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#101 Re : Nouveau Testament » Bourse et épée. » 01-01-2013 02:01

Oui… donc il ne s'agit pas de « déloger » quelqu'un d'une place, mais de se dégager d'un emprise. C'est là toute la non violence de l'évangile qui ne cherche pas à conquérir un bien volé, mais à se dégager d'une illusion tout en recevant ce qui est déjà conquis gracieusement. wink — meilleures vœux, en passant.

#102 Re : Nouveau Testament » Bourse et épée. » 31-12-2012 14:19

  heu… t'as déjà testé le champagne du réveillon fratello ?

  L'Évangile n'invite pas à combattre dans ce cadre. Car, voyons, il n'y a personne  « à déloger » dans le monde-à-venir comme s'il pouvait s'y trouver des inopportuns. On ne ressuscite pas comme on fait sa soupe de poireaux ; le royaume des cieux n'est pas envahi et il n'est pas envahissable. Il n'y a personne là « à déloger ». D'ailleurs, ceux qui essaieraient de s'y présenter seraient vite découverts, en effet, ils seraient sans corps, c'est-à-dire sans vêtement de noces, puisque n'étant pas ressuscités, ils ne pourraient se présenter là que telles des âmes désincarnées (cf mt 22.11-12).

  Le combat, dit spirituel, consiste en deux choses : Être assez fort pour Fuir, pour Sortir ; et être assez éclairé pour ne pas confondre le large autoroute du religieux avec l'étroit chemin de la Sortie.

#103 Re : Nouveau Testament » Bourse et épée. » 30-12-2012 18:27

Thamis. a écrit :

À leur tour, des soldats lui demandaient : « Et nous, que devons-nous faire ? Il leur répondit : Ne faites ni violence ni tort à personne ; et contentez-vous de votre solde. »
Donc ceux portant une arme "officiellement" sont justifiés en quelques sorte dans la mesure ou ils l'utilisent à bon escient ou sur ordre non ? Ou ai-je mal compris ? De la à justifier la légitime défense... ou l'emploi de la force en cas de force majeure, il n'y a qu'un pas... et de là à reprendre l'adage bien connu "nécessité fait loi"... et de l'utilisation de la force...
Mais peut-être suis-je hors de propos.

  Tu n'est pas hors propos, au contraire, tu assembles ingénieusement deux passages qui se coordonnent justement. Mais tu fais simplement une erreur d'un grand classique, мой брат. Tu mélanges le spirituel et le matériel. Et quand je parle de spirituel, je parle de la perspective du Christ, c'est-à-dire du royaume des cieux, de la résurrection. Ainsi, mélanger le spirituel et le matériel, au regard du Christ, c'est mélanger le royaume des cieux, la résurrection, avec le royaume des terres, la vie présente encore soumise aux réalités de la matière, de la nécessité, du bien et du mal.

  On ne peut chercher le Christ sans prendre l'habitude de séparer ces deux réalités. C'est essentiel. Il faut le faire comme dans une sorte de leitmotiv. Sinon on fabrique une idole du Christ, un Christ préoccupé par régner ici-bas, par subvertir la réalité à-venir afin de pouvoir la caler et l'adapter avec celle présente. Le « royaume du Christ n'est pas de ce monde », précisément parce qu'il est en vérité un non-règne, un lieu où la liberté est enfin sans entraves ; mais ici, il est impossible qu'il n'y ait pas d'autorité, de forces régnantes, à cause de la faiblesse dans laquelle nous sommes, c'est-à-dire à cause de notre impuissance à être et à avoir ce que nous voulons être et avoir. Il faut lire l'évangile avec cette pensée de Luther que je cite souvent : « Celui-là donc qui a bien appris à discerner entre l'Évangile et la loi, qu'il rende grâces à Dieu et qu'il sache qu'il est théologien. […] Il faut les discerner de telle sorte que l'on situe l'Évangile au ciel et la loi sur terre, de telle sorte que l'on appelle céleste et divine la justice de l'évangile, terrestre et humaine celle de la loi. »

  Bien entendu Thamis que ceux qui ont une arme ont le droit de l'utiliser officiellement. Bien entendu qu'ils sont justifiés par celui au nom de qui ils la portent. Au nom de qui ! C'est précisément là qu'il faut chercher. On ne porte pas une arme au nom du Christ ! Ni en son propre nom ! Mais on la porte au nom de l'Administration terrestre qui donne à certains le droit de la porter, et à laquelle ils doivent rendre compte. Un militaire ou un policier seront donc « justifiés » s'ils usent de leur arme dans le cadre de leur office républicain — et uniquement dans ce cadre ! Que dit Le baptiste dans le passage que tu cites ? Il dit justement de ne pas en user hors cadre, hors de « leur solde » dit-il, de leurs paye ; c'est-à-dire hors du ministère ou du travail pour lequel ils sont rémunérés par l'État. De ne pas tricher contre son prochain en leur propre nom sous prétexte d'avoir une plaque de policier, d'être lieutenant des forces armées ou député européen.

  C'est en fait fort simple. Un policier dans le cadre de son enquête, ou un militaire dans le cadre d'une mission, ou un député dans l'Assemblée, si tous trois sont chrétiens, ils doivent laissés le Christ à la porte de leur enquête, de leur mission et du Parlement. Cela ne regarde pas leur vie spirituelle. La Loi encadre très précisément ce qu'ils doivent faire pour ne pas en appeler au Christ ! Celui-ci est concerné dans une seule mesure : lorsque précisément ils tenteraient de se dire missionnés par le Christ dans leur travail terrestre. C'est là qu'ils sont coupables. Parce qu'ils travaillent en dehors de leur solde, au-delà de ce pour quoi ils sont payés pour cette tâche humaine. C'est ainsi que le nom du Christ à été tellement encrotter durant des siècles, au point que sa seule évocation écœure souvent les non-coryants. Ces faux missionnés risquent alors de se trouver en procès avec le Fils de Dieu, qui peut même alors prendre parti pour leurs adversaires. Car ces derniers, en restant dans une perspective terrestre, sont finalement plus en adéquation avec le Christ, même s'ils ne revendiquent pas de Le suivre. Les autres par contre, les faux chrétiens, les faux « oints », ceux-là risquent de goûter au « non » du Christ. Ce qui peut leur coûter très cher, car en plus d'aller au-delà de leur solde, c'est au nom du ressuscité qu'ils le font. Ils sont deux fois coupables !

  On ne fait pas régner l'ordre ici-bas au nom du Christ, mais c'est au nom de la Loi des hommes qu'on le fait, et au nom de la conscience morale commune à tous, laquelle est enseignée dès notre plus jeune âge dans le cadre familial, scolaire et sociétal. Cela n'ôte en rien le fait que, dans son incognito, Dieu a tout pouvoir, malgré tout, sur ces activités humaines pour les faire concourir à Ses buts. Mais cela demeure dans l'incognito : ça nous est caché et ne nous regarde pas. Ce qui nous regarde, c'est l'œuvre précise du Christ, et celle-ci consiste d'enseigner justement d'aider les hommes à échapper à l'ordre du royaume des terres, à tendre vers l'autre réalité du royaume des cieux. C'est-à-dire à développer une spiritualité intérieure, mais sans forcer à ce qu'elle s'incarne à l'extérieur en accédant aux trônes, lesquels ont été remis ici-bas, par Dieu, à la Loi, la morale et la raison : « tant que le ciel et la terre ne passeront point, il ne disparaîtra pas de la loi un seul iota ou un seul trait de lettre… » C'est là que le vivre par la foi entre en jeux, car cette réalité à-venir ne s'incarnera pas ici-bas ! Elle regarde ce qui est post-mortem : la résurrection. Le Christ, c'est se préparer à mourir ; la loi c'est se préparer à vivre en ce monde. Que chacun s'occupe de ses propres affaires. Ne mélangeons deux natures que l'Esprit a déclarées définitivement incompatibles.


  Concernant le passage de Luc qui porte le titre de ton échange. Je dois dire que pour une fois le commentaire de Gérard n'est pas mal tourné et plutôt dans la bonne direction selon moi. La clef du  texte, c'est lorsque le Christ dit à ses suiveurs : « Avez-vous manqué de quelque chose lorsque j'étais présent ? Ils répondirent : De rien. » Ils est donc en train de leur dire : « Désormais, ce ne sera plus le cas. En ce qui concerne la réalité terrestre, dès mon départ, vous manquerez peut-être d'argent, de nourriture, de vêtements, et de sécurité » C'est donc une intervention insistant à ne pas basculer dans le mysticisme, à ne pas mêler le spirituel AVEC le matériel. À ne pas forcer le miracle sur le réel au nom de Dieu. À ne pas prêcher le retour du Christ. Il s'agit de ne pas faire revenir le Christ sur terre, mais de le rejoindre. De se préparer à la meilleure résurrection possible ; de se préparer dans notre intériorité, dans notre incognito, dans notre temple divin, notre caché : dans ce qui est la vraie église ! Le royaume des cieux seul, c'est le slogan du Christ. Que celui donc qui veut des biens, des vêtements et la sécurité s'attache donc aux choses terrestres. Mais s'il s'attache au Christ, qu'il accepte son sort d'en être privé puisque son royaume n'est pas de monde : son Roi est parti. Et s'il force le miracle « au nom du Christ », qu'il sache qu'il est en danger puisqu'il mêle le terreux et le spirituel. On ne force pas le Christ à devenir Roi sur ce monde, et on ne lui fait pas violence pour l'asseoir sur les trônes papaux et présidentiels sans risques.

  Soit donc, le Christ, comme à son habitude, use de métaphore pour parler : la bourse, le sac, les chaussures, le manteau, le vendre et acheter, et l'épée. Or, bêtement et de façon naïvement dangereuse, les disciples entendent là un discours religieux, calqué notamment sur le judaïsme d'où ils sortent. Pensant que le Christ les invite à se préparer à une sorte de millénium, de second retour, ils font alors de Lui un Roi-messie guerrier, et ils lui apportent une épée. Ils pensent qu'il va bientôt lever une armée et se révolter contre l'autorité. Le « cela suffit » que le Christ leur lance suite à cette stupide intervention, c'est un propos qu'il faut entendre ainsi : « Bon, je vois que vous ne comprenez pas. Mais vous comprendrez dans la suite du temps. Car leur le temps venant, vous serez persécuté et dans le besoin, et voyant en ces jours que je ne vous retire pas toujours de ces mauvaises situations, vous comprendrez alors que mon royaume n'est pas de ce monde. Vous comprendrez que je ne reviendrai pas. C'est à ce moment que vous entendrez cette parole, car c'est vous qui allez me rejoindre, et moi, je vais vous préparer une place. Ce n'est donc pas le moment de vous en parler. Vous n'êtes pas mûr. » Ce qui ne passe pas par la tête, passe par les jambes !

  Ce qui n'est d'ailleurs toujours pas passé par la tête des religieux et de leur ekklèsias. Gare à eux ! En effet, nous voyons dans les églises un ensemble de bouffons qui viennent au Christ, l'un avec sa richesse et son marketing, l'autre avec son travail de politicien et celui-ci avec son hélicoptère de l'armée. On ne vient pas auprès du Christ en pensant qu'une paire de chaussures, un compte en banque ou une autorité de l'État Lui servira à quelque chose : Ça suffit ! C'est nous qui avons besoin de Lui. C'est nous qui avons besoin de ses clefs : de pouvoir un jour ouvrir notre tombeau. Le Christ n'a pas pour tâche de se préoccuper de l'argent, des règnes terrestres ou de faire justice aux travailleurs et aux orphelins : il a délégué cette justice aux puissances angéliques, c'est-à-dire aux forces de la raison qu'il a mise dans nos consciences morales. Ils n'intervient directement que fort rarement. Pour lui, il se préoccupe de ma personne, de mon nom, de mon être. Il se préoccupe de vaincre notre mort ; d'engendrer en nous une nouvelle naturelle, incorruptible, et qui reçoit, dans le caché, là où la rouille n'agit pas, de recevoir la sienne propre alors que nous buvons son sang. Il faut choisir entre devenir fils de Dieu ou fils de la terre, et ce n'est pas en nettoyant la terre qu'on devient spirituel, même si on la nettoie à grands coups d'épées ou de balais : ces deux natures sont incompatibles.

#104 Re : Ancien Testament » Le récit d'Adam et Ève : mythe ou réalité ? » 28-12-2012 00:56

  Ça change tout selon moi.

  Si le personnage « adam » a historiquement existé en tant qu'être individuel, tel que toi existe, lui existe, moi existe… alors le dogme ekklésiastique du « péché originel » est exact, parfaitement exact et incontestable. Il est indiscutable. Et lorsque Paul dit : « comme par la faute d’un seul survint la condamnation pour tous les hommes, par l’œuvre d’un seul la justification s'est répandue à tous les hommes… » (rom 5), il est tout simplement en train de dire : « Adam versus Jésus Christ » tandis que les autres, nous tous, ne serions que des sortes de dommages collatéraux ; responsables, mais non pleinement responsables comme l'a été Adam au nom du péché originel dont on l'accuse lâchement d'être le porteur. Il y a là un véritable mal-entendu.

  Mais il en est tout autrement si Adam n'est pas un personnage historique ; s'il est, pour l'auteur de la Genèse, non un être individuel mais l'humanité, l'omnitude disait, je crois, Dostoïesvky.

  En vérité, l'homme n'a pas été créé avant la femme dans la Genèse, mais en même temps. Le fameux Adam, c'est « le terreux », ou « le glébeux » traduit Chouraqui, puisqu'il est tiré de l'adama qui signifie littéralement « la terre » dans le texte. L'auteur nous dit : « l'adam de l'adama », ou encore : « le terreux de la terre » ; il ne peut être plus clair ! Adam, c'est l'humanité qui est alors non encore incarnée ou sinon en tant que bête. Elle n'est qu'une Race en général et l'auteur ne parle pas encore d'un individu portant un nom, aussi reprend-il le mot « adama », la terre, pour dire qu'il en reste au concept de race. Adam représente cette omnitude en tant qu'elle est tirée de la Nature, du terrestre, à l'instar de toutes les autres races. Une omnitude qui sera à ce titre semblable à n'importe lequel des autres groupes animaliers : l'Homme en général, comme on parle du Chien en général, de l'Arbre en général ou de l'Oiseau en général.

  Cet « homme du général » est le premier pas vers un projet plus vaste qu'est le Fils de l'homme. C'est-à-dire l'engendrement d'un homme individuel pour qui la conscience de son existence particulière deviendra supérieure à l'existence du général. Un fils de l'homme pour qui le « Je suis » deviendra supérieur au « nous sommes » de la race, de la famille, de la nation, ou encore de la religion. Nous avons ici la perspective d'une sortie de la race — littéralement ! Je ne parle pas ici d'évolution et de l'homme évolué. Le Fils de l'homme n'est pas l'homo sapiens. Je parle de la perspective d'une mise à mort de l'Adam, qu'il soit bestial ou qu'il soit civilisé, car l'un est l'autre restent issus d'Adam le terreux. Et quant bien même le civilisé est cette tentative d'échapper au bestial, il ne le peut. Une mise à mort donc, afin de donner naissance à un Second Adam, à une autre réalité de l'être qui nous dépasse : un Être pour qui l'Individu domine la race ; un Homme qui peut dire avec J. Chardonne : « Chacun est seul de sa race » (voir mon opuscule Akklésia, p. 22).


  Soit dit en passant, à toi qui aimes l'Histoire, je te laisse, comme entre parenthèses et en aparté, un sujet de réflexion parallèle. À savoir : l'engendrement en Hébreux est un mot qu'on traduit aussi par « histoire » (ce qui est aisé à comprendre). Ainsi donc, l'Adam de la Genèse va passer de la Pré-histoire à l'Histoire dès l'instant où il va prendre conscience que son « vrai moi n'est pas tout entier en lui » (Rousseau) ; que « l'homme passe infiniment l'homme » explique Pascal. L'engendrement fait passer de la pré-histoire à l'histoire. L'homme historique entend son devenir, son ad-venir. Contrairement à l'animalité pré-historique et inconsciente de porter un devenir historique, l'homme historique engendre : il conçoit son « après ». Il conçoit un autre homme, un homme qui est plus qu'Adam, plus qu'un être naturel, plus qu'un exemplaire de sa race.

  C'est  la connaissance qui va avoir la mission de cette prise de conscience. Elle va révéler à Adam la perspective incroyable d'un second Adam. Avec la connaissance, l'homme devient un fils de l'histoire qui s'extrait de sa pré-histoire où il était aveugle. Ainsi va-t-il dominer tous les animaux. Il va exceller en ingéniosités pour modifier le réel et atteindre le but d'un homme nouveau dont il entend l'appel. Qu'est-ce que le Christ alors ? C'est la dernière étape de ce processus, c'est la sortie de l'Histoire, c'est l'accomplissement de ce processus des engendrements. La pré-histoire appelait l'histoire ; elle était la matrice de l'histoire. Car de la pré-histoire est sorti l'homme historique que nous sommes, mais par la mise à mort de l'homme pré-historique. Pareillement, l'histoire est une matrice, et sa sortie est aussi la mise à mort des fils de l'histoire, la fin de l'histoire terrestre. C'est notre mise à mort à tous. Un fils de l'histoire est donc un fils d'adam mais non encore un fils de l'homme : il le préfigure. De fait, l'homme pré-historique et l'homme historique sont des engendrements d'adam le terreux. Ils ont la même racine, vivent et se nourrissent du même arbre de leur mère Nature, mais ils n'ont pas encore été engendré du Père pour s'affirmer Fils de l'homme.

  Le Christ venant, la sortie de la matrice de l'histoire peut avoir lieu. : la résurrection a été révélée ! Le Christ est précisément ce que la connaissance peut envisager, entrapercevoir et désirer, mais qu'elle ne peut atteindre. Même à son plus haut niveau de conscience, l'homme est donc bloqué dans ce ventre de l'Adam avec l'homme pré-historique : il ne peut aller au-delà de l'animal évolué. Il ne peut être ce Fils de l'homme qu'il est appelé à devenir. Ceci lui est inaccessible. Il lui faut un don. Il faut que la Vie elle-même vienne à lui et s'offre à lui personnellement. Il lui faut de l'humilité. Il lui faut un dieu s'incarnant humblement en l'homme, buvant sa mort et la terrassant pour lui offrir la perspective d'un autre commencement. Dès lors, le rapport qu'aura l'homme avec son histoire sera en contradiction directe avec ses engendrements historiques de terreux. Il entre en lutte contre celui qu'il a été et qu'il n'est déjà plus. L'homme devient « anhistorique ». Le fils de l'histoire devient fils de l'homme par l'intervention directe de dieu : « cela ne dépend ni de l'homme qui court, ni de l'homme qui veut, mais de la faveur de Dieu » (rom 9). Cet homme vivra dès lors par la foi seule ; et sachant que son histoire commence à la résurrection, il sait qu'il aura alors le pouvoir de l'effacer. Il apprendra de son Père à dire lui aussi : « Je suis et serai ce que je suis. »


  Bref… Revenons à Adam et Ève. Je disais que l'Homme n'apparaît pas avant la Femme dans la Genèse. En effet, Adam est d'abord décrit comme s'il était un être androgyne puisqu'il faut attendre la suite du texte pour voir la femme et l'homme s'extraire tous les deux de lui. Dans un premier temps donc, l'auteur ne distingue ni homme ni femme à l'intérieur de la race dite humaine, à l'intérieur de l'adam. C'est-à-dire qu'il mêle en l'adam, et sans les différencier, les caractéristiques du mâle et de la femelle. Il parle de l'adam comme on parle d'une race animale ; comme lorsque nous parlons du chien ou du chat et qu'alors nous mêlons dans le « concept » chien, ou dans le « concept » chat les caractéristiques de mâle et femelle sans les différencier.

  Quand enfin Dieu prend la parole, c'est pour préciser et commenter ce que l'auteur vient d'évoquer à propos de la race adamique : « Il n'est pas bon que l'homme (l'adam) soit seul » dit-il (2.18). Soit donc : « Il n'est pas bon que l'humanité, l'adam, soit seule ». C'est-à-dire qu'il n'est pas bon que les êtres composant l'humanité soient inconscients de la différenciation de leurs êtres ; il n'est pas bon qu'ils soient aveugles de leurs identités particulières les uns vis-à-vis des autres. Il n'est pas bon que chaque être humain se conçoive comme un simple exemplaire de la race humaine, tel un membre de l'adam qui serait condamné s'il s'en détachait pour affirmer son existence particulière. C'est cela la solitude dont parle le texte. D'ailleurs, le mot « seul », explique un rabbin, « c'est lévado qui vient du mot léved-lévoud, le tissu. Un tissu qui est tissé, c'est-à-dire deux êtres qui sont accolés l'un dans l'autre de sorte qu'ils ne peuvent se séparer l'un l'autre. On en conclut “qu'il n’est pas bon que l'homme soit accolé à lui-même”, parce que sinon il ne peut pas s'analyser lui-même. Il ne pourra pas se donner un nom à lui-même, découvrir sa personnalité. »

  Dieu est simplement en train de dire : « Il n'est pas bon que l'homme soit un animal ». Ainsi donc, par cette absence de différenciation, par ce manque de prise de conscience de la différence de l'autre, l'auteur a installé Adam dans une stature de pure animalité. À ce point du récit, Adam, c'est l'homme pré-historique. C'est un être plus proche de l'animal que de l'homme ! Or, dit Paul dans le NT, l'animal n'est pas condamnable puisqu’il est inconscient de la loi : « car jusqu’à la loi le péché était dans le monde. Or, le péché n’est pas imputé, quand il n’y a point de loi » (rom 5.13).

  C'est-à-dire que l'instant où la loi apparaît, c'est l'instant où vient sourdre en l'être humain cette prise de conscience de l'autre. C'est l'instant où, soudain, de l'humanité, de l'adam va surgir l'Homme et la Femme : la différence. C'est l'événement de 2.21-23 : « Dieu fait tomber une torpeur sur l'homme ». C'est un étrange événement durant lequel l'humanité est frappée d'une sorte de mort, d'anéantissement, de sidération. À son réveil surgissent soudain l'Homme ET la Femme, en même temps ! Nous sommes passés du concept animal de mâle/femelle à celui plus civilisé d'homme/femme, et surtout à la notion d'identité. En effet, de ce surgissement de l'autre, de cette prise de conscience de la différence, l'humanité s'écrit : « on l'appellera » (v 23). L'autre, le vis-à-vis, le semblable existe enfin, il est nommé ! Et cette situation met l'humanité devant un devoir de conscience : s'il accepte l'autre, s'i l'aime en tant qu'être différent, il lui sera une aide, sinon, il sera contre lui. C'est pourquoi le : « Je lui ferai une aide semblable à lui » (v 18) est très malencontreusement traduit, puisque les hébraïsants s'accordent, à l'instar de la traduction Chouraqui pour dire : « Je ferai pour lui une aide contre lui. »

  L'homme vient de passer de la pré-histoire à l'histoire, à l'homme historique. Il va pouvoir tenter de construire son histoire personnelle au tranchant de sa conscience, de la conscience de sa liberté et de celle de son prochain. Car il sait désormais qu'il est, lui, en tant qu'individu, au-delà de sa race, de sa famille, de sa nation, ou de sa religion. Il est au-delà du déterminisme de la Nature auquel l'animal ne peut échapper. C'est donc tout naturellement que l'auteur fait suivre cet événement par celui de l'arbre du bien et du mal. Car la loi existe donc depuis ce jour, non depuis Moïse ! Dès l'instant où la conscience de nos différences, c'est-à-dire de notre liberté, a surgi au sein de la race adamique, celle-ci n'a plus été seulement une race animale. Elle a ouvert les yeux sur l'horizon d'un autre être en devenir : le second Adam. L'homme est responsable. S'il renie sa liberté, s'il tente de récréer des concepts généraux, s'il se nourrit de l'arbre du bien et du mal, il rate le but, expression que la religion a traduite par : il pèche. L'homme retourne ici à l'animalité, mais à une animalité intellectuelle, c'est-à-dire qu'il surajoute aux déterminismes de la Nature les siens propres : ses morales, ses théologies, ses philosophies, ses politiques, ses sciences, etc. Il sera alors jugé selon ces concepts mêmes dont il se nourrit.

  Ce passage de l'Adam à l'Individu, de l'humanité impersonnelle et raciale à l'Homme particulier appelé par son nom et affirmant son individualité, c'est précisément et très exactement ce que nous vivons tous personnellement dans nos vies. Lorsque petit à petit notre conscience s'éveille, nous quittons alors l'enfance, et nous sentons en nous cet appel à quitter le déterminisme de notre environnement pour exister et nous affirmer en tant qu'être particulier. Le ferons-nous ? Affirmerons-nous notre liberté individuelle ou tremblerons-nous devant la majesté des vérités générales, des traditions, des lois et des dieux ? Aussi le récit de la Genèse est-il l'allégorie de la vie de chaque-Un. C'est un récit qui flotte sur le temps.

  Chaque homme en naissant est cet « adam » de la Genèse. Il n'y a pas d'autre individu « adam » que chaque-un de nous. C'est pourquoi « adam » est un nom générique, impersonnel, et dans lequel nous tombons lorsque nous le singeons ainsi que le prophétise l'allégorie de la Genèse. De fait, il n'y a pas d'autre péché originel que celui que chaque-un de nous transporte en lui-même. Nous sommes l'origine de notre propre échec dès l'instant où, imitant le geste adamique, nous soumettons notre liberté aux vérités générales et déterminées ; dès l'instant où nous croyons à l'arbre de bien et du mal, aux valeurs qu'il porte en nous nourrissant de son fruit.

  Bien entendu, après des siècles de modèles adamiques, d'hommes de ce type, d'hommes raisonnables, l'esprit de cette démarche a fait tâche d'huile, et il nous semble tout naturel et comme instinctif de faire de même : de suivre le courant et d'être terrorisé à l'idée d'aller contre, de vivre par la foi seule. Nous parlons alors de « Péché originel », et nous l'imputons à un premier homme historique imaginaire, refusant avec entêtement de lire la Genèse comme une parabole. Le péché originel est une supercherie, chacun est l'origine de son propre raté et cette origine n'est en nul autre : il n'existe à l'extérieur que des influences, non des origines ! Aussi est-il essentiel de briser l'image théologique du personnage Adam ; de l'innocenter surtout de la responsabilité originelle de mon propre geste qui est en moi-même et moi seul. Que chacun assume d'être l'homme qu'il est, et que chacune assume d'être la femme qu'elle est. Que chacun s'assume au lieu de rejeter sur l'autre la responsabilité. Cette lâcheté, l'adam de la Genèse l'a aussi commise lorsqu'il accusa Ève… comme pour nous en avertir prophétiquement.

#105 Re : Ancien Testament » Le récit d'Adam et Ève : mythe ou réalité ? » 26-12-2012 13:34

  Je pense que la première chose à faire — avant tout — c'est de se positionner par rapport à la question suivante : Est-ce que le récit de la Genèse (1 à 3) est une réalité concrète et historique, ou est-ce une allégorie servant de support à une vérité dont seule l'évocation allégorique peut rendre compte ? Le personnage « adam » et le personnage « ève » ont-ils réellement existé tels que le texte les décrit, ou sont-ils simplement les protagonistes d'une allégorie dont se sert l'auteur pour exprimer une réalité plus profonde ?

Durant des siècles on a fermement affirmé avoir ici la description d'une réalité aussi concrète que l'Histoire de César, de Napoléon ou de Charles de Gaulle. Et le christianisme de nos jours n'en doute nullement dans sa grande majorité. Et bien qu'il se dise progressiste, n'hésitant pas, par exemple, à maugréer contre le discours de la foi seule, prétendant qu'il faut progresser au-delà de ce vieux langage dit-il, il reste toutefois accroché à une interprétation biblique de la Genèse vieille de plusieurs siècles. Il est en total déni de ce que la recherche a pu apporter.

  Il refuse que la recherche aide finalement l'homme de foi lorsqu'elle le met en question, le poussant ainsi à rechercher dans le texte au-delà de son apparence trompeuse et de la violence religieuse qu'on lui a fait subir. Finalement, le chrétien a raison : il ne descend pas du singe puisqu'il descend de l'autruche. Il l'imite en mettant la tête dans le sable. Soit dit, lorsque Marx lança son : « La religion est l'opium du peuple », je crois qu'il était réellement en dessous et un peu léger quant à ce qu'il voyait sur la puissance du religieux. Car en considérant aujourd'hui comment cette diablerie d'église entend Adam et Ève, il n'y a aucun doute : le chrétien est au moins sous LSD, et, plus précisément, il est sous l'emprise d'un sortilège.

  Le texte de la Genèse est d'une très grande inspiration ! Aussi faut-il précisément chercher ce qu'il nous dit au-delà de ce qu'il paraît nous dire. Car il trompe les « certains » qui lui font violence, eux qui cherchent en lui le Dogme grâce auquel ils bâtiront leurs sectes, c'est-à-dire leurs religions pour y enfermer leurs bêtes. Genèse 1 à 3 est une allégorie ; il est une parabole. De là provient toute la puissance de cette vérité insaisissable dont il témoigne, toute sa spiritualité ; toute la Réalité de la vérité qu'il évoque, laquelle réalité dépasse l'évidence du réel qui frappe notre regard. C'est la raison pour laquelle le Christ lui-même ne cessa de parler en paraboles ; et qui veut l'écouter autrement est déjà en train de se nourrir du narcotique des évidences, de ces faits réels de l'Histoire rassurante et définitive dans laquelle l'humanité, l'adam, cherche toujours à emprisonner Dieu.

#106 Re : Ancien Testament » L'ouverture de l'intelligence » 23-12-2012 11:30

  Parce que le singe évolué vaudra toujours mieux que le singe… isn't it ?

  Bien que, évolué, ou plutôt « intelligent », il n'en reste pas moins un singe, une bête ; mais qui, étant descendue de son arbre, la bête fait la belle par l'interdit qui la déguise comme telle.

#107 Re : Échanges au jour le jour » « Anna, grand-mère de Jésus » de Claire Heartsong » 20-12-2012 19:11

Tu n'arrives décidément pas à voir plus loin que le bout de ton nez Gérard !
À lire notamment : Vous devriez être des maîtres… qui te convient parfaitement au regard des tes interventions insipides.

#108 Re : Nouveau Testament » Jésus, le « vrai lapideur » » 19-12-2012 13:44

  Ce que tu dis est vrai, selon moi.

  Permets-moi toutefois de parler de ce que nous appelons la Loi concernant ce passage. Tout d'abord, tu sais certainement qu'il n'est pas présent dans tous les manuscrits et de ce fait contesté. Son intonation midrashique est d'ailleurs évidente — les midrash, littéralement « ce qui émane d'une recherche assidue » sont des commentaires bibliques venus du judaïsme et utilisant souvent des paraboles ou des anecdotes parfois riches en jeux de mots. Mais que cet événement ait été rajouté ou déformé m'importe peu finalement. Pourquoi ? Parce qu'il est tellement en adéquation avec les 4 évangiles qu'il peut, en effet, refléter de manière remarquable ce que disait le Christ. Il est d'anecdotique et significatif du Christ !

  Son « que celui qui n'a jamais fauté jette le premier la pierre » s'est d'ailleurs tellement bien popularisé qu'il est utilisé avec facilité par des hommes sans foi ou athées, et dans des situations hors de tout jugement religieux. Des hommes qui ne font donc pas l'exégèse de ce passage, car ils ne voient pas là qu'une référence à la Loi de Moïse existe, et ils ne soupçonnent même pas qu'elle puisse imprégner l'origine de ce fait historique.

  Paradoxalement, je crois que cette « non-exégèse » athée, parce qu'elle écarte la Loi de Moïse pour se référer essentiellement à une justice du bien et du mal, à une justice morale en général, à une justice qui regarde précisément et dans l'instant l'événement à propos duquel les hommes se sont servis de ce passage biblique… Je crois donc que cette manière d'écouter irréligieuse est nettement plus dans la vérité du Christ ! Le problème, c'est que l'athée ne l'assumera que pour cet instant-là, et non comme Vérité, tandis que le Christ l'assume à chaque instant : ce n'est pas aux valeurs morales qu'appartient le Droit d'innocenter ou de condamner !

  De fait, lorsque tu écris : « Jésus universalise la Loi, si j'ose dire » ; en ce qui me concerne, je crois que non. Je crois que c'est nous qui universalisons la Loi et que nous faisons ici une grave erreur. Je crois qu'il faut justement ne pas universaliser la Loi de Moïse afin d'être capable d'aller à la racine : à l'avant qu'elle soit. La Loi de Moïse n'est qu'une branche de l'Arbre-racine du bien et du mal : elle n'est pas l'Arbre universel du bien et du mal. Elle ne dit pas la Vérité morale qui est partout, pour tous et pour toujours en vigueur. Pourquoi ? Mais tout simplement parce qu'il n'existe pas une Loi du bien et du Mal qui soit partout, pour tous et pour toujours exacte, parfaite, ayant donc un caractère immuable et éternelle. La Loi achoppe sur la volonté de l'homme, sur son changement, sur ses aléas, sur son vécu ; sur sa liberté par laquelle il décrète qu'aujourd'hui n'est peut-être pas bon ce qui l'était hier, et que ce bien d'hier peut aujourd'hui être un mal ! La Loi achoppe sur le vivant. Elle se brise sur la Vie. C'est pourquoi Moïse brisa les tables de la Loi.

  La Loi de Moïse n'est qu'une incarnation, parmi des milliers, des valeurs de bien et de mal que l'homme à sculptées sur ses marbres durant les siècles. La Loi de Moïse n'est qu'une branche. De fait, l'Arbre lui-même n'existe pas, il est une métaphore. Dans la Réalité et dans l'Histoire, il n'existe que des branches : des Lois, des Constitutions, des Morales, des Sciences, des tables mathématiques de Vérités dualistes, des Idéologies, des Règles, des Chartes, etc., etc. Et toutes ces branches ont en commun une même racine enfouie sous le sol : La Raison duelle, la logique.

  Ainsi donc, lorsque les philosophes grecques s'attaquent aux dieux pour faire prendre conscience aux hommes que leurs mysticismes païens représentent en réalité des valeurs idéologiques de bien et de mal… Que font-ils ? Ils créent une Loi et instaurent le règne de la Conscience à la place du Règne des dieux. Mais en vérité, la Conscience EST le Règne des dieux ! C'est pourquoi la conscience était au commencement. Dans la Genèse elle est ce « chrérubin agitant une épée flamboyante » et qui est mise dans l'âme de l'homme pour l'empêcher de prendre de l'Arbre de la Vie. C'est-à-dire pour l'accuser au feu tourbillonnant en lui faisant prendre conscience du bien et du mal. En faisant de lui un animal évolué.

  Or, plus la conscience devient une conscience pour être de moins en moins une divinité, plus les dieux tombent. C'est ici que l'Apocalypse s'écrie : « Malheur à la terre et à la mer ! car le diable est descendu vers vous, animé d’une grande colère, sachant qu’il a peu de temps. » En instaurant à l'excès des morales et des lois de la conscience à la place des dieux, nos Sociétés ont certes « évolué », mais elles ont surtout fait descendre les dieux sur terre. Ainsi nos malheurs grandissent-ils et prennent-ils des proportions extra-ordinaires. Ils sont de plus en plus mystiques somme toute, car ils apparaissent l'être de moins en moins. Ils sont de plus en plus régis par l'implacable et impitoyable sainteté de la logique qu'aucun des dieux antiques ne semble assez légitime pour la couvrir désormais.

  De plus, le serpent est si proche que, à l'instar du récit de la Genèse, toute la société se féminise dans « le kaléidoscope » chatoyant de ses yeux. Il nous fait rêver à un idéal de pureté et d'ordre au nom d'un « tout sécuritaire » ; et il se montre à nous tellement nu que l'hypnotisme de son regard n'est plus contesté par le fait religieux, lorsque les dieux avaient encore droits de dire « non ». Nous créations s'ensuivent donc en devenant de terribles enfers terrestres au nom de la beauté, du vrai, de la vérité et de l'unité : à force de légiférer pour tout et pour rien. C'est pourquoi, dit la sociologue Geneviève Decrop à propos du génocide du IIIe Reich : « La démonstration est faite, inédite dans l'histoire, que les plus grands massacres ne se font pas sur les champs de bataille, mais dans les coulisses des administrations publiques et privées, ou, comme l'aurait dit Kafka, que les chaînes de l'humanité torturée sont en papier de ministère. »

  Soit donc, je crois que le Christ parlait de bien autre chose que de la seule Loi de Moïse. Et même si celle-ci était l'incarnation de la Raison duelle au sein de la société juive d'alors, cette anecdote historique a réussi à passer les temps et les époques pour être reprise par tous, précisément parce qu'elle se réfère à plus que Moïse, et plus qu'à ce seul chérubin, nous dit la Bible, qui donna la Loi à Moïse. Elle se réfère à toutes les Lois, à tous les anges ; à toutes les puissances et toutes les forces de la conscience ; à tous les concepts, à toutes les idéologies gravées sur marbre et qui veulent légiférer le Vivant : celles des philosophes, des kantiens, des bouddhistes, des musulmans, des kabbalistes, des animistes, des républicains, des communistes, des mathématiciens, des physiciens… Toutes les morales, les sciences et les politiques de tous les bords qui se fondent sur une logique duelle de la vie. C'est la raison pour laquelle, le Christ lui-même, à propos de la Loi de Moïse, dit ailleurs : « Il est écrit dans votre loi… » (jn 8.17 et 10.34).

  Il affirme par là que la loi de Moïse est leur loi, qu'elle est propre au judaïsme et à ce peuple… Mais que seul ce à quoi elle se rattache avec les autres lois est Universel. C'est cet universel que brisa le Christ : il s'attaqua à la racine, et par conséquent, à toutes ses émanations, à toutes ses branches, passées, présents et à-venir. La femme adultère brisa la Loi de Moïse et trouva auprès du Christ une vérité supérieure… De même, la jeune fille a aujourd'hui le droit de briser la Tradition légaliste nord-africaine ou pakistanaise qui veut la forcer à se marier ; mais pour peu qu'elle trouve la liberté offerte par le Christ. Car qui aura assez d'autorité pour dire aux anges de toutes les lois, et notamment à ceux de l'universelle loi de la mort dont il est question dans ce genre d'événements tragiques : « Arrière ! Mettez à terre vos pierres. »

#109 Re : Échanges au jour le jour » « Anna, grand-mère de Jésus » de Claire Heartsong » 17-12-2012 18:00

  Il mes semble que c'est exactement ce que la lettre aux hébreux exprime en disant : « vous devriez être des maîtres ».

  Toutefois, en employant l'expression : « le moment est venu pour vous d'être votre propre messie », la chose devient vraiment intéressante. En effet, traduisons d'abord cette expression avec le langage ecclésiastique. En basculant le mot messie (qui signifie oint dans l'hébreu), mais que le grecque a rendu par christos pour nous donner en français le mot chrétien, nous obtenons alors : « le moment est venu pour vous d'être des chrétiens akklésiastiques » — votre propre messie, c'est être oint du ciel, dépendant du ciel et non d'un système religieux !

  De fait, la lettre aux hébreux ne dit-elle pas finalement : « vous devriez être des chrétiens », comme si elle s'adressait à des non-chrétiens, ou plutôt à des chrétiens de nom, de confession, d'apparat ! « Vous devriez être des chrétiens », c'est-à-dire ne dépendants plus, non seulement de la Loi, mais de tout système « spirituel » avec ses règles, ses morales et sa hiérarche de soumission. Concrètement, c'est être hors de l'ekklésia visible, hors de tout ce qui se veut Temple de Dieu, ne reconnaissant comme Temple que l'Homme en propre, en tant que cet homme est en train de devenir Fils de l'homme, qu'il abandonne le terreux qu'il était. C'est cela, me semble-t-il, ce que signifie cette expression inspirée : « Être votre propre messie. »

  Être chrétien, c'est être insoumis à l'Église, à ses commandements, à sa hiérarchie, et c'est contester son orgueilleuse et diabolique prétention à se dire le corps du Christ. Être chrétien et être akklésiastique, ce sont deux mots synonymes. C'est encore cela « être son propre messie » : ne plus rendre compte qu'au ciel seul, au royaume des cieux seul quant à sa vie spirituelle.

Bref… très perspicace citation que tu nous partages là !

#110 Re : Dogmes & Doctrines » Dieu : trois personnes ? » 16-12-2012 12:32

  Je pense que la doctrine de la Trinité a surtout été inventée pour rendre saisissable ce qui ne peut l'être. L'image de l'eau, tantôt liquide, tantôt vapeur, ou tantôt solide comme la glace est une image intéressante, mais il fallait en rester là : en rester à l'évocation… Basculer dans l'idée d'un Être en trois personnes, c'est tout simplement basculer insidieusement dans une forme de paganisme. On se tortille dans tous les sens et on se gratte les fesses pour comprendre l'incompréhensible par une formule théologique, mais l'invention de trois personnes trinitaires rajoute du poil à gratter.

  La difficulté, c'est qu'avec le Christ, nous sommes passés de l'adage islamo-juif du « Dieu unique et un », et absolument transcendant, à un Dieu qui n'est plus absolument transcendant, MAIS, qui ne devient pas pour autant absolument immanent ! Or, nous sommes incapables de connaître et penser un être autrement que, soit transcendant, soit immanent.

  Pourtant, dès l'instant où l'homme prie, il est d'ici-bas, parce qu'il prie, mais il est d'en-haut parce qu'il croit que sa parole monte au-delà, frappant et bouleversant les racines de la vie qui sont en-haut. Or, celui qui prie ne prétend pas être trois personnes : celui qui parle en priant (le fils), sa volonté qui atteint le ciel (le père), et sa force qui revient produire l'effet ici-bas (l'esprit). S'il le pensait, on devrait l'interner pour protéger les gens qui côtoieraient un tel énergumène.

  De fait, l'image islamo-juive du Dieu uniquement et absolument céleste ne vaut pas mieux que la conception hindouiste ou ésotérique d'une Divinité absolument immanente qui serait donc visible et vivante dans chaque partie de l'Univers. Le Christ a brisé la première image sans concéder à la seconde ; il a dévoilé un Dieu que ni la transcendance, ni l'immanence ne peuvent enfermer ! Un Dieu dont la liberté nous échappe totalement. Il peut toucher à cet univers au point de s'incarner en lui, se soumettant à son espace et son temps, et ce faisant échapper pourtant à cet univers et ne pas être soumis à son espace et son temps. Pour résoudre cette énigme, les savants on inventé un truc pratique en rangeant Dieu dans trois tiroirs : le fils de notre espace-temps, le père hors de notre espace-temps et l'esprit qui fait la navette entre les deux.

  Pour ce qui me concerne, l'énigme me paraît plus simple que cet imbroglio amphigourique et tarabiscoté de la Trinité. En outre, l'énigme me donne précisément plus d'espérance. Car si l'homme est un jour appelé à ressusciter dans une telle Nature, c'est alors qu'il est vraiment une nouvelle créature : un Tout-Autre ! La trinité n'est somme toute qu'un être qui a le cul entre les deux chaises de deux natures, l'une transcendante et l'autre immanente ; un être qui ne parvient pas à échapper totalement à l'emprise de l'ici-bas (le fils) et qui ne parvient pas à quitter non plus totalement son au-delà (le père), et qui, pour garder le contact et l'unité avec sa personnalité divisée se crée alors un troisième être qui lui sert de iphone entre lui et lui. Avec la trinité, nous avons un pied dans la magie. Pourquoi ? parce que nous manquons de foi pour accepter l'inacceptable … et nous manquons aussi de foi pour accepter de ne pas comprendre en nous contentant d'aimer absolument.

#111 Re : Nouveau Testament » Le personnage de Paul » 16-12-2012 11:20

  En gros, Paul est un piège puisqu'on peut de lui sculpter différentes figures. Ce qui est surprenant c'est que tel est bien le cas du Christ lui-même dont on se sert à tous vents pour soutenir d'innombrables thèses — jusqu'aux plus innommables d'ailleurs. On transfert en vérité notre propre réflexion, théologie, vision, fantasme, spéculations… pour en définitive faire le Christ à notre image. Et l'on a même naturellement en nous cette malice machiavélique par laquelle on métamorphose, après coup, les prémices de la Révélation qu'on reçoit en ces sortes de spéculations. On fait alors du mensonge une vraie fausse vérité. On tombe ici dans l'Art, dans l'Art pur même, puisque la Vérité vivante, qui a d'abord été donnée d'En-Haut, devient l'exact contraire entre les biseaux de nos mains d'en-bas — c'est-à-dire une vérité morte.

  D'ailleurs, la question n'est pas de savoir si Dieu existe, question ridicule au possible puisque tous les hommes croient en Dieu, même les athées ! En effet, une Vérité dernière est un dieu, et la doctrine de l'évolution est un dieu au même titre que celle de la création puisqu'elle prétend, elle aussi, détenir la vérité absolue quant aux fins et aux commencements de la Vie. Elle prétend, elle aussi, détenir le pouvoir des clefs. Simplement, pour l'athée, il n'y a pas de porte à ouvrir après la mort, et la seule continuité est la continuité historique de l'Univers. Le pouvoir des clefs, c'est l'Histoire pour l'athée, et trouver sa place sur les pierres tombales de l'Histoire sera dès lors tout le sens à donner à la vie individuelle. La clef du bonheur, selon la vérité athée, est d'utilité présente, non à-venir : ici et maintenant, non pour un après. Mais il existe bien un pouvoir des clefs sauce athée ! Il existe bien un dieu, sauce athée, simplement, à l'instar du religieux, il a pour but de donner le bonheur sur Terre.

  La vraie question est donc : Qui est Dieu ? quelle est sa façon de faire et de penser ? À cela l'athée répond : Dieu, c'est l'Univers, qui selon un principe d'Évolution dirigé par les sciences de mère Nature a fait surgir l'homme comme chef de la planète Terre ; un homme qui se doit donc d'obéir à cette Mère et à ses lois morales afin de trouver ici-bas le bonheur qu'elle lui promet… sinon, il est jeté entre les bras des Juges. L'ecclésiastique répondra quand à lui : Dieu, c'est la tête de l'église qui selon un principe de sanctification morale met à part en son sein ceux à qui il offre ici-bas le bonheur, bonheur qui est l'avant-goût du ciel à venir qui s'ouvrira pour l'église ; et tandis qu'il juge ici-bas les méchants en attendant de les rejeter définitivement lorsqu'il les jettera en enfer.

  Soit donc, face à la Vérité dernière, tous les hommes sont mis face au même problème : la Vérité est cachée, et même lorsqu'elle se révèle, dira Maurice Blanchot, elle adresse à l'homme cette parole énigmatique : « Je suis un piège pour vous. J'aurai beau tout vous dire ; plus je serai loyal, plus je vous tromperai : c'est ma franchise qui vous attrapera. Je vous supplie de le comprendre, tout ce qui vous vient de moi n'est pour vous que mensonge, parce que je suis la vérité. » (le Très-Haut).

  Ainsi sommes-nous livrés à chercher Dieu, à chercher la vérité, la chercher, précisément parce qu'elle est cachée : elle n'est pas de ce monde. Pour les uns, plus on découvre la vérité, et plus elle sort de son incognito pour être compréhensible et saisissable : elle devient dès lors propriété de l'homme qui pourra en user tant qu'il obéit à ses règles, en user comme on tire sur le robinet de sa douche tant qu'on paye la facture d'eau. Pour d'autres, plus la vérité est saisissable, plus on se trompe à son propos ; par contre plus son incognito se révèle à l'homme et plus cet homme devient lui-même insaisissable, à l'image de la vérité : il devient lui-même un piège pour ses semblables. — Concernant Paul, l'auteur des Actes des apôtres a voulu saisir Paul pour construire sa théologie œcuménique et mondialiste, bien qu'il n'ait pas connu Paul personnellement. Et on aura beau se tortiller dans tous les sens, on aura beau fabuler pour inventer des arguments, le Paul de la lettre aux Romains, des Galates ou des Philippiens n'est pas celui des Actes ! Les Actes on récupéré l'odeur de la prophétie de Paul, de son Évangile, pour parfumer l'ekklésia victorieuse et inventer un royaume des cieux sur terre — et ça marche ! Luc était un artiste et ceux qui sont ensorcelés par sa narration sont des ânes… même les plus érudits.

#112 Re : Nouveau Testament » Le personnage de Paul » 15-12-2012 19:20

  C'est une question embarrassante, c'est certain. Pourquoi ? Parce que la figure de Paul a été dès le départ un enjeu pour bâtir un christianisme victorieux… nous le voyons tout de suite dans le NT. De trois façons :
— Tout d'abord, les lettres à Timothée et Tite. Elles ne sont pas de lui. La figure de Paul qui y est dépeinte est donc biaisée, pour ne pas dire fausse. L'auteur de ces lettres a transféré sur Paul sa propre vision du christianisme. Le Paul ekklésiastique en train d'édicter des règles pour des évêques est un fantasme de l'auteur. Celui-ci croyait, probablement avec sincérité, être dans la ligne de pensée de Paul en agissant ainsi.
— Ensuite, les Actes des apôtres. Là aussi, la figure de Paul est fausse. L'auteur de ce livre n'a très certainement pas connu Paul. Le Paul œcuménique qu'il dépeint est une prise en otage de l'apôtre. En s'accaparant ainsi Paul, l'auteur cherche une autorité pour valider sa propre vision du christianisme. Paul n'est probablement pas revenu à la loi ainsi qu'il est dit dans les Actes.
— Enfin, Éphésiens ,Colossiens et probablement 2Thess ne sont pas de la main de Paul, aussi doit-on encore les lire avec intelligence. Elles viennent à priori d'un courant se voulant paulinien, mais de 3e génération. Un certain décalage est déjà visible, aussi faut-il être prudent lorsqu'on s'appuie sur ces écrits.

  Je pense que le problème majeur et essentiel quand on parle de Paul est de se demander la chose suivante :
Le Christ est-il perfectible et Paul l'a-t-il finalement perfectionné en l'« expliquant » ?

  Je crois que le christianisme dans son ensemble répond par « oui » à cette question. C'est ce que Dostoïevsky a si bien compris dans son « Grand Inquisiteur ». Lorsque le Grand Inquisiteur s'adresse au Christ, il lui explique que le christianisme consiste à « corriger et achever l'œuvre du Christ en la perfectionnant » :

  « […] Ils ont supporté ta croix et l’existence dans le désert, se nourrissant de sauterelles et de racines ; certes, tu peux être fier de ces enfants de la liberté, du libre amour, de leur sublime sacrifice en ton nom. Mais rappelle-toi, ils n’étaient que quelques milliers, et presque des dieux ; mais le reste ? Es-ce leur faute, aux autres, aux faibles humains, s’ils n’ont pu supporter ce qu’endurent les forts ? L’âme faible es-elle coupable de ne pouvoir contenir des dons si terribles ? N’es-tu vraiment venu que pour les élus ? Alors, c’est un mystère, incompréhensible pour nous, et nous aurions le droit de le prêcher aux hommes, d’enseigner que ce n’est pas la libre décision des cœurs ni l’amour qui importe, mais le mystère, auquel ils doivent se soumettre aveuglément, même contre le gré de leur conscience. C’est ce que nous avons fait. Nous avons corrigé ton œuvre en la fondant sur le miracle, le mystère, l’autorité. Et les hommes se sont réjouis d’être de nouveau menés comme un troupeau et délivrés de ce don funeste [la liberté] qui leur causait de tels tourments.
[…] Pourquoi donc venir entraver notre œuvre ?  […] Est-ce à moi à te cacher notre secret ? Peut-être veux-tu l’entendre de ma bouche, le voici. Nous ne sommes pas avec toi, mais avec lui, depuis longtemps déjà. Il y a juste huit siècles que nous avons reçu de lui ce dernier don que tu repoussas avec indignation, lorsqu’il te montrait tous les royaumes de la terre ; nous avons accepté Rome et le glaive de César, et nous nous sommes déclaré les seuls rois de la terre, bien que jusqu’à présent nous n’ayons pas encore eu le temps de parachever notre œuvre. Mais à qui la faute ? Oh ! l’affaire n’es qu’au début, elle est loin d’être terminée, et la terre aura encore beaucoup à souffrir, mais nous atteindrons notre but, nous serons César, alors nous songerons au bonheur universel. »

  Je crois que Paul fut plus un « théologien » qu'un « apôtre », pour employer des termes à résonance religieuse. Et je pense qu'un apôtre est plus un théologien qu'un missionnaire. Mais qu'est-ce qu'un apôtre ? C'est ce que l'AT testament appelle un prophète. Prophète et Apôtre, c'est la même chose ! Ils sont tous deux fondateur. Les seconds reprenant ce qu'on dit les premiers en ouvrant les sceaux, de même que le Christ a ouvert les sceaux en révélant le Messie. C'est pourquoi les 5 ministères dont parle Éphésiens sont un malentendu ekklésiastique, une supercherie où l'on tente déjà de construire un système ecclésial auquel se joindra plus tard toute la clique des évêques, archevêques, cardinaux, prêtres, abbés, moines, vicaires, prieurs, chanoines, diacres…

  Le prophète était envoyé. De même, le Christ a envoyé des hommes : « …il en choisit douze auxquels il donna le nom d’apôtres » (luc 6.13). Auxquels il donna le nom d'« envoyés » (apostolos) précisément. Pareillement à l'AT qui choisit des hommes, puis les envoie, et cela, afin de Dire aux autres hommes ce qui leur a été révélé dans leur intimité avec le ciel. Leur Parole, une fois dite, elle court, elle fait son effet… sans le prophète ! Elle est reprise, repensée, reformulée… Elle met en question, conduit à de profonds changements dans les sociétés et à de multiples courants de réflexions et de religions, etc., etc.

  Or, qu'en est-il des prophètes de l'AT, de ces envoyés de l'AT ? Ils ont petit à petit basculé du prophète de la parole au prophète de l'écrit. La tradition juive reconnaît ce fait et en parle d'ailleurs intelligemment. À partir de la déportation, le prophète devient prophète de l'écrit. Il y a « effacement du ministère prophétique au profit du livre » explique Thomas Römer : « Jérémie est curieusement absent de la plus grande partie du récit […] il dicte le livre à Baruch, puis il a un empêchement : “Puis Jérémie donna cet ordre à Baruc : J'ai un empêchement, je ne peux pas me rendre à la maison de l'Éternel.” Les paroles des prophètes ne sont plus désormais accessibles que par le biais du livre exclusivement. […] L’époque perse a marqué la fin de la prophétie en Israël. […] Le courant deutéronomiste encourage le passage définitif de la prophétie orale à l’enseignement écrit — la Torah — sur lequel tout le judaïsme du second Temple va fonder sa nouvelle identité. […] Et Jésus lui-même reprendra à son compte l’exhortation majeure de Jérémie : « Si quelqu’un a des oreilles pour écouter, qu’il écoute ! »

  Que resterait-il de Paul s'il n'avait rien écrit ? RIEN. L'expansion du christianisme n'est pas le fait d'une œuvre d'apôtres en vérité. Le christianisme se serait répandu sans les apôtres. Il s'est répandu par le fait d'une dispersion de témoignages personnels, puis par une politisation de ces témoignages au travers de figures politico-religieuses héroïques. Et si l'Histoire s'est plu à conserver ces figures, c'est parce que leur but, précisément à l'instar du livre des Actes, était de créer un mondialisme chrétien. C'est-à-dire le royaume des cieux sur terre, ce que Dostoïevsky appelle le fait de « corriger » l'œuvre du Christ. De la corriger, dit-il, en faisant tout simplement alliance avec le diabolique.

  Soit donc, l'apôtre n'a pas été l'envoyé du Christ pour cela, il n'a pas été envoyé pour voyager, pour bâtir des églises et universaliser le christianisme. Il a été choisi pour parler aux hommes. De fait, mettre l'accent sur l'activité missionnaire de Paul est une des plus talentueuses subversions qu'a trafiquées le livre des Actes des Apôtres ; une subversion du Christ par le biais d'une reconfiguration du visage d'un apôtre. Nul besoin d'être missionné et oint pour partir convertir et coloniser des peuplades. Je ne sais plus qui a dit qu'avec une bonne campagne publicitaire tous les hommes croiraient en Dieu. N'importe quelle mécanique humaine sait fort bien comment faire une telle chose. Le marketing et le commerce mondial en sont la preuve. Un apôtre n'est pas envoyé pour mondialiser le christianisme, mais pour révéler ce qui lui a été révélé dans l'intimité.

  Ainsi le Christ est-il caché, de même que le Dieu de l'AT est caché. Pourquoi les écrits de Paul ont-ils été plus reconnus tandis que d'innombrables autres théologies « chrétiennes » étaient alors en vogue dans tout l'Empire romain ? Parce que précisément Paul a été envoyé pour cela ; pour coucher par écrit qui était le Christ, pour Le révéler. L'évangile est toujours une apocalypse, dans le sens littérale de révélation. Et le rôle d'un apôtre, c'est d'écrire un évangile, de révéler le Christ, non de le perfectionner en faisant réussir son œuvre par une démarche marketing universelle.

  Paul n'a pas été envoyé pour éduquer les quelques tarés charismatiques de Corinthe, n'importe quel apôtre moraliste est capable de cela, n'importe quel apôtre de la Loi, précisément (que celui qui a des oreilles…). Paul a été envoyé pour dire que le Christ était le messie annoncé par les prophètes de l'AT ; que Son œuvre sonnait la fin de la loi et le commencement de la foi ; et enfin, que la finalité de son œuvre est le Royaume des cieux, c'est-à-dire la résurrection. Il a été envoyé pour le dire, ET pour l'écrire ! Et il a si bien parlé de ce mystère, du Dieu caché, il a si bien gravé ses écrits que ceux-ci restent fondateurs : pour penser et chercher ce mystère, et pour aider quiconque veut s'unir au Dieu caché. On les lit aujourd'hui couramment !

  Que celui donc qui veut voir Paul comme un modèle soit lui aussi capable de dire avec Paul : « Et pour que je ne sois pas enflé d’orgueil, à cause de l’excellence de ces révélations, il m’a été mis une écharde dans la chair » (2 cor 12.7). Mais s'il croit imiter Paul parce qu'il part à Tombouctou ou à Las Vegas éduquer des hommes ancrés dans le fétichisme ou le matérialisme, qu'il sache donc que n'importe quel pélo ou gadjo sortant des grandes écoles connaît parfaitement ces techniques de conversion à un produit ou à une philosophie. Donner le nom d'apostolat ou de missionnariat à ce qui n'est que du prosélytisme n'y change rien. Paul est un théologien, mais à l'instar d'Ésaïe d'Osée ou d'Habacuc par exemple, or eux-mêmes étaient prophètes, c'est pourquoi dit-il de lui : Paul, apôtre de Jésus Christ. C'est-à-dire « envoyé » pour écrire, comme eux l'ont été : « Écris la prophétie : Grave-la sur des tables, afin qu’on la lise couramment. » (Hab 2.2)

#113 Re : Nouveau Testament » A la recherche de qui fut Paul » 08-12-2012 08:30

  Le « christianisme » est, me semble-t-il, une prise en otage d'une multitude de personnages et de concepts : Abraham, Moïse, David, la synagogue, le concept de théocratie, le mysticisme et l'ésotérisme, la philosophie grecque, la morale, la logique du bien et du mal, le bonheur, le beau, le vrai, la science, l'évolution… et surtout la Politique. Parler de Paul comme fondateur du christianisme est en effet une vue restreinte et bebête de cette complexité ekklésiastique vieille d'une vingtaine de siècles. Le christianisme est somme toute une Religion dans toute sa splendeur. Dans le sens où, précisément, dira Ellul, « la collusion Église/État n'est pas constante mais la fréquentation des politiques est constante et décisive. ».

  Tout au long des siècles, l'Église n'a cessé de s'adapter, copier, imiter, se réformer et se tordre dans toutes les sens. En bon politique, elle s'est nourrie de tout, elle a tout ingurgité dans son système, reformulant tout afin de ne jamais être « hors » du monde. Elle l'a fait avec un grand art et une admirable stratégie, ou avec une grande violence, selon ce que les temps et les circonstance exigeaient qu'elle fasse. Ainsi est-elle restée vivante, c'est-à-dire unie à un Monde qu'elle a toujours voulu « réparer » ou sanctifier plutôt que de le quitter…

  De la sorte, l'Église et le christianisme ont crucifié le Christ. Ils se sont auto-détruit en tant que porte-parole de cet Ailleurs dont témoigne le Christ. En se tendant ainsi à l'extrême pour rester un structure sociale et politique, l'Église a brisé le lien vers lequel elle était justement censée « aller vers »… et entraîner les hommes : le royaume des cieux. Car le royaume des cieux est précisément un anti-état : antipolitique et anti-étatique, pour reprendre l'expression d'Ellul. Il est un courant révolutionnaire et anarchisant. C'est pourquoi le chrétien porte le plus beau des noms que porte l'homme « raté » lorsqu'il défend bec et ongle la Sainte Église, c'est-à-dire l'ekklésia ; cette structure qui fut dès sa naissance, en Grèce, une structure politique !

  Si Paul fut si abondamment repris, c'est probablement parce qu'on a regardé ce qui est second dans ses lettres : le « comment s'organiser ». Quand on lit par exemple la lettre aux Romains, on se délecte des chapitres 12 à 16, tandis que ce sont les 11 premiers chapitres qui sont réellement importants, essentiels et continuellement modernes. Si l'on ôtait donc à cette lettre les 5 derniers chapitres, on ne perdrait rien… absolument rien. De même aime-t-on les lettres aux Corinthiens qui abondent tant en problèmes pratiques, humains et moraux. En somme, les lettres aux Corinthiens, c'est le pied pour l'homme politique, pour le bon chrétien tant attaché à ordonner le monde ; on y trouve toujours quelque chose de terre-à-terre, de terreux. Ces braves Corinthiens étaient si charnels que le chrétien lambda y trouve son compte. Mais quant au monde-à-venir, étant sans État et sans Église, le chrétien s'y emmerde royalement.

#114 Re : Échanges au jour le jour » « Dieu en toute liberté » de Eugen Drewermann » 03-12-2012 08:20

  Cela n'enlève rien au fait de s'intéresser aux courants du christianisme primaire parmi lesquels celui de Marcion qui avait alors une grande popularité. L'enjeu de l'époque était finalement le même qui perdura et qu'on voit encore qu'aujourd'hui : trouver le chemin médian entre les différentes radicalités du christianisme, un chemin qui permettrait de réunir sous la même universalité tous les courants. Aujourd'hui nous parlons d'œcuménisme ou de mondialisme, et à l'époque d'universalisme, du tout, de la totalité, c'est-à-dire littéralement de catholicisme : katholiké ekklèsia, καθολική εκκλησία, l'universelle église.

  À ce petit jeu de qui gagnera le titre de « catholique », de qui parviendra à réunir tout et tous sous les ailes et sur le sein d'une seule bergerie-Mère, à ce petit jeu sanglant chaque dénomination a toujours voulu récupérer la figure de Paul pour se justifier d'être dans la vérité. Et Marcion semble avoir été un déclencheur à ce titre, puisqu'il poussa trop loin l'opposition paulinienne de la foi et de la loi, ne reconnaissant pas le Dieu de l'AT. Une telle attitude est, je crois, à l'époque, d'abord motivée par un désir de se séparer du judaïsme très présent dans le premier christianisme. Et bien sûr, outre qu'elle entraîne à l'antisémitisme, elle est théologiquement insoutenable. À ce titre, j'ai écrit dernièrement un petit billet qui fleurette avec ce sujet : Le mors trompeur de l'égarement

  De plus, Marcion et d'autres courants de son type ont parlé notamment d'une figure de Christ non incarnée. Dans un élan gnostique, la chair lui paraissait si impure qu'il ôta même le passage de la naissance dans l'évangile de Luc. Paradoxalement, aujourd'hui, les tenants du « Jésus de l'Histoire » sont en train de glisser dans une figure christique de ce type, une figure qui serait donc plus conceptuelle que véridique. Ils cherchent à prouver que le « Jésus historique », bien que personnage réel, n'était pas ce qu'en dit le NT, mais que les auteurs du texte se seraient finalement servis de ce personnage pour imaginer un Christ de chair et de sang et ressuscité corporellement. La résurrection du Christ serait donc irréelle selon eux, une sorte de placebo divin, spirituellement utile pour l'homme. En gros, ce « Jésus de l'Histoire » qui se veut donc œcuménique, et humaniste est en train de canoniser Marcion, mais cette fois au nom de la recherche archéologique, théologique, narrative… et réussissant à rassembler autour de lui catholicisme, protestantisme et judaïsme… Machiavel & Co en somme. C'est à vomir.

  Bref… tout le NT reflète ce conflit universaliste, cette guerre dont l'enjeu était, et demeure gigantesque : organiser en « un seul tout », dans « un dogme unique » et « sous l'autorité d'un seul » tous les courants hétéroclites. Je crois que l'art de lire le NT est de comprendre précisément cet enjeu et ce conflit sous-jacents dont il est tout emprunt.

  Qui gagna à l'époque ? On dit souvent que c'est Paul qui inventa le christianisme. Je crois quant à moi que c'est faux. Le gagnant, c'est l'auteur des Actes des apôtres : un livre catholique et mondialiste au possible ; et intelligemment construit. Toutes les figures d'autorité et toutes les théologies sont subtilement ramenées dans une voie médiane. Et pour cela, l'auteur n'hésita pas à reconstruire la figure de Paul (entre autres) ; un Paul dont il ne connaît pas les lettres et dont il ne fut pas le compagnon ! Bref, c'est le pire des livres… et pourtant, fort utile, précisément pour cela. Le fait significatif est que la première fois où le mot Ekklésia est cité dans cet ouvrage, c'est lors d'un crime, durant le premier procès en hérésie, en Act 5.11 (je tiens compte du texte Alexandrin, non du texte Occidental, car, comme tu le sais, nous avons 2 textes des Actes). Si tu regardes bien, finalement, ce sont toujours les tièdes de la voie médiane qui sont victorieux : rien de nouveau sous le soleil.


  Ainsi donc, la lecture de Drewermann peut être fort utile dès l'instant où l'on sait lire, et comme toi, avoir l'intuition d'une dérive. Il faut ensuite détricoter cette dérive, car c'est là qu'on parvient, peut-être, à mieux comprendre ce qu'elle dissimule, à savoir la révélation. J'ai à une époque été un passionné de Saint Augustin que j'ai abondamment lu. J'en ai retiré d'excellentes choses, directement d'abord, mais aussi indirectement, c'est-à-dire par la critique. Aussi, bien qu'ayant un grand respect pour cet auteur, je n'hésiterai pas aujourd'hui à lui botter les fesses quand je le vois écrire les choses suivantes issues d'un de ses sermons :

  « On ne peut avoir, en dehors de l'Église, l'Esprit saint, qui est l'âme de l'Église. […] Or, ce que l'âme est pour le corps de l'homme, l'Esprit saint l'est pour le corps de Jésus Christ, qui est l'Église ; l'Esprit saint opère dans toute l'Église les mêmes effets que l'âme produit dans membres d'un seul corps. Mais considérez attentivement ici ce que vous devez éviter, ce que vous devez observer, ce que vous devez craindre. Il arrive quelquefois qu'on retranche quelque membre dans le corps, ou, plutôt, du corps de l'homme ; c'est la main, le doigt ou le pied ; or, l'âme suit-elle ce membre retranché ? Lorsqu'il faisait partie du corps, il était vivant ; il perd la vie aussitôt qu'il en est retranché. Il en est de même pour tout chrétien catholique : il perd la vie aussitôt qu'il en est retranché. Il en est de même pour tout chrétien catholique : il vit tant qu'il est uni au corps de l'Église ; dès qu'il s'en sépare, il devient hérétique ; l'esprit n'anime plus ce membre retranché. Si donc vous voulez avoir en vous la vie de l'Esprit saint, attachez-vous étroitement à la charité ; aimez la vérité, désirez l'unité, afin de parvenir un jour à la bienheureuse éternité. Amen »

#115 Re : Échanges au jour le jour » « Dieu en toute liberté » de Eugen Drewermann » 02-12-2012 00:18

  Je ne connais pas l'œuvre de Drewermann et je suppose que tu dois retirer de sa lecture des éléments utiles. Je ne faisais que commenter ce passage, précisément, et non l'ensemble de ses écrits. Toutefois, tu évoques son rapport avec la doctrine de Marcion… et du coup, je comprends mieux ! Ce fameux passage : « L’amour est une désobéissance à la loi du Créateur », c'est du Marcion ! Et c'est bien cela que je critique.

  Cette incompréhension typique qu'avait Marcion de l'AT est toxique au possible. On différencie radicalement puis on oppose le « Dieu violent » de l'AT et le « Dieu d'amour » du NT : « Yavhé Élohim versus Jésus » en somme. De là on en arrive à un totalitarisme de l'amour, à une sorte de dictature violente de l'amour, mais tout enrobé de sucre glace. C'est ainsi qu'Augustin lui-même (et combien j'ai lu cet auteur et le respecte) tombe dans le piège : « Si tu veux voir Dieu, il y a une chose à laquelle tu es à même de penser : “L'amour est Dieu” », dit-il dans un commentaire des lettres de Jean.

  Soit donc, on a très habilement transformé le : « Dieu est amour, ou, Dieu est l'amour » ; en : « L'amour est Dieu ». De là en vient-on à une espèce de romantisme, à un évangile des violons, à un discours sur Dieu qui est bubble gum & chamallow, et enfin à un comportement pusillanime écœurant. On édicte, sans le dire clairement, des lois de ce type : « L'impolitesse, le moindre haussement de ton, ou le simple « non » que tu opposeras au risque de désunir, cela est une manifestation d'un non-amour. C'est donc une négation de Dieu, puisque l'amour est Dieu. Aussi es-tu diabolique, psychiquement atteint, et ton comportement a besoin d'être recadré par nos experts de l'âme. » De là ce genre de propos à la Gandhi ou à la Drewermann : « L’Amour refuse de tuer l’homme, la bête, la plante. Tout est son prochain. […] L’amour est une désobéissance à la loi du Créateur. »

  Et voilà. L'amour est une désobéissance de l'AT ; l'amour est contre la loi du Créateur dont témoigne l'AT. Je le répète, ce benêt de Drewermann a mal lu et mal entendu l'AT, et probablement avec les yeux et les oreilles de Marcion. L'amour n'est pas Dieu et le bien n'est pas Dieu. Et pourtant, Dieu est amour et Dieu est bon. Tant qu'on acceptera pas de se briser contre ce mur, jamais on entendra Dieu, mais précisément une loi ; qu'elle porte le nom de « l'amour » ou du « bien et du mal », elle reste une loi. Aussi faut-il simplement entendre la chose suivante : le diable est capable d'amour, et je dis même qu'il excelle à cela.

  C'est ainsi que la loi du bien et du mal de l'AT, cette loi qui est accrochée dès l'origine à l'arbre du bien et du mal évoqué dans l'Éden, elle est précisément une loi à laquelle Dieu refuse, dès l'AT, que l'homme y soit soumis : « Ne t’en nourris pas », lui dit-il, « sinon tu mourras ». Il veut la désobéissance de l'homme face à la Loi. La loi est-elle pour autant diabolique ? Non. Mais elle fut donnée à la liberté de l'homme. Elle fut donnée telle une armée de serviteurs glorieux afin que l'homme puisse dire aux lois physiques de la Pesanteur, par exemple : « Écarte-toi, va derrière moi, car aujourd'hui je marche sur l'eau. » Et la Nature de répondre : « Halléluia, que les collines éclatent en chants de triomphe, et que les arbres des champs battent des mains » ((isa 55). Et les collines le feront, réellement ; et les arbres le feront, concrètement.

  Paul avait fort bien compris cela, cette inversion d'autorité, lorsqu'il dit : « Jusqu’à ce jour, la Création tout entière soupire et souffre les douleurs de l’enfantement. » (ro 8.22). Car la création souffre d'être soumise à la Loi par laquelle les cieux et la terre sont sortis du chaos. Et cette souffrance, ce dérèglement où la loi, rendue folle, est incapable de gérer la liberté mouvante de l'homme, cette état-là vient précisément de l'acte de l'homme. L'homme n'est pas, et n'a pas été capable d'assumer sa liberté par laquelle il était destiné à être Prince et tête de la Création. Il a livré cette responsabilité aux lois, en se soumettant lui-même à ces dernières.

  Ce que Drewermann ne veut pas comprendre, c'est que pour renverser ce processus tragique, il a plus à Dieu de livrer l'homme à la mort. De le tuer. Afin justement qu'il ne périsse pas éternellement, mais qu'il puisse ressusciter fils de l'homme. Afin qu'il retrouve sa couronne de Fils. Afin qu'il commande un jour, selon sa volonté, aux concepts et aux vérités, là, dans un monde-à-venir qui n'est plus terrestre. — Concrètement l'amour de Dieu ne craint pas de nous confronter à la souffrance et à la mort pour nous donner de les vaincre par la foi en Lui. Mais l'amour abstrait et romantique dont témoigne Drewermann ressemble plus à celui dont parle Dostoïevsky dans L'Idiot : « L'amour abstrait de l'humanité est presque toujours de l'égoïsme. »

#116 Re : Échanges au jour le jour » « Dieu en toute liberté » de Eugen Drewermann » 01-12-2012 01:24

Stéphane a écrit :

Eugen Drewermann, dans Dieu en toute liberté, écrit : [...] « Celui qui a crée le monde n’a donné à l’être vivant qu’une seule loi : "MANGE" et celle-ci qui est la même : "POUR MANGER, TUE !" — "SI TU DÉSOBÉIS, SI TU REFUSES CE QUE  TU DOIS A TON VENTRE, TU MOURRAS. —CAR TELLE EST MA VOLONTÉ. TOUTE CRÉATURE SERT DE PÂTURE A L’AUTRE." — Celui qui a racheté les hommes leur a révélé une autre loi : "AIME" — L’Amour refuse de manger son prochain. — L’Amour refuse de tuer l’homme, la bête, la plante. Tout est son prochain. Aux extrêmes limites de l’Amour, l’Amour sans limites est péril de mort. — L’amour est une désobéissance à la loi du Créateur.

  Drewermann a-t-il bien lu le texte en entier pour l'interpréter ainsi ? Certes, dès le commencement, dans la Genèse, nous retrouvons ce « mange » que les cieux scandent à l'homme. Toutefois, soyons exacts, respectons le texte, car il en est dit plus que veut en dire Drewermann. À savoir : « Ne mange pas de tout ! Ne mange pas de la connaissance, de l'arbre du bien et du mal, sinon, tu mourras. » L'homme devait-il donc de rester un idiot ? Et qu'est-ce que cet autre arbre, l'Arbre de Vie dont l'homme peut se nourrir sans retenues ? Cet arbre dont le fruit semble nettement supérieur aux yeux du ciel ; dont le fruit est estimé par le ciel capable de produire en l'homme une véritable transformation. Tandis que l'autre arbre, en simulant notre transformation, finit par nous empoisonner puis nous tuer : c'est l'arbre de la mort. Car bien sûr, il faut lire le texte ainsi que l'auteur l'a écrit : de manière allégorique.

  Ainsi donc, comme le dit un commentateur hébreux : « Qu'est-ce que ces arbres puisque le Jardin est un lieu métaphysique et non physique ? Ce sont des conseils. Des transformations du psychisme. Le mot êts, עץ pour « arbre », est à rapprocher du mot êtsa, עצה qui veut dire « conseil » ; voir 2 sam 17.7. » — En vérité, la nourriture est ici plus qu'une transformation du psychisme, mais une transformation de Nature. C'est toute la problématique de l'homme et du fils de l'homme ; de l'adam, le raté et du second adam, le ressuscité. Ce qui différencie l'un et l'autre, ce n'est point que l'un mange et que l'autre jeûne : c'est leur nourriture M. Drewermann ! Apprenez à lire. L'un et l'autre mangent. Mais l'un devient un mortel ; impuissant devant la nécessité, il ne parvient jamais à son but : à dépasser la nécessité de manger pour vivre. Aussi n'écoutera-t-il que son ventre qui jamais ne sera rassasié. Tandis que l'autre, étant devenu immortel et comme rempli de Vie, ne mangera jamais par nécessité, mais pour festoyer ! Bien plus. Son but étant atteint il deviendra lui-même une nourriture de Vie pour son prochain.

  C'est ainsi, M. Drewermann, que le propre de l'Amour, précisément, c'est de dire à l'animal intelligent, à cet homme dont le grand savoir ne peut jamais étancher sa soif de pouvoir et calmer sa faim de richesses… de lui dire : « Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle ; et je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment un breuvage. Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang demeure en moi, et je demeure en lui. […] celui qui me mange vivra par moi. » (jn 6). L'amour n'est pas une désobéissance à Dieu, mais une désobéissance à l'homo sapiens, une désobéissance à la raison que l'homme a divinisée en faisant d'elle un Créateur qui l'élève et fait de lui un dieu pour l'animal : le Dieu des animaux. C'est pourquoi, dira ailleurs Carmen à cette homme raisonnable :

L'amour est enfant de Bohême,
il n'a jamais, jamais connu de loi,
si tu ne m'aimes pas, je t'aime,
si je t'aime, prends garde à toi !


  Soit donc, au commencement, Dieu dit à l'homme : « Tu vivras pour manger, pour te transformer en la même nature que moi. Pour être tel un fils. » Mais l'homme n'écouta pas. Depuis ce jour, la divine raison armée de la nécessité lui aboie au visage l'exact opposé : « Tu mangeras pour vivre. Et c'est à la sueur de ton travail que tu extrairas cet aliment du monde de la terre. » Puis vint l'amour. Mais cet amour qui en vérité ne refuse pas de tuer. Il se tua lui-même sur une croix et par cette injustice devint pour nous un puits d'eaux vives. C'est encore cet amour qui a dit à l'homme au commencement : « Ne crois pas au pain de la terre comme s'il était la vie, sinon je te priverai de ma vie. Je te tuerai. Je ne te laisserai pas vieillir sans fin dans un corps se décripissant. » Car lorsque l'amour dit à l'homme son amour, il lui dit : « Je t'aime, aussi prends garde à toi, car je t'interdis de mourir ! » Or, c'est précisément en tuant l'homme que l'amour donne à cet homme de ne plus pouvoir mourir : afin qu'en ressuscitant, l'homme scellé par cet amour puisse par Lui affirmer sa supériorité sur la mort. Afin qu'il devienne un Arbre de Vie. — « Dieu en toute liberté », c'est aussi la liberté de mourir ; c'est aussi la liberté de se sacrifier au nom d'un amour immortel. De sacrifier le bios de notre vie biologique pour atteindre la Vie de l'Être-Vivant : le ressuscité.

#117 Re : Dogmes & Doctrines » Dieu : trois personnes ? » 29-11-2012 22:56

gerardh a écrit :

La voie habituelle est de prier le Père au nom de Jésus. Mais il est possible aussi de s'adreser directement à Jésus : on le voit faire à deux ou trois reprises dans le NT. Par contre cela n'a pas de sens qu'un chrétien prie le Saint Esprit.

  C'est du paganisme cela Gérard. Pourquoi pas prier Zeus au nom d'Athéna qui est elle-même sa fille ? Car là aussi nous avons deux personnes. D'ailleurs, pourquoi ne pas parler d'une « quadrité » en rajoutant Marie, la mère de Dieu. À quand la fille ? Et le cousin ? Et les neveux ? La supercherie de la Trinité, c'est tout simplement vouloir assimiler Dieu à la multiplicité des anges. C'est bien du paganisme habilement déguisé.

  Voyons quand le NT testament parle de prier « au nom de Jésus », il ne signifie pas de s'adresser à une personne par la médiation d'une autre personne. En effet, Dieu est un et Un seul, aussi n'a-t-il pas besoin de médiateur s'il s'adresse directement à l'homme. Pareillement, l'homme n'a pas besoin de médiateur s'il s'adresse directement à Dieu. Et lorsqu'un médiateur est utilisé pour ce dialogue, c'est que Dieu ne parle pas directement à l'homme, et que l'homme ne Lui parle pas directement. Dieu et l'homme usent alors d'une autre personne que Dieu lui-même pour cette échange de conciliation : on parle de médiateur. Ainsi donc, Jésus n'est pas médiateur de Dieu, sinon il n'est pas Dieu, car Dieu est Un. (cf. gal 3.19-20).

  Que signifie « prier au nom de Jésus » ? C'est prendre Dieu à témoin sur lui-même ; sur ce qu'Il a fait, Lui, personnellement. — Car on peut prier Dieu autrement : « au nom de la Loi, de la morale, de nos œuvres… ». Dans ce cas, on ne prend pas Dieu à témoin de Lui-même et de Son œuvre, mais on use d'un argument inférieur, on use de l'intermédiaire de la Loi par exemple. Or, la Loi fut donnée par des anges (gal. act. héb.). Aussi peut-on prier Dieu au nom des anges. — Je ne développerai pas ce sujet, c'est inutile, car je ne crois pas que tu aies l'audace de mettre en question la Trinité venue de la Tradition. Et je te crois même incapable de demander à Dieu de t'éclairer sur cela. À quoi bon alors t'éclairer sur le reste ?

#118 Re : Nouveau Testament » Évangile et évangiles » 29-11-2012 18:11

  Selon moi, comme que je l'aborde dans ta précédente discussion : « Il n'y a pas à proprement parler d'Évangile : c'est un leurre de le croire. » C'est-à-dire qu'il n'existe pas un « sens exact » qui puisse définir l'Évangile à la perfection. Il n'existe pas « UN » Évangile comme il existe pour le musulman UN « saint Coran » ou pour le chercheur UNE « constante universelle ». L'Évangile n'est pas une doctrine sacrée ou une théorie absolue qui pourrait être dite à la perfection. Le propre de l'Évangile est précisément de vouloir échapper à une telle emprise. L'Évangile n'est donc pas la vérité, mais un terme générique à l'intérieur duquel un homme cherche à évoquer la vérité. Une vérité trop grande, trop lointaine et trop libre pour précisément être encapsulée idéalement dans le cadre de ce récit évangélique. D'ailleurs, le Christ n'a pas annoncé l'Évangile ; il a annoncé le Royaume des cieux. Or, pour reprendre Salomon dans l'AT : « Voici, les cieux et les cieux des cieux ne peuvent te contenir : combien moins cette maison que j’ai bâtie ! » (2 ch 6.18). C'est pourquoi le Royaume des cieux n'est pas non plus la vérité, il est en quelque sorte l'Évangile du Christ ; il est son outil lui servant à atteindre son véritable but : révéler la vérité.

  Qu'est-ce que le Royaume des cieux ? C'est finalement l'idée que chacun a de ce qu'est la vie après la mort et du « comment » s'y préparer. Pour Platon, par exemple, c'est à la philosophie qu'il donne la prérogative de se préparer à mourir. Pour Platon, philosopher, c'est donc s'évangéliser, et promouvoir la philosophie c'est annoncer l'évangile, en ce sens que la philosophie préparerait l'homme à mourir, c'est-à-dire à vivre ici-bas dans cette perspective d'entrer un jour dans la contemplation de cette autre réalité éternelle de la Raison, celle des idées pures, immatérielles, invariables, immuables. — Ailleurs, dans le NT, nous voyons l'auteur de la lettre aux Hébreux parler « d'obtenir une meilleure résurrection » (11.35). C'est le même sens. L'homme est invité à se préoccuper ici-bas de ce qui seul compte : se préparer à mourir. Mais ici, cette préparation prend la valeur de se préparer à la résurrection et à la meilleure qui soit ! Se posera alors la question du « comment ressusciter » et du « qu'est-ce que cette réalité de la résurrection ».

  Plus proche de Platon, l'hindouiste ou le bouddhiste ont un évangile assez similaire, car il explique comment faire pour « redoubler le moins possible » : pour connaître le moins possible de réincarnations. Le but étant de pouvoir un jour entrer dans la désincarnation, c'est-à-dire dans cette idéalité des nirvana (des non-souffle) ; une autre manière pour formuler ce monde de la pure connaissance platonicienne. L'évangile bouddhiste ou hindouiste est donc le refus le plus direct et le plus violent de la Résurrection. — Pour l'athée, son évangile prend une tout autre valeur. Ne croyant pas en une vie après la mort, l'évangile de l'athée est un ensemble de pages blanches où rien ne sert d'écrire quoi que ce soit pour quelque chose qui, selon lui, n'aura pas lieu. Toute sa préoccupation sera donc de bien vivre ici-bas, puisqu'il a foi qu'il n'y a rien au-delà. L'évangile athée est donc le plus honnête qui soit vis-à-vis de la Résurrection, car ne cherchant pas de se faufiler et à serpenter par l'invention de mythes réincarnatoires et leurs fabulations philosophiques à n'en plus finir, l'athée prend ses responsabilités dans un acte de foi, somme toute, assez « chrétien » par sa radicalité et sa simplicité.

  Soit donc, qu'on le veuille ou non, chaque homme écrit son évangile, puisque chacun a une conception de ce qu'est la vie après la mort ; ou de ce qu'elle n'est pas. Mais qu'en dit Jésus de Nazareth ? Là est le « problème » : il n'a rien écrit ! Ce qu'il en a dit nous est venu par ceux qui ont précisément tenté de redire ce qu'il en disait alors qu'il était encore en ce monde, en chair et en os. Entre Matthieu, Marc, Luc, Jean, Paul ou l'Apocalypse… se dessinent déjà des différences, et quant aux Actes des Apôtres, on entre dans la propagande, dans un scénario dévoyé construit avec talent ! Si le Christ avait laissé un texte de sa main ou de sa dictée lors de son vivant, nous n'aurions pas ce problème. Or, c'est bien intentionnellement qu'il n'a rien écrit et rien dicté. — Nous n'avons donc que deux choix.

  Nous pouvons, à l'instar de l'auteur des Actes, écouter l'Histoire du christianisme, et par un travail d'études « déconstruction/reconstruction », bâtir en elle, et au nom de l'Écriture faussement « sainte », le message dont le Christ serait porteur. C'est-à-dire imaginer un Évangile parfait avec son ekklésia parfaite. À contrario, nous pouvons tout miser sur La résurrection du Christ. C'est-à-dire venir à Lui, vers Celui qui n'a rien écrit, et avec Lui questionner l'Écriture, la mettre en question, la désacraliser, et écouter le murmure qui nous vient, non de l'Histoire, mais de ce qui est cachée derrière elle, de ce qui vient du monde-à-venir, du monde de la résurrection : du Ressuscité !

  « Le Royaume des cieux est en toi », sera-t-il dit à quiconque sait que seul l'homme-Ressuscité détient les clefs de la résurrection. L'évangile et sa parole n'ont pas le pouvoir de ces clefs. « Le Royaume des cieux est en toi ; il est ce en quoi tu meurs, et ce en quoi tu prépares aujourd'hui ta résurrection, et alors que tu m'entends au-delà des livres, de l'histoire et des hommes. Le royaume des cieux, c'est quand mon sacrifice est la mort de ce que tu as été, et ma résurrection la vie vers laquelle tu vas en me cherchant. Le royaume des cieux, c'est ce Nom qui est le tien et qu'avec moi tu écris dans les cieux. »

  C'est pourquoi chaque-un écrit son évangile et prépare son propre Royaume ; de même que chacun-un écrit son propre Nom dans les cieux. Aussi est-il indispensable qu'aucun évangile ne soit la vérité dernière et que tous soient différents. La seule ligne de vérité qui les unit, c'est qu'ils sont écrits avec le sang, avec la vie d'un Homme qui un jour osa se sacrifier pour les hommes et ressuscita pour les conduire dans une réalité où la vie n'aura ni fin ni maître. — Rien n'empêche toutefois les hommes d'écrire avec l'encre noire de la perfection raisonnable ou morale, c'est-à-dire de construire un Royaume-à-venir forgé sans le sang, sans la Vie du Ressuscité ; un royaume sans vie, le royaume des Désincarnés. Qu'on le veuille ou non, chaque homme écrit son évangile, chaque homme se prépare son royaume-à-venir, chaque homme se prépare une bonne ; une moins bonne ; ou une absence tragique de résurrection. Telle est la nouvelle annoncée par Jésus de Nazareth.

#119 Re : Nouveau Testament » La connaissance de Dieu » 29-11-2012 04:50

  Deux réflexions donc. D'une part, ce : « Il est le même ! », concept d'immuabilité très grec dans le sens qu'il est le concept même de la raison (rien n'étant plus immuable et semblable à une pierre que les lois sur lesquelles on les grave d'ailleurs). Et d'autre part, ce : « Je suis ce que je suis » ou « serai ce que je serai », concept de changement, d'adaptation, de mouvement, de Vie tout simplement, c'est-à-dire ce royaume de l'Être où celui-ci n'est plus figé dans un Nom, dans une identité… et ne peut donc donner son nom, n'ayant pas de nom immuable.

  Entre ces deux concepts donc, le paradoxe est si tendu, claquant comme un fouet, que les hommes religieux et raisonnables se réfugient naturellement dans l'immuabilité et transforment Dieu en pierre : en idole ! Vis-à-vis de l'Écriture, c'est la Tradition qui devient l'idole, et les mains de cette idole gardant la tradition, c'est l'ekklésia la vaniteuse. On tente donc d'adapter les lois de la raison ou de la théologie aux vivants, et c'est ainsi qu'on conçoit un dieu des lois, un dieu de la raison… ces divinités qui sont inaccessibles aux vivants, bien sûr, puisqu'elles sont la perfection même de l'immuabilité, c'est-à-dire la mort.

  Mais l'idée d'immuabilité, l'idée de cette rigidité des lois, de la fixité de la vérité, voilà une idée qui sert finalement à la Créature. Elle lui permet de ne pas retourner dans le chaos : de s'ordonner dans un monde créé. À contrario, l'idée de mouvement, de ce changement du vivant qui est porté par sa volonté, c'est là une vision de la Vie totalement associée à la liberté : à outre-passer les vérités immuables. Or, qu'est-ce qu'est la liberté ? C'est un chaos — mais maîtrisé.

  Et il est ici maîtrisé par autre « chose » que l'immuabilité de ces vérités… immuables. Par la liberté, qui est l'Esprit, la volonté que rien n'oblige. Cette Liberté a donc vaincu le chaos, et au passage, a vaincu cette immuabilité première qui se voulait être divine pour mettre en ordre tout le créé, comme dans un acte de Créateur. Ainsi étant accomplie la liberté, voici qu'elle devient elle-même immuable, c'est-à-dire que jamais elle ne concédera sa liberté : elle ne donne pas sa gloire à « ce » qui n'est pas libre de changer, elle ne donne pas sa gloire à l'immuabilité.

  Toutefois, étant Liberté, elle peut concéder sa propre liberté. Sinon, comment pourrait-elle se dire Libre ? Elle peut la concéder pour un temps… puis la reprendre. Elle peut donc sacrifier sa Vie… puis la reprendre. Elle peut mourir, et elle ne craint pas de mourir, sachant qu'elle ressuscitera. Mais, dira-t-on : au nom de quoi fera-t-elle une telle absurdité ? Stéphane y a répondu : Au nom de l'amour. Réponse des réponses que tu nous offres donc Stéphane : « c'est en vérité l'amour qui est immuable. » Et c'est au nom de Son amour immuable que le dieu des vivants nous fait sortir de nos vérités immuables ; qu'il détruit les dieux immuables que nous nous forgeons. Le paradoxe est ici à son paroxysme, et quiconque se nourrit à l'arbre des vérités éternelles rassurantes a depuis longtemps abandonné cette marche.

#120 Re : Dogmes & Doctrines » Dieu : trois personnes ? » 29-11-2012 03:47

Quelle réflexion judicieuse ! J'y adhère et j'apprends. « Prier Jésus, une erreur », quel scandale… ! Et pourtant ; je le pense aussi. Car je dis qu'on prie Jésus dans la mesure où l'on entend pas qu'il est le Père, dans la mesure où l'on commence à créer 2 personnes de Celui qui n'en est qu'une parce qu'il est Un. Dans la mesure où l'on est finalement dans le doute à l'égard de Jésus, dans une forme d'incrédulité de « qui il est », ainsi que nous le dit ce petit passage de l'évangile : « Philippe lui dit : Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit. Jésus lui dit : Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne m’as pas connu, Philippe ! Celui qui m’a vu a vu le Père ; comment dis-tu : Montre-nous le Père ? » (jn 14). S'accrocher à prier Jésus, c'est prier avec un filet par peur de prier sans filet. On s'adresse à un être de chair et de sang, à un « Jésus de l'histoire » plus qu'à Celui qui est ressuscité — c'est-à-dire au Père qui en nous enfante le Fils de l'homme.

  Enfin, quelle belle remarque : « Nous ne connaissons le Christ que dans la mesure où nous devenons semblables à lui. » Je me tais tant c'est bien dit.

  Pour aller dans la discussion, j'aimerais cependant te poser cette question : Qui les prophètes de l'AT priaient-ils ?

#121 Re : Nouveau Testament » La connaissance de Dieu » 28-11-2012 16:28

Je le pense aussi. Il me semble même que plus on cherche et fabrique un « Jésus de l'histoire » et moins on découvre qui est réellement Jésus de Nazareth. L'Histoire est d'une part le voile qui Le cache et d'autre part un prisme qui Le déforme et Le subvertit. Et plus le « Jésus de l'histoire » est finement sculpté dans le cadre et par les savoirs théologiques, historiques, archéologiques et autres sciences de l'étude littéraire, plus sa subversion est diabolique. Plus elle a de succès religieux ; plus l'idole est réussit par ces maîtres de la science divine : la théologie !

  Pourquoi ?

  Parce que le Christ peut alors être appréhendé par tous au moyen d'une sorte de conversion intellectuelle où tous ont le même Jésus. Tandis que Jésus, le Christ, se découvre à chaque-Un selon ce qu'il est, où il est et dans le temps où il se trouve. C'est pourquoi il est écrit : « Je lui donnerai un nom nouveau que personne ne connaît, si ce n’est celui qui le reçoit. », (apo. 2.17). Chaque-Un connaît la même vérité qu'est le Christ, mais chaque-Un la connaît en propre en tant que lui seul la connaît ainsi qu'il est seul à la connaître ainsi. La vérité est ce paradoxe de l'unité la plus accomplie, mais où chaque-Un est pourtant infiniment libre. C'est pourquoi toutes les vérités historiques gravées sur tables de pierre doivent être brisées à cause de leur vanité à prétendre acquérir l'immuabilité. Il faut que le Fils de l'homme, ainsi que ceux qu'il a enfantés puissent dire : « J'étais, je suis et je serai, mais de savoir général et immuable me concernant, il n'y en a pas. Je suis la vie. Je suis ce que je veux. »

  Le propre de l'Homme-Jésus, c'est de sortir de l'Histoire, aussi se découvre-t-Il d'autant qu'on sort avec Lui de l'histoire et de notre histoire terrestre, de notre histoire de terreux ; et d'autant qu'on entre par Lui dans le lieu où Lui se trouve et s'est toujours trouvé. Et même lorsqu'Il était ici, de chair et de sang, Il était dans ce lieu ailleurs : Il était déjà hors de l'histoire. Il détruisait sa propre histoire terrestre, sa visibilité, pour entrer dans l'incognito ; et de là détruisait-Il l'histoire terrestre de tout Homme. Car l'histoire d'un Homme commence à la résurrection ; celle qui jamais ne sera écrite. Et ici est l'allégorie terrestre de ce fait : l'histoire de l'homme commence à sa naissance et surtout à la coupure du cordon ombilical ! Non durant sa gestation. Puis elle est capable de si profondément se prolonger que le futur a le pouvoir d'effacer les traces du passé. C'est-à-dire que l'homme a le pouvoir de ne plus se connaître en ce qu'il a été, de ne pas être déterminé par ce qu'il a été comme s'il était la résultante d'un système de causes et conséquences. L'Homme-à-venir écrira son histoire sur le sable, à l'instar du Christ !

  C'est ainsi qu'il en est de même pour l'Évangile. Il n'y a pas à proprement parler d'« Évangile » : c'est un leurre. Il n'y a que des évangiles. Des témoignages personnels qui rendent compte du comment celui qui écrit ou parle « son évangile » connaît Jésus de Nazareth, et du comment il Le fait connaître. Si son lecteur ou son auditeur découvre alors, par ce témoignage, lui aussi, le Christ et la bonne nouvelle qui lui est annoncée, à lui, personnellement, alors ce dernier écrira pareillement son Évangile. C'est ainsi que parlait aussi Paul lorsqu'il dit explicitement : « mon évangile » (rom. 2.16)

  C'est pourquoi enfin, il n'y a pas 4 Évangiles, mais des milliers ; et dans le NT il y en a bien plus que 4. L'Apocalypse est un évangile ; les lettres de Paul sont aussi, dans leur ensemble, un évangile ; les Actes sont de même un évangile (probablement le plus médiocre et le moins inspiré) ; la lettre aux Hébreux est un évangile, etc, etc. Et tous ce que nous disons de Lui et sur Lui constituent notre évangile. Le tout est de savoir dans quelle mesure nous ajoutons ou retranchons de l'Évangile éternel, c'est-à-dire de cette nouvelle indicible qu'est le sacrifice de Dieu sur la croix, cette folie par laquelle Il nous offre gratuitement de Sa divinité : Il fait de nous Ses Fils et se fait Lui-même Père en devenant au préalable le « type » du Fils. Jésus le Christ est le Père et la trinité est une supercherie.

#122 Re : Nouveau Testament » La connaissance de Dieu » 28-11-2012 05:36

Yo ! Quelle question ! Si tu la préciser ?
Mais bon, à question énorme et courte, une réponse courte : Savoir ? Rien précisément par le savoir, en tant que « ça-voir ». Si on pouvait « savoir » le Christ et son Évangile, ça se saurait. Bien que… roll finalement, y'a pas mal d'écoles qui revendiquent d'avoir ce privilège : d'avoir et de savoir le Christ et son Évangile dans leurs cursus ou dans leurs râteliers… comme d'autres ont la Vérité dans leurs universités ou dans les mangeoires de leurs institutions civilisées.

#123 Re : L'Akklésia (sans églises) & le Royaume des cieux » Le Seigneur sauve, mais il rassemble aussi » 23-11-2012 12:12

C'est l'hôpital qui se moque de la charité Gérard, car c'est plutôt moi qui devrait dire « facile ! ». En effet, non seulement tu dis « ne pas bien me comprendre », mais tu complexifies la discussion, ou plutôt, tu la noies, en multipliant des dieux. Phénomène très catholique finalement, très Jésuite… et tellement facile. Commence d'abord par entendre ce que je dis, et par y répondre, au lieu d'aller à tous vents.

nb. merci de ne pas mettre tes continuels filets de séparation : _______

#124 Re : L'Akklésia (sans églises) & le Royaume des cieux » Le Seigneur sauve, mais il rassemble aussi » 22-11-2012 21:04

Si désormais tu tombes dans le paganisme et qu'avec lui tu crois en plusieurs dieux…

#125 Re : L'Akklésia (sans églises) & le Royaume des cieux » Le Seigneur sauve, mais il rassemble aussi » 22-11-2012 18:24

gerardh a écrit :

Le chrétien n'est pas seulement un croyant isolé ; mais il forme un ensemble cohérent pour Dieu avec les autres chrétiens, qui peut s'appeler Église, ou corps de Christ, ou Temple ou Maison ou Epouse, selon la facette où l'on considère cet ensemble.

  Je suppose que tu as des enfants Gérard, ainsi que c'est mon cas. En tant que père pour nos enfants, reportons donc ton propos dans ce cadre concret et très pragmatique de la vie terrestre ; ce qui nous donne ceci : « Chaque-Un de mes fils n'est pas pour moi seulement un fils particulier ; il forme aussi l'ensemble cohérent de ce fils avec mes autres fils, ensemble que j'appelle la famille, ou le corps familial, ou la maison, c'est-à-dire le lieu de ma présence ; et ce qu'une religion appellera « le Temple. »

  En ce cas, qui est le père de cette famille, ce père tant effrayé par la solitude ? Par cette sortie de la maison, par la liberté des pâturages (cf. jn 10.9). Certainement pas celui dont parlait le Christ : « Je ne suis pas seul, le Père est avec moi. », (jn 16). Le Père dont parle Jésus de Nazareth ne craint pas, lui, d'isoler son Fils. Il semble même que la solitude et la filiation aiment à se rencontrer, comme si le fils se savait fils parce que précisément il a accès à cette intimité de l'isolement dont seul le fils reçoit la dignité : « Mais quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est là dans le lieu secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. »

  Il est clair que tu mêles et confonds ce qu'est un Fils avec le concept abstrait de famille, de groupe, de généralité, et ce vers quoi renvoie ce concept ; à savoir, la communication, la relation… et l'organisation de cette rencontre. C'est-à-dire la politique ! Tu confonds le Lit de l'épouse avec l'Épouse, la Maison avec son Habitant, l'État avec son Citoyen, etc. Tu les confonds malicieusement, ce qui conduit inévitablement à l'uniformité, soit donc, en langage humain, au narcissisme, à la haine de l'autre et à un amour, littéralement, de type « homosexuel » (ὁμός : le même). D'ailleurs l'Ekklésia, ce concept de la République venue des grecs qui fit la joie de Rome, et qui est finalement très moderne, c'est un concept d'homosexualité dans sa philosophie d'unité, et le christianisme, en le copiant dans son délire de Corpus Christi socio-politique, est tout emprunt d'homosexualité dans son identité intérieure.

  À contrario, le Père dont parle le Christ fait la différence entre ses fils et leurs relations, c'est pourquoi il a dit : « Aimez-vous les uns les autres », et non pas : « Soyez identiques les uns les autres, de même que le sont les briques formant un mur cohérent, ou les lois formant un État cohérent ». En somme, il a dit : « Aimez la différence, ne soyez pas semblables les uns aux autres, car il n'est pas bon que l'homme soit un seul homme. » Le Christ a brisé l'ekklésia humaine et cet ensemble cohérent si précieux au diabolique et dont tu te fais l'écho Gérardh.

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