'entends bien… et je te rejoins sur ce féminisme qui s'égare en voulant imiter l'homme au lieu de faire surgir des femmes ce qui leur est propre (d'ailleurs nombre de femmes en ont aujourd'hui conscience) ; mais tu parles de « valeurs », soit donc tu fais référence à une vérité par laquelle ces « valeurs » sont mesurables et jugées dans leur qualité. Je ne suis pas contre l'idée des vérités raisonnables ou morales qui ont parfaitement leurs utilités dans un cadre social, collectif, politique, etc. Mais ce qui m'intéresse, c'est l'évangile. Or, dans ce domaine, les valeurs dites de « masculin » et de « féminin » et d'autorité entre eux éclatent littéralement.

  Je ne crois pas qu'on puisse parler de la valeur d'autorité qu'aurait l'homme face à la femme en s'appuyant sur l'évangile. Et il en est de même dès l'instant où on aborde l'homme et la femme d'un point de vue existentiel d'ailleurs. On ne peut mettre en exergue des « valeurs » qu'en s'appuyant sur la loi et une certaine morale. Lorsque les lettres aux Éphésiens et aux Colossiens disent : « Femmes, soyez soumises à vos maris… », ces deux lettres — dont on sait d'ailleurs désormais qu'elles ne sont probablement pas de la main de Paul — ne parlent plus à ce moment « du haut » de l'évangile, mais du haut du mont Sinaï, du mont des pouvoirs collectifs et d'une certaine vision de l'ordre public.

  Penser l'humanité en terme d'homme et de femme sous le regard de l'évangile, c'est faire scandale ! Car alors « il n'y a plus homme ni femme » dit le texte, et l'attitude du Christ est toute emprunte de cette attitude. Il s'ensuit que le mélange des genres, si critiqué par les valeurs morales, a une attitude et un certain accent prophétique inattendu, car il est quelque part, en son fond, et dans un cadre autre que celui d'une expérience sexuelle, une révolte existentielle sous-jacente.

   Le problème est donc le suivant : lorsque le chrétien lambda veut défendre le féminisme et le droit des femmes il va directement à : « il n'y a ni homme ni femme » pour essayer de soutenir l'égalité au nom du Christ ; mais lorsqu'il se retrouve devant le mélange des genres ou le mariage pour tous… il fait encore appel au Nouveau Testament, mais cette fois avec des textes ambigus comme ceux cités plus haut dans Éphésiens ou Colossiens, c'est-à-dire avec des textes où l'évangile est subverti et parle en vérité au nom d'une certaine thora. Il est donc divisé et il crée dans le public la confusion. Pourquoi ? parce qu'il n'a pas compris la différence entre l'évangile et la loi.

  Premièrement donc : Si le chrétien veut vivre l'évangile dans son couple, et si sa femme, comme lui, a compris la valeur existentielle de la foi en Christ, alors l'homme ne peut plus parler d'autorité sur sa femme : il doit fermer sa gueule de chef, car il n'est plus le chef de sa femme. Et si pareillement la femme veut revendiquer cette valeur existentielle du Christ, il faut qu'elle la vive, réellement, en elle ! C'est là que ça butte… car je reconnais que l'intimité que la femme a avec la nature et le pragmatisme lui rend cette tâche plus difficile. De fait, si l'homme subjectif est rare dans la foi, la femme l'est d'autant plus. — Et secondement donc : Si ce même chrétien veut prendre position contre le mélange des genres ou le mariage pour tous, qu'il ne prenne pas l'évangile à témoin et qu'il ferme là aussi sa bouche. Toute position sociale et morale est d'ordre de la raison, de la loi et ne regarde pas l'évangile. L'évangile est pour ceux qui ont dépassé la loi et qui savent, en effet, comme disait le poète Block, que : « Nous sommes tous différents de celui que nous prétendons être. Et ceux qui le comprennent mentent dix fois plus que les autres. Quant à ceux qui ne mentent pas, il aurait mieux valu les tuer à leur naissance. »

#63 Re : Ancien Testament » L'expression « Je suis » » 14-05-2013 06:06

  Le Tétragramme est une supercherie et une volonté humaine de posséder la divinité en possédant son nom. Le contexte d'Exode 3 sur lequel le judaïsme s'est appuyé pour inventer un nom à Dieu est toutefois intéressant. En effet, Dieu refuse de donner un nom à Moïse et rejette sa requête, mais c'est en évoquant cependant le verbe « être » qu'il lui répond. Or, du fait qu'il n'existe pas de présent en hébreux biblique, la traduction du « je suis » est maladroite, c'est pourquoi Exode 3,14b dans le Tg Yerushalmi I devient : « Moi qui étais, qui suis, et qui serai, m’a envoyé vers vous. ». Même traduction que fait l'auteur de l'apocalypse : « Celui qui est, qui était, et qui vient ». Par ce verbe « être », il y a donc aussi refus de faire de Dieu un être « innommable ». Car alors, comment serait-il « connaissable », et de fait, comment l'homme serait-il lui aussi connaissable et particulier ? Nous retomberions dans une idée hindouiste d'une âme universelle impersonnelle tel que Cankara en parle : « …impossible de désigner le Brahman par des mots tel que Étant qui se rapportent à une classe de choses, ni par une propriété, ni par une activité, ni par une liaison puisqu'il est Un. […] Il est donc exact qu'il ne peut être désigné par aucun mot (concept) comme le dit la Gîta : “Devant lui les mots rebroussent chemin.” » — Quelle perspective divine ont ces malheureux hindous ! Une divinité qu'il ne faut surtout pas nommer, qui ne peut même pas Être sinon que morte, et plus précisément un Néant. En effet, la divinité comme Néant ne peut plus « se rapporter à une chose, une propriété ou une activité », puisque Vivre semble être le grand péché du Brahman, de même qu'il est celui du Bouddha. Soi-dit en passant, l'idée de Néant rapportée à Dieu se retrouve dans le Kabbale (le Ein Sof).

  Bref, pour revenir au tétragramme, nous lisons ailleurs, dans un Midrash hébreux : « Comme tu es avec moi, ainsi je suis avec toi. » Et dans un texte du Tg Onkelos [dans une version connue seulement de Nahmanide] : « Je suis comme celui avec qui je suis ». Là encore, cela nous renvoie au texte de l'Apocalypse : À celui qui vaincra […] je lui donnerai un caillou blanc ; et sur ce caillou est écrit un nom nouveau, que personne ne connaît, si ce n’est celui qui le reçoit. »

  Je pense que tout cela se résout tout simplement dans le nom que Le Christ révèle de Dieu. Le Christ, qui d'ailleurs jamais ne se référa au tétragramme, nous donne enfin le nom de Dieu : PÈRE. Un père est connaissable ! Et c'est à mesure qu'un fils découvre son Père dans ses « mystères », dans ses « secrets », qu'il se découvre lui-même ; qu'il devient, comme Lui, capable de réaliser ce qui était impossible à l'enfant. Car étant enfant, il ne conçoit son Père autrement que superficiellement, par la voix, l'image, la puissance pragmatique… De même, étant enfant, il ne se conçoit pas encore lui-même comme un individu particulier, un être intérieur, capable d'affirmer pleinement une volonté intérieure vers l'extérieur. Enfant, il ne se connaît que superficiellement, par ses désirs venant de l'extérieur et comme étant déjà donnés, en dehors de lui, en dehors de sa puissance existentielle encore trop infantile pour qu'il puisse la connaître et la faire sienne.

  Ce n'est qu'en allant vers la maturité que l'enfant se forge un nom, une identité, et précisément en connaissant qu'il peut faire exister vers l'extérieur ce qui est à lui de l'intérieur, ce qui est à lui en propre, dans sa volonté, dans sa liberté. Mystère qu'il découvre en découvrant son Père, en découvrant combien son propre esprit est de la même nature que l'Esprit de son Père. Ainsi dévoile-t-il son identité en dévoilant celle de son Père, et, tout comme Lui, en rendant possible à l'extérieur l'infini des possibles qu'il développe en lui. Et voici encore ! une telle liberté fait la joie de son Père : « Je mets en lui mon affection » dira le Père.

  Cette maturité qui lui apparaissait enfant comme miraculeuse, lui apparaît désormais, en tant qu'adulte, comme naturelle. L'enfant, dont le rapport avec le Père était d'abord d'obéissance, devient alors un rapport aimant où l'unité n'est plus en fonction d'une soumission, mais selon une unité de Nature. Ainsi chaque-Un, chaque fils découvre son propre Nom, et se forge son propre Nom en découvrant le Nom du Père, c'est-à-dire la Personne intime de son Père, ses mystères, ses secrets. Un Nom que chaque-Un ne connaît pleinement que chaque-Un pour soi, en soi-même en quelque sorte, car chaque-Un connaît son Père par rapport à ce qu'il est en particulier, et non par rapport à une généralité sur laquelle tous seraient finalement clonés. Soit donc, chaque-Un révèle en soi-même, et par ce qu'il est, était et sera, la personne même du Père. Chaque-Un révèle du Père ce qu'il connaît de Lui au travers de sa particularité existentiel. Et de fait, chaque-Un découvre en son frère une plus grande dimension du Père. Dieu est donc toujours « à-venir », étant toujours à découvrir. Aussi tout « je suis » définitif serait une supercherie, tout comme un nom définitif est pareillement une supercherie. — Tout Fils dira du Père : Il est, il était, et il sera ; de même que chaque Fils dira de lui-même : Je suis, j'étais et je serai. Toutefois, la frustration n'est plus, ni la lutte, car plus rien ne fait obstacle à découvrir le Père. De même, plus rien en soi-même ne fait obstacle à mon devenir qui lui aussi est sans limites. Un devenir qui s'incarne dès lors dans un corps incorruptible, comme l'est l'esprit, non plus un corps de chair : chaque Être est Un en lui-même, particulier, autonome, et tous son Un dans le Père.

  Il y a pleine liberté et pleine unité… peut-être est-ce cela l'amour… En tout cas, ça n'existe pas ici-bas ni ne peut ici-bas exister. Le Christ avait raison : « Vous ne savez d’où je viens » (jn 8.14).

#64 Re : Échanges au jour le jour » Le féminisme » 14-05-2013 03:34

Le nuage blanc a écrit :

Les femmes n'ont rien à envier aux hommes…

  C'est encore à voir ça… N'est-ce pas précisément en prenant en l'homme ce qui leur manque qu'elles se découvriront pour ce qu'elles sont ? Mais je vois qu'elles prennent avidement de l'homme pour s'arrêter là, sans faire le pas suivant, le pas le plus courageux où elle pourraient se découvrir réellement. Ainsi deviennent-elles pire que les hommes. Aussi en vient-on à regretter les « antiques » femmes, qui, somme toutes étaient plus femmes.

#65 Re : Échanges au jour le jour » Le rapport du Christ avec l'église » 14-05-2013 03:12

  Le Christ est akklésiastique, sans église, mais il n'est pas systématiquement pour ou contre l'Église. Pareillement, le Christ n'est pas un Ange, mais Il n'est pas systématiquement pour ou contre leur rigoureuse justice par laquelle le monde se maintient dans un certain ordre. Car que sont les Anges ? Ce sont, d'une part, des forces conceptuelles ; et d'autre part, des forces empiriques, pratiques qui, surveillant dans la réalité la mise en œuvre de leurs concepts, veillent avec zèle à les préserver dans leur pureté lorsque les hommes les modèlent avec la matière pour les incarner. En fait, Dieu se sert librement et sans a priori de ces lois du bien et du mal qui sont en quelque sorte données par les Anges, étant elles-mêmes lumineuses comme le sont ces esprits obéissants ; et Il le fait sans se placer à coup certain en position d'ennemi à leur encontre. Mais surtout, Dieu se sert de leurs incarnations. C'est-à-dire qu'Il se sert des puissances collectives qui dans le réel tentent d'exprimer objectivement les vérités « angéliques » ; Il se sert de ces collectivités qui tentent de faire chair et faire vivre ces concepts lumineux de ce que l'homme définit comme le Bien, le Mal, la Justice. Dieu se sert donc des ekklésias, des états, des religions, des sciences… mais sans être systématiquement pour ou contre leurs actions et leurs paroles.

  De fait, reconnaître l'utilité de l'Église en tant que puissance morale, sociale et objective n'est pas condamnable… pas plus que de reconnaître la raison en tant qu'autorité politique, scientifique et elle aussi objective. Je dis même que les nier en tant qu'autorités réalistes et régnantes est spirituellement un acte infantile, un caprice spirituel conduisant à l'ambiguïté et aux pires maux.

  Le Christ lui-même ne nia pas leur autorité lorsqu'il nous est dit : « Le diable, l’ayant élevé, lui montra en un instant tous les royaumes de la terre, et lui dit : Je te donnerai toute cette puissance, et la gloire de ces royaumes ; car elle m’a été donnée, et je la donne à qui je veux. Si donc tu te prosternes devant moi, elle sera toute à toi. » Le Christ ne nia pas ce droit aux puissances angéliques, par respect pour les hommes par les mains desquels elles acquièrent leur règne. Toutefois, il leur stipula qu'en ce qui le concerne, personnellement, il conservait pour lui la couronne de sa liberté ; ainsi a-t-il répondu aux puissances : « Retire-toi derrière moi, le satan ! » [luc 4]. C'est-à-dire : « Je t'interdis de te placer sur mon chemin, devant moi, et de juger mon vouloir et mon faire. Mais tu seras derrière, obéissant et te pliant à ma volonté. Ainsi donc, ta loi sur la pesanteur s'écartera lorsque je désirerai marcher sur l'eau, de même que ta loi sur la mort abdiquera lorsque je désirerai relever Lazare. Et si, un seul instant, tu n'abdiques pas, je te ferai sécher comme un figuier qui me refuserait son fruit. »

  Aussi n'est-il pas étonnant que Jésus donna exactement la même réponse à l'homme ecclésiastique, c'est-à-dire à ceux qui se revendiquent du Christ mais qui veulent l'incarner raisonnablement, selon l'idéal matériel du bien et du mal, visible, tangible, mesurable : de manière objective et selon une loi. En effet, alors que les disciples trouvent insensé que le Christ se sacrifie et ressuscite dans l'incognito, alors qu'ils attendent de Lui qu'il règne ici-bas selon une Justice du bien et du mal… qu'il règne au niveau inférieur des anges et des concepts qui régissent la matière ; nous lisons : « Jésus dit à Pierre : Retire-toi derrière moi, le satan ! Tu es pour moi occasion de chute, car tes vues ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » Le diabolique, tout autant que l'angélique, c'est cet homme qui veut établir la vérité comme une vérité conceptuelle que la réalité pourra incarner selon l'évidence visible, selon l'expérience pratique, ou selon des arguties intellectuelles. Il s'ensuit que l'État tout comme la Science ont une démarche ecclésiastique et qu'ils sont dans l'essence des autorités ekklsésiastiques. Et cependant, leur autorité est légitime ! Parce que voulues par les hommes. Nous leur devons donc un certain respect. Inutile toutefois d'espérer en elles, sachant que leur justice ne peut effacer notre dette, et sachant surtout que le Christ jugera leur volonté de nous condamner alors qu'il a effacé leur dette à notre égard : nous ne leur devons rien en terme de spiritualité et nous leur interdisons l'accès à ce terrain dans nos vies : « Je ne me sens coupable de rien » disait Paul [1cor 4.4].

  Pour le chrétien, ce qui est donc condamnable, c'est de faire asseoir ces puissances en majesté, de leur obéir en tant qu'autorité spirituelle, de se soumettre à leurs concepts dogmatiques en ce qui concerne l'existence intérieure de l'homme : sa spiritualité. C'est-à-dire de leur octroyer une autorité éternelle. Car ici c'est leur donner la divinité… et c'est l'essence même du péché ! Et ceci est condamnable parce que c'est un acte d'adoration qu'aucun esprit angélique ne doit recevoir. « Garde-toi de m'adorer ! » dit l'ange à Jean alors qu'il tombait à ses pieds pour l'adorer [apo. 22]. Adorer les anges, c'est adorer des concepts du Bien et du Mal, c'est adorer une certaine Loi de la Création ou de la Physique en la disant « éternelle » (ainsi faisait déjà les Grecs) ; c'est élever les vérités terrestres qui administrent la matière comme étant des Vérités immuables. C'est être un « véritolâtre », et littéralement un idolâtre. L'athée, tout autant que le religieux sont des idolâtres ; et ce n'est que la forme et le vêtement de leur idole qui diffèrent, mais non leurs matériaux. Ce fait-là est donc le propre de la réalité terrestre, le propre de tous ceux qui la servent, de tous ceux qui estiment que le bien est d'abord collectif, et enfin objectif. Le seul bien qui soit divin est en vérité un bien individuel, non pas collectif ; et de fait subjectif, non pas objectif. Ce bien-là s'appelle le meilleur parce qu'il est au-dessus du bien. « Il faut chercher Dieu au-delà du bien », disait Chestov, parce que « le meilleur peut ne pas être raisonnable et que le raisonnable peut exclure le meilleur. »


  Bref… L'Église (comme toutes les autorités objectives) est inévitable ; bien qu'elle ne soit pas indispensable. Bien plus : tant que le ciel et la terre ne passeront pas, il ne tombera pas de l'Église une seule de ses colonnes, de même que les vérités objectives ne cesseront pas tant que ce monde sera. Il y aura toujours des églises ; il y aura toujours des collectivités humaines qui témoigneront de Dieu de manière fausse, faisant de Lui une vérité objective devant ici-bas s'incarner, briller… changer LE Monde au lieu de changer DE Monde… et finalement régner comme un roi terrestre. Lutter contre l'Église comme si son éradication était une solution, ceci est une erreur ! Le Christ a dit à toutes les vérités objectives, à toutes les incarnations collectives, à toutes les communautés religieuses qui veulent ici-bas Le faire régner tel un Roi de la Terre… à toutes ces volontés humaines et trop humaines : « Retire-toi derrière moi, le satan ! Tu es pour moi occasion de chute, car tes vues ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » [mat 16.23]. Il ne les a pas anéanti ni annoncé leur abolition, mais il les soumet malgré elles, et contre elles-mêmes lorsqu'Il fait naître un homme particulier de Son esprit.

  C’est pourquoi, alors que les États élèvent leurs Justices du bien et du mal, et même quand ils déchoient, ils peuvent encore avoir une utilité pour l'individu puisque Dieu peut encore tourner le diabolique à son avantage. En effet, l'homme qui soudain comprend que l'espérance politique est fausse se voit de ce fait libéré de son joug, du sortilège de la Vérité réaliste. Qui sait si cette « souffrance de la liberté » ne le poussera pas alors à supposer que l'espérance est Ailleurs, apolitique, adogmatique… subjective et non objective ? Le diable n'est-il pas le diable de Dieu ?

  Il en est de même de l'Église, qui, lorsqu'elle parle du Christ, et même dans sa subversion, même dans son désir de rendre Dieu objectif, même dans son adoration charismatique, liturgique et dogmatique des anges, peut encore avoir une utilité pour l'individu. L'Église, dans sa déchéance même à une valeur apophatique par rapport à la Révélation. Apophatique, qui signifie découvrir Dieu d'abord par ce qu'Il n'est pas ! Car l'individu, en découvrant que l'Église n'est pas le corps du Christ et qu'elle ment à ce sujet… cet homme-là découvrira peut-être que le seul Temple de Dieu, c'est précisément l'individu, c'est lui, l'Homme… Et s'il le découvre, c'est parce qu'il a vu soudain un verrou sauter dans sa vie, une porte s'ouvrir vers l'extérieur : la porte de l'ekklésia faussement divine. La révélation « de miel » du Christ entrera chez lui après qu'une première « révélation » d'amertume concernant l'ekklésia ait écœuré son palais. Le miel, c'est la révélation dans ce qu'elle est réellement : une subjectivité. Le fils de Dieu est attaché au Sujet et à lui seul, non pas au collectif, non pas à l'ekklésia dont l'homme se libère soudain parce qu'elle a été révélée pour ce qu'elle est et contre elle-même. Le diable est le diable de Dieu.

  Le Christ lui-même ne disait-il pas : « S'ils se taisent, les pierres crieront ». Il ose donc se servir des pierres, de quelque chose d'objectif, d'amer, pour faire ensuite régner ce qui compte le plus : l'existence individuelle : le « Je suis » !  Et ailleurs, Paul ne disait-il pas : « Quelques-uns, il est vrai, prêchent Christ par envie et par esprit de dispute […] animés d’un esprit de dispute et par des motifs qui ne sont pas purs […] Qu’importe ? Que ce soit pour l’apparence, que ce soit sincèrement, Christ n’est pas moins annoncé : je m’en réjouis, et je m’en réjouirai encore. » [phil. 1] L'apôtre aussi n'hésitait pas à se servir des mauvais esprits. Il retournait donc contre lui-même le diabolique, et il réitérait ainsi le mot du Christ lorsque celui-ci est face à ce que l'homme appelle le Mal : « Retire-toi derrière moi et obéis-moi ! » L'Évangile n'abolit pas encore… pas encore… il n'abolit pas encore le règne de la raison, de l'objectif et du général, du dogmatique, de la Loi, soit donc du diabolique. Il ne l'abolit que lors de la Résurrection, non pas avant ! Pour l'heure, tant que le terrestre demeure, c'est le règne des évidences qui mène les hommes. Règne qui ne peut toutefois résister au Christ lorsqu'il décide de conduire un homme hors de son emprise : dans le Royaume des cieux. Aussi ne faut-il pas être systématiquement contre la subversion du christianisme comme si Dieu était assez naïf pour croire que la terre puisse un jour connaître un nouvel Éden… Mais il faut plutôt s'en servir. Ainsi le disait Karl Barth : « L'Église est jugée par le Royaume de Dieu ». Et ce jugement consiste en ce qu'il n'y aura plus d'églises et plus de subversion du Christ dans la Résurrection… et seulement là : Le royaume des cieux seul.

#67 Re : Le concept d'Église : humain, trop humain » La théorie de Darwin » 13-05-2013 13:35

  En ce qui me concerne, je ne jette pas si facilement aux gémonies la théorie de l'Évolution. Pour deux raisons : la première est un simple respect des scientifiques qui ne sont quand même pas tous une bande de benêts imbéciles ou mystiques ; nombre de découvertes apportent d'ailleurs beaucoup à la réflexion spirituelle. La plupart des scientifiques sont désormais loin de Darwin en terme de savoir, et nier qu'ils ont quand même certains éléments « sous le coude » fort intéressants serait de l'obscurantisme. Toutefois, je ne nie pas qu'il existe aussi un obscurantisme scientifique quasi religieux.

  La seconde raison est tout simplement que le fond de la théorie de l'Évolution est plus proche de la vérité biblique ; elle s'en rapproche plus que la théorie de la création ex nihilo. La solution d'une théorie de la création ex nihilo s'éloigne plus, selon moi, de la vérité biblique. Je doute que le Christ eût été aussi radicalement contre la recherche scientifique qu'il le fut contre le monde religieux. Pourquoi ? Parce que ces benêts de religieux ne nous offrent qu'une alternative : créationnisme (à partir de rien) OU évolutionnisme (à partir de la matière). Or, la Bible, précisément, ne nous pose pas cette ultimatum, puisque la révélation nous parle d'une autre perspective. C'est pourquoi, d'emblée, le premier chapitre de la Genèse élabore, évoque, une théorie de l'évolution… un premier chapitre fort scientifique.

  Somme toute, le Créationisme et l'Évolutionnisme finissent vite dans la même cour de récréation où des gosses se disputent et prétendent chacun détenir la vérité vraie. Dans cette cour se retrouvent à se chamailler toutes les religions (monothéismes, hindouisme, bouddhisme, animisme…) contre/et toutes les théories scientifiques (théories quantiques aussi, évidemment). Chacun veut prouver à l'autre qu'il a, lui, qu'il possède, lui, la vérité toute puissante : soit le Créateur Tout-Puissant (yhwh, allah, bramhan, le néant bouddhiste ou kabbaliste… ; soit la Créatrice Toute-Puissante (la raison, la science, les lois éternelles…). — Je le répète, le propos du Christ va au-delà et ne rentre pas dans cette mêlée, car le commencement, pour le Christ, n'est qu'un premièrement en vérité, et ce « premièrement » ne l'intéresse guère. Le commencement est ailleurs, ailleurs que dans un simple problème d'autorité, de toute-puissance intellectuelle ou mystique.

#68 Re : Échanges au jour le jour » Jésus et Bouddha d'Odon Vallet » 08-05-2013 19:42

  Les ordres religieux se doteront d'un minutieux appareil juridique pour organiser leur vie collective et encadrer les comportements individuels : le nom de ces « constitutions » sera d'ailleurs repris pour désigner les textes suprêmes du droit profane. — C'est parfaitement exact, et c'est une chose que nous ne sommes pas les premiers à découvrir. Par exemple, Régis Debray dit la chose suivante dans Le feu sacré :

  « Très longue, la liste de ce que nous devons aux frères des villes et des clairières : nos meilleurs collèges (Oxford et Cambridge, héritage des congrégations dissoutes par Henry VIII), nos écoles militaires, nos maisons de retraite, notre hôtellerie, nos ladreries, orphelinats, bibliothèques, asiles de fous, nos hospices et nos hôpitaux. Ajoutons-y, pêle-mêle, la gastronomie, le réseau routier (ponts, quais, viaducs compris), l'agriculture et l'agronomie, les eaux et forêts, la papeterie (proche des moulins à eau), la bière (inventée au IXe siècle, les premières brasseries ayant été des couvents, et la bière trappiste gardant la palme), le whisky, né dan les monastères d'Écosse (sans doute du besoin d'alcooliser l'eau par mesure d'hygiène), en plus du houblon et de l'orge, la vigne et le vin (nécessaire à l'eucharistie), le marquage du temps (l'horloge mécanique, progrès technique décisif, inventée pour calculer et synchroniser les offices). Un bouffeur de curés emprunt sa langue aux moins chaque fois qu'il parle de déjeuner (rompre le jeûne), de sa profession (déclaration de foi, d'où s'ensuit l'état légalement exercé), sa pitance (la portion du moine, de pitié et piété), qu'il rejette toute capitulation (le compromis que l'abbé doit passer avec se subordonnées, les moins capitulaires), qu'il veut avoir voix au chapitre ou pouvoir décompter les voix, s'agissant de bulletins de papier récoltés par tel candidat (car le moine devait déclarer son opinion à haute et intelligible voix), à l'issue d'un scrutin (scrupuleux dénombrement des voix). […]

  Une anatomie de l'âme européenne dégagerait sans peine des strates superposées d'audaces et d'inventions et la dernière arrivée, la laïcité, ne peut faire oublier ses devancières, qui l'ont nourrie (et pour cause, si le terme « laïque» appartient au vocabulaire chrétien). Comment méconnaître l'antériorité du Code théodosien ? Et que le monachisme a fourni à l'Europe la première de ses avant-gardes transfrontières ? […]

  En Europe, l'Église de droit médiévale a précédé l'État de droit moderne, lequel lui doit beaucoup, puisqu'il a hérité à parti du XIIIe siècle des procédures monastiques via les docteurs utriusque juris de Bologne et de Paris, experts en droit canon et en droit civil. Ces juristes, tout comme les archevêques dominicains et franciscains siégeant au Parlement britannique, ont fait bénéficier les seconds des acquis du premier. Le consentement à l'impôt vient de là. Pas plus qu'on ne fait une société par décret, on ne refait pas l'histoire en troquant un mot contre un autre. On eût été plus près de la vérité en disant : « Consciente de toutes ses composantes, religieuses, humanistes et laïques, l'Union fonde sur les valeurs indivisibles de dignité humaine… »

  Ceci dit, c'est avec un grand éclat de rire qu'on écoute aujourd'hui les palabres des religieux, d'une part, et ceux des politiciens et ardents défenseurs de la Démocratie d'autre part. La Démocratie, c'est du religieux, c'est de l'église somme toute, de l'église qui s'est reformulée, de sorte qu'on trouve dans l'État et la Démocratie toutes les colonnes sur lesquelles l'ekklésia s'est élevée. Le démocrate athée et bouffeur de curés est le frère du petit catholique ou protestant, qui, Bible en main, annonce un monde meilleur à l'humanité, prétextant extraire du texte un code moral et par lui défendre les libertés individuelles… pour le bien du collectif, pour le bien du corpus christi… se rassurant ainsi sur la valeur divine de ses dogmes. Le démocrate athée est au moins plus franc puisqu'il admet tirer ses dogmes du seul dieu-raison qui est en lui, sans s'en référer lâchement à une toute-puissance extérieure !

  En somme, lorsque le bigot va manifester contre le mariage pour tous, il ne voit pas que cette loi tire sa sève de l'antique concept même d'ekklésia, de ce corps universel, katholikê, qui assimile en lui toutes les cultures, toutes les traditions, toutes les morales pour les aplanir en lui sans toutefois les nier complètement… afin de les faire tous entrer dans la bergerie. D'où la nécessité de la discussion… et du consensus ! Aussi y'a-t-il bien fallu faire avec Aristote pour gagner les intellectuels, d'où la scolastique ; faire avec les idoles pour gagner les traditions anciennes, d'où la mariolâtrie et le culte des saints ; faire avec Mammon afin de gagner les riches, d'où les indulgences et le capitalisme protestant ; faire avec le politique afin de gagner les rois, d'où la pompe du Vatican ; faire avec le divorce afin de gagner les divorcés ; et faire avec l'homosexualité afin de gagner les homosexuels, etc., etc. Le corps universel est en marche et sa glorieuse capacité aux compromis lui est vital.


  D'autre part, le judaïsme aussi a depuis longtemps compris la valeur politique du religieux. Ainsi explique un rabbin :

  « La pensée sous forme dialogique se nomme la mahloquèt dans la tradition talmudique… c'est la multiplicité d'avis sur un même sujet. […] “Les paroles des uns et les paroles des autres sont paroles du Dieu vivant” (Talmud). La parole de la Révélation est une ”parole plurielle”. […] La mahloquèt est ce qui, par la différence, fait obstacle au mortifère. […] Cette prise en charge responsable du monde, par un être présent et parlant fait échec à l'inhumanité de la vérité unique et pose au-devant de la scène l'infinité des opinions possibles où se reflète le débat des hommes sur le monde. […] Cet arrachement, cet ébranlement de sens fondent aussi un espace politiquela politique est justement l'espace de cet arrachement par le polèmos (la polémique ; la mahloquèt), lequel ouvre à la « vérité » en nous arrachant du sens habituel a-problématique du monde. » […]

  « La mahloquèt possède un statut politique, mieux encore : elle est ce qui fonde le politique. La politique talmudique est démocratique, dans le sens où la démocratie est l'organisation dialogique complexe de la société fondée sur la souveraineté populaire. La mahloquèt, dialogique-polémique, est le caractère fondamental de la démocratie. La vocation de la démocratie talmudique n'est pas la neutralisation de l'espace politique ; au contraire, elle est la volonté du surgissement des conflits et des antagonismes ; de leur surgissement et de leur activité. La démocratie talmudique constitue la règle du jeu qui permet, l'expression du dialogue. […] Ainsi la loi n'est-elle pas transcendantale, mais elle est le lieu même de la transcendance : de la possibilité de reconnaître encore, malgré la communauté, la distinction entre deux « visages ».

  Nous avons dans ce dernier passage le type même de la subversion de la Révélation. Après nous avoir menés en Haut, là où, en effet, le processus des « disputations » fait surgir la vérité ; là où, en effet, le phénomène dialogique questionne et met à bas les vérité uniques, totalitaires, celles-là mêmes qui sont pour tous, partout et toujours… Après donc nous avoir alléché en évoquant l'existentialisme où la vérité, c'est l'être individuel… Plouf, l'auteur retombe comme une flèche plus bas encore. Il nous prive alors définitivement de ces « Je suis » libres et uniques qui précisément s'affirment contre le « je suis » autoritaire du corpus collectif. Il ne laisse à l'individu qu'un « visage » pour se différencier. C'est-à-dire que la différence n'est que de surface. L'individu n'a pas le droit d'avoir un « visage », une identité qui vive hors le collectif et hors la loi des opinions. Cette loi des opinions divergentes que la garde avec puissance la communauté démocratique, se faisant ainsi passer comme respectueuse des différences, des « visages ». Hypocrisie !

  Si la loi de nos civilisations modernes était réellement respectueuse des identités, elle serait capable de tolérer que chaque-Un puisse s'affirmer comme étant la vérité. Elle serait capable d'offrir un monde dans lequel chaque-Un puisse dire : « Je suis l'alpha et l'oméga de ma réalité ». Mais ce monde, elle ne peut l'offrir, car elle devrait, à l'instant même, déposer sa couronne aux pieds des Êtres : elle devrait disparaître et son monde avec elle. Aussi répond-elle à cette problématique : « Scandale ! Blasphème ! C'est ainsi que naissent les violences ».

  Pourtant, ce qui est impossible à l'homme est possible à Dieu. Le monde de Dieu n'est-il pas celui où Mozart festoie avec Alexandre le Grand, sans que ce dernier n'exige du musicien d'être sujet de son Empire, ni que Mozart n'exige d'Alexandre d'être son adorateur ? Je crois même que dans un tel monde l'un et l'autre s'aiment. Bien plus, ils se glorifient, glorifiant en cela la Vie dont Dieu leur a fait don ; chacun étant émerveillé par la liberté et l'originalité dont fait preuve l'autre. Dans un tel monde disait Chestov, « la nature a non seulement épargné Alexandre le Grand et Mozart, mais elle les a sauvegardés et continue encore à les protéger, en aimant en eux, en admirant précisément leur indépendance, leur superbe, leurs aspirations audacieuses et la faculté qu'ils possèdent de vivre et d'être non pas « dans le giron », mais libres. »

  La vérité se brise dès l'instant où elle devient une opinion soumise à une « loi des opinions divergentes ». Car cette « belle » loi démocratique propose à l'homme de penser la vérité dans la controverse de la liberté d'opinions, mais elle lui interdit de la faire dans une controverse de la liberté des vérités. La liberté des opinions se boit dans l'écuelle de la raison où la raison est reine. C'est elle le rocher où se brise la liberté individuelle. Elle invite l'homme a faire passer sa vérité individuelle au niveau inférieur, au statut d'opinion. Puis, gonflant sa poitrine fièrement, elle appelle cela le compromis, le consensus démocratique. Mais quand la controverse, la discussion, la mahloquèt en arrivent là, c'est qu'elle nie en douce que l'homme individuel puisse être la vérité ; c'est qu'elle est en train d'établir comme dieu et vérité la raison, le collectif, l'universel, l'état, l'ekklésia… La liberté des vérités se boit dans la coupe d'or de la liberté même où l'infini des possibles est roi. Elle est la coupe de Dieu. Tandis que la liberté des opinions, c'est faire accroire à l'homme qu'il est un libre penseur quand il n'est qu'un libre parleur. Et souvent d'ailleurs qu'un simple perroquet qui répète, avec son plumage particulier et son coloris, de sa propre intonation de voix, une opinion raisonnable déjà édictée maintes fois ailleurs, et qui n'est en rien la sienne, intime, particulière, unique, inspirée, divine.

  La liberté d'opinion est machiavélique. Car s'il est une chose que cette loi refuse, c'est précisément un homme qui viendrait pour lui dire : « Va derrière moi et arrière de moi, car je suis venu pour que tu me serves. Et quand bien même demain je te demanderai l'impossible, tu m'obéiras, car ma volonté tient lieu de raison. Ainsi donc, si j'exige ce qui te paraît une offense, tu le feras ! Ma volonté sera ton tyran et je serai pour toi un dictateur. Soit tu te soumettras dans la joie, soit tu subiras ma colère. Mais n'espère pas ne jamais accéder à mon trône. N'imagine pas pouvoir m'imposer le tribunal de tes possibles pour juger si ce que je veux est possible. Voici donc, je suis l'infini des possibles ; je suis l'alpha et l'oméga ; je suis le Fils de l'homme. Réjouis-toi donc, car sous ma houlette ta science brillera plus que jamais tandis que ton pouvoir collectif deviendra mon valet. »

  Redorer son blason en faisant appelle à la liberté d'opinion est un classique… qui marche aujourd'hui plus que jamais. Mais que s'est-il passé de décisif dans l'histoire qui puisse finalement nous aider à envisager la suite ? Il se passa ce que le Christ prophétisa, tout simplement : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » (mc 12.17). Le pouvoir appartient au politique. Aussi la révolution a-t-elle bien fait de piller les églises et de trucider ses curés et ses pasteurs… il fallait bien les remettre à leurs places ces prétentieux ! L'ordre venait d'En-Haut… Il en sera de même pour tout collectif, toute institution, toute constitution et toutes les lois terrestres, ainsi que tous les états, toutes les églises et tous les hommes qui se confient en eux. On rendra à César ce qui lui appartient, et à Dieu ce qui lui appartient.

  En effet, comme tu le dis, « Le jugement dernier apparaît comme la cessation ultime des verdicts des hommes » — un immense espace s'ouvrira alors devant les fils de l'homme, car les vérités, les états, les églises, les constitutions, les lois, les morales, les éthiques, les dieux et aucune puissance… ne se tiendront plus devant eux, leur barrant la route, mais derrière eux, pour les servir. — Et toutefois, qu'en sera-t-il des hommes qui ont bâti ces verdicts, édicté leurs constitutions, leurs vérités, leurs ekklésias avec leurs lois… qui se sont confiés en elles et qui ont invité tous les hommes à s'y confier pareillement ? Il apparaît qu'ils seront livrés à leurs propres jugements, mesurer à leurs propres mesures. Pour ceux-là, la cessation de leurs propres verdicts paraît être impossible puisqu'ils les adorent : Nul ne peut servir deux maîtres ; car, ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre : vous ne pouvez servir Dieu et l'Église ; Dieu et l'État ; Dieu et la Raison ; Dieu et la Loi, etc. — Ô mon père, qu'à aucun, pas même à mon pire ennemi, je ne quitte ce monde sans avoir la force d'effacer la dette et de tout pardonner ; et qu'aucun de mon prochain je ne veuille priver de cet impossible que tu fais sourdre dans mon âme.

#69 Re : Ancien Testament » Le sens de la réalité » 08-05-2013 02:11

La réalité ne propose pas Une vérité de manière absolue et irrévocable, mais elle propose « des vérités ». Et elle les propose à celui qui vit, c'est-à-dire l'organisme biologique, qu'il soit humain, végétal ou animal. Chaque organisme, de par sa nature, et pour des raisons qui lui sont propres, « imagine » ou fait surgir de la réalité le sens qui lui convient. Pour la plante, le sens de la vie est par exemple de trouver la lumière du soleil afin d'exercer sa photosynthèse ;  pour le lion, c'est de trouver l'antilope pour se nourrir, etc.

  Mais tout se complique avec l'homme, car il est par nature plus qu'un être soumis à son instinct comme tout le reste du monde végétal et animal. Il est un être ayant d'une part une capacité intellectuelle capable de sonder la Nature pour comprendre ses mécanismes ; et d'autre part un être conscient de sa liberté. L'une et l'autre de ces 2 qualités l'entraînent ainsi à imaginer un sens au sein de la Nature qui dépasse la Nature. C'est-à-dire qu'il est capable de « recréer » une autre Nature au sein de celle-ci en la modifiant profondément — la ville étant d'ailleurs en cela son œuvre majeure. Cf. Sans feu ni lieu de Jacques Ellul. Il puise donc dans son intelligence et dans sa liberté pour donner un sens à la réalité qui la modifie tellement que l'espace tout entier du Monde en est impacté… sans pouvoir y échapper ! Une Autre Nature apparaît alors. C'est un possible qu'aucun végétal et qu'aucun animal ne possède. Et c'est dans ce fait-là — extraordinaire — qu'il porte le titre d'Homme.

  La Genèse du texte biblique, dès le début de son propos, dira cela à sa manière : « Dieu dit : Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre. » (Ge 1.26). Dieu est ici un pluriel (Elohim), « Lui-les-Dieux » traduit Fabre d'Olivet… Ce sont les forces qui régissent le monde et administrent sa matière, c'est-à-dire les concepts. Ce sont les lois physiques que dans son archaïsme pré-philosophique l'homme appelait des dieux— dieu du vent, de la mer, des moissons, etc. Puis qu'il appellera, après le passage des philosophes, ainsi que de Moïse, des concepts, des lois, des vérités éternelles, tant morales que scientifiques : le bien et le mal en somme. L'auteur de ce premier chapitre de la Bible se montre d'emblée « scientifique, moral, et même politique » — religieux donc. Il décrit l'homme comme étant à l'image des ces lois, de ces forces physiques, de ces autorités qui dominent le monde pour le créer. Il décrit l'homme comme un dieu, comme un créateur de nature ; comme ayant en lui cette force intellectuelle et une conscience du monde qui l'oint littéralement d'un pouvoir : celui d'un dieu, d'un créateur de sens. Ainsi, prophétise l'auteur : l'homme dominera sur toute la Nature pour incarner en elle le sens des concepts qu'il conceptualisera d'abord en théorie.

  Or, le mot « nature » vient du « phusis » grec, lequel nous donna « physique » en tant qu'étude de la Nature. De plus la préposition « méta » renvoie en grec vers ce qui est « au-delà », « après ». On peut donc dire que l'homme est dans son essence un être métaphysique, un trublion dans la Nature. Car il est par nature un être créateur d'une « autre » nature au-delà de la nature originelle : il est créateur. Bien plus ! il pose des questions, il met en question le créé et le(s) créateur(s) de ce créé… qu'on appelle ce(s) créateur(s) Dieu-Elohim, la Nature ou la Physique… peu importe.

  Son droit d'homme est de questionner les dieux, c'est-à-dire les vérités : de contester l'immuabilité de ce qui se dit être le Vrai, le Bien et le Beau — c'est-à-dire de contester la perfection ! C'est un droit que Dieu lui-même lui octroie. Dieu est en vérité athée ! Et s'il laissa d'abord les dieux paraître, c'est-à-dire les vérités logiques pour soumettre le monde et le créer, c'est dans une intention précise : faire de l'homme Son fils, un Fils de l'homme, capable, comme Lui, de réfuter les dieux, les vérités éternelles ; capable, comme Lui, d'affirmer sa liberté et son amour, envers et contre toute raison, contre toutes les autorités, toutes les puissances et toutes les dominations — tous les dieux ! Une ancienne traduction hébraïque du premier verset de la Genèse a d'ailleurs cette intuition lorsqu'elle traduit ainsi : « Dans un commencement, Il créa des dieux avec le Ciel et avec la Terre ». Ce « Il » étant en vérité le Père, c'est pourquoi le Christ ne se réfère jamais qu'à Lui !

  Bref… cela laisse à penser que Dieu n'est probablement pas parfait et que la perfection ne serait qu'une chimère dont on l'affuble. Ou plutôt : si on veut donner à Dieu d'être absolu et parfait, c'est dans le fait qu'il est libre. Or, la liberté, qui est le propre de l'amour, c'est précisément de ne présenter à l'autre rien d'absolu ; de n'imposer à l'autre aucune perfection, aucune vérité éternelle auxquelles il devrait se soumettre comme condition de mon amour. L'autre ne connaît comme vérité dernière que le seul fait que je l'aime librement… soit donc, que je peux tout aussi librement lui retirer mon amour. Situation inconfortable au possible me dira-t-on. Eh quoi ! n'est-ce pas précisément cet « inconfort intellectuel » qui est le délice de l'amour… et sa perfection ? Le fait que chaque-Un se confie à l'autre sans se justifier par un absolu moral, mathématique ou intellectuel, mais en se justifiant sur le seul fait de l'amour éternel qui les unie tous deux.

  Ou encore, Dieu dit à celui qu'il aime : « Je t'aime, voilà ma liberté à ton égard, voilà mon absolu. Aussi je peux tout aussi librement te retirer mon amour. » Pourquoi le ferais-tu ? répondra l'autre. « Dès l'instant où tu veux soumettre l'amour que j'ai pour toi à une justification théorique, parfaite et supérieure. Dès l'instant où tu veux me soumettre à ces perfections du bien et du mal que tu as raisonnablement érigées en Vérités ! Dès l'instant où tu trouves de ma part être une exigence folle ce que je te demande : « Croire seulement (cola fide) » en mon amour. Dès l'instant où tu me juges fou ! Dès l'instant qu'il te faut le sol solide d'une autre vérité que mon amour, une vérité parfaite, c'est-à-dire intellectuelle, morale, raisonnable… religieuse. Il se crée alors entre toi et moi une différence de nature. — Je pourrais, à la limite, t'aimer comme toi tu aimes ton chat, ou même ta voiture, et te livrer ainsi aux dieux, à la logique, à la Nature… en attendant… Mais je ne pourrais t'aimer comme toi tu aimes ta femme… en te disant : « Nous sommes un ». Car en vérité, tu serais un esprit soumis à tes propres vérités, craintif. Tu serais pusillanime dans ton essence. Tandis que je suis un esprit libre dont “tu entends le bruit sans que tu saches d’où il vient ni où il va” (cf. jn. 3.8). Or, de même qu'on ne peut “tisser une pièce de drap neuf sur un vieux vêtement”, de même un esprit soumis ne peut être un avec un esprit libre : l'amour aime l'espace, l'amour est insoumis, l'amour aime la liberté, aussi ne déploie-t-il ses ailes qu'en moi. La crainte et la soumission ne sont pas dans l'amour. »


  On ne peut donc interdire à Georges Braque d'affirmer sa liberté en cherchant un sens à la réalité.

  Toutefois, ce qui me gêne dans la citation que tu nous apportes, c'est le sens de la vie qu'il défend, à savoir, que le sens de la vie serait de trouver la Perfection… comme si la perfection était l'ultime vérité que l'homme doit chercher de tout son cœur. Ainsi rejette-t-il un peu dédaigneusement la Nature qui, selon lui, « ne donne pas le goût de la perfection ».

  C'est fort dommage, car je crois qu'il avait précisément touché à quelque chose de crucial en affirmant que « la nature ne donne pas le goût de la perfection ». En effet, « le goût de la perfection » vient, non pas de la Nature, mais de notre intelligence, la Nature n'étant ici que média malgré elle. Il n'est nul part écrit en lettre d'or dans la Nature que le périmètre d'un cercle est égal à son diamètre multiplié par π. C'est dans notre intelligence que nous déduisons cette vérité, ce dieu, en observant la Nature tel un Arbre du vrai et du faux. La Nature ne nous sert là que d'objet de recherche, d'excitation à notre « instinct intellectuel ». La perfection est un goût intellectuel qui se trouve à l'intérieur de l'homme, de l'homo sapiens. En vérité, la Nature nous tente !

  La Nature elle-même ne dit ni n'évoque la perfection. C'est parce que nous pensons que nous lui faisons dire la perfection, et c'est en vérité nous qui disons et inventons l'absolu et le parfait : nous créons des dieux ! Le meilleur et le pire viennent de nous, non de la Nature. Car il est vrai — Braque a raison selon moi — que la Nature ne peut faire ni mieux ni pire. Elle ne comprend pas comme nous ce qu'est le périmètre d'un cercle, elle ne peut créer un vélo avec ses deux roues parfaites… et encore moins imaginer une cité hautement technologique dans laquelle vivrait une civilisation droguée à un bonheur de chimère. Et elle ne peut non plus créer cet « homme » chimérique de cette cité mystique, cet « homme » qui sait tout, connaît tout, et qui est parfaitement soumis à ses concepts parfaits et lumineux… totalement abandonné par sa liberté. Cela seul, c'est nous qui le faisons. Nous nous faisons chuter nous-mêmes. Il suffit de regarder l'actualité pour écouter ces ânes intelligents braire leurs concepts théologiques, politiques, économiques, scientifiques… et nous inventer le royaume des cieux sur terre ! L'âge d'or.

  C'est encore une fois fort dommage que Braque ait rejeté si facilement ce qu'il voyait pour rester lié à cette obsession de la perfection commune à tous les hommes. Sans cela aurait-il peut-être entendu le murmure de la Nature, sa souffrance ! Sans cela, peut-être aurait-il écouté ce que dit le Nouveau Testament lorsqu'il dit que « la création tout entière soupire et souffre les douleurs de l’enfantement » (rom. 8.22). Car en observant la Nature qu'à travers de l'intelligence on ne peut faire d'elle qu'un lieu de fabrication. Ainsi en vient-on a rechercher l'objet parfait, l'acte inventif parfait, puis le génie créatif, le créateur comme prétendra alors comme lui aussi étant parfait. Fabriquer et créer sont en vérité synonyme. Et c'est à l'enfantement qu'ils s'opposent.

  Enfanter est le propre de Dieu. C'est pourquoi, je le répète, le Christ ne se réfère qu'au Père. Enfanter c'est faire surgir à partir de rien, à partir de l'invisible, de l'insaisissable… à partir de l'esprit. C'est faire surgir à partir d'une intention amoureuse. Tandis que créer, c'est tendre à fabriquer une perfection à partir d'un ensemble de données déjà là. L'enfant est enfanté dans l'amour entre deux êtres, mais l'objet est fabriqué, créé, dans une conjonction entre l'intelligence et la matière déjà existante. L'imagination d'un grand peintre ne vaut pas mieux que celle de mon boulanger en somme. L'imagination du peintre a besoin de ses pinceaux, de sa peinture et de sa toile, tout autant que le boulanger a besoin de sa farine, de son établie et de son four. L'un et l'autre ne peuvent dire ce qu'ils ont à dire à partir de rien.

  Ainsi y a-t-il d'abord le tolu-bohu (Gen. 1.2). Puis c'est à partir de là, c'est à partir de ce chaos où rien n'est encore distingué que va commencer l'acte créateur. C'est à partir d'un acte intellectuel où le pinceau sépare et retravaille les couleurs harmonieusement, où la main sépare la farine de l'épis et la retravaille avec l'eau que commence la création. C'est ainsi que le temps surgit… dès que l'intelligence paraît. L'intelligence, c'est la lumière : « Que la lumière soit ! Et la lumière fut. […] Jour un. » Le temps, c'est la première séparation sans laquelle les autres séparations ne peuvent surgir. Viendront ensuite les espèces… puis l'homme. En terme scientifique, c'est le mur de Plank dont il est question ici : voir « Deux mots sur l'éternité ».

  « Le temps crée la possibilité de changements… la mort ne provient pas du temps », disait Chestov, « …et si le temps est aussi puissant que le croit la conscience empirique, les plus splendides espoirs de l'homme doivent être liés à cette puissance. » Puis, de rajouter : « Au commencement il y avait l'éternité immobile et sa sœur la mort. Quand le temps s'arracha des chaînes de l'inertie et de l'invariabilité, la vie surgit avec lui. Et depuis, la vie et la mort combattent entre elles. »

  Le calvaire commence ici. Car la Nature, avec ses dieux, ses lois, ne peut aller plus loin, elle ne peut pas produire la perfection. Elle souffre. Le temps s'oppose à elle. Le temps lui met des bâtons dans les roues. Il empêche l'intelligence créatrice de produire un homme parfait, un homme qui serait à l'image de cette intelligence, un homme qui serait machine et homme-machine. Le temps murmure le devenir. Il fait soudain surgir un inconnu : le bien d'hier n'est pas certain d'être demain encore le bien. Le concept intellectuel créateur, qui dans l'absolu est parfait perdra… demain perdra la perfection qu'il avait le jour où on le découvrit. C'est le devenir qui règne. Il y a soudain une vérité au-delà du Bien. Il y a le meilleur !

  « Le meilleur peut ne pas être raisonnable et le raisonnable peut exclure le meilleur » disait Chestov. Le meilleur, c'est le fils de l'homme, et le parfait c'est l'homme intelligent, l'homme arrêté dans sa vérité éternelle. Le meilleur, c'est le Père, et le parfait c'est l'idée de Créateur avec ses parfaits et immuables concepts. Chestov avait raison : « La notion de raison et la notion de “meilleur” ne sont pas juxtaposables ». Il faut que la dernière séparation ait lieu, celle du créateur d'avec celle du Père, celle de la perfection d'avec le meilleur. Il faut chercher Dieu au-delà de la perfection. Il faut chercher Dieu dans un monde où l'homme est maître du temps, où l'homme vit dans l'instant. Si Braque avait écouté le murmure de la nature, sa souffrance par laquelle elle se refuse à la perfection, alors peut-être aurait-il connu le meilleur. C'est dans la souffrance que la vérité dernière s'enfante, c'est dans le sang et la croix que meurt la perfection et que ressuscite ce qui est meilleur que la perfection.

  Ce meilleur dont jamais la perfection ne verra le visage.

#70 Re : L'Akklésia (sans églises) & le Royaume des cieux » Le dévoiement de la parole des prophètes » 28-04-2013 13:41

  Oui, c'est le grand piège ! Puisqu'en se référant à un tel ou un tel on paraît légitime tandis qu'on le trahit finalement en reformulant ce qu'il a dit selon un autre esprit : en dévoyant sa pensée… et très souvent avec sincérité et enthousiasme ! Ce qui permet précisément de récupérer ceux-là mêmes qui aussi se réfèrent à ce même personnage, mais qui, dans les premiers pas de leur découverte demeurent encore trop candides. Ils n'imaginent pas qu'une telle subversion puisse avoir lieu et ils pensent encore un peu naïvement que l'ordre établi appréhende ce personnage ou ce prophète comme eux-mêmes s'en saisissent. — Ainsi sont-ils subrepticement gagnés à la cause de l'ordre établi, et tout aussi subrepticement vont-ils eux-mêmes glisser dans la subversion. Finalement, le Christ dira d'eux, évoquant précisément ce problème : « Vous dites : Si nous avions vécu du temps de nos pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour répandre le sang des prophètes. Vous témoignez ainsi contre vous-mêmes que vous êtes les fils de ceux qui ont tué les prophètes. » (mat 23).

  Durant l'Histoire, on ne cessa d'entendre l'Église s'arc-bouter sur le même argument que les religieux à l'époque du Christ… par exemple : Si nous avions vécu au temps de l'inquisition, nous ne nous serions pas joints à l'Église pour répandre le sang des prophètes. L'Église parle donc d'elle-même, témoignant contre elle-même qu'elle est la fille des ses pères ; qu'elle est fille de cette Église, de ce corpus christi dont elle a juste réformé le discours pour l'adapter à l'actualité humaine… sous prétexte, et souvent avec sincérité, et même inspiration… au commencement — de se rendre plus biblique.

  Qu'aurait dû faire ces « inspirés » s'ils avaient voulu l'être jusqu'au bout ? Fort simplement casser la filiation. C'est-à-dire ne plus être l'Église, ne plus s'appeler l'Église, ne plus se croire et s'imposer eux aussi comme le corpus christi, l'autorité… ne plus se placer, eux-aussi, comme l'ordre collectif du christianisme établi. Ils auraient du dire à l'Église ancienne tout autant qu'à l'Église nouvelle qu'il bâtissait, de fait à la théologie même de l'Ekklèsia : « Tu n'es pas ma mère, et je ne suis pas ton fils ! » Ils auraient dû être autre chose… être inspirés jusqu'au bout… suivre le Christ, simplement, hors de cette théologie qui sacre et consacre le collectif — ce monstre. Ils auraient dû accepter, comme tu le dis, de devenir ces « individus révoltés, incompris, obligés de partir, incompris par leur propre peuple, ayant connu l'exode et qui ont dû se construire seul au milieu de cette incompréhension. » Ainsi auraient-ils été fidèles à leur premier amour, mais tout en ayant été guéri de cette candide naîveté à laquelle est attaché le premier amour — ils seraient devenus adultes.

  Chestov releva aussi cela… mais à sa manière : « La vérité de tout vrai prophète naît et meurt avec lui. Ce qui reste après le prophète, ce qui passe dans le domaine de l'histoire, n'est plus la vérité mais une manière de juger devenu obligatoire pour tous, généralement très utile et ayant une valeur sociale. » (voir ds Akklésia, p. 11). Ces paroles prophétiques déchues de leur spiritualité pour devenir politique, et qui, dans le collectif acquièrent une valeur sociale, bon nombre d'entre elles sont, disait Chesterton, « ces vérités chrétiennes devenues folles »… il suffit d'ouvrir le journal pour les voir faire continuellement l'actualité. Du coup — à se taper le cul dans une bassine — car les plus agressifs envers le religieux (je pense là à ces frustrées à petites vues telle que Caroline Fourest) lorsqu'ils critiquent le fait religieux ils encensent ensuite les vérités mêmes de ce religieux parce qu'ils les reformulent, sans s'en rendre compte, dans le socio-politique qu'ils adorent comme on adore un dieu, nous fabriquant ainsi le monde de fous intelligents et éduqués dans lequel nous sommes.

#71 Re : Nouveau Testament » Les promesses de Dieu » 07-04-2013 17:14

  Oui, très exactement. Tu touches ici à l'endroit le plus sensible qui soit de l'évangile Stéphane. Je parle de cette diable de théologie qui explique que c'est moi qui choisit de me tourner vers Dieu ; comme si ma volonté était libre de choisir Dieu. De là ces débiles appels à la conversion où l'homme est livré à lui-même comme seul détenteur de la clef qui lui ouvrira le divin : « il lui suffit de faire un choix ». — Maudite soit cette théologie. C'est pourquoi Luther lutta violemment contre elle dans sa « la liberté asservie » (De servo arbitrio) ; à l'instar de saint Augustin quelques siècles plus tôt qui mena aussi contre elle une terrible lutte.

  Quiconque choisit Dieu participe de ce fait à son propre salut. Il lui faudra donc parler d'une « grâce suffisante de dieu qui ne suffit pas », puisque cette grâce est soudain devenue trop faible : elle en appelle, et elle a besoin du choix de l'homme pour s'effectuer. Ce christianisme dévoyé ne peut donc entendre le Christ lui dire : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; mais moi, je vous ai choisis » (jn 15.16) ; mais il reformulera ainsi sa parole : « Je vous ai choisis parce que vous m'avez choisi ». Ainsi Dieu est-il dépendant du choix de l'homme.

  Non seulement la volonté divine dépend de celle de l'homme, mais la volonté de l'homme n'est soudainement plus déchue. En effet, l'homme a encore le pouvoir de trouver Dieu ; l'homme a encore le pouvoir de choisir Dieu par la seule liberté humaine qu'il a en sa chair. Il n'est pas mort, juste blessé. Aussi ne faut-il pas parler d'un homme perdu et esclave, mais d'un homme qui a un plan qu'il lui suffit de lire, et de clefs qu'il lui suffit d'utiliser pour ôter ses chaînes.

  Qu'est-ce Dieu dans tout cela ? “Celui qui a écrit le plan et façonné les clefs” dira le christianisme subverti. “En ce cas”, rajoute-t-il, “le sacrifice du Christ demeure, puisque l'homme, dans sa liberté choisit le Christ, puis, dans un second temps, le Christ, lui, pardonne à l'homme toutes les fautes ayant entachées son vécu ici-bas. Le pardon reste de ce fait un don par une grâce absolue. Il est une initiative entièrement à Dieu, distinct du choix de l'homme d'accepter ce pardon, ce dernier étant une initiative entièrement à l'homme. Soit donc, il y a un chemin qu'il appartient à l'homme de prendre, puis le don de la Vie qui appartient ou non à dieu de donner : par grâce.”

  Si donc le pardon est une initiative appartenant entièrement à dieu, que feras-tu, ô homme, si parvenu au bout de ton chemin, le Christ, se saisissant de sa liberté de gracier ou de condamner, dit soudain à ses serviteurs à ton propos : « Liez-lui les pieds et les mains, et jetez-le dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. Car je ne te donne pas la Vie à cet homme, je ne le connais pas. » Répondras-tu : « Grâce pour ma vie mon Seigneur ! » Ne craindras-tu pas qu'il te soit répondu : « Ne sais-tu pas que Je suis la Vie ? Si donc tu as trouvé par ta force et ta liberté le chemin qui mène jusqu'à moi, moi qui suis la Vie, tu devrais pouvoir pareillement trouver la résurrection par toi-même alors que tu es jeté dans la mort. Ne vois-tu pas que je te rends selon ta foi ? Ne vois-tu pas que Je suis la vie ET que Je suis le chemin. Je suis le chemin qui mène vers moi, moi qui suis la vie et la résurrection. Mais voici, tu es entré sur ce chemin sans ma grâce, par ce que tu as choisi, disais-tu, aussi je te juge sur tes propres paroles. »

  Quoi de plus normal finalement de voir ce christianisme-là réciter le Christ et fredonner ses cantiques. N'est-ce pas le Christ lui-même qui a dit : « N’est-ce pas moi qui vous ai choisis, vous les douze ? Et l’un de vous est un démon ! » (jn 6.70) — Il ne faut donc pas s'étonner de voir qu'il existe un christianisme démoniaque et prédisposé à le devenir. Ce sont toutes ces églises de la « grâce suffisante de dieu qui ne suffit pas »

#72 Re : Nouveau Testament » Les promesses de Dieu » 05-04-2013 13:11

  Aux yeux des dieux de la loi, des dieux pratiques qui s'échinent à donner aux hommes les moyens de leur bonheur, le Dieu de la grâce est un utopiste qu'on regarde avec scepticisme. La raison avec ses lois si utiles et si immédiatement prévisibles considère la grâce comme une sorte de chimère, une folie d'utopiste. Comment pourrait-on attendre des réalistes une autre attitude ? La grâce qui soudain ne se préoccupe pas des paramètres de la raison et ose parler de gratuité, qui a le culot d'outrepasser la justice si concrète du bien et du mal, la grâce ne peut recevoir de la part du réaliste qu'un geste de mépris. Le pardon ? « Oui », dira le réaliste, « mais il doit se mériter ». Propos des plus idiot qui soit puisqu'un pardon qui se mérite n'en est plus un, c'est un droit.

  Ce Dieu offrant le pardon qui ne se mérite pas, donnant gratuitement un pardon qu'on ne peut mériter en rien, le Dieu de la grâce ne serait donc pas un pragmatique et encore moins un réaliste… Il serait un rêve ? Je crois précisément tout le contraire. Je crois qu'en effet c'est la raison, avec ses lois, ses morales, ses religions et ses politiques qui est une chimère, un monde irréel et l'utopie de l'intelligent. Bien plus qu'une utopie, la loi est un enfer pour l'homme ; tout autant qu'elle est un paradis pour la bête qui soudain, par la grâce du don de l'intelligence raisonnable, devient un homme. La loi avec ses rationnelles raisons est un cauchemar éveillé pour l'homme ; un cauchemar qui s'est précisément incarné ici-bas par une extraordinaire ruse. Si la loi est pragmatique pour l'être humain, elle ne l'est que pour bâtir son enfer, graver son jugement et scander sa condamnation, ce que dit expressément le NT lorsqu'il affirme que la loi est « le ministère de la condamnation » (2cor 3).

  Le cauchemar consiste à placer l'homme au même niveau qu'un objet ; soit donc à faire en sorte qu'il soit le plus possible et absolument préoccupé à obéir, tel un objet, aux lois idéales du bien et du mal que son intelligence perçoit : à obéir aux dieux du Bien contre les dieux du mal, ces dieux que le cerveau humain aura dogmatiquement couronnés comme tels. Le cauchemar, c'est faire de l'homme un objet de sujet qu'il est. La raison, revêtue de ses lois et de ses morales a donc convaincu l'humanité pensante ; elle a reçu l'autorité des mains mêmes de l'homme. Depuis lors elle pratique sur chaque individu la terrible métamorphose de son être, menaçant chacun de le laisser retomber dans l'animalité s'il ne se soumet pas à la raison. C'est donc par l'homme que la loi s'incarne, et c'est par l'homme qu'elle a donné naissance à la réalité que nous voyons où tout a un prix, où rien n'est gratuit, où l'humanité mange à la sueur de son front et enfante dans la douleur.

  Et Dieu, pour qui la réalité est toute de gratuité faite ; Lui pour qui rien ne se paye et rien ne se vend ; Lui pour qui la volonté se réalise parce qu'Il le veut, non parce qu'Il est riche, fort ou intelligent, etc., etc. Dieu regarde donc notre réalité et ne voit personne capable de vivre autrement que dans le cauchemar de la loi et son savant sommeil. Il ne voit personne d'éveillé. Toute Son attitude est de ce fait concentrée sur ce qui est pratique : Dieu cherche un homme éveillé, un homme qui vit et non qui dort. Et peu Lui importe si le cauchemar d'untel est prodigieusement intelligent ou magnifiquement créatif, s'il ressemble à un rêve ; peu Lui importe l'intelligent, le savant, le moraliste, le puissant, le conquérant ; peu Lui importe que le rêveur soit talentueux, que la fiction de son rêve soit assez « glorieuse » pour être considérée comme réaliste par tous, car elle n'est que la réalité de l'homme endormi qu'un jour la mort révèlera.

  Toutefois, lorsqu'enfin Dieu trouve un homme qui en appelle à La réalité de la Grâce, qui en appelle à cet impossible divin qu'aucun rêve ne peut même atteindre, car pour atteindre ce monde il faut précisément s'éveiller et sortir de son sommeil… Lorsqu'enfin Dieu trouve un tel homme, Il se lève et Il chante, et avec Lui le ciel entier saute de joie. Parce que Dieu a enfin trouvé un pragmatique, un homme qui se lève, qui sort de sa couche ; un homme qui n'est plus actif dans le sommeil du monde : Il a trouvé un homme vivant. Il a trouvé un homme comme Lui ; un homme qu'il va de ce fait appeler Fils. Dieu a enfin trouvé un homme en train de briser son propre sommeil, un homme en train de sortir du cauchemar que la réalité impose par ses vérités ; un homme pour qui ces vérités ne sont que les rêves sanglants de la Loi, le chimères d'un monde en train de passer, un monde moribond, un monde mis sous perfusions. Dieu a trouvé un homme dont l'horizon est la grâce, le monde de la grâce, c'est-à-dire la résurrection, le monde réel, l'avenir : le monde de Dieu et des fils de Dieu.

#73 Re : Nouveau Testament » Les promesses de Dieu » 01-04-2013 16:57

  Le problème n'est donc pas la promesse, c'est-à-dire le but visé ! En effet, il semble que la loi et la grâce visent la même promesse et sont en accord sur ce point. Un théologien protestant disait d'ailleurs à ce propos : « La loi et la grâce sont unies dans l'intention ».

Où est donc le problème en ce cas ? Mais enfin, il est dans la manière d'atteindre ce but, non dans le but directement. Ce qui, à priori, semble secondaire, n'est-ce pas ? Car puisqu'il y a entente de tous sur l'objectif, pourquoi chicaner et chercher la petite bête sur la façon pratique pour être conduit jusqu'au même but ? Si, partant de Paris deux hommes désirent rejoindre Marseille, qu'importe si l'un choisit le train et l'autre la voiture ? L'essentiel, c'est Marseille en ce cas, c'est le but, et c'est sur lui que devrait être portée toute l'attention me dira-t-on. Nos deux hommes ne sont-ils par frères dans l'objectif commun qu'ils visent ? Pourquoi discourir et couper les cheveux en quatre ? N'est-ce pas là une façon de diviser là où il y a précisément unité ?

  Oh, oh… pas si vite l'ami ! Car lorsqu'on réfléchit un petit peu, et non à la va-vite, le problème devient gigantesque. La manière d'atteindre un but n'est pas une affaire d'esthétique ou de simple pragmatisme dans notre cas, et certainement pas une considération secondaire. Car lorsqu'il s'agit d'un but impossible à atteindre, à savoir la vérité dernière et le fait de vaincre la mort pour trouver dieu, il n'est plus question d'un petit voyage entre Paris et Marseille : l'outil carte ou l'outil GPS ne suffisent pas pour que nous n'ayons plus qu'à choisir ensuite quelle bergerie correspond à l'outil de notre choix !

  La manière d'atteindre le but, c'est le chemin. Or, se tromper de chemin, c'est à coup sûr rater le but. Oups ! En empruntant un faux chemin, c'est vers un faux but qu'on se dirige en fin de compte, même si l'on est sincère et qu'on y met tout son cœur. Bien plus, l'homme qui se trompe ainsi continuera à croire que le faux but vers lequel il se dirige est en vérité celui d'origine. Et il fera tout pour calquer sur la promesse d'origine l'image de la nouvelle promesse qu'il entraperçoit désormais, celle-là même dont il ne veut pas croire qu'elle n'est plus la promesse, mais autre chose. Cette action intellectuelle s'appelle la subversion du christ.

  En se trompant de chemin on en arrive, non seulement par se tromper sur le but, mais par le métamorphoser. C'est-à-dire qu'on finit par spéculer et imaginer toutes sortes d'idéologies pour se persuader que l'objectif que nous visons est comme ceci, ou comme cela… Qu'il est finalement humain puisque l'homme peut désormais le concevoir, l'incarner, ici, maintenant, en réalité ! Qu'il est en fait possible et non plus impossible. Nous inventons ainsi nos paradis, nos âges d'or et nos diables de messie qui doivent un jour régner sur terre. C'est pourquoi toute religion est une politique et qu'aucune religion ne peut vivre sans un programme politique, pragmatique et sociologique. Et tout cela parce qu'on est incapable de se remettre en cause sur l'identité chemin qu'on emprunte !

  Mais tel homme qui se trompe ainsi sur la manière d'atteindre la promesse tombe encore dans un autre travers. Le frère d'origine avec qui il communiait autrefois, celui qui ne se trompe pas de chemin et qui refuse de suivre dans cette subversion du christianisme dans laquelle la majorité chante ses alléluias, cet homme sera désormais considéré comme dangereux. « Il est même néfaste », dira-t-on, « puisqu'en ne nous suivant pas, il se trompe d'objectif et trompe les autres ». « Il est sorti du milieu de nous parce qu'il n’était pas des nôtres », lancera-t-on en chœur en citant le NT. En somme, il est du diable et nous de dieu, car hors de notre chemin il n'y a pas de salut, et hors de l'église il n'y a pas de salut. Ainsi finira-t-on par le calomnier, le persécuter, le faire taire, et, si possible, le crucifier.

  Ce n'est pas sans raison si le christ a dit : « Je suis le chemin » et tout de suite après : « Je suis la vérité ». Il a confondu et l'un et l'autre. Dira-t-on aussi de lui qu'il coupait les cheveux en quatre et qu'il chicanait pour rien ? Non, mais que voulait-il dire alors ? Que l'intention de la loi est bonne, mais que le chemin qu'elle propose est mauvais. Est-ce si difficile à comprendre ? La loi n'est pas le chemin parce qu'elle est incapable de donner ce qu'elle promet. Et pourquoi ne le peut-elle pas ? Parce qu'elle le promet « à condition ».

  Mais pour dieu, il n'est pas de « condition » à ce qu'il veut. Il ne paye pas pour obtenir ce qu'il veut. Et son but, c'est précisément de nous faire entrer dans cette Nature, dans cette nouvelle nature. Telle est la promesse : d'être littéralement ses Fils, des fils de l'homme. Ainsi donc, cette promesse est atteinte par la foi, la foi étant elle aussi une réalité qui ne pose pas de condition, une réalité de non-paiement, de gratuité absolue. La promesse de la résurrection et le chemin de la foi pour l'atteindre sont de même nature ! « Parce que je le veux » dit dieu, « et parce qu'un jour, toi aussi, ta volonté tiendra lieu de raison, de force et de puissance, et que tu n'auras pas à te justifier de ce que tu veux. Tu seras fils. Ce que tu veux sera la bien, parce que tu le veux, non parce ce que c'est bien. Tu vivras par la foi et non parce que tu travailles, mais parce que les forces des lois te seront soumises joyeusement et feront avec enthousiasme tout ce que tu exigeras. Tu régneras, comme moi je règne. Et ton règne ne sera pas sur ton prochain, mais sur la réalité que tu incarneras, sur ta réalité, celle qui émanera de ton intériorité. Telle est le royaume des cieux. Il y a le tien, et il y a ceux de tes frères, et chacun possédant l'infini des possibles en lui-même, leur unité sera aussi naturelle que leurs différences. »

  De fait, la loi est un chemin en ce qu'elle conduit au Christ. Son but est là et nulle part ailleurs, et sa dignité aussi. Et l'ayant atteint, elle s'efface. Ainsi parla le dernier prophète de la loi, Jean le baptiste : « Il faut qu'il croisse et que je diminue. » Le rôle pour lequel la loi fut assignée, c'est celui de mettre l'homme sur le Chemin, à savoir le christ ; afin que la promesse, à savoir le christ, soit accomplie. Dès cet instant, la loi n'est plus le chemin, et elle confesse du même coup n'avoir pas la puissance de donner ce qu'elle promet, reconnaissant n'avoir jamais possédé cette puissance car elle n'appartient qu'à Dieu seul, à savoir le christ.

  Par contre si la loi s'entête à être le chemin de la promesse, si elle se mêle au christ, si elle cherche à être une part de son identité, elle devient le levain mis dans la pâte. Ainsi l'entendra-t-on dire : « Dressons une tente pour moi et une tente pour le messie, là sur la montagne de dieu, puis régnons ensemble sur les hommes. » De ce genre d'initiative naît une religion. Ainsi naquit le christianisme et ainsi sont bâties les églises. C'est pourquoi l'église se prétend être le chemin, et de ce fait elle est obligée de se prétendre aussi être le christ, le chemin et la promesse étant un seul être. C'est pourquoi la malheureuse ekklèsia a inventé l'idéologie du « corps de christ » ; elle revendique être le corps du christ afin de pouvoir dire : « Hors de moi, pas de salut. Je suis le chemin et je suis la promesse, car le royaume des cieux, c'est l'église parfaite. » — Malheur aux églises pour cela !

#74 Re : Ancien Testament » Job et ses « amis » » 01-04-2013 01:58

  Oui, certainement, ils étaient eux aussi en quête d'eux-mêmes… et de dieu ! Job devenait un prétexte pour établir la preuve que leur rapport avec dieu était inspiré, que leur rapport moral, donc selon les termes de la conscience du bien et du mal, soit donc de la loi, était l'alliance qui les justifiait devant dieu. Car job, qui, selon eux, avait violé cette alliance, était justement puni. En terme de la loi, ils avaient raison, mais en terme divin, ils avaient tort. Le réaliste a toujours raison devant la raison, mais il a tort devant dieu qui est déraisonnable — chose qu'il ne peut admettre, il a trop conscience et trop confiance en cette fausse guerre du bon contre le mauvais.

  Job, qui lui se savait aussi juste et fautif qu'eux, trouva dans leur acharnement et sa propre souffrance la volonté de dépasser la loi, de voir dieu illégaliste et illégal. Ainsi osa-t-il, soudain, demander à dieu d'être justifié au-dessus de la loi. Blasphème ! Et pourtant, job trouva le père tandis que ses amis restaient sclérosés dans le créateur. Job voyait le christ de loin ! Car le christ est précisément le père.

  De fait, les amis de job, incarnation du clergé, et aussi du politique, du raisonnable, de l'homme des lumières…, furent les accusateurs qui, en accusant l'inspiré sur son tas de fumier, servirent précisément de déclencheur à la folie de la foi que dieu faisait émaner en job.
Le diable est toujours le diable de dieu.

  Restait aux amis de job d'écouter dieu dans ce nouveau murmure, de dépasser, eux aussi les tonnerres de la loi pour écouter le murmure du pardon dont job devenait le témoin avec l'approbation d'en-haut. Ainsi réagit Élie qui lui aussi, tels les amis de job fut d'abord prophète de la loi, puis, vaincu par jézabel, selon la volonté de dieu, devint prophète de la foi lorsqu'il entendit, enfin, que dieu n'était pas dans le tonnerre, mais dans le murmure ; dans le pardon individuel de la foi, au-delà de la loi, et à l'opposé de la justification qu'apporte une loi générale et collectiviste. Puis jézabel, hélas, resta dans le tonnerre, et fut jugée selon celui-ci.

  Quant aux amis de job, nous ne savons pas, mais un fort doute pèse sur eux, de même qu'un fort doute pèse sur l'ekklésiastique, type même de ce genre d'attitude. Le clergé est somme toute très souvent le diable de dieu pour l'inspiré qui cherche au-delà de la raison. Et peut-être ne sert-il qu'à cela d'ailleurs !? L'obéissant est toujours le serviteur du fils, de celui-là même qui cherche dieu dans sa souffrance tandis que le père l'appelle à abandonner le créateur. Ainsi l'aîné eut la même attitude avec son frère cadet dans la parabole du fils prodigue : il se mit en colère, le rejeta, et semble même tout près de rejeter le père dans son élan. En effet, un père engendre, tandis qu'un créateur fabrique. Aussi l'un cherche-t-il la foi de ses fils quand l'autre cherche l'obéissance de ses serviteurs. Eh quoi ! il faut bien commencer par obéir. Oui ! bien sûr ! Mais quand l'adulte obéit comme un enfant, c'est qu'il a un vrai problème ; une sorte de problème d'ordre de la psychiatrie spirituelle pourrait-on dire. Ainsi bascule-t-il dans la persécution, et même à persécuter celui qui cherche… qui trouve… à persécuter les job.

#75 Re : Dogmes & Doctrines » L'église est-elle la mère des chrétiens ? » 12-02-2013 05:00

  En fait c'est ce que j'évoque dans l'opuscule « Akklésia », dès le début, mais sans le développer, en synthétisant seulement : « Il est une race qui est sans mère, mais non sans père, etc. » Il y aurait tant à dire… Car l'analogie avec l'Église en tant que « mère » conduit directement, non seulement à toutes les notions politiques historiques de mère-patrie ou mère-nature, etc. ; mais surtout à toutes les divinités de mère-nourricières connues dans le paganisme historique. C'est ici que la mariolâtrie est une reformulation de cette divinité dans le Catholicisme, tandis que le Protestantisme, lui, remplace la mariolâtrie par une divinisation de l'église vue comme mère qui enfante le chrétien.

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