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Vous n'êtes pas identifié(e).
Les différentes églises se comportent un peu comme des mères trop inquiètent pour leurs ados. Elles ont du mal à les lâcher seuls dans la nature sans surveillance.
C'est vrai, et moi qui suis un peu trop « papa-poule », je comprends fort bien cette démarche inquiète des parents. Elle est d'ailleurs légitime d'un point de vue social et moral ; car être le moins pire des parents me semble d'assumer ce devoir qu'on les parents d'aider l'enfant à couper le cordon — à exister pour lui-même, et non pour plaire à ses parents.
Mais cette attitude parentale est-elle légitime vis-à-vis de l'église ? Non. Pourquoi ? Parce que l'église n'est pas la mère : elle n'est pas un parent et n'est pas génitrice. Ce n'est pas de son sacrifice que naît l'homme nouveau, mais du sacrifice de Jésus Christ. Le chrétien, pour parler en analogie, reçoit en quelque sorte la génétique du Christ, il reçoit sa nature, mais il ne reçoit pas la nature de celui qui le conduit éventuellement vers le Christ. Quel que soit ce témoin, il ne naît pas de ce messager, mais il naît du message intérieur qui lui est ensuite apporté par l'Esprit individuellement. Le messager peut éventuellement être une sage-femme, mais jamais il n'est une mère ou un père. D'ailleurs, l'évangile se ferme, ou plutôt débute, de manière allégorique, sur la mort de la mère : « Tu n'es pas ma mère et je ne suis pas ton fils » dit le Christ à Marie sur la croix.
En effet, le judaïsme aussi était une sorte de Mère, avec son temple, ses synagogues, sa loi… Ces enclos de l'AT sont des mères, ou plutôt des parents permettant l'éducation de celui qui n'est encore pas apte à vivre par lui-même : à connaître le Christ. Et tout le phénomène politico-social est de ce type. Ne parle-t-on pas de « mère patrie » ? C'est même le propre de l'homme naturel, et donc charnel, d'avoir un parent qui le materne ; c'est pourquoi on parle aussi de « mère Nature ». C'est d'ailleurs un leitmotiv du paganisme et des religions archaïques de considérer le divin comme éducateur, soit par la mère protectrice étouffante, soit par le père correcteur menaçant. Les Indiens affirmaient que « l’homme blanc profanait la face de leur Mère la Terre et qu’elle réagirait en leur faisant subir la fin du monde. » Nous voyons là le type classique de l'étrange divinité maternelle protectrice et bienfaisante, mais qui se meut aussitôt en un Zeus foudroyant et meurtrier dès l'instant où l'on détraque ses lois et ses préceptes.
Dans sa lettre aux Galates, Paul aussi parlait de la Loi, du Temple et de la synagogue de cette manière. Ce sont des administrateurs et des tuteurs utiles jusqu'au temps où le fils, devenu mûr, peut assumer son héritage ; où il peut enfin rencontrer le Christ et se détacher de son joug parental. Le christianisme est l'affranchissement de la maternité et de tous ses tutorats. À ce titre, le christianisme sans églises est la nature même de la rencontre entre un homme et le Christ. Mais cela ne signifie pas que le christianisme soit sans fraternité — bien au contraire. Il est essentiellement fraternel ! C'est là aussi son nouveau. Trois jours après sa déclaration à Marie, le Christ dira de sa lignée : « Va dire à mes frères. » (jn 20). De fait, ses frères et sœurs, tout comme lui n’ont pas de mère mais un Père. Or, ce Père, nous découvrons sa nature, sa façon d'agir et les modalités de ses relations avec l'homme au travers du Christ ; car le Christ, c'est Lui le Père.
C'est-à-dire, aussi fou que cela puisse être, mon Père est aussi mon frère aîné. En effet, en endossant aussi le rôle de premier-né et de frère aîné, le Père veut me faire naître à Lui. C'est-à-dire qu'il veut faire de moi un fils détaché de ses anciens tuteurs ; capables, tel un fils accompli, de faire ce que Lui fait. Un fils capable d'avoir, lui aussi, l'infini des possibles en lui sans qu'il n'ait besoin de se justifier devant une loi, une église, une nation… devant un parent en somme. C'est pourquoi on dit que le ventre d'une femme est un tombeau, car l'enfant, en naissant, meurt à un être et à un monde qui n'est plus le sien. Il va vers une autonomie, non seulement existentielle, mais même biologique ! C'est cela aussi naître du Christ ; ce n'est pas seulement couper le cordon ombilical, mais c'est un homme-nouveau qui dit à ses tuteurs et parents : « Je ne suis pas votre fils et vous n'êtes plus mes parents. Nous ne sommes plus de la même nature. Je suis né et désormais sorti de votre tombeau. Vous n'avez plus de droits sur moi. »
Le Christ n'est donc pas cet Être étouffant tout emprunt de cette maternité propre aux religions et aux poliques, mais il est un frère aîné poussant ses frères à assumer pleinement leur liberté et à se détacher de leurs anciens jougs. Mais l'Église, en voulant jouer le rôle de mère à la droite de Dieu, non seulement ment sur sa nature, car elle n'est pas mère, mais elle s'oppose encore à l'épanouissement de l'Esprit dans le chrétien : elle s'oppose en cela directement au Christ. Ainsi la voyons-nous continuellement dans l'Histoire se prostituer avec les autres mères que le monde offre, et notamment la politique. Même les plus zélés des athées, comme Voltaire par exemple, encensaient l'Église, reconnaissant son pouvoir utile socialement tant elle est puissante pour maintenir les masses sous contrôle. Voltaire, qui disait : « un pays bien organisé est celui où le petit nombre fait travailler le grand nombre, est nourri par lui et le gouverne » ; Voltaire donc, en reconnaissant comme utile l'association État-Église, était simplement en train de dire : Entre mères, on se comprend.
Je dis donc que juger « avec douceur » l'Église comme étant trop maternelle, c'est non seulement la confirmer dans son rôle de Mère, mais c'est confirmer le chrétien dans un rôle d'enfant ou d'adolescent qu'il n'est précisément plus dès lors où sa connivence avec Dieu n'est plus médiatisé, n'a plus de médiateur. Pour ce qui me concerne, je fais à l'instar du Christ. Vis-à-vis de ceux qui ne parviennent pas à continuer à bâtir la tour que le Christ leur propose, à ceux qui, après une sorte de conversion, trouvent la maturité que leur offre le Christ trop lourde, je tiens le propos suivant : « Surtout, ne bâtissez pas une église corps de Christ, ne donnez pas à l'Église le statut de mère, vous seriez en grand danger vis-à-vis du Christ. Reconnaissez simplement que vous avez encore besoin d'un tutorat, qu'il vous faut encore un peu du temps et que vous êtes trop faible pour entrer dans Sa brûlante liberté. » Mais surtout, j'affirme encore à l'instar du Christ : « Empressez-vous donc d'entrer dans la Vie qui vous a été offerte ; car Dieu n'est pas un imbécile pour vous appeler à l'état de Fils si vous n'étiez encore qu'un bébé à la mamelle incapable de l'entendre. Empressez-vous d'entrer, de peur qu'on dise de vous dans le ciel : “Cet homme a commencé à bâtir, et il n’a pu achever.” » (luc 14.30)
Bonjour à tous et merci pour tous vos messages très enrichissants. Ce que j'aime le plus dans ce forum c'est la vraie liberté d'expression.
On ressent une vraie égalité entre ces membres et une vraie fraternité.
Une chose est certaine, la personne qui a fondé ce site est parfois bouillante ou glaciale dans ses propos mais jamais tiède et nous savons tous que Dieu déteste la tiédeur.
Merci d'être
Joëlle
Ce que vous dites me rappelle cette parole de Dostoïevsky : « L'agneau préfère les froids aux tièdes. » Votre constat positif est en tout les cas contraire à celui que font les nombreux forums dits « chrétiens », car je ne compte plus les bannissements des administrateurs de ces forums, pour qui, hélas, la tiédeur est une règle. Aussi ne faut-il pas les appeler des « modérateurs », mais plutôt des « tiédeurs ». Comme vous le faites remarquer, il n'y a pas ici de modérateurs, pas de tiédeurs. Aussi n'hésitez pas à vous exprimer, car notre liberté de parole va à l'égard des idées, non des personnes, dont nous considérons la terre « comme sainte ».
Ce sont deux données — hélas et misère — que n'arrive pas à séparer le christianisme. S'attaquer à un dogme, à une idée, à une théologie est une chose, mais il faut savoir que cette attaque ou cette défense ont pour fondement l'amour de l'autre. Paul ne parlait-il pas de « combattre et de renverser des forteresses de raisonnements » ? (2 cor 10.4-5). Or, ce sont précisément dans ces forteresses que les hommes sont captifs. Bien entendu, je conçois fort bien que déraciner l'arbre sur lequel l'animal intelligent bâtit ses théologies est d'abord une coupe amère amère à boire, car cela le laisse soudainement sans abri. Je comprends son premier geste de colère. Mais je ne comprends pas qu'il puisse s'y accrocher comme un diable et vouloir continuellement réparer le domicile théologique dans lequel il prétend loger son dieu. N'est-ce pas le propre de Dieu d'être « sans domicile fixe ? Dieu n'est-il pas un SDF sur cette terre ? Et n'est-ce pas une bonne nouvelle que de découvrir finalement qu'un domicile à-venir nous attend ; un domicile qu'aucun des ramages théologiques du christianisme ne peut précisément porter. C'est ainsi que la coupe, au premier abord amère, devient dans les entrailles comme du miel, comme le suc divin. C'est cela qu'a bien du mal à comprendre le christianisme : l'ambroisie du Christ, c'est son sang. Il faut le boire ! Rendre un culte à la coupe ne sert de rien.
Merci donc pour vos paroles encourageantes Joëlle, qui, comme vous le voyez, m'ont offert d'épancher quelques réflexions. Je vous souhaite, ainsi qu'à Cbaert, bienvenue sur ce forum.
Oui, encore une de ces contradictions bibliques, non seulement indispensables, mais comme étant la sève même de la vérité, le caractère même de Dieu… Ainsi donc cette parole d'Isaïe 65 reprise par Paul : « J’ai exaucé ceux qui ne demandaient rien, je me suis laissé trouver par ceux qui ne me cherchaient pas. J’ai dit : me voici, me voici ! à une nation qui ne s’appelait pas de mon nom. » En somme, le livre d'Isaïe prophétise ceci : « Celui qui ne cherche pas trouve ». Et cependant, le Christ a bien dit : « Celui qui cherche trouve ». Ce qui semble être tout le contraire !
Le propos du Christ est encore ici à plusieurs niveaux. D'ailleurs, tout le texte du « sermon sur la montagne » est le type même d'une parole à plusieurs niveaux. On y voit le Christ prêcher la Loi avec une rigidité scandaleuse, mais tout en la « dé-prêchant » au fur et à mesure où l'on avance dans le texte. Petit à petit, le Christ bascule vers un discours sur la foi seule. Petit à petit, tout en amenant la Loi à son paroxysme, il amollit sa rigidité au point de la rendre inconsistante. Comme si, en élevant si haut la Loi, celle-ci se brûlait en même temps les ailes à l'approche de Dieu ; elle chute devant une chose qui semble soudain totalement incompréhensible et inaccessible à sa logique.
Petit à petit, le Christ passe d'un discours à la foule, à un discours à la personne individuelle. Ou plutôt, refaisant l'acte de Moïse, il prêche la Loi au peuple tout en brisant ses tables de pierre. Il ne laisse, lorsqu'il se tourne vers l'individu, que les cendres du livre de la Loi qui est en train de brûler à l'approche de Dieu ; il ne laisse à l'individu qu'un livre à l'encre délavée et dont les menaces et les condamnations sont en train de s'effacer devant Dieu.
Son propos devient alors totalement nouveau et n'a plus de portée générale, mais seulement existentielle, propre à l'individu : c'est la foi seule. Seule la Foi à cette portée de n'être communiquée qu'individuellement, non pas à la foule et en général : le général étant précisément le propre de la loi.
Le « sermon sur la montagne », c'est le Christ qui fait couler les paroles de l'AT dans un sablier. Lorsque tout le sable est passé d'une partie du sablier à l'autre, lorsque seule la foi demeure, alors il ne reste à l'auditeur que deux solutions : ou bien retourner le sablier et s'évertuer, dans une machiavélique théologie, de réconcilier la loi et la foi ; ou bien de casser le sablier et de partir : « sans savoir où l'on va », de marcher par la foi seule, comme le fit de manière prophétique Abraham avant que la Loi ne soit édictée. C'est en cassant le sablier que l'homme de foi accomplit la loi et les prophètes. Hélas, le religieux retourne continuellement le sablier et tend tous ses efforts pour réconcilier deux dimensions en vérité inconciliables : la loi et la foi. C'est ainsi que le christianisme tourne en rond en retournant sans cesse le sablier sur lui-même. Les siècles passants, il se retrouve dans un bourbier nauséabond et rempli de maladies spirituelles : il a piétiné le sol de la foi en refusant le Dieu adogmatique, illégaliste et irréligieux, mais tout en essayant de le faire passer pour dogmatique, légaliste et religieux.
Le « qui cherche trouve » du Christ est lui aussi emprunt de ce double discours propre au « sermon sur la montagne ». D'une part, je crois en effet qu'on peut dire de façon pragmatique et généraliste : celui qui cherche une vie morale et une justice terrestre la trouvera ; celui qui cherche à être juste moralement et à trouver la paix dans cette justice-là y parviendra. La porte du succès s'ouvrira pour lui et les honneurs qu'il réclame lui seront donnés — à coup sûr ! Il suffit de se mettre au boulot et d'agir ainsi que le monde agit, de tourner ainsi que tourne le Monde : d'être conforme. Cette façon d'agir est tout bonnement un art ; l'art du comportement, tant politique, social que religieux.
Je crois qu'ainsi le Christ induit en erreur ceux qui s'accrochent aux dieux bardés des tables de la Loi, aux vérités qui font rugir leurs voix sur les monts Sinaï de la morale, de la raison et de la connaissance logique. Il leur donne ce qu'ils veulent : « sur le chemin où tu veux aller, on te fait aller. » Ainsi pensait aussi le jeune homme riche : pour trouver, il s'agit surtout de ne pas se perdre, de ne rien perdre ; de tout gagner et de ne rien abandonner ici-bas. Fonder sa vie sur cette logique-là, c'est fonder sur le roc — à coup sûr. Torrents et tempêtes ne feront pas s'écrouler cette maison-là, et même la mort ne le pourra pas. Ainsi parlent ses défenseurs. La puissance dont se sert la mort pour appeler les siens, n'est-ce pas le roc de la loi, elle devant laquelle personne ne peut être juste ? — « L’aiguillon de la mort, c’est le péché ; et la puissance du péché, c’est la loi. » (1Co 15.56).
« Mais moi je vous dis », ajoute le Christ ! « Les fleurs ne travaillent ni ne tissent, et les oiseaux ne sèment ni ne moissonnent : ils ne calculent pas. D'ailleurs, la nature bénit les justes comme les méchants sans les différencier ; c'est pourquoi ne vous inquiétez pas et ne calculez pas, car tous les trésors de ce calcul seront mangés par la teigne et dévorés par la rouille. Votre justice subira le même sort. Les portes des réussites auxquelles vous frappez seront brisées, les richesses que vous cherchez avec votre justice vous seront enlevées, et les bénédictions que vous demandez à vos soleils s'éteindront. La porte de Dieu où se trouvent ses trésors est si étroite qu'aucune loi générale ne peut y passer : seul l'homme individuel y passe. Et l'homme, tel qu'il est aujourd'hui, ne peut néanmoins pas y passer. C'est pourquoi il est impossible pour vous d'aimer même son ennemi et de vouloir pour l'autre l'impossible que vous voulez pour vous. C'est pourquoi dire : “Seigneur, seigneur…”, cela ne veut rien dire ; vos prophéties, vos miracles et vos connaissances n'ont pas plus de poids devant le ciel qu'une poussière n'en a pour l'univers ! »
En somme, ce que dit le Christ, c'est que « le vrai sage est celui qui fonde sur le sable » (Henri de Reignier). Car ce n'est pas l'homme qui cherche Dieu et qui Le trouve, mais c'est Dieu qui cherche l'homme et le trouve. Toutes nos recherches et toutes nos découvertes sont vaines. Bien plus : être trouvé par Dieu, c'est perdre nos recherches, abandonner nos découvertes et les regarder comme la sève même de notre misère. C'est à ce tire que Dieu « se laisse trouver par ceux qui ne le cherchent pas » disait Isaïe. Il se laisse trouver par ceux qui ont abandonné l'idée que frapper pour ouvrir Sa porte, chercher pour trouver Ses trésors et demander pour accéder à Sa présence seraient un droit légitime que nous aurions devant Lui. Le seul espoir de trouver Dieu et de Le voir, Lui, frapper à ma porte : prendre l'initiative.
Mon seul espoir repose sur Sa liberté irraisonnable, et non sur ma démarche, mon choix et ma logique théologique. Mon seul espoir repose, aux yeux de la raison, sur le sable, mais pour Dieu, ce fondement est inébranlable. Car qui contestera ce que Dieu veut ? Qui contestera que Dieu ait voulu que la foi sans preuves soit précisément son invisible ? Hélas, hélas, une foi qui disparaît en religion dès l'instant où l'homme intelligent pense qu'il suffit de faire ceci ou cela, de dire ceci ou cela… de claquer des doigts pour que Dieu apparaisse et que ses bénédictions tombent sur « ses fidèles ».
Ce principe de donnant-donnant, de causes-conséquences, ou encore de mérites et récompenses… en terme socio-politique, nous le savons, c'est un principe indispensable. Il serait donc dangereux de vouloir rayer de ces lois une seule de leurs lettres. Cela permet à la communauté d'être civilisée, ordonnée. Cela permet surtout de dompter, un petit peu, en chacun sa volonté ; laquelle, lorsqu'elle est rendue libre à l'égard du bien et du mal, dévoile tout son égoïsme au point que chacun se met à dévorer son prochain pour un « oui » ou pour un « non ». La loi pose une limite aux dégâts, déjà considérables, de nos « entre-dévorements ».
On se demande donc comment Dieu fait pour demeurer totalement libre à l'égard du bien et du mal sans dévorer l'univers entier en un instant. Et si Dieu demeure au-delà du bien et du mal, n'hésitant pas à offenser directement leurs règles, on se demande s'il n'est pas contre la collectivité. Car nous savons que ces règles du « donnant-donnant » sont l'enclos des collectivités ; elles les protègent, tels de hauts murs, contre les ennemis vivant à l'extérieur. C'est-à-dire contre les sauvages et les hommes libres, car la loi, dans son aveuglement, confond l'un avec l'autre.
Quel dilemme donc ! Quelle impasse ! Si nous rendons Dieu obéissant à une loi du bien et du mal, nous abolissons Dieu et faisons de cette Loi, un Dieu ! Il suffit alors de devenir magicien pour être spirituel. À savoir que tel acte de ma part produira automatiquement telle chose chez le divin et dans la réalité dont il est le créateur ; et plus ma connaissance et ma pratique des lois du bien et du mal sont profondes, plus Dieu est entre mes mains une marionnette que je tourne à mon avantage. L'intelligent, le sage, le moraliste, le scientifique sont des « faiseurs de dieux », littéralement des « théurges ». Et le christianisme est lui-même une théurgie, une magie, une façon de faire agir Dieu alors qu'il doit obéir à me rendre selon mes œuvres et selon mes choix.
Quiconque veut suivre le Christ doit abandonner toute théurgie et regarder sa connaissance, ses œuvres et son libre arbitre comme une vanité devant le ciel. Le Christ, c'est accepter que Dieu soit le seul libre et que jamais il ne se justifie devant une loi ; que jamais il ne ploie devant nos actes, et que jamais il ne considère que nos forces, nos intelligences, nos richesses ou nos choix soient des raisons qui le poussent à nous aimer. S'il m'aime, c'est parce qu'il le veut et cela ne dépend pas de moi.
Quiconque veut suivre le Christ doit accepter que Dieu est insaisissable, incohérent, arbitraire, scandaleux. Notre dernière prière, ou peut-être justement notre seule prière serait alors : « Qui es-tu ? » Et notre plus grande révélation serait probablement : « je t'adresse ma louange mon père, car tu as caché ces choses loin des sages et des intelligents ». Je t'adresse ma louange, car tu m'as aimé, malgré moi, contre moi et sans mon consentement. Tout était accompli avant même que je le sache. Je n'ai rien donné qui justifie que tu m'aimes et t'approches de moi. Il n'y a entre nous aucun rapport de donnant-donnant, et dès que je conçois que la plus infime chose, œuvre ou choix de ma part te conduit à m'aimer, alors, je sais que je te perds.
Ce passage de Genèse où se trouve mentionné « le serpent » est riche. Et je dirai même qu'il est trop riche. L'interprétation peut aller dans tous les sens et nous conduire vers tout et n'importe quoi. Le principe directeur de ne pas s'éloigner de « la simplicité à l'égard du Christ » semble impossible à tenir dès qu'on se penche sérieusement sur ce texte : « …de même que le serpent séduisit Eve par sa ruse, je crains que vos pensées ne se corrompent et ne se détournent de la simplicité à l’égard de Christ. (2Co 11.3) » — Toutefois, il ne faut pas confondre simplicité et simplisme. Paul ne dit pas ici que le fait de « penser est une faute », mais il dit que c'est ce qu'on pense à propos du texte qui peut devenir dangereuse. Notamment lorsqu'on se laisse entraîné à faire du Christ une figure ésotérique et alambiquée. Le Christ ne l'est certes pas ; mais il n'est pas non plus ce trop humain, si raisonnable, que jamais il ne scandalise notre petite logique ! En somme, il n'est pas plus mystique qu'il est ecclésiastique, et il est encore moins simpliste ! Là est notre problème, nous dont la tentation est devenir : soit mystique, soit religieux, soit bêtement logique.
Pour ceux toutefois qui fuient la difficulté de penser et pour qui le biberon ecclésio-mystique est de la viande… la théologie infantile et débile de l'Église devrait leur suffire : « Le serpent, c'est un ange déchu, c'est satan ; et le péché c'est désobéir à Dieu alors qu'il exhorte l'homme à de ne pas toucher aux interdits. » Et hop ! c'est plié. Y'a plus qu'à retourner à la messe ou au culte, l'âme tranquille et la joie au cœur : le mystère vient d'être résolu en une phrase. Une phrase aussi simple à comprendre qu'un livre d'image ou qu'un catalogue de la Redoute. Un gosse de 8 ans en serait parfaitement satisfait. L'Église peut chanter ses Halléluia et encaisser ses maudites dîmes. Son opium est toujours aussi efficace.
Je crois que la difficulté à saisir l'image du serpent tient au fait que son évocation nous déchire d'emblée entre deux axes, lesquels ont pour source un troisième sur lequel ils se fondent. D'une part il y a analogie du serpent avec la figure de l'Homme. D'autre part il y a analogie du serpent avec la figure de l'Ange. Enfin, et troisièmement, l'une et l'autre de ces représentations s'unissent dans une figure fondatrice : la Nature, et plus spécialement la Connaissance logique en générale, c'est-à-dire la science avec ses dualismes. » On se demande donc tout de suite : Doit-on aller vers l'Homme ? Vers l'Ange ? Ou vers la Science du bien et du mal dont la Nature témoigne à notre intelligence ?
À mon avis, il faut refuser un tel choix ; refuser d'éliminer ceci pour ne garder que cela. Il faut précisément le refuser pour ne pas sortir de la simplicité, pour ne pas dériver dans des élucubrations où une seule perspective devient la vérité au détriment des autres. C'est exactement ce qu'à fait l'Église. Aussi en est-elle venue à rajouter du légendaire à son interprétation particulière. En effet, ne pouvant faire tenir debout son opinion seule après qu'elle ait exclu les autres aspects du texte, elle a été contrainte de re-tricoter sa théologie afin que l'ensemble se s'écroule pas. Soit par des éléments venant du paganisme, soit avec des éléments inventés directement par ses théologiens. Ce faisant, elle a pu, en toute légitimité, croit-elle, rendre hérétiques les autres perspectives. Et elle a tellement endoctriné ses ouailles depuis des siècles, que toute autre lecture est désormais rejetée avec mépris au nom de la difficulté de penser que cela suppose.
L'Église a construit un mur d'enchantement autour des sa pensée pour se protéger de toute critique. Néanmoins, c'est son interprétation de la Genèse qui est en vérité tordue et alambiquée. Pourquoi ? Parce qu'elle nous oblige à basculer dans le fantastique. Parce qu'elle prend tout au pied de la lettre. Parce qu'elle boit de l'encre. Parce qu'elle ne veut pas considérer le texte comme une allégorie. Une allégorie qui veut nous conduire au-delà du chaud fantasque, de la froide logique et du chemin tiède entre les deux : vers la réalité de Dieu. Le jardin d'Éden lu par l'Église est une fable qui introduit sournoisement le Christ comme l'acteur principal d'une histoire ubuesque du divin. Sa réflexion est à l'image des cosmogonies grecques, perses, scandinaves, ou encore musulmanes : l'univers créé en 6 fois 24 h, la femme créée par l'alchimie d'une côte d'Adam, l'acte historique d'un péché originel, etc., etc. Ça ne vaut pas mieux que les légendes d'Osiris ou de Gaïa, celle de l'Anneau du Nibelung ou du lotus de Brahma… On nous prend pour des débiles légers. L'Église a réussi à interdire de repenser le texte en faisant croire que « penser » est synonyme de « difficile ». Elle participe ainsi à engendrer de l'athéisme, lui qui, s'indignant de l'obscurantisme ecclésial, chercha ailleurs une explication à la vie. Répéter ce que dit l'Église comme un perroquet est signe de spiritualité, tandis que mettre en question une tradition théologique est diabolique. L'homme ecclésiastique est devenu un animal religieux. Or, un animal, par définition, c'est une bête, et une bête, c'est dangereux parce que c'est bête : qu'elle soit un perroquet ou un serpent.
Bref… Il s'agit donc de rassembler la richesse des perspectives de lecture que nous propose le texte ; de ne surtout pas les dé-tricoter. Il ne faut pas craindre leurs éclairages en apparence différents, car si tous ces éclairages émanent bien du texte, ils doivent pouvoir se saisir ensemble comme allant tous dans le même sens. Chacune des perspectives n'est qu'une vue de la même révélation sous un angle qui lui est propre. Et le sens vers quoi elles tendent toutes, c'est précisément le Christ dans sa richesse.
Le Christ, c'est premièrement le Fils de l'homme ; il n'est pas l'homme en tant que porteur de notre humanité intelligente, celle qui atteint son zénith lorsque nous obéissons à notre conscience du bien et du mal ; mais il est porteur d'une autre humanité, une humanité à-venir ; une humanité qui se trouve au-delà le plus pure conscience qu'on puisse imaginer de discernement du bien et du mal. Secondement, il est au-dessus des anges ; il n'est pas un ange, et il n'est pas une pure sainteté ; il n'est pas saint au sens où nous, nous concevons la sainteté ; il n'est pas parfait comme l'est un ange ou une vérité idéale ; bien plus, il a conduit à leurs jugements et à leurs défaites les anges dont les perfections absolues et les vérités immuables nous asservissent. Enfin et troisièmement, il n'a pas été engendré par la Nature, il n'a reçu d'elle aucune génétique car il est apparu de façon virginale ; il n'accepta d'endosser un temps, et en apparence seulement, notre faiblesse ; volontairement donc, par sacrifice ; mais jamais il n'obéit aux logiques de la réalité naturelles, à ses nécessités politiques et moralistes ; car il n'est pas venu sauver la Nature et ses lois, mais il est venu détrôner ses lois et mettre à mort la Nature, ayant pour objectif de la ressusciter dans une autre réalité où elle sera récapitulée.
Le Christ est venu de Dieu. C'est pourquoi sa richesse dépasse les trésors de la Nature et de la lumineuse Raison qui en émane. Et elle dépasse toutes les vérités fantastiques que l'homme conçoit par l'étude de cette réalité visible. Le serpent est une figure de ces multiples variantes que produit le terrestre. Il évoque ces innombrables tentatives humaines pour se saisir d'une vérité divine insaisissable ; il évoque ce rêve de Vérité qu'a la terre, mais un rêve qui échappe sans cesse à ses talents, à ses efforts et à ses sommations. Le serpent est une discussion entre l'homme, l'intelligence et la nature. Dès que s'instaure une discussion entre l'homme savant et la mystérieuse puissance de la nature, apparaissent alors les chimères d'un idéal : une idéologie, une vérité, une religion. Ce faisant, à partir de cette vérité née de la dissection intellectuelle qu'opère l'homme sur la réalité, le phénomène de discussion s'amplifie. C'est un triptyque qui se nourrit de lui-même. Homme, Nature et Connaissance font naître des vérités qui sont de nouveau et sans cesse discutées, réformées, corrigées et reformulées. C'est une sorte de mécanisme qui se démultiplie, à l'instar de l'hydre d'Héraclès dont les têtes tranchées repoussent en double. En tuant et faisant évoluer ses vérités, l'homme intellectuel va de plus en plus loin dans l'intimité de la connaissance visible ; et il en vient à une nano-connaissance où les branches de son savoir deviennent aussi innombrables que fantastiques. Les théories quantiques en sont un exemple frappant, tout autant que les mondes inventés par les philosophies et les mythes religieux.
Le Christ, c'est le dépassement de toute discussion avec le serpent. C'est l'abolition de la discussion. Et ce que l'auteur de Genèse 3 aimerait que ses lecteurs fassent, c'est probablement qu'eux-mêmes répondent ainsi au serpent, qu'ils lui répondent le « non » de la foi :
« J'ai abondamment étudié le projet que tu m'offres, et je l'ai même embrassé en me consacrant à lui religieusement, moralement et intellectuellement. Certes, il est prometteur au premier abord, et il semble même vouloir mon bonheur puisque tu proposes aux hommes qui t'écoutent d'être les premiers de la Création : d'être comme Dieu. Toutefois, l'homme ne peut qu'être un animal intelligent. Certes l'animal le plus intelligent et le plus évolué, mais un animal qui devra mourir et retourner à la poussière comme n'importe quelle bête. Eh quoi ! Tu me proposes un au-delà que n'aura pas la bête ! Au-delà de cette vie, dis-tu, je deviendrai ensuite un non-être, c'est-à-dire une perfection, une idéalité, une pure conscience. Je serai comme toi, affirmes-tu ; je te rejoindrai dans la béatitude de ta vérité immuable. Comme toi, je serai une conscience pure, un désincarné, une sorte de louange éternelle à ta parfaite vérité. Quant aux hommes qui refusent cette espérance, tu leur proposes de disparaître totalement, dis-tu. Quelle différence avec moi ? À moi aussi tu promets la disparition puisque je ne pourrai m'incarner. »
« Tu me proposes donc d'être ton représentant sur terre. Et pour cela tu m'offres la richesse de la nature, l'autorité de la connaissance et les plaisirs personnels qu'une telle situation m'octroiera. Puis enfin, tu me donnes l'espérance. Celle de devenir un jour un « non humain » : à ton image. Or, ne disais-tu pas que je serai comme Dieu ? Voici donc que je serai comme toi. Je vois donc que tu affirmes être Dieu. Aussi n'es-tu qu'une hallucination, car tu n'es pas Dieu ; et je dois être devenu fou en discutant ainsi avec un phénomène qui m'a enchanté. Que cesse donc cette discussion, et que la hache frappe ce maudit arbre où la justice de la raison a décrété ma fin et la fin de l'homme. »
« Je vais désormais chercher Dieu sans les chimères intellectuelles que la réalité m'impose. Je vais chercher Dieu comme l'a fait Job : « S’il était possible de peser ma douleur et mes calamités sur la balance, elles seraient plus pesantes que le sable de la mer » (6.2-3). Je veux vivre ! Et quand bien même je mourrais, je veux vivre. Peut-être se trouve-t-il que Dieu, lui aussi, ignore l'arbre du savoir où la morale se met à l'ombre ; peut-être que lui aussi, comme moi, et à l'encontre des balances de la raison, peut-être que Dieu trouve mes larmes plus lourdes que le sable des mers. Peut-être viendra-t-il vers moi, d'homme à homme, et peut-être recueillera-t-il mes larmes avec les siennes, m'offrant alors l'impossible : non pas être à son image, mais être son fils. Car quel Père ne saurait pleurer avec son fils ? Et quel Père ne saurait souffrir avec son fils en buvant sa culpabilité pour l'en délivrer ? Et quel Père ne ressusciterait son fils pour lui donner l'infini des possibles ? N'est-ce pas de que fit le Christ ? N'est-il pas, lui, le Père ? »
Si je trouve le temps, je donnerai une suite à cette première réponse. Une suite en 2 autres réponses. Une qui aborde comment cette analogie du serpent porte dans le texte une figure de l'homme évolué ; et une autre montrant comment le texte fait du serpent une figure de l'idéalité ; une forme angélique en somme. L'une et l'autre de ces figures, comme je l'ai dit, étant le propre de ce que la Nature crée. Le serpent devenant du même coup une troisième figure fondant les deux premières : celle la Nature.
Yoho ! Bien vu. Y'a de quoi développer là. Je n'avais pas ouvert les yeux sous cet angle. Merci, c'est vraiment riche et inspiré selon moi.
Je mettrai juste un bémol sur ce que tu dis là : L’homme, donc, en quelque sorte, est l’idole interdite de Dieu.
C'est-à-dire qu'il me semble plutôt que c'est bien Élohim, et non le Père qui a créé l'homme à son image, et plus précisément à leur image dit le texte. « Puis Dieu dit : Faisons l’homme à notre image » (v 26). Dieu, qui est ici le vocable Elohim, c'est la Nature. La Nature a échoué à faire ce que Dieu voulait.
C'est-à-dire que Dieu ne crée pas, il engendre. Dieu, c'est un Père ; ce n'est pas un Dieu. Les dieux, ou le Dieu-Un quand on les unifie au sein d'UN même but, accord et harmonie, ce sont des forces, des vérités de la nature, des logiques, des lois, des sciences… des anges dit la Bible. Anges parce que littéralement des messagers. Ils sont messagers, porteurs d'une intention du Père qu'ils reflètent, mais qu'ils ne peuvent révéler. Ils sont dans l'ombre du Père. Étant dans son ombre, ils sont déjà lumineux. Ils sont aussi très rigides, car une ombre par nature obéit à sa source. Et ils sont aussi limités, car une ombre n'est pas autonome tandis que la source l'est.
D'où le nom de Elohim, un pluriel en hébreu. Fabre d'Olivet traduit par « Lui-les-dieux », tandis que nous, nous laissons la traduction ambigu de « Dieu ». Soit donc, le Père induit la Nature en tentation en somme, et l'homme aussi avec elle. Il sait que la Nature ne pourra pas engendrer, mais seulement créer. Il sait que l'homme, en obéissant à la nature, à ses forces et ses nécessités, en étudiant ses lois pour s'en nourrir et en faisant de sa connaissance un Dieu, il sait donc que l'homme aussi ratera le but. Il ne parviendra jamais à être fils et à connaître le Père. Il ne pourra qu'être une image de ses dieux : soit un ange, une logique, une machine ; soit une bête, un égotiste. Raison pour laquelle les juifs appellent les anges, « les bêtes sacrés » (voir les visions d'Ézechiel notamment).
Alors oui, ton propos est lumineux, mais il me semble mieux de le préciser ainsi : Le Père induit l'homme et la nature à « désobéir à la Torah qu'ils ont tous les deux formulé ensemble (d'où torah orale et torah écrite d'ailleurs)… » Ce qui revient à garder ce que tu dévoiles, mais simplement de le coller encore plus au texte biblique ! il me semble…
On se demandera : pourquoi un tel mic-mac ? Parce qu'ainsi le Père se révèle pour ce qu'il est. Parce qu'il a voulu et a prédestiné dès le départ de se révéler, de ne pas demeurer caché et inaccessible. Il est cet amour et cet liberté qui se sacrifie ! Il est vraiment un Père et plus qu'un dieu. Et c'est par le sacrifice qu'il engendre, non par l'intelligence. En s'incarnant en homme, il s'identifie à l'image et l'idole dans lesquelles nous nous sommes enfermés avec le monde naturel. Puis en se brisant et se déchirant lui-même, il ouvre sa vie à tous : il répand son sang. De la créature créée, il engendre des fils. Le Père commence dès l'instant où le créateur, et la créature, l'idole donc que nous sommes, sont l'un et l'autre brisés.
Qu'en penses-tu ?
Oui !
La notion de « réveil » dans le christianisme est l'équivalent de la notion de « révolution » connue en politique. On dit « réveil » pour ne pas dire « révolution », parce que ça paraît plus spirituel et moins violent Une réforme est quant à elle une révolution soft, plus consensuelle ; un ravalement de façade pour éviter la reconstruction qu'exigerait une révolution. Or, une révolution, littéralement, c'est un retour au point de départ. Un réveil est en vérité l'annonce d'un retour au point d'endormissement d'origine. L'idée de « conversion » ou de « nouvelle naissance » se croise d'ailleurs avec l'idée de « réveil, réforme et révolution » ; et tous ces termes sont plus ou moins équivalents finalement.
Lorsqu'un enfant naît, ce n'est point pour ensuite retourner dans le ventre de sa mère. La chose est d'ailleurs impossible. Aussi l'enfant va avoir recours à un subterfuge. Il va vivre sur le sein de sa mère. Il va vivre à la tétée de sa mère jusqu'à sa mort. Après plusieurs années, on voit ainsi un homme incapable de vivre sans que sa mère lui tienne la main. C'est le rapport qu'entretien le « chrétien » avec son église sans laquelle il ne peut vivre. Il ne peut penser Dieu sans elle et tout ce qu'il pense sur Dieu doit être légitimé par sa Mère. Il ne peut lui lâcher la main et l'église est finalement l'équivalent de Dieu : une idole.
On considère ainsi que l'acte de naissance suffit. Ce moment « violent » et très expérimental est vu comme l'acte d'authentification. L'enfant a pour la première fois respiré avec ces poumons ; l'air brûla son torse et il a crié ; il a soudainement vu le monde avec ses propres yeux comme dans une révélation. Moment intense de conversion qui pour le « chrétien » lui suffit pour affirmer son statut légitime d'enfant de Dieu. Il peut dès lors être langé, boire le lait spirituel et tranquillement s'endormir dans la sécurité de la maison familiale : l'église.
Si toutefois l'avenir lui fait apparaître que l'église-mère le nourrit mal, ne répond pas à ses attentes, à l'évolution de la société, ou encore qu'elle s'est sclérosé dans un compromis avec d'autres foyers religieux… l'enfant se révoltera alors et vivra ce qu'on appelle un « réveil ». C'est un autre moment d'expérience forte, à l'instar de la naissance. Il s'agit de totalement modifier les rapports qu'ont entre eux la mère et l'enfant. Lors de la naissance, le lien aussi s'était sensiblement modifié. L'enfant qui était en gestation, à l'intérieur, va à l'extérieur connaître cette fois un vis-à-vis. Un réveil va aller dans ce même sens d'une véritable révolution dans le vis-à-vis qu'a le chrétien avec l'église.
Or, cela aussi est un subterfuge et une supercherie. Avec le temps on se rend finalement compte que le chrétien n'a pas modifié son rapport à l'église, il a simplement adapté l'église à ce qu'il veut. Il insistera sur tel nouveau point de doctrine par exemple, ou il fera un ravalement de façade de l'église pour l'adapter à la modernité du monde dans lequel il vit. Mais le lien chrétien-église n'a pas changé. Pourquoi ? Parce que l'église reste la mère hors de laquelle il est interdit de sortir et dont on ne doit pas lâcher la main. L'église a peut-être changé en apparence, de même que le chrétien, mais leurs rapports sont absolument les mêmes : en vérité, le cordon ombilical n'a pas été coupé. Le chrétien est toujours nourri pas l'église.
De ce fait, puisqu'il aboutit, comme tu le montres, à revenir au même point ekklésiastique, le fond de ce réveil était semblable à un caprice d'enfant finalement. Suivre le Christ, c'est couper son cordon ombilical. Or, cette coupure prend toute la vie ! C'est tout le problème du christianisme. Il conçoit la nouvelle naissance sous le rapport de la naissance terrestre, comme à un moment T et à un jour J. Rien n'est plus faux. La naissance spirituelle dure toute la vie. Cette pensée est d'ailleurs formulée dans le NT lorsqu'il parle de « persévérance ». C'est pourquoi le christianisme est une croix. Il s'oppose à ce qu'on s'arrête et tout arrêt est la préfiguration d'une absence de foi. Tandis que cette marche continuelle est aussi une mort continuelle à soi allant parallèlement avec une résurrection à mon devenir. La vie de chrétien, c'est un continuel aller-retour de la croix au tombeau vide.
Pour le Christ, la « nouvelle naissance », c'est-à-dire le réveil, ce n'est pas l'aboutissement d'un processus, mais tout au contraire son commencement. C'est le véritable bereshit, le « au commencement » hébreu. C'est pourquoi il est dit en Jean 10, à propos de la bergerie : « Il appelle par leur nom les brebis qui lui appartiennent, et il les conduit dehors. » Le but de Dieu est de conduire les siens à la résurrection. Concrètement sur terre, c'est briser le cordon qui lie l'enfant à sa matrice. C'est quitter la mère pour aller vers le Père.
C'est ne plus être à la tétée de maîtres, de doctrines immuables, d'ekklésias et de lois infaillibles ; mais atteindre le point de maturité où le jeune homme se nourrit et chemine selon ce qui lui est propre. Le statut d'enfance est de fait acceptable au sein d'une ekklésia, mais le problème est qu'au lieu de durer 2 ou 3 ans, il dure une vie. On se retrouve alors avec des chrétiens à la tête énorme et au corps minuscule : des difformes et des espèces d'avortons.
Pour le jeune homme qui s'est libéré de la tétée, la connaissance de Dieu qu'il découvre dans cette marche particulière est donc un continuel éveil. Lui-même se modifie sans cesse, élargissant à n'en plus finir l'espace de sa tente et sa spiritualité. La fraternité n'est dès lors plus imposée dans une religiosité ecclésiastique, mais elle est une rencontre libre ; plus fortuite qu'administrée, plus inspirée que réglementée ; plus spirituelle que dans la matérialité cadrée d'une société cultuelle ordonnée. Ainsi, chacun trouve en l'autre un témoignage de Dieu plus efficace pour l'édifier. La liberté de ne pas être enclos permet précisément à chacun d'être conduit, selon les temps et les circonstances, vers ceux et celles qui lui seront d'abord appropriés plutôt qu'obligés. Et inversement.
Le cas des aléas de Paul, tantôt avec l'un, tantôt avec l'autre, est significatif de cette fraternité mouvante et dont on peut dire : « L'Esprit souffle où il veut, et tu en entends le bruit ; mais tu ne sais d’où il vient, ni où il va. » Ainsi doit être la fraternité. Bien sûr, c'est marcher sur l'eau, c'est plus dur ! Tandis que dans le christianisme officiel, la fraternité est tout le contraire : « Culte ou moment fraternel, tel jour, de telle heure à telle heure. » L'Esprit n'a soudain plus aucune surprise. Il a bien été encadré : « On l'a bien chipé dans sa poche le dieu ! » Pff…
La conviction est une force et je crois qu'elle est LA force même. Elle est la puissance. Elle est précisément ce qui dirige l'homme vers une direction toute différente de celle vers quoi la foi conduit. Oh, je connais bien l'argument des ecclésiastiques, car voici qu'ils font tout leur possible pour réconcilier la conviction et la foi tandis qu'il faut justement les opposer. Alors voilà, ils ouvrent leur bible dans la lettre aux Hébreux (11.1) :
« La foi est une ferme assurance des choses qu’on espère, une démonstration de celles qu’on ne voit pas. »
(traduction Segond)
« Mettre sa foi en Dieu, c’est être sûr de ce que l’on espère, c’est être convaincu de la réalité de ce que l’on ne voit pas. »
(traduction Français courant)
« La foi est la garantie des biens que l’on espère, la preuve des réalités qu’on ne voit pas. »
(traduction Jérusalem)
Ce serait si pratique si la foi se fondait sur une conviction, sur une preuve irréfutable, car, comme tu le dis : « c'est ainsi que l'on crée une osmose entre les hommes en les rassemblant autour d’une conviction commune. » Toute conviction est une idole, et la foi des convaincus et la foi des idolâtres. La foi est en vérité le brisement de cette idole, la destruction de la Preuve. La foi est la force qui fait ployer la force des convictions ; la force qui soumet la force de la réalité, cet impitoyable nid de vipères des preuves irréfutables. La foi montre à la réalité qu'elle n'a droit à aucune revendication, pas même au nom du bonheur, de l'amour ou de la liberté ! L'amour et la liberté sont une décision de l'Être qui a la foi, non une décision que la réalité doit prendre ; et s'il plaît à l'Être que la souffrance est ici meilleure que le confort, qu'elle est plus apte à faire atteindre à l'homme le bonheur et la liberté que l'Être veut lui faire atteindre, alors : « Qu'il en soit ainsi. Que le réel ferme sa bouche et cesse d'avoir peur. »
La foi, c'est même l'anti-miracle et le miracle et toujours un jugement contre la foi. En quoi est-il jugement ? Simplement par la séduction qu'il opère ; séduction qui consiste à produire en l'homme une foi fondée sur le miracle, sur l'expérience : sur sa conviction. Rien de plus mouvant et infidèle que cette foi-là. Il suffira d'un autre miracle pour convertir le croyant qui, devant un autre miracle, sera convaincu par l'autre croyance que porte ce miracle. L'Évangile lui-même témoigne de ce jugement des miracles ; l'Évangile est le refus en la foi des convaincus : « …plusieurs crurent en son nom, voyant les miracles qu’il faisait. Mais Jésus ne se fiait point à eux, parce qu’il les connaissait tous… » (jn 2.23-24)
En somme, refuser au miracle de fonder ma foi, c'est précisément faire appel à la foi. Dans ce sens, le jugement des miracles se retourne favorablement. Le miracle est un témoignage, non parce qu'il prouve que l'homme ayant une grande foi est soumis aux désirs de la réalité et qu'il peut faire d'elle ce qu'elle lui demande de devenir ; mais précisément parce que l'homme de foi est en train de prouver qu'il n'est pas soumis à la réalité et qu'il ne fait pas ce qu'elle lui commande. Le miracle est bon dès l'instant où, par son média, l'homme de foi dit à la réalité : « Je vis hors de toi, et sans toi, et je peux même vivre dans l'exact contraire de ton désir. Mais toi, tu ne peux vivre sans moi. Je suis la vérité et je suis la réalité. Mais toi, tu n'existe pas réellement. » C'est la raison pour laquelle le Christ n'a répondu qu'à une faible part des demandes qui lui étaient présentées : faut-il donc l'accuser d'avoir manqué de foi ? Non, mais voir simplement qu'il ne donnait pas ce que la réalité voulait : il créait la réalité qu'il voulait. N'en déplaise aux réalistes.
« Une démonstration de ce qu’on ne voit pas », ou « la preuve d'une réalité qu’on ne voit pas » dit la lettre aux Hébreux citée plus haut. En somme, l'auteur est en train de dire que la foi est une démonstration de ce qui est indémontrable. Que la foi est la conviction en une certaine réalité, ailleurs, qui précisément n'a plus en elle la force de la conviction. C'est-à-dire une réalité qui ne prouve rien par ce qu'elle est ou par ce qu'elle n'est pas ; par ce qu'elle offre ou par ce qu'elle n'offre pas. Un monde où la réalité n'a ni pouvoir, ni force, ni autorité, ni parole et n'offre aucune preuve. Une réalité qui est totalement entre les mains de l'Être qui a la foi et qui peut donc la modeler à l'infini. Ainsi peut-il même faire en sorte que ce qui a été ne soit plus. Il peut tout pardonner. Il est maître du temps et maîtres de ce que nous appelons, nous, ici, les lois. En terme plus synthétique, Kierkegaard dira que « l'Esprit est la négation de l'immédiateté directe. »
Car le royaume des cieux est cette réalité où la réalité n'a plus de règne. Le rapport entre les hommes n'est dès lors plus fondé par la réalité que chacun apporte à l'autre, ou lui refuse ; mais par l'amour de l'autre en dehors de son avoir réel. Le royaume des cieux est ce monde qui se fout totalement de l'avoir et qui est passionnément tourné vers l'Être, vers l'homme, vers l'individu. Et pourquoi peut-il se payer un tel luxe ? Précisément parce qu'il peut tout, précisément parce qu'il peut donner à l'autre l'infini des possibles s'il le veut — et Il le veut. Soit donc, l'auteur de la lettre aux Hébreux est en train de dire que la foi et la conviction par la preuve sont totalement opposées. Prendre ce passage pour démontrer que la foi et la preuve des convictions sont réconciliés, ce serait dès lors se pendre haut et court.
Oui, tout à fait… l'identité d'un homme est une terre interdite. Je n'accepte pas que tu changes mon nom et n'oserais pas moi-même te baptiser d'un autre homme. Calme-toi donc un peu.
Salutations, et reviens-nous quand tu seras disposé à réfléchir, tu y seras le bienvenu.
Ha mais si tu y es reçu ! C'est ton perroquet qui nous fatigue. Or il semble que tu ne puisses être libre de cette pauvre bête ; il t'a volé, et ta matière grise, et la liberté que t'offre le ciel de lire par toi-même. Quant au fait de dire que la parole de dieu n'est pas reçue sur ce forum, je te laisse porter toi-même, au nom de mon dieu, cette affirmation. Pauvre homme qui essaye maintenant de jouer la victime, de glisser à terre dans une attitude d'accusé pour tenter de culpabiliser son prochain et ses proches. Tu es plutôt un Prêtre victimaire, oui ! Tu auras vraiment tout essayer… religieux jusqu'au bout des griffes.
Pour quelqu'un qui jamais n'a montré la moindre inspiration, c'est risible au possible. Essaie de passer au mainate dans l'avenir, il paraît qu'ils parlent mieux que les perroquets. Si au moins ton passage ici t'a permis ce moindre progrès, c'est mieux que rien. Je te le dis sincèrement : Courage, et puisse le fils de l'homme t'ouvrir l'entendement.
Bonjour. Je rappellerais le passage de 1 Pierre 3, 7 : Pareillement, vous, maris, demeurez avec elles selon la connaissance [ou : avec compréhension], comme avec un vase plus faible, [c’est-à-dire] féminin, leur portant honneur comme étant aussi ensemble héritiers de la grâce de la vie, pour que vos prières ne soient pas interrompues.
J'ai suffisamment été patient avec toi Gérard. Je t'ai expliqué longuement, à diverses reprises et en usant tantôt de l'allégorie, tantôt du ton direct. La ligne directrice de ce forum, c'est de commenter le texte, de le questionner, de faire un tant soit peu l'effort de l'ouvrir : d'avoir le cran et le courage de la liberté de penser ! Non pas, et surtout pas de le réciter comme une leçon apprise, comme dans l'attitude typique de l'endoctriné. Voyons, convertis-toi donc à l'Islam puisque tu aimes réciter les paroles dites « infaillibles et indiscutables » tombées du ciel ; tu pourras faire la récitation du coran, et du même coup voiler les femmes. Tu seras d'autant plus saint que tu ne questionneras pas le texte.
Ainsi donc, voici que tu n'écoutes pas malgré la patience que j'a eu pour toi. Que tu sois méchant ou bête, je ne sais, c'est ton problème ; mais je n'accepte plus désormais que tu viennes jeter tes versets par de vulgaire copier/coller, sans les faire parler de ta propre voix, et sans les penser de ta propre intelligence. Eh quoi, tu attends qu'on frotte le verset pour qu'il en sorte un génie comme dans le conte ? L'Esprit, c'est de nous qu'il sortira, si du moins nous osons parler, penser et surtout accepter la mise en question. Avec cette manière de lourder des versets à la va-vite, tu ressembles à un animal qui vient uriner ici et là pour marquer son territoire. Dans le cas présent, non seulement tu offenses encore le texte puisque tu le penses pas, mais plus glorieusement que jamais, tu le tires totalement de son contexte. Une hypocrisie dont je t'ai maintes fois dit que nous ne la tolérerons pas ici.
Je reprends ta citation : « Pareillement, vous, maris… » — Mais merde alors : « pareillement » à quoi ou à qui ? Et bien il suffit de lire ce qui précède : Pareillement à Abraham que sa femme appelait mon seigneur ! Et finalement si on tire le fil pour remonter le passage biblique, on voit que l'introduction de ton si admirable passage est le suivant : « Femmes, soyez soumises à vos maris. » Un impératif catégorique très kantien finalement (pour toi qui n'aimes pas les philosophes, c'est à pouffer de rire), et au nom de ce qui ressemble plus à une mishna qu'au texte même de la Genèse. Car moi qui lit abondamment la bible, et probablement bien plus que toi, durant les pérégrinations d'Abraham et Sarah, nous constatons que leurs rapports de couple ne sont pas marqués par cette impératif de la Loi qui est survenue bien des siècles plus tard !
Si il est un texte qui mérite d'être confronté et mis à la question, c'est bien ce passage ! Les femmes ont suffisamment souffert de cette saloperie de machisme. Et le christ, ainsi que je l'évoque plus haut, est précisément la fin de cet état d'esprit ! Lequel état d'esprit émane d'un vieux judaïsme dont on voit bien que l'auteur que tu cites n'est pas encore totalement séparé. Ce vieux judaïsme du Deutéronome si présent dans le concept d'église qu'il te plaît tant de diviniser. Bref… que ta femme t'appelle mon seigneur, cela ne me regarde pas ; tu fais ce que tu veux chez toi. Mais ce forum ne prêtera pas la main à cet archaïsme. Il s'agit ici de dire ce que le christ voulait dire, et ce n'est pas cela qu'il voulait dire. Il n'y a ni homme, ni femme. Et si une femme faisait comme toi, si elle ne voulait pas engager sa liberté de penser, elle trouverait de ma part le même : « Non ! pas ici. Il y a d'autres forums pour cela. Ici, nous cherchons celui dont nous savons qu'aucune réponse suffit à le trouver. Peut-être, toutefois… nous sera-t-il donné certaines réponses nous permettant de commencer à le trouver : de cheminer avec lui. »
Soit donc, je te laisse… jusqu'à ce soir disons. Tu peux modifier ton post et commenter ce texte qui semble te tenir à cœur ; tu peux entrer dans le dialogue avec l'autre ; tu peux accepter qu'on vienne confronter ce que tu prétends faire dire à ce passage. Bref, tu as tous les droits de prendre l'attitude même qu'on attend d'une personne sur un forum : dialoguer, contredire, réfuter… aussi librement que tu le désires, et finalement s'enrichir mutuellement. Mais si tu persistes à ne pas le faire, je mets ton post à la poubelle… et les futurs du même type suivront bien sûr. Une censure ? me diras-tu. Oui, une censure. Et en quoi consiste-t-elle . En cela : « Il est ici interdit de s'interdire ; il est interdit de s'auto-censurer en s'obligeant à ne pas penser. » Je n'ai pas vu ailleurs d'autre forum pratiquer cette censure. Il existe par contre d'innombrables forums de « crétins » pratiquant l'autre censure ; celle où l'on censure la liberté de penser. C'est-à-dire où l'on censure en vérité et véritablement, en bannissant avec joie les hérétiques qui osent mettre en question le dogme des gens honnêtes.
Il est vrai qu'il est rare de rencontrer une femme qui « écoute ». Ce dont témoigne l'évangile était d'ailleurs une véritable révolution : le christ acceptant soudain que les femmes « écoutent » ce qu'il avait à dire. Elles avaient droit au statut de « disciples » au même titre que les hommes : elles pouvaient s'asseoir près de lui et l'écouter à l'égal des hommes. Insupportable attitude pour l'époque ! C'est ce qu'évoque le cas Marthe et Marie par exemple : « Marie assise aux pieds du Seigneur écoutait sa parole […] et Marthe, occupée à divers soins domestiques, survient et dit : Seigneur, cela ne te fait-il rien que ma sœur me laisse seule pour servir ? Dis-lui donc de m’aider. » (luc 10.39-40). Je crois que j'en parle dans ce billet.
Maintenant, inutile de se leurrer. Car tandis que l'ecclésiaste dit : « J’ai trouvé un homme entre mille ; mais je n’ai pas trouvé une femme entre elles toutes. » (7.28), nous en tirons la conclusion suivante : la condamnation des hommes est d'autant plus grave. Car dans un premier temps, ce sont les hommes qui ont fait les Marthe ! C'est-à-dire qu'ils ont imposé aux femmes de servir pour les empêcher d'écouter. Ils prouvent par cela que leur manière masculine d'écouter est tordue ; à l'inverse opposé de l'attitude du christ. Ainsi est-il difficile de trouver un seul homme parmi la multitude qui ait l'honnêteté d'écouter ! Soit donc, qui n'ait pas subverti ce que dit le texte d'une manière ou d'une autre ! Ici est la première conclusion : la condamnation masculine est plus grave. Subvertir et voler ce qu'on entend du prophète est plus malicieux que le refus d'écouter, comme le font les Marthe, lorsqu'une d'elles a la chance de côtoyer ce même prophète.
Toutefois, dans un second temps, que constatons-nous de nos jours ? Que les femmes n'ont plus le prétexte d'une « dictature » imposée par l'homme ; car voici qu'il leur est offert, notamment en Occident, les mêmes droits au savoir, à la connaissance et de penser le texte. Les femmes ont les portes grandes ouvertes ! Elles n'ont plus aucun prétexte. Or, voici qu'elles font comme les hommes : elles aussi subvertissent le texte. Elles rejoignent ainsi l'homme dans son bourbier. Je souligne cependant une chose d'importance : la subversion féminine est tout autre que la subversion masculine. Mais je développerai pas… pas pour l'instant. Je suis certain de ne pas être écouté.
Je dirais simplement une chose. J'ai connu un homme de foi qui me témoigna un jour avoir vécu près de dix-huit ans avec une femme qui ne l'écouta pas. « Elle tendait l'oreille sans entendre, puis retournait à ses balais, à sa cuisine et à ses rêves de princesse. Mais combien de femmes dans certains pays se seraient saisies avec zèle de cette liberté de penser enfin offerte. Mais non ! Voyez-vous, cher ami, ici, en Occident, nos femmes « libérées » préfèrent creuser avec leurs balais et y enfouir leur tête pour faire l'autruche ! Est-ce par lâcheté ou par instinct selon vous ? » me lança-t-il.
Autant par lâcheté que par instinct, mais surtout parce que précisément elles entendent ! Elles entendent que cette liberté de penser est un feu, un feu intransigeant qui les pousse, non seulement à penser, mais à ne plus suivre le modèle de la subversion qu'offre l'arbre de la connaissance du bien et du mal. À suivre donc le paradoxe du christ. À ne plus penser en terme de la maudite dualité. Or, il s'ensuit que cette démarche nous confronte à de énormes obstacles ; car elle est la marche de l'Esprit. Et cela demande à la femme le même sacrifice qu'à un homme, car elle n'y est pas plus disposée que lui. L'un et l'autre sont de même racine, celle de l'humanité adamique : le terreux et la terreuse.
En tant que terreuses, elles sont tout autant malicieuses que le terreux ; elles ont le même fond. Mais dans la forme, elles font la chose autrement. Elles préfèrent refuser de penser en faisant l'autruche ! C'est-à-dire qu'elles vont argumenter ainsi : « Nous, nous sommes des femmes ! Nous sommes d'une autre nature que vous autres, les hommes ; nous sommes d'une nature plus subtile. Nous vivons notre spiritualité, non aux pieds du christ en l'écoutant, mais dans son cœur, en vibrant fébrilement. » C'est-à-dire qu'elles supposent que la pensée n'a d'autre dimension que celle de la logique, comme s'il n'existait pas une autre dimension de la pensée, illogique et attachée à la foi, capable de renverser précisément les forteresses de la logique dont parle Paul. Elles supposent que seul le sentiment, parce qu'elles voient son mouvement aléatoire, que lui seul échappe à la compréhension ; que lui seul est capable d'aller contre la logique. Ainsi entrent-elles dans une sorte de mysticisme de l'amour. Elles refusent de voir que la mort même se moque du sentiment. Sentiments et logiques sont tous les deux soumis à la mort ! L'ivresse d'un sentiment meurt lorsque survient un sentiment plus puissant ; de même que la logique d'une vérité meurt lorsque survient une plus grande vérité. L'un et l'autre échappent à notre volonté, à notre liberté.
« Ce cabot du sentiment qui aboie à la porte […] être sentimental n'est pas une faiblesse : c'est un crime » nous dit le poète Évtouchenko. C'est pourquoi le cœur, dans la pensée juive, est non pas une représentation du sentiment, mais de la force de vouloir. Aimer c'est vouloir, contre la logique et contre le sentiment. Et à l'imbécile qui me dira que le christ était en pleine idylle amoureuse sur la croix, je répondrai qu'il me dit là une chose sortie du cerveau d'une bête ; il ne distingue pas les cris de souffrance des cris de joie. Le christ a aimé en voulant monter sur la croix. Parce qu'il avait cette force, d'abord d'aller contre son sentiment, alors qu'il suait du sang sous l'effroi de la souffrance à venir ; et ensuite parce qu'il avait la force d'aller contre la logique alors que l'évidence lui soufflait que Dieu l'avait abandonné.
C'est ainsi que les femmes donnent à l'homme le fruit de la pensée qui leur est tendu ; réitérant ainsi le geste d'Ève. La boucle est bouclée. Homme ou femme, c'est kif-kif. Ce qu'il faut chercher, c'est un individu qui connaît le christ ; et peu importe son sexe terrestre. Dès l'instant où un individu pense le christ, il devient « seul de sa race », pour citer Jacques Chardonne. Il trouve son nom, son identité. Et c'est cela qui est beau : la sortie de la race, la sortie du terreux et de la terreuse.
Luther s'est trompé car la Bible fait comprendre que l'obéissance à la Loi précède la foi. Ce qu'elle n'explique pas, c'est, la fonction de la Loi. La raison d'être de la loi, c'est son observance qui fonctionne comme signe d'obéissance à Dieu.
Bien sûr que l'obéissance à la Loi précède la foi, puisqu'obéir à la Loi, c'est le péché. Et obéir, en général, c'est-à-dire dans le sens commun de l'explication que nous lui donnons, c'est pécher. Relisez Genèse 3 enfin ! Obéir à une règle du bien contre le mal, c'est pécher.
Quand on parle d'« obéissance de la foi », on parle de tout autre chose par contre. On parle justement de faire une chose qui n'est plus explicable par un concept ; par une logique telle que la loi nous le présente avec son idée de causes et conséquences. On parle de continuer une action bien qu'elle échappe précisément à toute rationalité, à toute logique ; de continuer une action totalement ancrée dans un paradoxe. Cela exige précisément de la foi. Mais cette foi exige un rapport avec un tiers. Cela supposant que j'ai toute confiance en ce tiers. Car alors que ce tiers me dit de continuer cette action, je crois que ce tiers m'aime, qu'il voit une chose que je ne vois pas, et je lui renvoie mon amour en faisant ce qu'il dit… bien que je vois tout le contraire de ce qu'il me dit. L'obéissance de la foi est le paroxysme de la désobéissance à la loi, à la certitude logique d'un bien et d'un mal bien catégorisé. L'obéissance de la foi, c'est de l'amour. Dans le sens que ma confiance en l'autre s'ancre dans le fait que je connais l'amour qu'a pour moi celui que j'aime, et que je connais plus cet amour que ma propre logique !
Luther ne s'est donc pas trompé, mais c'est parce que vous n'arrivez pas à digérer le paradoxe que vous ne le voyez pas. La promesse procède de la foi premièrement : abraham. La loi a ensuite été donné pour attendre cette promesse : Relisez donc Galates. La Bible explique donc très bien le pourquoi de la Loi en expliquant « abraham, selon la foi » avant Moïse. Simplement, la majorité des hommes, comme c'est votre cas, ne l'ont pas vu et ne le voient toujours pas.
C'est la raison pour laquelle vous pensez niaisement que : « La raison d'être de la loi, c'est son observance qui fonctionne comme signe d'obéissance à Dieu. » Car en vérité, la raison d'être de la loi, c'est que, par la loi qui me pousse à obéir sans foi, mais par logique, je suis poussé à désobéir à cette loi pour enfin retrouver ce qui est premier en dieu : la confiance qui se moque de comprendre tout rationalité : « que ma volonté soit faite, et que ma volonté tienne lieu de raison… déraisonnable s'il le faut. » La confiance est première, et l'obéissance est sa subversion, son raté, littéralement son péché.
Et dans un sens absolu, dieu est ignorant ! Car ce qu'Il veut, Il l'obient, sans qu'il n'ait besoin de comprendre pour savoir comment l'obtenir. Le Christ ne savait rien sur les lois de la pesanteur lorsqu'il marcha sur l'eau ; mais les lois de la pesanteur, elles, savaient fort bien qu'il leur en cuiraient si elles ne passaient pas derrière le christ, si elles osaient se mettre en face, devant son visage et sur sa route : « Arrière de moi le satan », leur avait-il dit avec autorité ! N'avez-vous jamais lu que les anges se cachent la face devant dieu, ces anges qui donnèrent la loi nous dit la bible. Étudiez mon cher, étudiez ! Car vous répétez là des redondances sans les saisir.
Les chrétiens, depuis le début, aiment et ont besoin de se rassembler. Refuser de le faire au nom de l'imperfection des Eglises et des chrétiens (à commencer par les pasteurs) est une erreur. C'est ne rien vouloir pardonner aux autres, ce qui est antichrétien. L'Eglise terrestre est le signe visible de l'Eglise céleste invisible ; la fréquentation de cette Eglise est incontournable pour un chrétien.…
Je ne sais pas où vous avez appris, ou qui vous a soufflé à l'oreille que j'aurais « refusé » à ceux qui aiment le christ de se rencontrer et de se rassembler. N'importe quoi ! C'est un peu comme si j'avais dit : « une chaise n'est pas divine » et que vous me répondiez : « vous n'avez pas le droit d'interdire de manger aux gens. » Avez-vous mal digéré pour penser aussi bêtement ? Il y a de nombreux pays où l'on mange assis sur des coussins par exemple… ce qui est d'ailleurs fort convivial.
« Ce n'est rien vouloir pardonner aux autres », dites-vous. De pire en pire. Si personne ne m'empêche de vivre une fraternité extra-église, rien ne m'empêche de pardonner qui je veux, où je veux et quand je veux. Vous êtes bien limité si vous avez besoin que maman-église vous tienne la main pour rencontrer l'autre et pour lui pardonner. Et cela laisse à soupçonner que vous pardonnez bien peu, car la vie d'un homme se passe en majorité bien loin de l'église: entre son travail et sa famille en majorité.
« L'Église terrestre est le signe visible de l'Église céleste invisible ». Ha bon ? Quelle église céleste ? Relisez donc votre bible : « Je ne vis point de temple dans la ville ; car Dieu est son temple, ainsi que l’agneau » ; c'est ainsi que parle l'auteur de l'apocalypse dans sa vision du monde-à-venir : apo 21.22. Il n'y a pas d'église au ciel, car l'église, c'est l'homme individuel. Le temple de dieu, c'est l'homme.
C'est pourquoi il est dit : « Dieu est son propre temple, ainsi que l’agneau ». C'est-à-dire que la présence de dieu, c'est dieu. C'est aussi « simple » que ça. Dieu n'émane pas au travers d'une espèce d'entité communautaire abstraite, de la Nature ou de je ne sais quel fantomatique concept théologique de corpus christi ; mais par le fait d'une présence concrète d'un seul homme-dieu, de chaque-Un des fils de dieu ; c'est ce que en quoi nous renvoie le : « ainsi que le christ ». Quiconque entrera dans la résurrection que le christ donne, celui-là sera un temple de dieu en lui-même ; et s'il n'en est pas un, il n'en trouvera nulle part ailleurs qui le décharge de l'être pour lui-même, quand bien même il chercherait l'éternité ! Nous ne reviendrons pas en Éden cher ami, la maternelle de l'innocence est finie, mais l'école ekklésiastique de la conscience morale collective a aussi entendu sa fin sonner avec la résurrection individuelle.
Dieu, si j'ose dire, c'est du vivant, c'est du concret : c'est la Résurrection dans un corps, c'est-à-dire une âme qui m'est propre : un nom que nul autre connaît dit encore le même livre biblique pour insister sur cette nature personnelle de dieu ! En somme, dieu, c'est de l'homme. Non du terreux, mais de l'Homme en tant que Fils de l'homme, celui qui sort du terreux, celui qui l'a abolit pour faire paraître un autre Homme. Tandis que le terreux, c'est précisément de la race, du général et l'impossibilité encore d'être un « Je suis ». L'ekklésiastique, des gens comme vous Michel, ce sont des émanations de ce terreux qui voit paraître l'homme-à-venir mais qui ne parvient pas à laisser tomber sa bête, ce vieille homme pour lequel exister, c'est exister de façon grégaire, en groupe. C'est pourquoi vous divinisez l'église, de même que si un chat avait la parole et la conscience il diviniserait la race du « Chat ». En somme, c'est pourquoi, littéralement, vous péchez.
Dieu, c'est de l'homme disais-je ; c'est du vouloir, du sentiment, de la liberté, etc., etc. Je n'ai jamais vu le corps concret d'un groupe. Cherchez autant que vous le voulez, mais « le français » ou « l'arabe », ça n'existe pas ; il n'y a que des hommes. Le concept d'identité française, arabe ou ecclésiastique, c'est une chose, un « isme » que dieu ne connaît pas. Mais par contre, dieu connaît Stéphane, Mouloud ou Saül de Tarse. « La chose capitale entre toutes, et qui passionne anges et démons, c'est l'accointance réelle d'un homme avec Dieu : pour cela, un seul homme suffit. », nous dit Kierkegaard.
Vous voulez, tel un catholique, nous ressortir le bon vieux « hors de l'église pas de salut », en nous affirmant : « la fréquentation de l'Église est incontournable pour un chrétien ». Mais moi je vous dis : sachez que dans le royaume des cieux, ce qui est incontournable, c'est que seul l'homme individuel sera un temple de dieu, lui, et en lui-même, et en propre. Et s'il se refuse à cela, il ne connaîtra pas dieu. Et quand bien même il dirait : « seigneur, n'ai-je pas confessé ton église ». Dieu lui répondra : « je ne t'ai jamais connu car tu n'es pas revêtu de ma présence en toi-même. Cela seul suffisait, et tout ce qu'on rajoute est un rajout du diabolique »
Merci Gérard pour ton cynisme. Mais en effet, j'use de grâce à ton égard, car « les blessures d'un amis prouvent sa fidélité ». Cela aussi c'est la grâce. « Le coq chantera et tu me renieras, dit le Christ à Pierre… et il le blesse. Non ! il le sauve. Maintenant, si tu tiens à t'accrocher à ta version bigoterie ekklésiastique et « plus belle la vie » de la grâce, il te suffit de lire la suite du proverbe précité : « Mais les baisers d’un ennemi sont trompeurs. » (27.6)
Tu trouveras, je te l'ai déjà dit, sur les forums des débiles légers — le top chrétien étant le plus apte à cela — des gens qui te baiseront chaleureusement les mains et les pieds en te chantant des alléuias et des amens à chacune de tes interventions. Tu peux toutefois continuer à préférer ce forum, mais sache que tu seras poussé par mes soins à te remettre en question. Ne crois pas que tu puisses ici égrener ton chapelet en paix, je suis un iconoclaste et un briseur de vérités. C'est-à-dire que je suis tout simplement chrétien.
Nous ne sommes pas sous la Loi mais sous la grâce ; Ne nous y remettons pas car ce serait un principe de condamnation dans la mesure où il est impossible à l'homme de respecter la Loi à 100 %, ce qui revient à ne pas la respecter du tout.
Tu vois bien Gérard que tu n'écoutes pas l'autre. Ta réponse ici le prouve encore… pour la énième fois. Mais que fais-tu au juste ? Tu regardes le thème de la discussion ; ici la loi et la perfection ; puis tu vas dans ton dictionnaire de doctrine, tu feuillettes jusqu'à la lettre « L » comme « Loi », ou « P » comme « perfection », tu fais un copier-coller et tu récites ta doctrine comme un perroquet. Tu penses alors avoir fait ton boulot, avoir répondu à l'autre. Comme si l'autre n'était que le réceptacle d'une doctrine et qu'il te suffirait de lui insérer le bon programme pour l'aider.
Et malheur ! dès lors où la réflexion n'entre pas dans le cadre de ton dictionnaire des doctrines, tu cries à la philosophie et au diable. Mais enfin ! si tu avais bien lu ma réponse tu aurais remarqué que je questionne le texte, chose que tu n'oses pas faire. Pour toi, tout se passe entre toi, la machine, et dieu, la doctrine ; il te suffit donc d'installer la bonne doctrine dans ta tête — mais surtout, ne jamais la questionner. Tu es programmé et tu ne sors pas de ton misérable programme. Est-cela plaire à Dieu ? Faire le perroquet et surtout de pas le questionner comme un fils le fait avec son père ?
Voici donc ce que j'ai dit : La Grâce, c'est Dieu qui ne veut pas qu'on respecte la Loi, de même que Lui ne la respecte pas ! Ceci n'est pas de la philosophie, c'est tout simplement ce que dit la Bible. Ha oui, ça nous pousse à chercher Dieu au-delà du programme des doctrines, à sortir de la paresse dont tu témoignes et qui consiste à être une machine intellectuelle et morale. Car la Loi ne nous condamne pas parce que nous ne pouvons lui obéir à 100% ; MAIS parce que nous voulons lui obéir à 100%. Celui-la même qui y parviendrait serait donc tout aussi perdu que celui qui la rejetterait complètement ! Nous sommes condamnés parce que nous sommes incapables de commander à la Loi ; parce que nous ne voulons pas croire avec Dieu que la Grâce nous conduira un jour à dire, tel un fils de Dieu : « Rien ne m'est impossible. Que ma volonté soit faite ». N'est-ce pas scandaleux ? Oui, c'est le scandale du Christ, lui qui a pardonné notre misère contre la Loi et la morale, et en les offensant directement.
Ainsi donc, ton petit : « Nous ne sommes pas sous la Loi mais sous la grâce ; Ne nous y remettons pas car… », et patati et patala… et gnagnagna, gnagnagna… Ce sont des cours de maternelles. Pense donc. Sinon tais-toi. Tu fatiques tout le monde avec tes cubes à emboîter qu'on nous à rabâché dans les églises années après années. Ce forum n'a pas été ouvert pour de nouveau les écouter. Si tu veux jouer dans ce bac à sable et réciter tes alphabets, il y a par exemple le top chrétien ou les forums catholiques pour cela ; tu y trouveras là-bas une tonne de débiles légers avec leurs conducteurs autistes qui comme toi récitent des redites comme on égrènent un chapelet, faisant de la tautologie entre deux amen et trois alléluia.
À toi Gérard, j'adresserai cette parole de Kierkegaard : « Enlevez à un penseur le paradoxe et vous avez un professeur. […] Or, le professeur est un eunuque ; mais il ne s’est pas châtré pour le royaume des cieux, tout au contraire, pour bien être apte à ce monde sans caractère. »
Oui ! Tout à fait !!!
Tu touches à ce qui est, selon moi, une des clefs, pour ne pas dire la clef essentielle permettant d'ouvrir la parole du Christ : la Séparation entre la Loi et la Foi.
Cette clef n'est donnée qu'avec la maturité ; tu peux te réjouir de la déceler ! En effet, dans le monde matériel nous appelons un homme adulte qui aurait la maturité d'une enfant de 10 ans, un débile léger, voir plus. C'est pourquoi j'appelle ces « chrétiens » qui annoncent le christ depuis 5 années, 10 années, et plus encore, sans pouvoir toutefois différencier la Loi de la Foi, des autistes spirituels. C'est-à-dire que dans le monde spirituel ils sont vus comme des cas psychiatriques, soit donc, des hommes malades et dangereux.
Il me semble avoir abordé sur ce forum le « sermon sur la montagne » sous cette angle sur lequel se porte ici ton regard… À cet endroit il me semble : « le Christ prêche la tôrah, notamment dans une grande partie du « sermon sur la montagne » où il amène la morale à son paroxysme […] Puis, ce discours adressé à la foule se métamorphose petit à petit, et au fur et à mesure où il sépare les siens de la foule […] en un autre propos. Ainsi amène-t-il les disciples à désobéir à la tôrah, à ne plus respecter les mitsva, à les faire fauter moralement pour basculer dans un discours sur la Foi seule, sans les œuvres… »
Quoi qu'il en soit, l'extrême rigidité du sermon sur la montagne quasi rabbinique et pharisienne est, comme tu le dis, une intention voulue par le Christ dans un but précis : le but somme toute de la Loi. Son discours pourrait être résumé par cette parole du Talmud : « Quand vient la perfection, le satan danse. » C'est-à-dire que la recherche de la perfection par la loi, et la promesse que la sanctification par la loi permet à l'homme d'atteindre la perfection divine, cela réjouit le satan. Car cette perfection, dit le Christ, est impossible à l'homme : « Soit vous abandonnez la justice de la Loi pour concevoir que ma justice est aux yeux de la Loi injuste, moi qui pardonne gratuitement ce qui est impardonnable ; soit vous êtes perdu. Soit vous avez Foi à mon sacrifice pour vous, soit c'est votre vie qui sera sacrifiée, et ce sacrifice-là ne suffira même pas pour payer ce que vous devez à la Loi. »
Plus exactement, la perfection du Père dont parle le Christ est en vérité d'une toute autre nature que la perfection que prône la loi, elle est d'une autre nature que cette perfection qui doit se justifier devant le tribunal du bien et du mal. Dieu ne se justifie devant rien ni personne. « Il faut chercher Dieu au-delà du Bien » disait Chestov.
Le problème de l'impossibilité d'atteindre cette perfection n'est pas le vrai problème que sous-entend en vérité le Christ ! Le problème, c'est précisément la définition de ce qu'est la perfection. Le problème de la perfection, c'est sa définition ; cette définition qui fait de la perfection l'obéissance absolue à un certain concept idéal du Bien contre le Mal. — Le Christ n'est pas venu pour permettre finalement à l'homme d'atteindre ce concept, comme s'il donnait de l'atteindre, mais autrement que par le média de la loi. Niet de niet ! Le Christ n'est pas venu réaliser cette idée du Bien contre le Mal. Il est venu accomplir la promesse de la Loi. Or cette promesse, la loi ne peut l'atteindre parce qu'elle ne la voit pas, parce que la perfection divine est autre chose que l'obéissance à la loi, autre chose que d'obéir à un concept idéal du Bien. La Loi « a l'intention » de la promesse disait Luther, mais non la puissance de l'atteindre. La Loi ne voit pas cette promesse, mais elle tente de l'évoquer, et dans son évocation, elle sous-entend que la venue de la promesse sera la fin même de la loi. Ainsi parlait les prophètes de la Loi, d'où le douloureux déchirement dans lequel ils se trouvaient.
La perfection de la Loi est donc un problème parce qu'elle n'est pas la perfection que vise le Père pour les hommes ! La Loi est une perfection légaliste : elle est angélique et a été donnée par les anges nous dit d'ailleurs la Bible. Elle est rigide, comme l'est un ange, car elle est fondée sur une idéologie conçue dans l'abstrait. Elle est un mouvement intellectuel où l'incarnation de l'idée de Bien est tout de suite soupçonnée de Mal ; parce qu'en s'incarnant l'homme aurait sali l'Idéal de cette idée pure du Bien ; il aurait offensé le divin Bien. L'idée du Bien parfait et absolu tend donc à désincarner l'homme. Elle tend à le transformer en cette pure idée du Bien ; en une espèce de conscience nauséabonde n'ayant de vie que de savoir que le Bien est divin.
Or, le Fils est au-dessus des anges, c'est pourquoi il n'a craint pas de s'incarner, ne pensant pas que l'incarnation est un mal et une offense faite à Dieu, bien au contraire ! C'est pourquoi la Résurrection EST la promesse. La Promesse est dès lors l'exact contraire de la perfection que voit la Loi. La Promesse, ce n'est justement pas cette diablerie de Bien, cet espèce nirvana désincarné où l'Idée du Bien a l'interdiction d'être vivante dans le réel. La Promesse, c'est un autre corps où l'homme ne sait pas le Bien, mais où il décide de ce qu'est le bien ! La perfection du Père, c'est « que ma volonté soit faite, même si le bien n'est pas d'accord et la juge hérétique au point de la condamner à la crucifixion. » La perfection du Père, c'est la libre volonté, tandis que la perfection de la loi, c'est la volonté asservie à un idéal du Bien qui a pris la place de Dieu. En somme, le Père est festif, car il aime incarner dans le réel sa volonté d'aimer et d'être libre ; tandis que les dieux des lois sont des hommes mornes, polis, policés et sages, et pour qui le rire et le moindre sourire sont déjà une impureté, un scandale.
Et en effet, c'est ainsi qu'on remplace l'Autre, le vis-à-vis, mon prochain grâce auquel je construis ma personnalité, par la Communauté impersonnelle dans laquelle est étouffée ma personnalité. C'est ce mouvement qui remplace le Frère dont la personnalité m'aide à construire la mienne propre, par l'Ekklèsia dont l'impersonnalité fait de moi un adorateur de sa statue.
Ce rôle spirituel de l'autre, et même quasiment prophétique, précisément parce qu'il tend à me faire exister, est remplacé par le rôle faussement spirituel de l'ekklésia, par son rôle d'idole au fur à mesure où je la divinise, où je me perds en elle, où je ne fais que semblant d'exister. Le christianisme est bien akklésiastique, parce qu'il est existentiel, parce qu'il est une histoire de personnes à personnes, de quelqu'un à quelqu'un, de chaque-Un à chaque-Un. Parce qu'il est une histoire d'amitiés et de fraternités, tandis que l'église est le meurtre de la fraternité et de l'ami, au nom d'elle-même et sous l'écrasement de sa doctrine, cette ombre du titre divin dont elle se revêt. Cette ombre d'où la lumière s'éloigne au fur et à mesure où l'on pénètre dans ses profondeurs, au fur et à mesure où l'on croit en elle, parce qu'alors la valeur personnelle de l'autre, du frère, meurt pour n'avoir qu'une valeur de nombre.
Les résistants de la seconde guerre mondiale, pour certains chrétiens, n'avaient donc pas a prendre les armes contre l’envahisseur vu qu'ils se sont autoproclamés légitimes.
Mais non, ils pouvaient fort bien prendre les armes, mais pas au nom du Christ. Au nom de la république, de la liberté politique, de l'égalité des races, de leur nation, etc., etc. Les raisons ne manquent pas, il suffit de soulever une pierre pour en trouver une. Ceux qui le faisaient au nom du Christ étaient selon moi illégitimes devant le Christ. Le Christ ne combat ni ne défend les démocrates, ou les nazis, ou les communistes, ou les capitalistes ou les musulmans, ou les royalistes, etc. Et je crois même que toutes les idéologies se valent à ses yeux, tout n'est qu'une histoire de temps et de circonstances.
C'est pourquoi il est dit que « toutes les nations seront un jour assemblées devant le Fils de l’homme afin qu'il sépare les brebis d’avec les boucs… » (mat 25.31-32). Il y a donc bien une certaine discrimination du fait politique pour le Christ, mais je ne crois pas qu'elle soit d'ordre idéologique, plutôt de la valeur que telle ou telle politique donne à l'individu. C'est ce qu'évoque le reste de la parabole : « J'ai eu soif, j'étais en prison, j'ai eu faim… ». Les maquisards qui s'armaient simplement au nom de l'homme, bien au-delà des idéologies, méritent sans nulle doute un respect spirituel.
Le Christ n'existe que pour l'individu, non pour la foule ou pour une idéologie. Sa victoire à Lui est déjà acquise, elle n'est pas de ce monde. Aussi toute son intensité se déploie-t-elle en dehors de quelque idéologie que ce soit ; elle se déploie à conduire celui-ci, ou celle-là dans cette autre réalité de la Résurrection. Mais enfin ! Rendons César à César, et la Résurrection à Dieu. La politique et ses guerres aux faiseurs de paix sur cette terre des mortels ; et la victoire sur la mort à Celui qui l'a annihilée.
Où donc situer la légitime défense dans l'enseignement du Christ ?
À toi de me le dire Thamis. Que lis-tu dans l'Évangile ? Y'a-t-il une défense légitime ? Y'a-t-il autre chose que le sacrifice légitime du Christ ? Y'a-t-il donc une autre défense que celle de défendre sa foi par la parole, et jamais par la force ?
C'est pourquoi toute défense ne peut être légitime que dans la catégorie du terrestre. Encore une fois, il y a des lois, un état, une constitution, une médecine, un code du travail… pour s'occuper de ces choses terrestres et rendre légitime une plainte, une souffrance, une injustice. Mais pour Dieu la légitimité n'existe pas d'un point de vue terrestre. Au niveau terrestre, tout n'est que cas, que des cas individuels, et pour lesquels Lui seul peut décider à tel ou tel moment de dépasser les légitimités des lois sans devoir s'en justifier. Avec Dieu, rien n'est jamais certain en terme de ce que nous appelons le Droit, puisqu'on ne peut avoir recours à aucune loi, œuvre, volonté humaine ou sainteté humaine pour rendre sa plainte légitime devant Lui. Aucune de nos plaintes n'est légitime en vérité. Pour le ciel, il n'y a jamais autre chose qu'une faveur injustifiée et injustifiable. En appeler au Christ, c'est en appeler à cette faveur, non à un droit ! C'est pourquoi est-il dit : « Qu'il te soit fait selon ta foi », la foi étant elle-même une faveur !
Soit donc, rien n'empêche l'homme de foi de prier pour des situations concrètes de sa vie. Mais qu'il sache une chose. Sa résurrection est légitime, le Christ s'est sacrifié pour lui, et il est ressuscité ; mais pour le reste, pour la réalité matérielle, le soleil se lève sur les justes comme sur les méchants. Dans ce domaine du terrestre, le sang de la croix ne le légitime pas plus que son prochain. Le Christ ne s'est pas sacrifié pour nous faire droits dans nos affaires terrestres ou pour soigner notre chair, mais pour nous donner une autre réalité et un autre corps. Au mieux, l'homme de foi trouvera-t-il une certaine faveur parce qu'il lui est donné de prier, tandis que le non-croyant ne peut trouver cette faveur puisqu'il ne croit pas à la prière. Cela paraît peu, mais c'est pourtant une différence énorme puisqu'elle peut parfois soulever une montagne !
Tout cela me confirme que je dois considérer ce forum avec de longues pincettes.
Blabla avec pincettes ou sans pincettes n'y changera rien. C'est te remettre en question dont tu as besoin, car ton discours n'apporte rien au propos sinon de nous écœurer encore plus. En vérité, plus tu parles et plus tu nous éloignes de ce vers quoi tu aimerais nous rapprocher, à savoir la bigoterie chrétienne. Tu fais malgré toi l'œuvre inverse que tu vises en insistant avec autant d'impolitesse. Quand est-ce que tu va arriver à comprendre cela dans ta petite tête ?
[…] Je regrette que sur ce forum…
C'est étrange ce vertige dans lequel tu te tiens où tu es totalement inconscient que tu nous sers un blabla que nous connaissons par cœur. Nous avons tout comme toi, dans le passé, exactement prêché ce que tu nous ressers. Nous te l'avons pourtant maintes fois répété ! Mais tu ne l'entends pas, tu ne le vois pas. Aussi tes propos nous arrivent comme dans un écœurement tant notre joie est grande d'avoir réchappé de cet enfermement dogmatique dont tu témoignes.
Nous avons brûlé ta feuille de route, c'est pourquoi tout ce que tu dis n'est pour nous que cendres : église divinisée, bible idolâtrée, prophéties totalement dévoilées, royaume des cieux sans mystères… et l'horrible vanité des gens qui pensent, qui cherchent, qui d'après toi sont de diaboliques philosophes. Je regarde ton acharnement comme une espèce de méchanceté par un excès d'impolitesse.
Bref… cette incapacité à écouter l'autre, à le comprendre, à saisir sa situation et son cheminement, c'est précisément le contraire même du Christ selon moi. Si tu avais un peu de talent pour « te faire à l'autre », tu ne te renierais pas pour autant et tu pourrais apporter au dialogue. Mais non, tu récites à n'en plus finir, seul devant toi même et ta doctrine dont tu crois qu'elle te ressuscitera. Tu es dans un monde clos, une bulle.
La différence est peut-être ici. Ton dieu fait comme toi : il s'acharne dans un prosélytisme sans écouter l'autre. Il est dans sa bulle ekklèsiale. Tandis que nous croyons que le Christ n'insiste jamais tant il connaît l'autre : il le choisit. Position, en effet, extrêmement difficile pour l'homme qui aime plus ses vérités que son prochain.
La question est là donc : Dans l'analogie biblique, quelle « qualité(s) » chez la figure du serpent le caractérise comme « étouffant » ? Et de fait, cette qualité est-elle en l'homme ?
Bonjour ; Personnellement je n'ai pas eu devant moi jusqu'ici de renoncer à intervenir sur ce forum, mais de manière réservée, voire avec des pincettes.
D'après toi Gérard, si tu pouvais le dire en une courte phrase, qu'est-ce qui nous différencie finalement ?
Jean-Pierre Moisset, dans Histoire du catholicisme, a écrit :
« Le rapport aux textes et aux hommes ayant autorité pour en divulguer le sens s'est transformé avec l'affirmation progressive de l'autonomie individuelle. Le regard du croyant sur sa propre Église à l'heure de la repentance est plus distancié qu'à l'époque, pas si lointaine, où la sainteté de l'Église était comprise comme une garantie contre la faute. Des erreurs individuelles pouvaient être commises, mais l'institution, société réputée parfaite, devait être préservée de la critique. »
Oui, c'est bien dit. Ce christianisme qui s'accroche encore à la divinité de l'Église et qui prêche finalement l'église et la doctrine au lieu du christ, il ressemble à ce physicien qui ne jurerait que par la vision mécanique de Newton en omettant complètement Einstein. Ça fait peur ! Car en terme de religion, ce décalage dans le temps sent l'odeur des bûchers. À voir la réaction de certains sur les forums du christianisme idolatre de l'église, c'est clair : s'ils le pouvaient, je pense qu'ils feraient un tribunal inquisitoire armé de toutes les technologies modernes pour ne pas rater un seul « hérétique ».
Il est vrai qu'il y a de quoi pouffer de rire quand on considère le niveau de réflexion du christianisme sur ces forums, un christianisme de Lot, à n'en pas douter. Bien que, je dis « rire » avec une certaine crainte, car si nous vivions avant la Révolution, ces nerveux qui cirent à l'hérésie dès qu'on touche à leur petite bergerie n'hésiteraient pas un instant, littéralement : ils nous dresseraient des bûchers.
Tiens… j'ai laissé un petit mot, comme tu dis, plutôt pour me détendre. Mais il est clair que devant la certitudes de ces clercs, il n'y a rien à attendre ! Il vaut mieux aller chez les voleurs, les prostitués, les drogués… les gens brisés qui sont enfin rendus capables de penser sans l'entrave d'un tout-puissant dogme. Ceux que l'évangile appelle « les publicains et les gens de mauvaise vie ». Je les considère bien plus comme des frères, et je me sens plus proches d'eux que de ces « chrétiens » façonnés dans les forges de Lot.