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En effet, bien des recherches ont été faites. Mais que pouvons-nous en tirer désormais ? Nous qui avons plus de recul que jamais. Pour ce qui me concerne, je me demande si toutes ces études ont posé la bonne question. Je me demande quelles étaient leurs intentions et vers quoi, une fois que nous sommes convaincus, elles nous mènent subtilement. Qu'est-ce qu'elles répondent quant à la Vérité dernière une fois qu'elles ont posé avec talent les nouvelles données.
Car enfin, lorsqu'on aborde ces études, au début, il faut admettre que l'on est quasiment subjugué ! De là tombe-t-on facilement dans l'hypnotisme des « savants » qui nous les transmettent. Quand je dis « hypnotisme », je veux parler de cette ambiguïté par laquelle, face à l'autorité de l'argument, on passe, sans s'en rendre compte, à l'argument d'autorité. C'est-à-dire qu'on remet l'autorité au chercheur même, à sa personne et non à ses travaux qui le précèdent, alors qu'on ne doit chercher chez lui d'autorité que celle de son argument de chercheur, et cette argumentation seulement.
Face au linguiste, à l'archéologue, au sémiologue ; face à toutes les sciences liées à la narratologie, l'onomastique, la prosopographie, les langues anciennes, l'intertextualité… et de prolepses en litotes, on en arrive à conclure ce qu'en conclut le chercheur dans sa petit tête de chercheur. NIET ! Que le chercheur cherche, puis qu'il fasse part de ses travaux — MAIS, la conclusion m'appartient ! On peut être un bon chercheur digne de foi, talentueux et bardé de haut et luxueux diplômes… mais pourtant un piètre penseur, un mauvais philosophe, et avoir finalement le niveau de réflexion de la ménagère de moins de 50 ans quand il s'agit de manier le paradoxe. Ainsi le faisait déjà entendre Kierkegaard : « Enlevez à un penseur le paradoxe et vous avez un professeur. Mais, les génies sont comme l'orage ; ils vont contre le vent ; effrayent les hommes, purifient l'atmosphère. » Or, si vous enlevez à Dieu le paradoxe, vous avez l'homme, le raté qui rate Dieu. Que vient donc faire le chercheur dans cette histoire ? Donnons de nouveau à Kierkegaard de répondre, car le chercheur vient dans cette histoire pour être châtré au service du maître qu'il a choisi : « Le professeur est un eunuque ; mais il ne s’est pas châtré pour le royaume des cieux, tout au contraire, pour bien être apte à ce monde sans caractère. »
Concernant le texte biblique, la critique a fait sauter d'énormes murs, elle a démasqué des illusions qui nous paraissent si grossières et outrageantes qu'on se demande, au premier abord, si l'on a pas cru comme pourrait croire un âne… Et pourtant, une partie du christianisme ne veut toujours pas reconnaître aujourd'hui ce qui saute aux yeux, basculant ainsi dans un intégrisme sous-jacent. Les preuves abondent pourtant ! Aussi sommes-nous, en première impression, subjugués : l'Écriture n'est pas sacrée. Un imbroglio certain et malsain règne entre les Actes et les Épîtres. Sans conteste, l'auteur des Actes a construit de lui-même une fiction paulinienne pour appuyer une thèse préalablement conçue ; et bien qu'il ait parfois carrément gommé, et ailleurs astucieusement lissé les faits historiques, on parvient cependant à ne pas se laisser avoir.
Eh quoi ! On connaît mieux Paul et sa personne désormais. Tous ces livres pour cela ? Toutes ces années d'études pour rencontrer un homme ? En ce qui me concerne, ce que je trouve risible et pathétique, c'est que la majorité des chercheurs, médailles à la poitrine et sous les applaudissements, finissent toujours par conclure en faisant exactement ce qu'a fait l'auteur des Actes : Ils utilisent leur nouveau Paul pour justifier leurs thèses préalablement conçues. C'est-à-dire qu'ils utilisent leur Paul pour justifier leur Christ ; celui qu'ils veulent nous faire gober. Et si l'on y regarde d'un peu plus prêt, la majorité d'entre eux, quand ils ne dirigent pas directement vers l'athéisme, veulent nous faire avaler une forme moderne et très astucieuse de docétisme. C'est là qu'il faut leur tirer la langue, car ils sont passés dans la catégorie du tiède par excellence. Ils n'ont plus d'autorité. Et bien que gardant leurs études, il nous faut brûler leurs conclusions tout en ayant la politesse de les remercier. Ils ont sué et bossé, ayant fait pour nous le sale boulot, l'ingrat travail de l'argumentation logique. Ce travail qui n'est que l'ombre dans laquelle ils plantent, guillerets, leurs chapiteaux savants… tandis qu'il nous faut continuer à cheminer, à faire tomber temples et chapiteaux, à quitter ce lieu des ombres pour aller vers l'aurore où la logique ne règne plus.
Soit donc, le Christ n'est pas perfectible et Paul ne l'a pas perfectionné. Il a fait ce que tous les chrétiens sont censés faire : il a essayé de le comprendre, de l'entendre, de la connaître. Et Luc a essayé de faire dire à Paul ce que lui, Luc (ou qui que ce soit qui ait écrit les Actes), voulait faire dire au Christ, la manière dont lui l'entendait. Luc s'est figé sur le problème de l'unité, de l'universalisme, en sage et catholique élève de la continuité ; alors que l'unité est inhérente à l'Esprit, non une construction qui lui est extérieure en tant qu'œuvre livrée à l'humain et à son dogmatisme. La critique textuelle fait pareillement ; elle veut faire dire à Paul, ou s'en servir comme prétexte négatif, pour appuyer ce qu'elle répond à la question : Qui est Jésus de Nazareth ? Car enfin, la vraie question est bien celle-là.
Qu'importe qui était vraiment Paul. Il était comme nous, un humain cherchant à résoudre l'énigme du Fils de Dieu auquel il croyait, cherchant à le connaître tant il l'aimait. Quand ses recherches et la relation qu'il entretenait avec Lui m'enrichissent, je les utilise, les considérant comme un héritage spirituel ; quand elles me font basculer dans une voie qui me semble douteuse, alors je les mets en question, ou humblement en attente de résolution. Et quant aux Luc et autres pseudépigraphes tels que la lettre aux Éphésiens ; quant aux voleurs de témoins, je m'efforce de démêler l'imbroglio qu'ils ont tissé pour en tirer, si possible, un héritage au sein de leurs démarches qui comporte parfois un fond véritable. Mais quoi qu'il en soi, selon moi il ne reste que deux questions : Qui est Jésus Christ ; et peut-on savoir de lui quelque chose par l'Histoire ? Et enfin : Suis-je honnête ? Ai-je en main mon propre héritage spirituel ou est-ce que je vole celui d'un autre, et le travestissant, je bâtis une apparence de spiritualité ? Est-ce que moi aussi je triche ? Est-ce que moi aussi je détourne des auteurs inspirés pour accréditer une vision de la vérité qui n'est que le cri de mes spéculations et non le murmure cheminant de Sa révélation ?
Tu as raison Le nuage blanc. Et nous pourrions voir ce phénomène, phénomène quasiment de dédoublement, dans toutes les biographies de chrétiens… et chez nous-mêmes. La foi est en pratique un chemin « traumatisant, pressant, persécutant » ; c'est ce que signifie littéralement « le chemin resserré » de mat 7.14. Et dès l'instant où cet inconfort et ce déséquilibre sont intenables et trop déraisonnables, la raison vient avec « amour » nous l'élargir : « Instaure quelques lois et règles universelles… bâtis une église et formule ses crédos, etc. ». « Toute recherche commence par l'inquiétude et finit par le déséquilibre », disait Chestov. Voilà une autre façon de dire la foi seule.
Bref, à chacun de choisir comment lire dans les Écritures. De toute façon, même celui qui les sacralise ne peut échapper à ses contradictions internes… et ça le brûle. Mais pour celui qui les désacralise, il sait reconnaître ici, ce qui est inspiré, et ici, la main de chair du témoin qui écrit. Pour moi, j'ai choisi ce Paul de « la foi seule ». L'inspiré est là. Quant à celui que construit l'auteur des Actes des apôtres, un auteur qui n'a probablement pas connu Paul d'ailleurs… Ce Paul donc, qui finit par pratiquer la Loi à la fin des Actes, je vois bien qu'il est une construction de l'auteur, une marionnette de son cru dont il se sert pour faire tenir son propos d'un « règne terrestre de l'Evangile ». Quant à ce Paul, qui dans ses lettres se bat avec des groupes chrétiens naissants dans l'Histoire, ce Paul qui semble donc vouloir édicter de nouveau des règles, je suis indulgent tant il est riche lorsqu'il est inspiré… je comprends. Je vois bien qu'il est pris naturellement entre deux feux : celui de la foi seule, et celui de pérenniser un évangile qui commence déjà à être malentendu ici et là.
Vouloir faire durer le christianisme en instaurant une « sainte » organisation d'autorités, des règles et un ordre « divins »… certes, ça marche ; on parle donc d'ekklésia universelle, de dogmes, de corpus christi ; et on applaudit. Puis l'Histoire et le temps nous dressent un tableau, ils nous scandent le verdict : il y a subversion du christianisme. Je crois qu'il faut s'en tenir coûte que coûte à la foi seule, et même au royaume des cieux seul. Et même si cette voix n'est plus entendue, peu importe. Qu'elle soit entendue ou non, ce n'est pas mon problème. Mon problème est de tenir.
Dans son commentaire aux Galates, Luther dit la chose suivante : « Que personne ne pense que la doctrine de la foi soit facile. Elle est, sans doute, facile à dire, mais très difficile à comprendre. Il est facile, en outre, de l'obscurcir et le perdre. […] Celui-là donc qui a bien appris à discerner entre l'Évangile et la loi, qu'il rende grâces à Dieu et qu'il sache qu'il est théologien. Cette volonté de différencier la Loi et la Foi, de différencier, mais, tout en l'uniformisant, l'activité de Dieu dont témoigne l'AT et l'activité de Dieu dont témoigne le NT, ce fut dès le départ l'impossible défi devant lequel se retrouva le premier christianisme… et devant lequel la chrétienté fut continuellement confrontée, tout autant aujourd'hui !
Ce premier christianisme n'était alors que judéo-chrétien : seulement accepté par des Juifs précisément. On fut donc tenté logiquement par le comprendre de la manière suivante, pour citer un théologien contemporain : « Le Salut en Christ passe par l'appartenance au peuple juif, y compris par l'observance de la Torah et l'adaptation de tous ses rites. Autrement dit : le christianisme était compris comme une variante interne du judaïsme… ». Bien sûr, l'Histoire nous montre que la cassure s'est finalement faite. Mais est-ce vrai ? Non ! Une cassure, oui, s'est produite, mais elle n'a été que très rarement ce qu'elle aurait dû être, malgré l'héritage de la théologie de Paul qui pourtant nous a montrés avec talent comment mettre en œuvre cette séparation.
En effet, c'est sur le comment que le christianisme a toujours achoppé, en allant d'un extrême à l'autre. Certains ont carrément renié le Dieu de l'AT en affirmant que nous avions là un autre Dieu que celui dont parle le Christ. À contrario, d'autres ont subtilement mêlé l'AT et le NT, adaptant la Loi à un christianisme pour les nations, et adaptant le Christ à la Loi, le tout en affirmant que l'Église faisait évoluer la mission d'Israël en ajoutant à son programme les données du Christ, c'est-à-dire que l'Église était le second Israël. Aujourd'hui, pour dire cela, nous parlons de continuité. C'est autrement dit, c'est plus soft, mais c'est pareil : comme si le Christ était la continuité d'Israël, tandis qu'il est sa sortie et sa définitive séparation. D'autres sont par contre tombés dans l'angélisme ou la mystique simpliste : pourquoi s'emmerder à réfléchir ? Ils ont égalisé, et l'AT et le NT pour se fabriquer un Christ œcuménique, universaliste, réunissant en son sein toutes les religions monothéistes, et si possible toutes les religions et toutes les vérités : Moïse, Bouddha, Mohammed, les Perses, les Égyptiens, les Mayas, Copernic, Newton, Darwin, Freud, Einstein… et Jésus, témoignent tous de la même vérité dernière, chacun touchant d'elle qu'une seul part. L'un les pattes, l'autre la trompe, celui-ci les oreilles… comme le dit déjà un vieux conte hindouiste « de l'Éléphant » (pff… quel conte idiot ; car la vérité de ce conte alors, elle-même, c'est quelle partie de l'éléphant ?).
Bref… ce n'est pas juste de dire que « Les pères de l'église ne se sont pas battus avec ces idées, et que la chrétienté est fuyarde à leur égard ». Tout au contraire. Israël et sa théocratie, le Dieu de l'AT et ses conquêtes sanguinaires, Moïse et l'impératif de la Loi, etc., etc. Tout cela a toujours été une épine dans les chaussures du christianisme. Te connaissant, je pense que tu voulais dire que le christianisme n'a que très rarement su comment en parler, comment le gérer, comment s'en différencier, comment l'uniformiser avec les propos et l'œuvre du Christ. Pas plus avant qu'aujourd'hui d'ailleurs.
En somme, le christianisme a « facilement dit la doctrine de la Foi, mais l'a très difficilement comprise. Il l'a donc beaucoup obscurcie pour la perdre totalement. […] Le christianisme n'a pas appris à discerner entre l'Évangile et la Loi. Il a été un mauvais théologien. » Si ce n'est quelques rares hommes qui se levèrent pour en parler, le christianisme a échoué. Pourquoi ?
Mais tout simplement parce que l'Héritage de la Loi et de l'AT est une représentation de la vérité en terme de vérité pragmatique, en terme de la vérité terrestre. Dans le même commentaire aux Galates, Luther dit encore : « Il faut discerner de telle sorte que l'on situe l'Évangile au ciel et la loi sur terre, de telle sorte que l'on appelle céleste et divine le justice de l'Évangile, terrestre et humaine celle de la Loi… ». Soit donc, l'activité de Dieu dans l'AT est bien celle par laquelle il appelle l'homme à affirmer sa divinité ici-bas lorsqu'il dit : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre. Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu, il créa l’homme et la femme. Dieu les bénit, et Dieu leur dit : Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l’assujettissez; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre. » (gen 1.26-28). Depuis ce jour, la Loi, qu'elle soit en conscience chez le Grec, édictée sur des tables de pierre chez le Juif, révélée par les recherches scientifiques des érudits, et finalement synthétisée par les Parlements au sein des Nations… cette même Loi de la Nature et de la Conscience morale qui se formule en de complexes codes et textes politico-religieux au cours de l'Histoire humaine, cette même Loi domine et pousse l'homme à devenir la Tête de la Création : l'animal le plus évolué.
Et parvenu à ce stade, c'est l'impasse. C'est l'échec. Bien qu'animal le plus évolué et rendu tel un Dieu, tel l'image de Dieu et comme à l'ombre de Dieu pour la création et toutes les créatures, cet homme n'en reste pas moins une créature soumis à un Créateur et devant subir le même sort que tous les sujets de cette création qu'il semble pourtant dominer : Mourir et rester enfermer dans sa mort. Cette terrible prise de conscience devant laquelle Dieu place l'homme est le prix à payer pour être la tête de la création. L'animal, lui, n'accède pas à cette prise de conscience. C'est ainsi que la Loi dit la vérité terrestre, et de ce fait est-elle spirituelle : « Ô homme, tu n'es finalement qu'un terreux. Tu es un homme tremblant aux pieds d'une montagne effrayante, aux pieds des lois de la Nature dont l'épée de feu raisonne en ta conscience du bien et du mal. Ce feu de l'épée des lois dans lequel tu dois un jour te jeter, tout comme l'insecte va vers la flamme, vers sa mort certaine. C'est pourquoi il est dit : “Il mit à l’orient du jardin d’Éden les chérubins qui agitent une épée flamboyante, pour garder le chemin de l’arbre de vie.” (gen 3.24) ».
C'est pour cet homme désespéré et à la conscience élevée, pour ce Job blessé, meurtri et déséquilibré, qui cherche Dieu au-delà de l'évidence, au-delà de la logique des lois, au-delà de la Nature et de son processus évolutif qui n'aboutit qu'à l'amère impasse de la mort… C'est pour cet homme fou et en train de changer de mode de penser que vint le Christ. À celui-ci il dit : « De l'homme-terreux que tu es je vais faire de toi l'Homme. De la Créature que tu es je vais faire de toi une autre créature, un autre homme, un Fils de l'homme. Et ce Créateur Tout-Puissant d'où émanent les lois inviolables du bien et du mal, lequel n'était que l'ombre de Dieu, je vais le tuer et faire de ses lois tes serviteurs ; puis je vais te révéler Dieu en son intimité : te révéler le Père. De même qu'en tuant en toi le terreux, je te révélerai en tant que Fils. Qu'il n'existe donc plus entre toi et moi de lois, mais seulement un rapport de confiance : la Foi seule. Voici, j'ai bu moi-même ta mort en me sacrifiant pour toi, et comme je me suis relevé d'entre les morts, je te relèverai. Je te donnerai ce que la justice terrestre ne peut t'offrir. Je te donnerai la victoire gratuitement. Je te ressusciterai. Je te donnerai l'infini des possibles. Efforce-toi de te préparer ici-bas, en te confiant de tout ton être en moi, de te préparer à la meilleure résurrection qui soit : le royaume des cieux seul est désormais ta loi. »
De continuité entre la Loi et l'Évangile il n'y en a donc pas. Car s'il y avait continuité, il y aurait évolution en trois temps : De l'animal, à l'animal évolué, jusqu'au Fils de l'homme. Jusqu'à l'accomplissement de ce que l'évolution de cette continuité appelle en fait la perfection, bien qu'elle se serve pour le dire, au sein du christianisme, et en le subvertissant, du vocable de « Fils de l'homme ». Pour qu'il y ait continuité entre la Loi et l'Évangile, il faudrait en vérité que l'animal évolué parvienne à payer tout son tribut à la loi : atteignant ainsi la perfection, le nirvana tant désiré de l'évolution. Comment en pratique parvenir à cette perfection ? Soit que l'homme se réincarne indéfiniment, payant au fur et à mesure ses manquements à la loi, et devenant alors un objet obéissant à la loi… de sujet qu'il était ! Soit qu'il ne puisse payer et doive donc se désincarner totalement ; qu'il devienne alors une conscience désincarnée, un être sans âme, un être incapable de manifester sa particularité, un être habitant dans une sorte de plénitude extérieure, car laissant tout en paix puisque n'étant plus « vivant », mais tout en « vivant » intérieurement, dans sa conscience, un enfer. Un homme « vivant sa mort », disait Kierkegaard.
Il s'ensuit que la mort est l'accomplissement de la Loi. C'est pourquoi le shabbat est la fête des morts, la fête du septième jour. Jour où la perfection vient à terme quand s'achèvent les six jours de la création, quand se stoppe le processus de création. C'est le lieu de l'achèvement, le lieu de la plénitude. Là où toutes les créatures cessent de devenir, cessent d'être excitées par leur liberté et leur vouloir : là où finalement elles cessent de vivre, elles cessent d'être incarnées. Là où aucune d'entre elles ne peut sortir pour atteindre le huitième jour de la résurrection. Ce huitième jour où l'être reçoit l'infini des possibles, gratuitement. Ce lieu où ne règnent plus les lois. Ce lieu où la volonté ne lutte plus contre les lois car celles-ci servent l'Être dans une explosion de joie. De là cette parole talmudique que les rabbins ont dit, malgré eux, contre le shabbat, contre l'accomplissement de la loi : « Quand vient la perfection, le satan danse. »
Le Christ est l'accomplissement de la promesse que la Loi et les prophètes ont entraperçue durant leur cheminement. Le Christ n'est pas l'incarnation de la Loi, mais de la promesse dont témoigne l'AT. Promesse que cette même Loi ne peut atteindre du fait que sommes toujours en déficit face à ses impératifs, quant bien même nous aurions 1 milliard de réincarnations pour apprendre à nous y soumettre. Aussi le Christ n'a-t-il pas payé ce qui est impossible à payer, comme si Dieu s'abaissait à traiter avec le diabolique : Il a effacé l'ardoise, tout aussi simplement que cela si j'ose dire. Et il l'a effacé, parce qu'il l'a voulu. Ainsi donc : « À Dieu cela est possible, mais aux hommes impossible ». Puis il a offert à l'homme une autre Nature, par la résurrection. Une Nature divine dans laquelle l'homme ne sera plus confronté à la loi et aux ordres de la raison pour réaliser sa volonté. Il ne sera d'ailleurs face à aucun processus, à aucune continuité.
Le Christ est précisément le brisement de la continuité, et la continuité est précisément le diabolique. Le Christ en est la cassure, la radicale et définitive séparation. Il en est la sortie. Toutefois, ici-bas, tant que le ciel et la terre demeurent, tant que nous sommes dans cette semaine du Créateur, la loi règne, la justice de la loi demeure, les règles qui soumettent tout, tous, partout et toujours, ont force d'autorité : en tant que lumières de la raison. Qu'elles soient les lois d'une Nation, plus ou moins archaïques et barbares selon le l'âge que cette Nation a de sa prise de conscience ; ou qu'elles soient celles d'une religion, d'une morale, du club de foot de mon gosse, de l'école, d'une église, d'une mosquée, d'une synagogue, d'un ordre bouddhiste… peu importe : elles règnent et elles incarnent les vérités de la Justice terrestre. Elles sont les branches éparses de ce grand arbre universel du bien et du mal, arbre à l'ombre duquel le terreux vit, respire et craint : corps et âme.
Pour le suiveur du Christ toutefois, le chemin est resserré, très resserré ! Il est virtuellement, et en vérité, dans la fête du huitième où demeure son Père, là où fructifie l'héritage de ce qu'il est et de ce qu'il sera. Mais physiquement, il est encore dans la semaine du créé. Il doit donc, d'une part, reconnaître le bienfait de la loi et s'y soumettre en tant qu'homme terrestre, il doit même encourager qu'elle puisse éveiller la conscience des terreux puisque cela peut leur permettre de chercher ensuite Dieu au-delà de cette conscience. Mais il doit, d'autre part, séparer totalement le huitième jour de cette semaine terrestre.
Faire reculer son huitième jour vers le septième est pour lui le pire des cauchemars. Et s'il ne s'autorise pas à lutter contre la loi pour ceux qui n'ont qu'elle, sachant que ses préceptes sont pour l'instant leur Gardien dont Dieu se sert pour les diriger, ainsi que le précepteur garde et éduque l'enfant… Il n'hésite pas une seconde à s'opposer à ce christianisme qui a vidé le huitième jour de son contenu pour le rendre visible par une idole : l'adoration de Sainte Ekklésia et la soumission à ses édits universaux. Suivre le Christ consiste à renier ces ordres sacrés ; et l'uniformité avec l'AT c'est très exactement savoir s'en séparer radicalement quant à l'Esprit, tout en reconnaissant son autorité quant à la chair. C'est pourquoi la torah et l'ekklésia sont utiles tant qu'il y a de la chair. Et plus il y a de l'Esprit, plus elles sont vaines.
Non Stéphane. Paul n'établit pas une loi valable pour tous et pour tout le temps. Il écrit à groupe particulier, dans une situation particulière, à une époque particulière, et à propos d'un cas particulier sur lequel, dit-il, il donne un avis et un jugement, dans l'ici et le maintenant qui était alors le sien : il y a 20 siècles ! Ce sont ensuite ces bourricots de papes, évêques et autres pasteurs ou puritains qui ont édictés de cet avis « une Loi pour tous, partout et pour toujours », prétextant que l'apôtre était Saint et ses écrits Parole de Dieu immuable ; tandis que, précisément, de l'apôtre il fallait comprendre qu'il n'avait fait qu'écrire une lettre particulière !
Soit donc, à nous aussi d'écrire nos lettres ; de jauger notre temps et notre époque ; d'entendre et de comprendre l'homme particulier dans notre culture et notre environnement particulier. Et d'écrire une lettre… inspirée ! …si nous le pouvons. Et quand bien même notre réponse différerait de la réponse que donnait Paul il y a 20 siècles dans la situation où lui se trouvait, qu'importe ! Ce qui compte, c'est d'entendre ce que l'Esprit dit, car Il ne dit pas la même chose à Philadelphie qu'à Éphèse (cf. apo 2-3). Philadelphie étant Philadelphie qui se trouve à Philadelphie, et Éphèse étant Éphèse qui se trouve à Éphèse. Et heureusement que l'Esprit ne dit pas la même chose à tous, partout et pour toujours. Heureusement qu'Il a le sens de l'espace, du temps et de l'Individu. Heureusement pour l'identité de chaque-Un, pour l'espace et le temps qui est propre à chaque-Un.
Maintenant si d'autres croient que l'Esprit n'a pas le courage d'écrire ses propres lettres, jour après jour ; s'ils pensent que l'Esprit est un lâche, comme eux, qu'Il se cache derrière le travail d'un autre… il y a 20 siècles ! C'est leur problème ; non pas le nôtre. Ils peuvent en effet se tourner vers les bourricots de l'ekklésia. Nous savons que les anges parlent au bourricots, l'Écriture en témoigne, ayant ainsi égard aux prophètes faibles, ceux-là mêmes qui sont soumis à l'esprit universel, à cet esprit qui conduit les hommes en masse, leur édictant des lois pour tous et pour toujours. Cet esprit qui décréta un jour, que partout et pour toujours les femmes adultères devaient être lapidées. Cet esprit que le Christ offensa directement lorsqu'il dit à une femme adultère : « Moi, je ne te condamne pas ! Car j'ai quelque chose d'autre à te dire ; j'ai une lettre pour toi en particulier, et je l'écrirai avec mon propre sang. »
Pour ce qui me concerne, je n'arrive plus à lire le texte ainsi que tu sembles le faire Stéphane. Et j'en reviens encore au Sola Fide de Chestov. Tout comme Chestov remarque qu'il a existé un Luther prophète et un Luther réformateur, je crois que toute vraie révélation tend ainsi et inévitablement à se diviser en 2 expressions qui finissent ensuite, dans un temps plus ou moins lointain, par s'opposer totalement, devenant deux réels ennemis. Que signifie ?
En somme, lorsque Dieu se révèle dans notre réalité, lorsqu'il s'incarne même littéralement de chair et de sang, il ne le fait que dans Une situation donnée ; que dans Un instant donné ; que dans Un espace et Un temps particulier ; que dans Un Individu. De là le Christ : il s'oppose à l'Église, à la nation, au peuple, au dogme, etc. À toute entité qui, dès l'instant où elle affirme que sa généralité est la vérité, dès l'instant où elle prétend incarner corporellement la vérité, elle se doit obligatoirement de soumettre l'incarnation individuelle à son autorité, et de fait, elle crucifie le Christ. Le général tue l'existence individuelle dans sa finalité. Elle fait de la vérité une sorte de fantôme où chacun n'est qu'un clone, une cellule représentant d'un corps monstrueux ; un corps qui unit tout et tous, en Lui, dans une plénitude égotiste, et hors duquel aucune cellule du corps n'a pas droit d'exister. C'est la fusion, l'abolition des particularismes au nom de la sainte Unité. Une unité qui a échoué. Parce que ne pouvant concevoir l'Unité avec la Liberté absolue, elle sacrifie la liberté. C'est le propre de la mort en définitive.
À contrario, c'est le propre de Dieu de “ne pas être la vérité pour tous, partout et toujours”, mais de vouloir et d'avoir le pouvoir “d'être pour chaque-Un, dans son partout et dans son toujours : la vérité”. C'est tout simplement la différence entre le divin et le diabolique. Le diabolique s'impose comme la vérité universelle ; le divin se propose comme la vérité existentielle.
Il s'ensuit que La Vérité universelle dans laquelle Tous les êtres doivent vivre s'opposera toujours à l'idée d'un autre univers qui lui aussi prétendra être La Vérité de l'univers dans lequel Tous les êtres doivent vivre. Tandis que lorsque La Vérité s'incarne dans l'individu, de façon existentielle, propre à lui et à lui-seul, ayant un nom qui lui est unique et une particularité qui lui est singulière… La vérité devient alors l'Univers de cet individu : son Royaume en quelque sorte. Or, si deux Univers existentiels de ce type se rencontrent, étant tous deux animés par le même esprit de liberté de l'Être, tous deux étant passionnés par l'Être dont ils sont une incarnation, une animation, ils s'aimeront tant ils verront en l'autre âme devenue spirituelle une autre expression particulière de la même paternité ; du même Père qui finalement les unit, précisément parce qu'il leur donne en particulier et en eux-mêmes l'infini des possibles d'Être ce qu'ils veulent être. Pour le dire en deux mots : Dieu est un homme, non l'homme terrestre, mais cet autre homme né de la mort de ce premier homme, de ce premier Adam : Dieu est le Fils de l'Homme.
Comment incarner ici-bas le Fils de l'homme ? Dans l'absolu, c'est impossible ! La seule fois où cela fut fait, ça l'a été par Dieu lui-même : par le Christ. Or, qu'a-t-il fait ? Il refusa de régner, c'est-à-dire de devenir une vérité universelle, pour tous, partout et pour toujours. Il refusa d'être un Temple religieux qu'incarnerait un peuple, une nation d'élus, soumis à un ordre de dogmes infaillibles : il refusa d'être une Eglise. Mais il voulut être un temple individuel et particulier, en chaque-Un. Une telle offense à la vérité terrestre le conduisit donc à la condamnation : précisément ce qu'il voulu. Car en ressuscitant, il offre ainsi à l'homme de Le trouver dans l'invisible, dans l'incognito de l'Être ressuscité, c'est-à-drie dans la foi seule. Et en le trouvant, l'individu commence à se trouver, il a un avant-goût de ce qu'il n'est pas (adam le terreux), et de ce qu'il sera (un fils de l'homme), et cela, dans un continuel va-et-vient de morts et de résurrections existentielles personnelles ici-bas, mais dans l'espérance de la Résurrection finale.
Ainsi échappe-t-on à la vérité terrestre, à la vérité générale de cet homme inaccompli, de cet homme encore raté ici-bas. La vérité qu'est le Christ offre donc à celui qui l'aime, d'effleurer pour lui-même, ce qu'il sera lorsque lui aussi ressuscitera et deviendra la vérité, sa vérité : lorsqu'il entrera dans ce Royaume. La vérité est donc bien un chemin et ce chemin est particulier, unique et propre à chacun. Et c'est ici qu'est le risque. Le risque que cette vérité prophétique se mue en son contraire. C'est-à-dire qu'une vérité terrestre et générale se saisisse de cette Révélation pour formuler une vérité qu'elle appellera une Réforme, ou un ordre nouveau. Le risque de mettre du levain dans la pâte en prenant un cas particulier, un cheminant ici et maintenant (la vérité prophétique), pour en faire une maître-vérité, une règle universelle pour le cheminement et le cas de tous, partout et pour toujours (la vérité générale).
C'est ce risque que tu perçois dans la lecture de Paul. Car entre l'absolu dont témoigne Paul dans sa théologie et cet absolu confronté à la réalité et aux cas particuliers ; là se creuse le commencement d'un gouffre. C'est le grand écart devant lequel nous sommes tous continuellement confrontés : faire d'un cas et d'un cheminement particulier, et d'un jugement de ce cas, une vérité et un antécédent « judiciaire » pour tous, partout et pour toujours : subvertir.
Par exemple, observe aujourd'hui le cas du « mariage pour tous » dont il est question de faire voter une loi au Parlement. Nous voyons le christianisme rougir et s'étouffer d'une telle éventualité. Pourquoi ? Parce qu'il lit l'éventualité de cette loi au travers d'un texte dogmatique « chrétien » qui a été formulé dans une autre culture, une autre époque, et qui, dans le lieu et l'espace de son cheminement d'alors, confronté à une telle éventualité, aurait effectivement pété un plomb. Le christianisme lit donc le réel en reculant, sans tenir compte que le chemin s'est totalement métamorphosé et qu'il n'a plus à faire aux mêmes hommes. Il est donc en échec de réponses parce qu'il n'entend plus l'homme moderne, parce qu'il entend cet homme avec des sous-titres qu'il insère lui-même venant d'un homme se trouvant sur un autre chemin, et pensant que les repères de cet autre chemin sont lois pour toujours et pour aujourd'hui. Il n'entend pas de manière existentielle, mais de manière générale.
Paul est devant une situation analogue à Corinthe. Il est face à une réalité toute nouvelle qui le remet totalement en question. D'abord dans son pouvoir d'adaptation, mais surtout dans sa conception de Dieu. Lui, sortant d'une organisation communautaire juive où Dieu et l'impératif d'une loi immuable sont un, il se retrouve, d'une part, face à une communauté qui elle est toute emprunte d'un tout autre héritage moral et communautaire, mais surtout, il doit porter le témoignage d'une vérité divine nouvelle qui privilégie l'être à la communauté, qui rend supérieur le cheminement de l'être par rapport aux repères éternels balisant un chemin général. Un Dieu qui ne considère plus la loi comme vérité, mais qui considère l'être comme vérité. Un Dieu capable donc de s'adapter à outrance afin, non de me soumettre extérieurement par une loi, mais de me convaincre intérieurement dans Ma relation intime avec Lui, et dans Mon temps avec Lui. Un Père capable de dire, concernant un même fait et un même acte, au Juif : « Ceci est une abomination, je brise avec toi l'alliance » ; et au Grec : « Je n'approuve pas, mais je ne te condamne pas, je ne brise pas mon amour et le lien que j'ai avec toi. Ce qui importe est que nous continuions de cheminer ensemble, et au temps convenable tu trouveras la force pour régler cela. »
C'est ainsi que je lis Paul, avec beaucoup d'indulgence, notamment dans ce contexte si difficile où il fallait se distinguer du judaïsme et de sa force historique tellement emprunte d'héritages spirituels. Paul ne s'en est pas mal tiré me semble-t-il, car sa théologie m'importe plus, c'est elle qui constitue véritablement un héritage. Quant à son vécu, à ces grands écarts qu'il du parfois faire, je pense que celui qui s'appuie dessus pour fomenter quelques dogmes ekklésiastiques infaillibles, c'est probablement parce que la théologie de Paul lui est impossible à mettre en pratique, aussi préfère-t-il créer un Paul-réformateur et ne plus voir ce Paul-prophète qui scandait : « par la foi seule ».
À celui donc qui veut m'obliger, m'imposer l'autorité d'une règle générale pour tous à laquelle il se soumet lui-même, je répondrai, qu'il soit le pape, le pasteur ou l'épicier : « Mon chemin n'est pas ton chemin, comme ma chair n'est pas ta chair. Et en cette confusion, que Dieu me préserve de tomber. Sache donc que ce que tu appelles une règle est peut-être pour moi un état charnel où je juge ta soumission comme un manque de liberté ; et sache aussi que ce que tu appelles péché chez moi est peut-être une liberté dont tu n'as pas accès tant tu es encore trop enfant pour chevaucher ce don céleste. Avant de juger, interroge-toi, regarde donc si la paille que tu vois dans mon œil n'est pas simplement la métaphore d'une poutre dans le tien, la poutre d'un manque de liberté, mais que tu refuses de voir. La règle et l'ordre de Dieu sont donc celui-là : sois patient envers mon être comme je me dois de l'être avec le tien, ainsi que Dieu l'est avec toi comme avec moi. Et ne t'offenses pas trop vite de ma liberté, car en jugeant hâtivement, nous risquons de voir large ce qui est étroit, et inversement. Nous sommes, et l'un et l'autre, loin d'être le fils de l'homme vers lequel nous cheminons, selon les forces données à chaque-un de nous et en particulier.
"Ils" m'ont fait ouvrir une boite de pandore...et je n'arrive toujours pas a la refermer....c'est proprement diabolique.
…d'autant, comme je te l'ai dit mille et une fois, tu es tout concentré sur cette boîte : ce qui fait ton son bonheur tant elle aime attirer l'attention. Ne plus se focaliser dessus, c'est déjà la décentrer. Puis envisager un autre centre d'attention, c'est commencer à la voir s'évanouir… mais petit à petit, car il n'y a pas de solutions magiques. La solution magique, c'est précisément le remède que te préconise cette boîte et ses prédicateurs.
De quoi les européens devraient avoir peur selon moi ? De cette paranoïa envers le musulman, si bien enrobée d'un mauvais nationalisme et d'une propagande pour nigauds — non seulement elle pousse précisément à l'extrémisme, d'un côté comme de l'autre, mais je crois surtout qu'elle vise bien autre chose… hélas.
Ça va que je te connais Thamis, et que je pèse ta situation personnelle, ceci me permettant de prendre du recul devant ton insistance à diaboliser l'Islam. De cette insistance apeurée, tu n'en as justement pas besoin. À qui cela profite-t-il ? Pas à toi, c'est certain, mais contre toi. Tu ne vises pas la bonne cible tandis que d'autres dansent la gigue à te voir t'enfoncer dans cette peur excessive.
Si donc ce n'était toi, je serais bien plus sévère dans mes propos après avoir patiemment et abondamment argumenté. ![]()
Ouvrir sa Bible puis lancer que « le communisme a duré près de 70 ans avant sa chute », voilà bien une lecture infantile de l'Histoire. C'est somme toute une façon très moderne de s'accaparer les savoirs, dans le style de la toute-suffisance de l'homme moderne, estimant que très peu d'études et de temps suffisent pour embrasser la vérité historique et la vérité en général.
Une manière de lire l'Histoire que ne cesse de chantonner l'évangélique américain moyen, et avec lui cet Européen américanisé qui entend les commentateurs bibliques outre-Atlantique tel le son de la trompette prophétique. Cet Européen mal dans sa peau d'Européen est dès lors certain que notre continent est dépourvu du son de la trompette. C'est un état d'esprit où se mêlent donc un fond d'intégrisme religieux et une sorte de survol des savoirs à la Widipédia fort inquiétant. On prétend avoir quasiment clôt la synthèse des données du savoir ; et on prétend surtout avoir une vue presque définitive de la prophétie biblique. Il n'y aurait à découvrir que de moindres détails : comme si « plus rien ne puisse être étonnant de la part de Dieu » dirait Jérémie. Mais surtout, on force à tout prix la réalité pour qu'elle coïncide à une certaine lecture biblique qu'on a croit lumineuse. Alors, on vient coller ses 70 ans de communisme historique, ravi d'avoir pu adjoindre ainsi la référence aux déportations babyloniennes à l'époque de Jérémie, de sorte qu'on croit être ici déceleur d'un mystère spirituel.
Comme l'explique un exégète biblique protestant : « Platon, Hésiode, Euhémeros, Diodore de Sicile, Strabon, Horace… attribuent à des peuplades lointaines la préservation d'un « communisme » économique originaire des débuts de l'humanité. […] Philon et Flavius Josèphe rendent plausibles des groupes de convivialité économique dans la Palestine des années 30. » — Les communautés de Qumrân étaient probablement de ce type-là où la communauté recherchait une sorte d'état idyllique des origines. Bref, l'idéal communautaire et communiste est vieux comme le monde, telle l'utopie d'un âge d'or où la propriété privée est soupçonnée d'inégalité et d'égoïsme. Et paradoxalement, c'est vers cela que tend l'organisation d'un certain mondialisme, de cet universalisme plein d'œcuménisme que porte le modernisme aujourd'hui. Un « vivre ensemble où la qualité de vie s'attache à établir de l'égalité ». On met en place une administration du partage des ressources ; le droit à la liberté d'expression justifie tous les procès en homophobie et autres phobies ; les traditions archaïques sont protégées au nom de la sainte Culture, etc., etc. Bref… l'exégète biblique dont je parle plus haut reprend très justement l'expression de Troeltsch du Liebeskomminismus : le communisme d'amour.
Le monde qui se bâtit sous nos yeux est tout mêlé de ce « communisme d'amour », de sorte que si le communisme politique semble avoir disparu, c'est pour mieux dissimuler son esprit qui a gagné en vigueur. Et si ces juniors chrétiens qui pensent décrypter l'Histoire et faire le parallèle avec la Bible étaient un peu inspirés, ils verraient combien les totalitarismes du 20e siècle ne sont précisément pas morts. Ils se sont installés et se sont ancrés dans notre réalité en se métamorphosant. Et cela, sans perdre leur esprit mais en les fortifiant. Ils se tricotent habilement dans l'habit que le moderne fabrique, leurs fils se mêlant astucieusement aux autres : avec l'écologie, la démocratie, les sciences, et avec toutes sortes de bouts de croyances butinés ici et là. Celle du « corps du Christ » que serait l'ekklésia en faisant partie tout en haut de la liste ; elle, dont le dogme tout entier vient chanter — aussi ! (en référence à la chanson de Fernandel) — un communisme d'amour qui croit naïvement être missionné par Dieu pour régner en ce monde visiblement et concrètement. À ce titre, le petit Nicolas dont tu me parles Thamis devrait lire La métamorphose du bourgeois de Jacques Ellul, car s'il ne peut que revendiquer d'habiter dans la ville d'Ellul, habiter dans la ville d'un prophète ne fait pas de lui un prophète, et je crains qu'il n'ait jamais lu ses textes et fasse là une pirouette pour parler de ce qu'il ne connaît pas.
Quant à cet « Islam des riches Quataris qui s’accommode très bien de la technique », dis-tu, il va dans la droite ligne de cet élan démocratique où, comme j'en parle ailleurs à propos de Tocqueville, « la Démocratie moderne est pire qu'un État despotique, étant toute-puissante et partout à la fois, de sorte que vouloir arrêter la démocratie paraîtrait alors lutter contre Dieu même… ». Soit donc, cet Islam-là est le seul avenir possible de l'Islam, car il fait tels le libertaire, le féministe ou le communisme des années après-guerre ; il fait tels les gourous hindouistes auquel les Beatles, alors qu'ils écrivaient nombre de leurs chansons aux pieds de leurs yogis, virent ces derniers particulièrement apprécier les petites Anglaises qui les avaient accompagnés. Il est aussi tel ce Judaïsme qui est certain que sa Diaspora est finie, que les promesses bibliques n'ont rien d'une métaphore du Monde-à-venir, mais qu'elles doivent s'incarner très précisément dans un État démocratique… sur une terre Sacrée. — Bref… en diabolisant cet Islam-là, on lui ôte sa possibilité de réforme et on nourrit un islam intégriste précisément. Que les femmes portent donc le voile dans les rues de la vieille Europe si ça les chante ; elles le portent avec dans l'autre main un Apple iphone 5. C'est la technique qui les convertira. En tout cas, leurs progénitures à coup sûr. Elles qui se contenteront d'une culture musulmane comme il y a une culture féministe, chrétienne, communard ou je ne sais quoi. Tandis que chacune joue avec le même type de portable, va sur les mêmes chaînes de TV et vote une fois à gauche, une fois à droite.
M'enfin ! La Démocratie et sa mondialisation inévitable convetissent tout à elles tant elles sont prometteuses d'égalité, de liberté et de fraternité. Cet Islam-là n'est pas plus à craindre que l'encravaté qui va à ses cours de yoga le vendredi soir, que l'avocate féministe qui défend le droit du mariage homosexuel, que l'évangélique américain qui est certain qu'Israël doit être le corps visible d'une Nation visible… Le seul « Islam » qui résiste encore est celui qui rejette précisément cette conversion. Un « Islam » qui bascule hélas dans la violence. Et bien sûr, cet Islam au coup raide risque d'entraîner avec lui l'Islam démocratique qui se réforme ; lui qui veut se confondre dans le paysage mondialiste, chanter en chœur au sein de la Communauté Nouvelle des Citoyens du Monde, être associé à cette Communauté des anciens totalitarismes ayant mis de l'eau dans leurs vins. — Qui donc a la trompette désormais ? Celui qui proclame que cela aussi s'écroulera, que cette mondialisation aussi s'écroulera. Celui qui affirme que tout cela n'est encore qu'une métaphore. La métaphore d'un Monde qui vient, caché, mais qui ne verra le jour qu'après s'être confronté à la mort : qu'après avoir connu la Résurrection. Le Royaume des cieux seul ! tout ce qu'on y rajoute devient ce qu'on y ôte, et ce n'est qu'un mensonge. Que le mensonge sorte de la bouche de l'ekklésia avide de politique ou de fabulations journalistiques de chrétiens sincères en manque d'inspiration — il faut le condamner.
—
Si j'ai bien compris, etc.
Il semble que non précisément… ou plutôt, à l'inverse : vous avez « si bien compris » qu'il vous plaît désormais de basculer dans le cynisme, et même à deux pas du bon vieux procès d'intention et de la calomnie où l'on cherche continuellement à me conduire.
Bref… ce que dès l'origine je craignais à votre égard, s'avère exact : vous manquez de force. Je vous rappelle mon propos : « Sur ce forum, vous pouvez affirmer, contester et opposer votre manière de penser avec véhémence et sans craindre d'être policé par des « vertueux » de service. Mais en revanche, s'il existe bien une charité pour les hommes, il n'en existe pas pour les idées, aussi ne devez-vous pas craindre que vos idées soient remises en question. Quant à ceux qui s'en offusquent et prennent la fuite, c'est probablement que leurs idées manquaient de force.
Vous ne supportez pas une minuscule chiquenaude de ma part ? Et vous voulez parler de l'infini ; de l'Être infini ? Eh quoi ? croyez-vous que l'amour craint de vous bousculer ? C'est le propre de l'Amour de nous bousculer, de nous renverser, de nous faire perdre tout cap précisément ! Mais voici, vous vous prenez pour une pauvre victime qu'on frappe sur la joue dès lors où l'on vous conteste. Ne savez-vous pas que le Christ ne contesta pas lorsque l'Esprit lui présenta la croix ? Et vous, vous prétendez l'entendre ?
Oui, en effet « vous n'en avez pas assez gros sur la patate »… non pas concernant la « condition humaine et l'état lamentable de l'humanité » comme vous dites, mais concernant votre propre condition et l'état lamentable de votre personne. Car voyez-vous, je ne me considère pas missionné de la mission dont vous semblez vous être auto proclamée. Je ne me considère pas meilleur que mon prochain, et ma condition est aussi lamentable que celle de l'humanité. La différence ? Je le reconnais sincèrement, tandis que l'espérance de la résurrection me suffit pour transformer l'amertume en miel. Mais voici, en votre personne, j'ai osé bousculé un berger sucre d'orge de l'humanité ! Misère ! Je me repens, je m'agenouille et je baise humblement votre bague votre honneur. Pardonnez-moi donc… 8.(
La diversité ? Vous ne m'avez pas entendu. Si vous aimez autant que cela la diversité, en quoi la doctrine nazie ou stalinienne vous offusque donc ? Elle vous offusque pourtant… et vous avez raison. Vous voyez donc que la diversité n'est pas un problème de quantité, mais de qualité. Et vous êtes désormais dans l'impasse !
Vous êtes Grec, un beau spécimen de la logique grecque, elle qui s'est tordue dans tous les sens, tel un serpent, tel un catholique, pour unir la foi et la logique. J'aime à citer ce passage de Nietzsche : « O ces Grecs ! Ils s'entendaient à vivre : ce qui exige une manière courageuse de s'arrêter à la surface, au pli, à l'épiderme ; l'adoration de l'apparence, la croyance aux formes, aux sons, aux paroles, à l'Olympe tout entier de l'apparence ! Ces Grecs étaient superficiels — par profondeur ! » Ainsi est cette diversité que vous évoquez : superficielle. Elle est incapable de concevoir qu'un homme veuille s'attacher à Un seul référent, référent qu'il estime infini, donc précisément sans limites dans Sa diversité… Votre universalité ne supporte pas qu'Un-seul homme dise : « Je suis. Je suis le commencement et la fin, l'alpha et l'oméga. — Mais si toi, o homme ! tu estimes que Je ne suis pas, que Je ne suis pas le commencement et la fin, comment un jour pourras-tu dire ton propre “Je suis” ? Assurément, tu ne le pourras pas ! »
L'infini n'est jamais en manque de place pour que deux Êtres puissent affirmer l'un vis-à-vis de l'autre leur « Je suis. Je suis aussi mon propre infini. Je suis le commencement et la fin, l'alpha et l'oméga. » Et le faisant, ils se disent amoureusement l'un à l'autre : « Mon frère ! » — C'est pourquoi votre universalité est dictatoriale. Elle veut le monopole de l'infini. Elle interdit à chaque-Un d'exister hors d'elle, et elle clone chaque-Un sous l'apparence de ses diversités ; elle les enclôt à sa surface, dans son pli ; elle les grave sur son épiderme, là, sur sa peau naturelle et cohérente où chacun devient un tatouage inerte et indélébile. Elle est telle une musique harmonieuse et béate, et chacun y est gravé telle une note figée sur les lignes de l'harmonie Universelle… De plus, dit-elle de sa voix rauque et froide : « Malheur à quiconque briserait la ligne de ma sainte harmonie. Malheur à quiconque, par un excès de liberté, s'imagine pouvoir sortir et composer sa propre musique. Malheur au pécheur qui osent chanter son propre « Je suis ! ».
Voyons, ô homme logique, si la terre n'est qu'un seul pays comme vous dites, que fera-t-on de ceux qui veulent vivre dans un autre pays ? Les jettera-t-on en enfer ? Les accusera-ton comme vous le faites à mon égard, d'être excessif, d'être aveuglé par l'amour d'exister ? Et pourtant… chaque homme, ou plutôt chaque Fils de l'homme qui aura supporté cette folie divine, cette passion d'exister, chaque-Un d'eux sera un jour son propre pays, sa propre langue et son propre nom. C'est pourquoi l'Unité de cette multiplicité-là est inaudible à nos oreilles de chair et de sang et à notre misérable et stupide logique. Elle est totalement déraisonnable, et son chant est si joyeux, si délirant, tellement libéré des livres de solfège qu'il fait fuir la mort même, elle qui est le principe absolu de l'universalité logique ! C'est pourquoi il n'y a pas un Royaume des cieux, mais des Royaumes… et il y a des princes qu'on appellera les fils de Dieu. C'est ici qu'est l'Évangile, c'est ici qu'est la résurrection et le chant des troubadours.
bien à vous, i.o.
Tu n'as pas à t'excuser, car au moins, j'ai l'assurance que tu sauras me contester si tu remarques que je pars en eau de boudin… en outre, le sujet est difficile et je ne prétends pas y voir clairement… et justement, heureusement. Ton regard est de ce fait tout aussi intéressant que j'espère peut l'être le mien. ![]()
À l'attention d'ivsan otets […] Amicalement
Oui, nous tenons ici à liberté d'expression de manière fondamentale. Aussi êtes-vous libre de dire. Vous pouvez affirmer, contester et opposer votre manière de penser avec véhémence sans craindre d'être policé par des « vertueux » de service. Mais en revanche, s'il existe bien une charité pour les hommes, il n'en existe pas pour les idées, aussi ne devez-vous pas craindre que vos idées soient remises en question. Quand à ceux qui s'en offusquent et prennent la fuite, c'est probablement que leurs idées manquaient de force.
Je ne comprends pas pourquoi vous me reprochez de « me limiter à Jésus en tant que référence spirituelle ». Se limiter serait-il donc pour vous une histoire de quantité ? Il me semble plutôt que le nombre est le monde de la bête, pour ne pas dire de la bêtise, ainsi que le disait Kierkegaard : « Le nombre est la parodie la plus ridicule de l'idée […] mais bien entendu, bestialement, le nombre a le pouvoir. » Pourquoi ne pas aussi englober la doctrine nazie ou stalinienne dans sa recherche de la vérité, au risque d'être accusé de « se limiter » ?
Cloner les hommes ne signifie pas pour moi les limiter à une seule référence. Cela signifie pour moi les limiter tout court. Il est question de l'Infini ici. Et face à l'infini, 10 n'a pas plus de valeur que 10 milliards. Offrir aux hommes une panoplie multicolore de multiples possibilités ne résout rien, voyons ! Leur faire accroire qu'ils ont le choix parce que cette palette est multicolore et grandiloquente, bien qu'en vérité ils n'ont pas la possibilité de SORTIR de cette éventail, c'est les abuser doublement et irrémédiablement. Ils auront ici l'illusion de la liberté par l'enthousiasme d'une apparente diversité, mais ils seront en définitive de simples répliques. Des répliques de la matrice originelle, de cette palette absolue et primordiale contre laquelle toute échappatoire hors de ses limites est impossible. Ils seront absolument limités parce qu'avec l'assentiment de leur vouloir.
En revanche, si un homme m'offre, à Lui-seul, et en me référent d'abord à Lui, comme un fils le ferait avec son père ; s'il m'offre donc la perspective de devenir un jour tel que Lui, ayant moi aussi la possibilité de dire comme Lui : « Je suis l'alpha et l'oméga », je suis mon propre infini des possibles, ainsi que l'a promis le Christ à ceux qui s'attachent à Lui : « Celui qui vaincra, je le ferai asseoir avec moi sur mon trône, comme moi j’ai vaincu et me suis assis avec mon Père sur son trône » (apo 3). Si tel est le cas, je ne vois pas en quoi je limite cette personne. Le propre de son héritage étant précisément la non-limite : « rien ne vous sera impossible » disait-il (mat 17), alors qu'il affirmait ailleurs : « À Dieu tout est possible » (mat 19). Aussi, en me refusant ce droit d'avoir l'Être infini pour référent, non seulement vous me limitez, mais vous limitez ce que le Christ a dit sur lui-même.
De plus, il m'apparaît que si un tel Être promet une telle chose, une chose si extravagante, le moindre qu'il puisse faire c'est d'être victorieux de la mort ! Maître du Temps. Ainsi peut-il prétendre à me donner aussi une telle suprématie ; d'effacer ce que je veux effacer et de reprendre ce que j'aimerais rendre incorruptible : mes talents, mes richesses, mes amours… et mon corps même ! Il s'avère que si le tombeau du Christ est vide, celui de tous les maîtres spirituels est plein d'ossements. Le riche népalais Siddhartha Gautama qu'on nomme Bouddha a été dévoré par les vers comme tous les maîtres spirituels que les civilisations ont fait naître. Aussi me limitez-vous en me voulant faire retourner dans une panoplie de tombeau plein d'ossements où vaincre la mort est impossible, tandis que celui dans lequel je demeure est sans ossements et m'offre la promesse d'Exister à l'infini.
Oui, en effet « l'homme est absolument incapable de trouver son chemin spirituel », parce que ce chemin conduit au-delà de la mort. Nous savons bien que nul homme ne peut regarder la mort dans les yeux et lui faire baisser le regard. Pour cela, il faut que Celui pour qui cela est possible soit crucifié de ma propre mort, qu'il boive ma propre mort, qu'il s'identifie pleinement à mon impuissance. Qu'il vienne dans ma propre mort, me prenne par la main et me relève. Mais je suis par moi-même incapable de le rejoindre. Je suis en vérité déjà mort spirituellement, condamné irréductiblement à n'être qu'une conscience désincarnée, bien que je sois aujourd'hui vivant biologiquement.
Si pour vous « trouver son chemin spirituel » consiste à une forme d'existentialisme, ici et maintenant, il s'avère qu'effectivement vous pouvez englober tous les hommes et généraliser. Tous ont la possibilité de dire « non » à un certain conformisme pour exister selon ce qu'ils croient être leur personnalité. Mais leur « non » au conformisme, ici et maintenant, aussi puissant soit-il, ce « non » ne fera pas trembler leur mort. Le dernier des conformisme, la mort, les liera tous pareillement, qu'ils aient dit « oui », ou « non » ; qu'ils aient été des criminels ou des vertueux ; qu'ils aient bu à tous les râtelier spirituels ou non…
En outre, je ne nie pas votre rôle lorsque vous prétendez : « Il nous appartient donc d'aider les hommes à changer de cap », mais je ne revendique pas cette mission pour moi-même. Je vis sans savoir moi-même où je vais, je ne fais pas tous les jours mon lit et quand je le fais, il n'est jamais bordé. Aussi n'ai-je pas l'intention de dire à qui que ce soit quel est son cap. Je partage ce que je suis et ce que je vis, si untel sait m'entendre, il n'entendra qu'une chose : suis-le, Lui, le Nazaréen de Galilée, car lui-seul connaît ton chemin. Mais surtout, ne me suis pas !
Enfin, l'expression « je suis universel et cosmique » n'est pas une expression biblique. Vous vous trompez. Je vous invite en outre à ouvrir des discussions spécifiques si vous voulez aborder des thèmes précis. Il s'agit de ne pas nous emmêler en croisant trop hâtivement plusieurs sujets parfois délicats.
respectueusement, i.o.
Ai-je dit que « les démons n'existent pas » ? Non. Je ne l'ai pas dit et je ne le dis pas. N'ai-je pas plutôt dit la chose suivante : « La question du diabolique n'est pas de savoir s'il existe ou pas… franchement, cette question est stupide, pour ne pas dire débile ! » Tout le monde étant d'accord pour reconnaître les possibilités abominables et exécrables dans lesquelles ce monde et l'homme sont capables de tomber. Les uns traduiront ces phénomènes en parlant d'êtres spirituels libres et personnels nommés démons, et d'autres parleront de la psyché humaine, de l'éducation, de problèmes affectifs liés à la petite enfance… etc., etc. Bref, chacun vient ici avec sa solution et ses définitions, mais tous reconnaissent les états de démence du monde auxquels échappe toute emprise et dans lesquels l'homme individuel peut basculer. Tout le monde croit au mal et à l'excès de mal transformant l'homme en être in-humain et dément. De même que tout le monde croit au bien et à la surabondance du bien transformant l'homme en être sur-humain et héroïque. Tout n'est ensuite qu'une guéguerre d'idéologies plus ou moins logiques ou mystiques pour donner une explication à ce qui n'en a pas !
J'ai bien dit que : « le mensonge diabolique est de nous faire croire qu'il est ce que nous voulons qu'il soit… de nous faire croire plus précisément qu'il existe — ici et maintenant — une réponse logique qui soit définitive à la question du mal… et donc du bien. » En somme, ce que j'ai dit, et ce que j'aurais aimé qu'on eût entendu sans que je doive le dire clairement, c'est la chose suivante : chercher à expliquer et définir le mal, le diable et les démons, c'est le propre du diabolique. Et de même : chercher à expliquer le bien, les anges et dieu, cela est le propre du diabolique ; et je dirais même que les idéologies sur le bien, les anges et les dieux sont les lieux de l'excellence du diabolique, là où sa puissance est au paroxysme !
C'est pourquoi je disais enfin : « C'est tout le propos de « l'Arbre du bien et du mal » sur lequel la Bible s'ouvre. » En effet, discuter sur les démons auxquels des anges s'opposeraient, sur le diable auquel un dieu s'opposerait, ou sur le mal auquel un bien s'opposerait, etc., cela est vu comme étant précisément la racine même du mal dans l'Écriture. C'est pourquoi, enfin, l'Évangile ne comporte quasi pas d'enseignement à propos de ce qu'est ou n'est pas un démon. Il ne fait que constater un état, puis il nous montre un Homme capable de l'évacuer aussi facilement qu'on nettoie une tâche de lait ou de boue. Un Homme qui, en l'occurrence, porte toute notre attention sur un autre-monde, un monde au-delà du bien et du mal, ce qu'il appelle le Royaume des cieux. Le royaume des cieux seulement. Là où la question du bien et du mal ne se pose plus, ni même celle des démons et des anges ou de la vie et de la mort. Là où, disait l'apôtre : « Tout est à vous […] soit le monde, soit la vie, soit la mort, soit les choses présentes, soit les choses à venir. » (1 cor 3). Je le répète : « même la mort » appartiendra aux fils de l'homme, même l'oméga !
De fait, je répondais ainsi à la question de Thamis : Que des personnes réelles et bien vivantes, telles que nos proches, soient des anges et des démons, cela n'existe pas selon moi. Ce n'est là qu'une théorie parmi d'autres que porte l'Arbre de la connaissance pour tenter d'expliquer l'inexplicable : le bien et le mal, le diable et les dieux. Aussi, disais-je : « il n'y a que des hommes qui possèdent plus que d'autres les meilleures et les plus pragmatiques théories sur le bien et le mal, et qui, de ce fait, finissent par êtres possédés par elles… et par dominer le monde. » Les véritables démons sont des hommes possédés par des messages idéologiques de manière savante, c'est-à-dire de manière intégriste, là où la discussion n'est plus possible tant la preuve est flagrante — à leurs cerveaux et selon leurs expériences. Plus cette idéologie chimérique est plausible par la Science collective, plus son venin est puissant, et plus elle est vécue par l'expérience individuelle, plus elle est pathologique.
Sachant que le vocable « ange » signifie littéralement messagers, d'où « messages », il s'ensuit que le texte biblique a bien quelque chose à dire. Notre 21e siècle tant baigné de messages et de leur brouhaha devrait plus qu'aucun autre siècle écoutait une lecture fraîche de la Bible. Mais il ne le veut pas, parce qu'il faut, pour entendre autrement l'Écriture, oser réfléchir jusqu'à briser nos idéologies gréco-chrétiennes sur le méchant Démon et le gentil Ange, sur l'horrible Mal et la béatitude du Bien. Assurément, cette sorte d'envoûtement ne s'évacue qu'après bien des jeûnes d'idéologie, après bien des prières vers Celui qui dépasse toutes les idéologies (cf. mat 17). Le Christ avait encore une fois raison et nous manquons décidément de Foi, ce dont les anges et les démons sont totalement dépourvus tant ils sont plein d'obéissance et vides de liberté.
Jn 6:70 : « Jésus leur répondit : N'est-ce pas moi qui vous ai choisis, vous, les Douze ? Et l'un d'entre vous est un démon. » Suivant les traductions il est fait allusion à propos de Judas, d'un diable ou d'un démon, et au signal du Seigneur en vue de sa trahison satan entra même en ce « disciple ».
Se pourrait-il donc que, dans notre monde réel, nous soyons entourés d'anges ou de démons bien incarnés en des personnes réelles et bien "vivantes", comme nos proches ou autre ....et non des esprits éthérés.
J'ai modestement écrit un commentaire sur ce passage il y quelque temps : L'un de vous est un diable. Peut-être que sa lecture t'apportera quelques réponses et ouvertures. Quant à l'idée de prendre le texte à la lettre, c'est-à-dire de considérer que Judas fut réellement et concrètement un diable ou un démon incarné, et qu'il n'était pas réellement un homme, si ce n'est dans l'apparence et la simulation… c'est là une question qui ramène à l'un des plus gros problèmes que pose la lecture biblique. On touche ici au fait que « lire est réellement un Art », et non pas l'apprentissage d'un alphabet avec lequel on serait simplement capable de jongler. L'école ne nous apprend pas à lire, mais simplement à dessiner des mots et des phrases qui conduisent à une signification concrète : le prix de l'essence par exemple, la date d'une fête nationale ou la lecture d'un bulletin de vote et des lois républicaines.
Mais dès l'instant où les mots conduisent à des significations invisibles et non concrètes, il nous faut réapprendre à lire, c'est-à-dire à délier les mots de leurs limites alphabétiques et raisonnables : lire c'est dé-lire. Le lecteur doit délivrer le mot de son encre pour ne plus être ancré en elle. Il doit se délivrer de ce sang noir de l'encre dont est animée la raison diabolique ; il doit entendre entre les mots l'esprit qui y souffle puis hisser sa voile et rencontrer l'auteur… et de-là, entendre ce qu'il a à lui dire.
Le cas de Judas touche donc à une question biblique qui conduit à une clef, mais aussi à une fermeture irréductible dès lors où l'on ne se saisit pas de la clef, dès lors où on lit le texte comme on lit le prix de l'essence ou le kilo de poireaux : littéralement, en suivant les mots selon la logique qui les lie : « Satan_entra_dans_Judas »… sans entendre entre.
Ce qui est comique c'est qu'en ce cas précis, en lisant littéralement que Judas serait devenu l'incarnation d'un démon par une pleine possession de son être par un autre être, cette logique de lecture conduit alors à un délire, soit donc à l'apparence d'une lecture spirituelle. Mais ce délire n'est pas la conséquence d'avoir délier le texte de sa littéralité. Au contraire, c'est parce qu'on s'attache profondément à sa littéralité, à ce qu'il dit « à la lettre ». Somme toute, c'est en se noyant dans l'encre qu'on imite le mieux celui qui se délivre de l'encre de la lettre, celui qui hisse sa voile des horizons en écoutant l'esprit entre les mots. Il s'ensuit qu'être malade d'encre, être éminemment intelligent et logique, ou encore croire jusqu'à la folie que le divin est démontrable dans l'expérience purement réaliste (qu'elle soit miraculeuse ou scientifique d'ailleurs), c'est ici le déguisement le plus réussi du diabolique.
Voilà pourquoi l'évangile nous montre que les « démoniaques » voyaient le Christ au-delà de son apparence humaine. Pourquoi ? Parce qu'ils étaient logiques à l'excès, pragmatiques jusqu'au simplisme le plus naïf. Pour eux, un homme qui marche sur l'eau et guérit un aveugle par une simple parole est automatiquement un fils de Dieu… il n'y a plus aucun doute à avoir devant les lois de cette logique, et la foi n'est plus nécessaire lorsque la raison se mêle ici de démontrer Dieu. C'est le même schéma de pensée qui anime les faiseurs de miracles ekklésiatiques, ceux-là mêmes qui diront au Christ : « n’avons-nous pas fait beaucoup de miracles par ton nom ? », et à qui il répondra : « Je ne vous ai jamais connus; écartez-vous de moi… » (mat 7) La différence entre eux et un démoniaque du NT tient au fait de l'éducation morale et intellectuelle, ainsi qu'à un certain équilibre psychique. Ce qui les rend beaucoup plus… démoniaques ! Nul besoin de croire, il suffit de voir, tel est le slogan du diabolique encravaté derrière le micro de ses belles conventions religieuses.
Depuis le temps où nous échangeons, tu connais mes positions par rapport à ce qu'on appelle la démonologie. On me rétorque habituellement, avec fierté, pensant sortir là un argument magistral : « le mensonge du diable est de faire croire qu'il n'existe pas ». Ça me fait pouffer de rire parce qu'il s'avère qu'on pourrait soutenir aussi facilement l'argument inverse : « le mensonge du diable est de faire croire qu'il existe réellement, c'est-à-dire qu'il est un être personnel ». La question du diabolique n'est pas de savoir s'il existe ou pas… franchement, cette question est stupide pour ne pas dire débile ! Même le plus grand athée du monde, en manque de superlatif dans sa langue maternelle, dira qu'un homme qui éventre une femme enceinte commet un acte diabolique. Et n'importe quel homme intelligent se doit de reconnaître que l'humain possède en lui une telle cruauté qu'en s'y livrant il quitte sa nature humaine pour rejoindre une nature inhumaine. Mais pour l'un, cette inhumanité est le fait d'un démon, d'un être spirituel qui le possède ; tandis que pour l'autre elle s'enracine dans un désordre psychique, un manque d'éducation, d'encadrement affectif, etc., etc.
M'enfin, le mensonge du diabolique n'est pas de faire croire qu'il n'existe pas, ou de faire croire qu'il serait un être réel ayant lui aussi le libre arbitre — Le mensonge du diabolique, ou du mal, si tu préfères, il est bien plus fin et subtil que cela : c'est de te faire croire qu'il est ce que tu veux qu'il soit. Bien plus encore : le mensonge diabolique est de te faire croire qu'il existe une réponse logique qui soit définitive à la question du mal… et donc du bien.
C'est tout le propos de « l'Arbre du bien et du mal » sur lequel la Bible s'ouvre. Il s'agit dans cette métaphore de donner une réponse concrète au problème du Mal, et donc du Bien. Il s'agit de « bien faire ». Le diabolique est tel cet adam-ève (l'humanité) communiant avec la Nature serpentine de l'intelligence et de ses consciences ; le diabolique est un bon-homme finalement, éminemment poli et aimant. Il cherche à donner une réponse légale, mathématique et finale qui réglerait le problème du Mal et installerait à jamais le Bien en ce monde… quitte à le réincarner 10.000 fois pour l'épurer des contradictions, à te faire repasser 10.000 fois dans cette fournaise pour faire de toi un concept béat de l'homme que tu étais. Tel est le propre de diabolique ; et tel est le propre des ruses de la raison dont les hommes sont si fiers : non pas quitter l'arbre du bien et du mal, mais unir l'un et l'autre dans une harmonie atone.
Ainsi va faire Judas. Lorsqu'il décide de trahir le Christ, il le fait parce qu'il vient de compter, il vient de finir son calcul. Et quel est-il ce calcul ? Que cet homme, le Nazaréen, il n'est pas le Messie. Car le Messie de Judas est cet être qui doit assurer le victoire du Bien ici-bas et l'éradication du Mal ; un être pleinement accompli de la connaissance de l'Arbre du bien et du mal dont pourtant Dieu, dès l'origine, met en garde l'homme de son danger. Or, à cet instant du texte, le Christ court à la condamnation et la défaite, bien trop loin pour Judas de l'arbre des prudents et des intelligents. Judas se persuade alors définitivement qu'il a été illusionné. Il décide de retourner à une vision religieuse et humaine du Messie. À cet instant, il plaît à l'auteur de clore ce long processus des doutes pragmatiques de l'apôtre en disant que « le satan entra en Judas ». Qu'est-ce qui entra en lui en vérité ? La somme d'un schéma de pensées logiques longuement réfléchies dans son intériorité. La somme de calcul d'un ordre de « pensées seulement humaines, comptables, logiques… trop humaines ». Mais de diable il n'y en a pas eu. C'est Judas qui a fait apparaître le diabolique en se bâtissant une image messianique selon son pragmatisme du Bien et du Mal. Une image messianique alors nourrie de judaïsme, mais dont on voit clairement aujourd'hui qu'elle est la même vision que porte la plupart des églises depuis des siècles… Chimères d'un millénium, d'un retour du messie, d'une nation chrétienne, etc. Il est ensuite facile de diaboliser quiconque ne s'associe pas à cette « divine vision », et par conséquent de personnaliser théologiquement le diabolique.
Dans notre monde réel, nous ne sommes pas entourés d'anges ou de démons, mais de concepts du bien et du mal. De messagers (littéralement d'anges), porteurs d'idéologies du Bien et du Mal. C'est ensuite nous qui leur donnons de s'incarner dans notre réalité. Comment ? Dès l'instant où nous nous en nourrissons, d'abord en théorie, puis, avec la force de ces théories, nous essayons de transformer le monde en un monde paradisiaque. Un monde de guerres, d'injustices et de cruautés en vérité, et où le mythe de l'évolution a pris le rôle de chimère messianique. De fait n'y a-t-il pas de « personnes réelles et bien vivantes, comme nos proches, ou d'autres » qui seraient des anges et des démons. Il y a des hommes qui possèdent plus que d'autres les meilleures et les plus pragmatiques théories du bien et du mal, et qui, de ce fait, finissent par êtres possédés par elles. Ce sont les Chefs de ce monde : politiciens, humanistes, scientifiques, religieux… Ceux qu'on écoute. Quant à ceux qui possèdent très peu, voir pas du tout de théories et de codes du bien et du mal, ils sont en quelque sorte des diables ratés. Mais ce sont eux, en apparence, les plus extravagants et les plus bruyants, c'est pourquoi nous croyons que la prostituée est démoniaque et que le pape serait divin ! Pour le Christ, c'est le contraire ; nombre de prostitués verront les portes du monde à venir s'ouvrir avant les papes, les bouddhas et autres puritains lavés au savon d'Alep.
Est-ce que Judas finit par voir cela ? On ne le sait, le texte semblant plutôt faire échos à une certaine « légende » du suicide à propos de l'apôtre. Quoi qu'il en soit, au regard du Christ, le bien n'est pas le bien parce qu'il est le bien sur l'échelle du bien et du mal. En termes biologiques et raisonnables, ce que Dieu veut est le bien, et ce qu'il ne veut pas est le mal… le bien d'hier pouvant devenir ainsi le mal de demain. Et il a plu à Dieu de vouloir que l'homme aussi, un jour, ne se nourrisse plus et n'obéisse plus aux idéologies éternelles du bien et du mal, mais que, comme Lui, les fils de l'homme, par une simple parole, leur commandent selon ce qu'ils veulent. De sorte que « rien ne leur sera impossible ». Pas plus que 2 et 2 fassent 100, pas plus que de se sacrifier jusqu'à la mort pour ceux qu'ils aiment. D'aller jusque dans leurs morts pour l'annihiler et pour les ressusciter avec eux dans un monde Autre et Ailleurs. Ainsi a fait le Christ, hors et au-dessus de tous les calculs que l'homme savant fomente du haut de son intelligence tout-puissante.
Mais en traçant de grandes lignes rudimentaires, l'islamisme salafiste ou celui des frères musulmans qui monte un peu partout façon "nazisme" ou "communisme", n'est-il pas un générateur d'ambiance provoqué en vue de l'obtention d'un "chaos" en Europe de manière a installer un "ordo" que tu annonce, une chape de plomb ? D'ou "ordo ab chaos"....
Je n'ai pas l'impression d'avoir dit que je considérais l'islamisme tel : « un mouvement qui monte un peu partout façon "nazisme" ou "communisme"… générant une ambiance de chaos, et cela de manière à obtenir en contrepartie un ordre rigide… ». Si mes propos laissent cela à penser, je le regrette car ce n'est pas ce que je vois.
C'est même tout le contraire. Ce qui « monte un peu partout, façon "nazisme" ou "communisme" », comme tu dis, c'est, selon moi, ce mondialisme qui sous nos yeux tend à tout uniformiser dans un même schéma de pensée, tant politique que scientifique et technique, intellectuel et religieux. Mondialisme, universalisme, œcuménisme, etc., appelons cela comme l'on veut, mais il m'apparaît que le 20e siècle a déjà connu 2 grandes tentatives de cette universalisation du collectif humain. Ces 2 élans — chacun selon sa méthode — ont voulu former, par la force d'une administration technicienne policée et armée, la race humaine en une harmonie parfaite, cherchant à faire d'elle un ensemble « Un » du corpus humain. En réalité, ils cherchaient à bâtir une sorte d'ekklsia parfaite où « tout le corps, bien coordonné, forme un solide assemblage et tire son accroissement selon la force qui convient à chacune de ses parties, s’édifiant ainsi lui-même dans » une subversion de l'amour et de la paix (voir éph. 4.16). Ces 2 formes furent le nazisme et le communisme et ils étaient finalement « prophétiques ». Ils étaient dans la droite ligne de la pensée « évolutionniste » moderne vers laquelle tend la raison humaine. L'évolutionnisme étant une forme de de totalitarisme total où l'apogée de l'humanité est dans son unité parfaite, harmonieuse. Là où tout, tous, partout et toujours obéissent aux lois de la sainte raison et de l'éthique que des gourous « Bac + X » dispensent au travers de leurs prophètes que sont les médias. C'est pourquoi ces 2 universalismes hitlériens et staliniens furent si populaires.
Pourquoi ont-ils échoué ? Parce qu'ils étaient trop adolescents, trop fiévreux, trop peu subtils. Mais la Démocratie a depuis appris de ses fautes de jeunesse ! Elle a grandi et tend désormais à s'imposer comme le plus grand totalitarisme que l'humanité ait « rêvé » dans sa boulimie de sécurité et de paix. Sa force étant de s'imposer telle une sorte de solution politico-messianique, en « sucrant la servitude » dira La Boétie, c'est-à-dire en obtenant du peuple « une servitude volontaire »… par le droit de vote par exemple. Ainsi pensait déjà Tocqueville il y a 2 siècles dans sa Démocratie en Amérique : « On découvre, en y regardant de près, que sous l'empire de la démocratie, l'arbitraire du magistrat doit être plus grand encore que dans les États despotiques. Dans les États despotiques, le souverain peut punir en un moment toutes les fautes qu'il aperçoit ; mais il ne saurait se flatter d'apercevoir toutes les fautes qu'il devrait punir. Dans les démocraties, au contraire, le souverain, en même temps qu'il est tout-puissant, est partout à la fois. » Tocqueville avait vu Big Brother bien avant George Orwell qui était finalement bien en retard !!! De sorte, finit par dire Toqueville que : « vouloir arrêter la démocratie paraîtrait alors lutter contre Dieu même… ».
Or, dans cet élan totalitaire maintenant adulte, toutes les religions ont été depuis longtemps gagnées et convaincues à y participer. Je rappelle en cela que l'hindouisme et le bouddhisme y sont naturellement ancrés, leur « philosophie » étant baignée de ce totalitarisme à la racine même de ses « sagesses ». Cela fait de ce courant religieux le plus machiavélique parmi les courants religieux. Son fondement étant très exactement de prêcher la paix pour, par-derrière, annihiler la liberté, abolir les diversités contradictoires que la liberté fait naître. Cette liberté et cette diversité que les curés bouddhistes nomment le péché et le mal.
Par contre, le christianisme n'y a été gagné que par subversion, lui-même étant précisément, à sa source, un refus de sacrifier la liberté à l'harmonie. Soit donc, le christianisme est une utopie. Aux dires du Christ, l'espérance de la résurrection étant l'accès à la liberté la plus absolue, mais qui, de façon déraisonnable, parvient à exister et faire vivre une Unité entre les êtres qu'ils ne pourront jamais ni atteindre ni concevoir en ce monde trop raisonnable.
Concernant le judaïsme. Pourquoi a-t-il été gagné à la chimère universaliste, à cette harmonie des nations conduit sous la houlette d'un Roi-messie ? Parce qu'il reste, hélas, envoûté par sa tôrah du bien et du mal dont il ne parvient pas à rendre libre l'idée messianique. Loi rigide, gravée sur la pierre, divine, et au nom de laquelle le judaïsme crucifie le Messie à l'arbre du bien et du mal… à l'instar de tout homme raisonnable d'ailleurs, et… de l'Église elle-même, si raisonnable… plus raisonnable même que le judaïsme désormais. Cette Église qui aujourd'hui crie plus fort que tous dans la foule : « Crucifie, crucifie-le ! Crucifie ce christianisme qui se veut sans églises et ne reconnaît pas notre divinité. »
Quant à l'Islam, il convient de ne pas nier qu'il y tend lui aussi et pareillement, étant une sorte de tôrah arabe. Mais pour des raisons géopolitiques il tend trop facilement à basculer dans l'islamisme, et ce faisant reste actuellement le seul à s'opposer « politiquement » à ce joug universaliste. L'islamisme cherche à faire prévaloir un schéma archaïque — et donc « particulier » au retard de l'Histoire, parce qu'en vérité trop antique — de l'idée du collectif. Il est donc du pain béni pour l'universalisme qui monte. Il est l'ennemi parfait ! Il sert justement au mondialisme, lequel fait accroire que l'islamisme cherche à créer le chaos. C'est une peur indispensable au mondialisme et qu'il cherche audacieusement à mettre en exergue. Pourquoi ? Parce qu'ainsi s'enracine profondément, dans la tête et dans les jambes des peuples, que l'idée de l'ordre universel est le Salut de l'humanité. C'est donc le propre du dominant, c'est-à-dire du mondialisme, de faire naître cette terreur du chaos afin de mieux installer son ordre aux illusions de paix, d'amour et de libertés. Tant d'idéologies, avant l'islamisme, sont déjà passées sous le couperet de cette ruse !
Il s'ensuit que, paradoxalement et presque de façon burlesque, plus l'islamisme veut exister et plus il sert son ennemi : il lui donne des forces. La question est de savoir si l'Islam saura relever ce défi : savoir se séparer de l'Islamisme de façon radical ou s'il n'y parviendra pas et disparaîtra ainsi avec lui. That is the question… the only one actually. Je te laisse trouver la réponse car il me semble qu'elle saute aux yeux…
Je n'arrive toujours pas a partager cet "optimisme"…
Tu devrais plutôt me dire : « Je n'arrive pas à partager ton pessimisme ». Car devant ce mélange de science, thora et christo-bouddhisme, lequel est obsédé de façon intégriste par le bonheur, il faut bien se rendre à l'évidence : l'archaïsme d'un Islam non réformé n'est qu'une épée de bois face à la force nucléaire.
Je suis en réalité pessimisme au possible. — Si le danger n'était qu'un retour sous le joug d'un bon vieux religieux avec de ses morales rigides, nous ne ferions finalement qu'un pas en arrière, dans une espèce de moyen-âge où être un homme est cependant encore accepté.
Hélas, voilà ce qu'on nous fait accroire : nous serions tellement « évolués » que nous sommes devenus plus que des hommes. Et à ce titre, nous méritons désormais une société toute nouvelle. Celle-ci, avec l'homme-nouveau qui la compose, est aseptisée, scientifique et quasi inhumaine tant nous croyons avoir dépassé l'animal qui est en nous. Et bien sûr, tout y est de plus en plus encadré par d'innombrables et subtiles lois. Quant au spirituel, il y devient une sorte d'ésotérisme complexe. S'y mêlent l'interdiction absolue de dire « non », une obéissance aveugle à l'idée « évolutionniste », et la certitude que la désincarnation future de son corps, que l'état de n'être qu'une conscience, c'est ici le nivarna paradisiaque qui attendrait les justes. Ces « justes » ! ceux qui se soumettent à cette Société hygiénique, bio, savante, à ce système de primates évolués qui croient tendre vers le statut d'êtres parfaits.
Bref… rien de plus normal que ce projet infernal de société voit dans l'Islam un ennemi et fomente contre lui une propagande sévère. À notre honte, l'Islam est aujourd'hui le seul qui conteste. Certes, lorsqu'il bascule dans l'islamisme et use de violence, il est condamnable, mais il n'empêche que devenir aujourd'hui musulman est plus ou moins considéré comme une forme de contre-courant. C'est cela qui choque le chrétien, non que l'Islam conteste, mais parce ce que cette contestation met à nue l'échec du Christianisme. En effet, le christianisme ne sait plus contester et dire non. Il n'a plus de prophètes, sinon de pacotilles, des « prophètes de la paix » vantant aux hommes un système œcuménique, un mondialisme religieux bien soumis à la politique mondialiste. Quant aux anarchistes, aux vrais, c'est-à-dire aux non-violents, ils sont sans voix. Les libertaires ? n'en parlons pas, ils sont morts puisqu'ils ne parlent que de liberté sexuelle et de je ne sais quoi encore, comme si la liberté existentielle n'avait qu'une perspective ici et maintenant.
Les métaphores que certains textes prophétiques utilisent ? Je trouve franchement qu'elles s'incarnent parfaitement avec les représentations du Système technicien dans lequel nous naissons. je trouve que les tentacules de ce totalitarisme Économique sous lequel nous sommes contraints sont une des figures réelles de cette bête que l'exaltation prophétique se plaisait à dépeindre sous les traits figuratifs d'une entité monstrueuse.
Lorsqu'à 20 ans je lisais Isaac Asimov, je comprenais (peut-être tout comme lui), combien le danger à venir n'était pas dans l'obligation ou non de porter le voile ou de ne pas regarder la femme de son prochain… mais bien dans la Machine et l'excès de Connaissance. Que voit-on désormais lorsqu'on se remémore les fictions scientifiques d'auteurs tels qu'Asimov ? Eh quoi ? La réalité est en train de dépasser la fiction ! Nous sommes en plein dedans, au-delà même. Femmes et hommes montrent leur intimité pour un oui ou pour un non, se croyant en cela libres et libérés. Pendant ce temps la machine se cesse de commander les moindres détails de la société, et précisément de notre intimité. Pourtant… les gens vibrionnent de joie, telles des souris connectées à un système sans lequel ils ne peuvent être. Notre enfer s'installe de plus en plus.
Si effectivement les hommes et les femmes s'habillaient un peu plus et faisaient fermer leur gueule aux machines, et cela, pour eux-mêmes penser, pour aiguiser leurs esprits critiques, je crois, en effet, que nous convoiterions moins la femme, la voiture et l'argent de notre prochain, et nous serions un peu plus capables de nous rencontrer réellement autour d'un thé, sans craindre d'échanger honnêtement nos opinions divergentes et contradictoires. Nous lâcherions nos ordinateurs pour redevenir des hommes, pour n'être plus ces machines sexuées que nous devenons, ces monstres que nous sommes, isolés derrière nos écrans, là où nous croyons les propagandes qu'un système Moderne nous inculque subtilement, entre les idoles de la Loi, les certitudes des microscopes et des télescopes, les contes bouddhistes et l'ekklésia moribonde. L'homme moderne mérite largement le malheur qui vient sur lui. Pour moi, je ne pleurerai pas son malheur. Peut-être qu'en le rencontrant, il trouvera son salut.
Parce qu'il y a 2 Luther.
Tant que cela n'est pas saisi, on parle de Luther dans le vide. J'ai souvent évoqué cela sur ce forum, notamment en me référant au « Sola Fide » de Chestov.
Oui, tu as raison. Je disais simplement que « la voie royale » est de tendre et de saisir, si possible, un peu, que Dieu est humain et que l'humain est divin. C'est-à-dire à ne plus les séparer. Comprendre l'Homme, c'est comprendre Dieu, et comprendre Dieu, c'est comprendre l'homme. Bien sûr, cet homme-là n'est plus l'homme que nous connaissons, et ce Dieu-là n'est plus le divin que nous nous fabriquons habituellement et naturellement.
Et si l'on remplacé le mot « clémence » par « démence », c'est ainsi que je l'ai lu la première fois.
Je trouve que ton erreur de lecture est inspirée et il me semble te comprendre Stéphane.
Pour cela, le fait de ne pas te lire au premier degré ne me suffit pas cependant. Il est question de bien autre chose. En effet, quand dans sa chair, dans sa vie, dans son cheminement, alors qu'en effet « nous croyons savoir ce qui est le mieux pour nous », puis que, soudainement, Dieu s'en mêle, nous voilà « totalement bouleversés dans toutes nos perspectives et prévisions humaines ». C'est tout à fait exact. Et le bouleversement peut être tel que nous croyons être frappés de démence tandis que c'est Dieu qui agit dans nos vies. Je crois que c'est une des raisons pour lesquelles les prophètes bibliques mettaient si longtemps à oser dire ce qu'ils entendaient.
En somme, nous sommes tellement cons, tellement ensorcelés par la logique et la sécurité du raisonnable que nous voyons naturellement le diable là où est le divin… et le divin là où est le diable. Qui sait ? Si nous avions été présents physiquement il y a 2000 ans sur les terres de Palestine, nous aussi aurions peut-être dit de Jésus : « Il a un démon ». Je crois que parler de « la folie de Dieu » comme le fit Paul n'est absolument pas une formule rhétorique. Face à la « divine » raison, Dieu est vraiment fou, c'est aussi simple que cela. De là toute sa profondeur… de là son mystère… de là son : « Jusqu'à quand vous supporterai-je, gens de petite foi ! » — Misérable que je suis ! dit Ivsan.
Argument bien connu chez les détracteurs de ce christianisme qui se transforma, il est vrai, en tant que chose religieuse, en tant qu'« isme ». On fait endosser à Paul la responsabilité de ce « système » du christianisme et on croit ainsi faire sa critique tout en préservant le Christ et pouvoir ainsi lui donner l'image qu'on désire qu'il est. Pour un homme qui sert le catholicisme, le plus grand système religieux que la terre ai connu, c'est vraiment se foutre de la gueule du monde. Eh quoi ! que cherche Michel Quesnel en vérité ? À faire oublier la responsabilité du catholicisme ? À faire du pauvre catholicisme une victime de Paul ? Le « maître » universitaire pourra ainsi continuer à servir le système catholique en toute bonne conscience… et recevoir de lui les honneurs ! pff…
L'érudit Quesnel coupe dans du beurre mou. Les choses sont plus subtiles et complexes que cette synthèse un peut bébête entre Paul et Jésus. Paul a reconnu dans le Christ celui que l'AT annonçait, et il s'efforça de montrer la spiritualité de cette continuité. Il montra brillamment comment les gonds de la porte s'étaient soudainement mis en mouvement ; comment il a été possible que s'ouvrent enfin les antiques promesses, et que puisse ainsi se refermer le tutorat de la Loi.
Puis Paul, en effet, appelle le Christ, « le Seigneur ». C'est-à-dire qu'après avoir mis à plat l'AT et après avoir tourné sa page pour ouvrir celle d'une alliance fondée sur la foi seule, on le voit finalement céder devant la profondeur de la révélation qu'il embrasse. Le mystère du « Christ » devient avec lui insondable. L'action de Dieu prend une perspective enivrante devant laquelle aucun système ne tient si l'on est honnête dans sa lecture. Avec Paul, l'essentiel est de tenir jusqu'au bout le cap de la foi. Et si ceux qui le suivirent ont pris en otage ses écrits pour construire un système, il me semble impossible de tenir sur l'argumentation d'un Paul qui aurait, lui aussi, eu cette volonté.
Paul finit ignorant et sans savoir devant le mystère qui s'est ouvert devant ses yeux. En brisant la Loi, il est lui-même brisé. Il ne lui reste qu'une seule solution : mettre en exergue une nouvelle pragmatique de la foi seule, c'est-à-dire une pragmatique existentielle, le propre d'un refus des systèmes arrêtés ! Ainsi laisse-t-il tomber à terre ce relais « anti-système » pour s'exclamer : « O profondeur de la richesse, et de la sagesse, et de la connaissance de Dieu ! Que ses jugements sont impénétrables, et que ses voies sont incompréhensibles ! Car qui a connu la pensée du Seigneur, ou, qui a été son conseiller ? » (rom 11). Ceux qui ont pris ensuite son relais pour bâtir des cathédrales et des universités catholiques au service des rois, ceux-là sont responsables pour eux-mêmes. Qu'ils ne viennent pas lâchement dire à Dieu : « C'est ce Paul que tu mis auprès de moi qui m'a donné du fruit de cet arbre, qui m'a donné l'« isme » du christianisme, cela ne vient pas de nous ». Une telle attitude est à vomir et bien dans l'esprit tordu et vicieux des religieux.
C'est bien cette sorte de lâcheté qui semble motiver le petit Quesnel. Le voilà qui, en un coup de cuillère à pot, et tandis qu'il est bardé de ses titres et bien au chaud dans son Université papiste, le voilà donc qui a mieux compris et résolu que Paul l'énigme de Christ ! Je ne peux que mon réjouir pour lui. Allons-y donc pour « the Quesnel's revelation » : Jésus n'était qu'un « prophète itinérant de Galilée » et les évangiles ne nous disent que cela à son propos. À quoi bon bâtir des universités pour l'expliquer alors ? Et pourquoi ne pas en bâtir aussi une pour chaque prophète : Amos, Osée, Isaïe, Abraham, etc. ![]()
Oui, « un peu des deux ». Toutefois, il est intéressant que Paul Veyne parle des racines, car je ne pense pas que l'Europe ou la chrétienté soient des racines, mais l'un est l'autre sont les branches d'un même Arbre, d'une même racine.
L'arbre d'origine, à mon avis, c'est cette bête, ce flux historique du pouvoir ; et la prostituée, ce sont les actualités dans le temps de ce pouvoir originel. Ce sont des branches qui croissent, puis meurent pour se démultiplier en de multiples autres émanations de ce même pouvoir. L'Empire Romain laissant place à l'Empire byzantin et l'Europe, puis aux Empires des nations : britannique, allemand, russe, usa, etc, etc. Or, l'église s'est toujours associée aux pouvoirs en place et à ses politiques. C'est-à-dire qu'elle s'est liée à la prostituée, aux gouvernants, devenant en quelque sorte, elle aussi, telle une branche sur l'arbre de l'Histoire. Mais elle n'est pas selon moi la prostituée à proprement parler. Tandis que l'arbre du pouvoir porte tout et fait croître ses branches, ses empires politiques ; la prostituée est le pouvoir officiel du moment, tandis que la chrétienté n'a jamais été qu'associée à ce pouvoir : une branche seconde je dirai, sur la branche officiel du pouvoir. Une ekklésia du christianisme servante de l'ekklésia politique, et qu'il convient, par honnêteté, de distinguer, bien qu'elles soient toutes deux presque toujours inspirées des mêmes vies spirituelles.
Il y a donc bien eu influence réciproque. Mais la chrétienté a la particularité de n'être pas originée à l'arbre du pouvoir, tandis que la politique l'est naturellement. La chrétienté est née d'une origine autre. Ce n'est que par subversion qu'elle se greffe au pouvoir politique, qu'elle imite et sert la prostituée, la politique de son époque. C'est-à-dire que le christianisme reste en lui-même la possibilité d'un autre arbre, d'une autre perspective. Et lorsqu'il joue ce rôle, hélas trop rarement, lorsqu'il parle du Royaume des cieux seul, refusant le Royaume des terres, alors il redevient ce qu'il est : une racine, un arbre vis-à-vis de l'arbre du pouvoir. Il est la possibilité de sortir de la bête historique, la possibilité de se nourrir à un autre arbre.
…Mais pour nous qui connaissons l'étonnement et l'inquiétude, etc. (Donald Spoto, dans Un inconnu nommé Jésus)
« Mais pour nous qui connaissons l'étonnement et l'inquiétude, la terreur face à la souffrance ultime, à la mort et à la possibilité du néant, un Jésus pleinement humain, qui tremblait comme nous de peur, n'était jamais certain du résultat, connaissait l'affreux sentiment de l'échec — celui-ci est de notre côté, il prend totalement le parti de l'humanité. »
Je ne vois pas en quoi cela n'est pas divin ?! D'ailleurs, je ne pense pas, selon moi, que le problème soit de mettre l'accent sur la divinité du Christ plus que sur son humanité ; ou, à contrario, de mettre l'accent sur son humanité plus que sur sa divinité. Je pense que le problème est d'avoir inventé une « humanité » du Christ séparée d'une « divinité » du Christ. Eh quoi ! Il me semble que même pour Dieu, tomber dans le temps (pour reprendre la formule de Cioran), c'est un cauchemar. Même s'il l'a fait volontairement, pour nous, et non par séduction des vérités logiques.
Bernard Cottret, dans Histoire de la réforme protestante » écrit : « Luther… si nous voyons rétrospectivement en lui le protagoniste d'une rupture définitive avec l’Église médiévale, a encore un pied dans le Moyen Age. […] Luther est l'homme d'une sourde continuité : « Dieu doit être cru et non pas su », etc »
Argument classique et banal. Bernard Cottret ne voit pas qu'il y a « tout le savoir » dans la foi seule. C'est pourquoi, en effet, « Dieu doit être cru et non pas su ». Ou plutôt, c'est dans la foi seule, au-delà de la raison, qu'il est su et qu'il est connu intimement. Tandis que vouloir connaître la Vérité divine et prétendre la savoir au-delà de la foi, c'est prétendre que l'intelligence absolue est supérieure à la foi. Cette « maudite » foi qui ose désobéir et se passer de la pure logique des savants. C'est finalement proclamer que Dieu est de la logique pure et lumineuse. Ce n'est pas placer Dieu au-delà, mais en deçà de ce qu'il est. C'est le dépersonnaliser pour ne faire de lui qu'une lettre, une théorie pure, incapable de vouloir contre les vérités de la connaissance. C'est le faire redescendre à l'image de l'homme raisonnable, de l'homo sapiens, de l'explicable, du logos grec : de l'humain et trop humain.
Pauvre Bernard Cottret. Il croit, à l'instar des papes que : « la foi et la raison sont comme les deux ailes permettant à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité », (cf « Les papes », dans Akklésia). Il reprend l'argument archi-usé de l'évolution et du mythe du progrès. Et quoi ! Au nom de qui prétend-il que l'homme moderne est plus proche des dieux ? Parce qu'il a un ordinateur, un portable et qu'il fabrique des avions ? Cette logique est une diablerie parce qu'elle croit décrire la réalité divine à-venir au travers de la réalité terrestre présente. Comme si le divin pensait et voulait ainsi que pense et le veut le terrestre : selon une connaissance logique. C'est une lecture qui dit d'avance, avant même de l'avoir trouvé, que Dieu, c'est la Raison. Et si les anciens étaient précisément plus proches des dieux parce qu'ils ne savaient rien sur la fission de l'atome. Tandis que nous, ayant connu les lumières de la raison, étant ensorcelés par elle, nos yeux en ont été brûlés. Nous ne pouvons dès lors concevoir que Dieu dépasse cette puissance sinon en affirmant qu'il serait un Barbare venu du Moyen-âge.
Certes, aux yeux du terrestre et du politique, et d'un point de vue logique, les lumières de la raison sont royales. Elles permettent à l'homme de quitter les grottes du barbarisme. Mais l'homme devenu ainsi un animal intelligent n'en demeure pas moins un animal, et les lumières de la raison ont ici atteint l'impasse. L'homme n'ira pas plus loin ! Bien plus, devenu animal intelligent, il est en apparence évolué, mais il est en vérité « dévolué », ainsi que l'explique si bien Bertrand De Jouvenel : « Prendre sans comprendre. C'est le fait du Barbare. Ne comprendre que pour prendre, c'est la rationalisation de la Barbarie, et c'est l'esprit de notre civilisation. »
La foi, affirme ici Cottret, à l'instar des autres papes de l'intelligence, serait précisément là pour conduire à la connaissance, laquelle serait elle seule le grand berger du progrès des civilisations. Ces apprentis sorciers savants veulent expliquer Dieu au prisme d'une explication politique en réalité. Ils mélangent tout. Ils sont assurément plus bêtes que les hommes du Moyen âge, car eux aussi, à leur niveau, expliquaient Dieu d'un point de vue politique et réaliste. Or, si le savant d'aujourd'hui fait de même, en quoi a-t-il évolué ? Cottret est l'« homme d'une sourde continuité avec l'homme du Moyen Âge ». L'Église catholique régnait alors avec les rois ; c'est aujourd'hui l'Église de la science qui règne avec les Présidents, et cette Église-là est 1000 fois plus puissante et autoritaire.
La foi, disent-ils, serait donc une sorte d'étincelle de démarrage dans l'Histoire pour mettre en mouvement le moteur de la Connaissance sans laquelle l'évolution humaine serait impossible. C'est ainsi que l'homme antique aurait quitté ses bûches et sa cheminée pour se chauffer au nucléaire, qu'il aurait instauré le droit de vote et l'égalité des sexes. Une fois cela fait, la foi ne serait plus utile, ayant joué son rôle de précurseur, et y retourner serait faire un pas en arrière. C'est une réflexion d'ânes ! L'homme moderne devenu sans-dieux est bien plus cruel que l'homme antique qui savait encore trembler devant les dieux, précisément parce que le moderne ne tremble que devant la raison, et qu'en terme de rigidité et de totalitarisme, nul ne dépasse la raison. L'Histoire nous en donne tant de preuves qu'il faut être un scientifique obscurantiste pour le nier. Il faut dire que ces savants-là sont légion de nos jours.
Le but de Dieu n'est pas de nous chauffer au nucléaire, d'instaurer la Démocratie ou de s'occuper d'égalité des sexes, lui pour qui il n'existe ni hommes ni femmes, mais seulement des Êtres. Le but divin, ce n'est pas l'homo sapiens, pas plus que l'homo-démocratique. Son but n'est pas de mettre des barreaux à l'échelle de la prétendue évolution. Son premier but est de mettre en échec cette échelle prestigieuse. Son but est de faire sortir l'homme de cette échelle, de lui faire faire un Saut. Son but est de tuer l'homo sapiens pour en faire un homme de foi. Un homme assez fou pour croire qu'il sera un jour une autre espèce d'homme : un fils de l'homme. Cet homme-ressuscité hors de l'Histoire sera alors si puissant qu'il pourra ordonner au soleil de la raison tout ce qu'il veut. Et s'il le veut, il fera cesser à la terre sa rotation par sa seule parole.
Si les savants et les chercheurs de la réalité historique veulent étudier l'Histoire, qu'ils le fassent donc. C'est un labeur respectable. Mais s'ils veulent chercher Dieu qu'ils sachent donc que Dieu est la sortie de l'Histoire. Et il plaît à Dieu de faire sortir l'homme de ce mythe du Progrès sans raison ni justification. Seulement parce qu'il nous a aimé, et parce qu'aimer ne consent à rien d'autre qu'à se confier en l'autre, à avoir foi en l'autre. Or, il ne me semble pas qu'aimer soit une régression ! Et pourtant, aimer c'est briser l'échelle du progrès après l'avoir laissé volontairement nous tromper. Allez donc comprendre Dieu après cela ! 8.( Si tu n'as pas foi en Lui, tu ne le comprendras jamais homme savant, et avoir foi suffit pour Le comprendre. La foi seule suffit pour qu'il soit su. C'est là que vos livres, vos médailles et vos titres seront jetés au feu Messieurs les scientifiques, etc.
Il est vrai que la tentation est grande de se reposer sur des « dogmes » ou des « magistères », une sorte d'immuabilité, mais parait-t-il « Dieu ne change pas »... Aurait t'on mal compris les écritures ?
[…]
…si je n'avais pas des vu de mes yeux et entendu des miracles, ou eu certaines révélations, dans la situation dans laquelle je suis actuellement, je ne croirais plus depuis longtemps.
À propos de cette fameuse « immuabilité de Dieu » et de ce passage biblique : « Dieu ne change pas, etc. ». Il faut tout d'abord se rappeler combien cette pensée est commune à la philosophie, aux morales et à la raison, d'une part, et à toutes les divinités de toutes les religions d'autre part. En effet, qu'y a-t-il de plus immuable qu'une vérité mathématique ou morale ? Du moins, ces vérités sont justement en recherche de cette immuabilité dernière. De même que le sont les lois édictées par une divinité ; ou encore la super-puissance immuable d'un dieu qu'aucune force ne saurait remettre en question. Ces immuabilités sont pour l'homme le gage d'une stabilité et d'une sécurité absolue. Pauvres humains que nous sommes. Nous qui sommes sans cesse entraînés aux aléas des circonstances, des « soudains » et des inattendus ; sans cesse mis face à notre impuissance devant la liberté que prend la vie à nous surprendre ! N'y a-t-il pas plus grande bénédiction qu'une Vérité qui serait enfin immuable et parfaitement stable ? Et en nous unissant à Elle, nous serions dès lors délivrés de cette « maudite instabilité de la réalité ». Nous pourrions nous arrêter.
Pourtant, supposons que cette liberté que prend la vie, celle par laquelle elle est mouvante, changeante, capricieuse à créer de la différence, à nous pousser continuellement en avant de sorte que nous trouvons difficilement « un lieu où reposer notre tête »… supposons donc qu'elle soit précisément Dieu ! En quoi pourrait-on dire que Dieu est immuable et ne change pas ? Ne devrions pas plutôt dire le contraire ? Que Dieu ne cesse de changer et qu'il est instable ?
En vérité, la chose est fort simple. Tout dépend avec quelle lunette et de quel côté nous nous plaçons pour regarder ce concept d'immuabilité.
Si nous nous regardons avec le prisme de la raison, le concept d'immuabilité devient dès lors une anti-liberté, l'anti-différence, l'anti-mouvement. L'homme est ici appelé à se chosifier, à devenir une vérité éternelle semblable à ce que prétend être une vérité mathématique, morale, ou encore un dogme théologique. Il devient en réalité une sorte de ligne de code dans la Super-machine immuable que serait Dieu. Une ligne de code à laquelle la Machine-dieu aurait ôté toute possibilité de devenir, c'est-à-dire toute possibilité d'être ce qu'elle veut être : de se formuler tel un autre code. Cette immuabilité, c'est en vérité de l'impossible, c'est l'impossible pour l'homme de dire : « Je suis la vérité ». C'est l'abolition de l'homme.
Cette immuabilité-là est finalement l'anti-amour par excellence. Qu'y a-t-il de plus libre que l'amour, de plus mouvant, de plus joueur, de plus créatif, de plus excité à la différence et au nouveau que l'amour ? Car aimer ce qui est connu définitivement ; aimer une vérité qui est ce qu'elle est sans jamais être autrement, aimer ce qui est toujours le même et qui ne m'offre rien à découvrir que son immuabilité, ce n'est pas aimer un être, mais c'est aimer une chose. C'est aimer un mort ! C'est aimer une vérité raisonnable. Aimer l'Être signifie tout le contraire. C'est aimer sa liberté, son devenir, sa possibilité créative. C'est aimer aussi ce que nous, nous appelons le changement, mais ce que l'amour appelle le Jeu. Aimer suppose le mystère, et le jeu est un mystère de l'amour où l'autre, étant l'infini, est toujours à découvrir ! Or, dans ce rapport amoureux qui s'établit entre de tels êtres, il n'y a pas d'instabilité, mais une confiance absolue : l'autre m'aime. Il n'y a entre eux qu'un rapport de foi sans qu'aucune autre « vérité » ait besoin de faire l'intermédiaire pour les rassurer, il n'y a nul besoin d'un prêtre du mariage avec sa loi d'un contrat divin signé sur table de pierre.
Un tel rapport à une telle Vérité immuable, c'est pour la raison de l'instabilité même ! C'est pour elle le contraire de l'immuabilité. C'est la Vie tandis que la raison immuable exige la mort et voit en elle la béatitude de l'immuabilité. De fait, si nous regardons par le prisme divin, l'immuabilité, c'est la foi et l'amour, et c'est précisément la plus grande stabilité que l'être puisse rêver d'avoir. Je suis aimé et j'aime ; et il n'y a entre moi et l'être aimé aucune vérité immuable qui nous lie. Il n'y a pas de contrat, mais la foi seule, la confiance seule. L'expérience même de l'acte amoureux n'est pas même une preuve, pas plus que le miracle ne prouve l'amour de Dieu à mon égard. L'expérience n'est que l'expression de l'amour, non sa justification. Il n'y a ici que la foi qui justifie le rapport entre les 2 êtres, il n'y a que l'amour et seulement l'amour. Amour enraciné ainsi dans une infinie liberté, celle que je donne à l'autre tandis qu'il m'offre la même infinie liberté. Il s'ensuit que pour la raison, cette immuabilité là, c'est bâtir sur le sable, mais pour l'amour c'est bâtir sur le roc.
Aussi faut-il prendre garde au propos du Christ lorsqu'il dit : « Quiconque entend ces paroles que je dis et les met en pratique, sera semblable à un homme prudent qui a bâti sa maison sur le roc. » Ceux qui entendent ici Moïse ou Josué au travers du Christ, ceux-là recherchent bien sûr à imposer au Christ le joug d'une Loi immuable, ou celui d'expériences miraculeuses de victoire. Ainsi sont-ils fiers de bâtir sur le roc, sur une immuabilité évidente, sur des certitudes dont les preuves sont flagrantes. Le monde reçoit d'ailleurs de tels hommes, puisqu'il fonctionne sur le même prédicat. Il leur offre donc de leur bâtir des bergeries. Mais si nous entendons cette parole autrement. Si nous entendons Dieu au travers du Christ, nous refuserons alors à la Loi et à l'expérience de justifier notre rapport avec le Nazaréen. Et nous serons regardés par le religieux comme des hommes bâtissant sur le sable. Or, il s'avère que le Christ a précisément fait ainsi lorsqu'il alla sur la croix cirer son : « pourquoi ? » Aussi a-t-il voulu que la foi en Lui ne repose que sur une chose : sur son tombeau vide. Sur l'absence de preuves immuables.
C'est pourquoi Thamis, lorsque tu dis : « …si je n'avais pas vu de mes yeux et entendu des miracles, ou eu certaines révélations, dans la situation dans laquelle je suis actuellement, je ne croirais plus depuis longtemps. » Qu'en sais-tu ? Et pourquoi crois-tu encore aujourd'hui tandis que tu vis tout le contraire de cela ? Tandis que tu cries à Dieu tes : « Pourquoi ? » Tu crois précisément parce que tu es en train d'être délivré de cette immuabilité mensongère, celle que se partagent les vérités dogmatiques et les vérités des miracles sans lesquelles l'homme raisonnable ne peut croire. Tu crois en bâtissant sur le sable. Tu crois sans justifications, ta vie étant incapable de prouver ta foi. Et elle t'offre même tout le contraire d'une preuve : et pourtant tu crois. Devant la souffrance du présent, le souvenir ne suffit pas comme breuvage pour rafraîchir. Il faut avoir basculé dans une autre forme de foi : celle d'un homme mûr, ainsi que tu sembles le faire. Et ceux qui ne le font pas abandonnent généralement ici la foi ; le miel du passé n'étant jamais assez fort pour faire oublier l'amertume de l'épreuve présente. L'épreuve brise précisément l'immuabilité d'un souvenir de miel, d'une preuve, d'une révélation réaliste qu'on croyait immuable. C'est là sa mission, afin que la foi ne soit justifiée par rien. Qu'elle soit libre ! Ceux qui ont cette foi-là basculent à cet instant dans la maturité, dans l'immuabilité de la foi, même si pour la raison religieuse elle est une folie, un démon de sable.
Tu croyais auparavant comme un enfant. Et en ce temps, ceux qui t'enseignaient cette forme de foi te mentaient en t'affirmant qu'il est impossible de croire autrement, de croire sans preuves. En t'affirmant que croire doit obligatoirement être conjoint à des preuves immuables visibles, audibles, à des expériences, ou encore à des vérités dogmatiques. Peut-être voulaient-ils que tu leur ressembles et te figer avec eux dans l'enfance, dans le religieux. Or, il s'avère que les circonstances ne l'ont pas voulu. Elles t'ont poussé hors de l'enfance. Et en la quittant tu continues cependant à croire ! Tu désapprouves ainsi ce qu'on t'avait dit malhonnêtement, ce que tu buvais alors comme la vérité. Ce que tu croyais impossible est finalement arrivé : tu crois sans les preuves. Tu crois désormais comme croit un homme mûr. Tu comprends que le sable de Dieu est plus puissant que le roc des vérités éternelles, car le sable, c'est celui des tables en pierre des vérités immuables que Dieu a brisées. Il les a brisées par ce qu'il nous aime à la folie, et cette folie de l'amour est ce qui ne change pas… un amour qui ne change pas, mais qui ne cesse pourtant de nous changer, de nous mouvoir.
Excellent… si le révélation ne se fait pas chair, tout ce qui est écrit n'est bon qu'à être brûlé. C'est en cela que les propos du christ sont uniques et à nul autre pareil… que le christ lui-même est unique. Car si toutes les religions et les vérités raisonnables « détiennent » la vérité, il y a basculement total avec le Nazaréen : il est lui-même la vérité. Il ne la détient pas. Il l'est. Et pour rajouter à ce scandale, voici qu'il promet à chaque-un de devenir tel que lui : la vérité. Allez comprendre comment cela est possible ! C'est raisonnablement impossible. C'est Dieu. Il faut basculer dans la foi sans exiger qu'elle soit justifiée par la raison.
Bref… après cela, toute sacralisation d'un texte est, sinon machiavélique, au moins pathétique ; et les joyeux gais lurons ecclésiastiques qui coranisent la bible sont, sinon machiavéliques, au moins pathétiques.
Bref, Ellul se serait-il totalement planté ?
Il est vrai qu'Ellul penche assez négativement sur l'Islam pour aller. Lui aussi a un discours ayant une certaine forme de rejet de de ce dernier en le considérant telle une sorte d'ennemi public. Oui, je crois qu'il a été induit en erreur.
En outre, dans l'Espérance oubliée on le voit de plus en plus aller vers un christianisme non subverti mais caché, vers une désapprobation de l'Église, fait dont il parle lorsqu'il évoque ce qu'il appelle « la déréliction de Dieu ». Je crois qu'il était choqué et déçu par le chemin dans lequel le christianisme s'enfonçait durant l'ère moderne. En tant qu'homme ayant connu jeune l'après de la Seconde Guerre (30 ans environ), je crois qu'il avait envisagé un autre scénario pour le monde et l'église ; toutefois, la réalité l'a petit à petit poussé à parler de « la déréliction de Dieu ». C'est dans cet élan qu'on le voit aussi se tourner assez franchement vers un discours favorable à l'égard du Judaïsme, comme une sorte de seconde maison, et alors qu'en même temps il devient de plus en plus défavorable à l'égard de l'Islam. Ainsi a-t-il été proche de Bat'yeor sans vraiment voir qu'elle deviendra petit à petit trop radicale dans sa pensée.
Certes, en apparence, il est vrai que de nombreuses guerres se déroulent sous l'angle de l'Islam et que la stabilité du monde semble être mise en défaut par cette forme de pensée religieuse. Toutefois, c'est faux. Ce n'est pas l'Islam qui est à l'initiative des conflits, c'est le modernisme. En effet, celui-ci, au sortir de la Seconde Guerre, a voulu plus que jamais stabiliser le monde en « prêchant » son mode de vie et sa vision politique. La terre redonnée au peuple juif pour que naisse un État d'Israël va aussi dans cette optique. Aussi la fin du 20e siècle a-t-il poussé l'Islam, plus encore qu'avant, à entrer avec lui dans le jeu politique de l'universalisation des États. Or, pour cela, l'Islam s'est trouvé devant ses propres lacunes, son absence de Réforme et son retard concernant les libertés. Aussi est-il désormais en porte-à-faux, comme menacé de se réformer ou mourir. C'est exactement ce qui arriva à la Russie : ou elle abandonnait le communisme, ou elle mourrait avec lui. Devant cette alternative, l'Islam, bien sûr, grogne et se rebiffe, comme un animal blessé, affaibli et qui voit bien qu'il n'y a pas d'issues pour lui s'il n'obéit pas.
C'est donc bien le modernisme qui est à l'origine d'une invasion. Car nous assistons à la plus grande invasion que l'Histoire a connue ; celle du modernisme, avec sa technique d'une part, son athéisme d'autre part et son paganisme en troisième lieu, c'est-à-dire son syncrétisme et son œcuménisme. Et l'instauration d'un État israélien n'est pas étranger à cette marche de l'Histoire d'ailleurs ! L'Islam n'est pas le problème et bien plutôt la victime de cette réalité en forme de mythe du progrès et de l'évolution. Mais le propre de tout Empire est toujours de faire passer pour barbares celui qui refuse de marcher derrière le cortège du vainqueur.
Je crois qu'en terme d'« ennemis », Ellul fut visionnaire quant au système technicien qu'il critiqua abondamment. Il fut aussi prophétique quant à la « déréliction de Dieu », l'anarchisme chrétien ou encore son interprétation du texte. Mais en terme de géopolitique, il ne remarqua pas que l'Islam s'oppose en fait au système technicien, et qu'il refuse l'athéisme et le paganisme, s'accrochant au monothéisme coûte que coûte dans vision archaïque d'un certain thoranisme en fait. C'est-à-dire qu'en terme de religion, s'il y en a une qui se marie totalement avec la marche de l'Histoire, outre le christianisme dévoyé et le judaïsme, c'est le bouddhisme et l'hindouisme. Soit donc, comme d'habitude, le véritable ennemi sait faire diversion en trouvant des boucs émissaires tandis que lui, il croît dans la bonne terre en se faisant passer, en plus, pour homme de paix.
Ce que le modernisme nous prépare avec son mélange de judéo-christianisme, de système de réincarnations et de super sciences est terrible. Je préférerai encore vivre sous l'État borgne de l'Islam que sous l'aveuglement de ce mélange nucléaire : science, thora, et christo-bouddhisme. On me dira peut-être que je suis libre de quitter l'Europe. Je le sais bien ! Mais à quoi bon ? Pourquoi aller dans une maison qui s'écroule sous les coups des bâtisseurs de l'Occident ? Bientôt nous aurons là-bas les mêmes bâtisses qu'ici.
A ses yeux, l'Apocalypse constitue moins un prophétie des fins dernières qu'une récapitulation de l'Ecriture, dont le Christ ressuscité révèle le sens. Au 4e siècle, Tyconius, un Africain dont Augustin apprécie l'exégèse en propose une lecture actualisante et spirituelle. Presque tous les commentateurs postérieurs de l'Apocalypse l'utiliseront : au 6e siècle, Césaire d'Arles et Cassiodore ; au 8e siècle, Bède le Vénérable et Beatus de Liébana.
On tient toujours à « catégoriser » les Livres sous des définitions, ainsi que cela se fait pour l'AT : La Loi ; les livres historiques ; les livres de sagesse ; les psaumes ; les livres prophétiques. Et si ce réflexe convient à peu près pour l'AT, il en est tout autrement selon moi pour le NT. Je crois que le NT ne comporte qu'un « type » de Livre : l'Évangile, c'est-à-dire un heureuse nouvelle. Il y en a, selon moi, au moins 8 dans le NT : les 4 évangiles de Matthieu, Marc, Luc et Jean ; les Actes qui constituent selon moi un Évangile en propre plus que la continuité de l'Évangile de Luc ; les Lettres de Paul qui forment ensemble un Évangile ; la Lettre aux Hébreux et enfin l'Apocalypse. — Les autres écrits : pastoraux, Pierre, Jacques, 1, 2 et 3 Jean et Jude, ne me paraissent pas être assez fournis et profond pour porter le nom d'Évangile, ils correspondent plus à des informations historiques.
Chaque auteur écrit en fait son évangile, ainsi que le fait remarquer Paul : « C’est ce qui paraîtra au jour où, selon mon Évangile… […] À celui qui peut vous affermir selon mon Évangile et la prédication de Jésus-Christ, » (rom 2.16 et 16.25). Et dans la même ligne de cette pensée, le propre d'un homme de foi est finalement de « dire son évangile ». Tout suiveur du Christ, quels que soient son siècle et sa culture, ne fait en réalité que de témoigner de ce qu'il voit et comprend du Christ. Or, du fait que le Christ est caché et non révélé, qu'il est « un Dieu caché », nul ne peut avoir de Lui un Évangile sacré, c'est-à-dire une révélation qui serait telle et si parfaite de Dieu qu'elle puisse devenir incontestée et incontestable, comme gravée sur pierre pour tous, partout et pour toujours. Cette idée sur la Révélation était la pierre d'angle de l'AT avec la Loi, tandis que le Christ est venu briser cette idée.
Le propre même de l'Évangile, soit donc de la Révélation du Christ, c'est précisément d'abolir toute infaillibilité. D'abolir toute écriture sacrée qui se veut définitivement vraie. C'est de casser les tables de pierre. Le propre de l'Évangile est très exactement de séparer l'autre de soi-même. De le séparer de sa propre révélation pour « le donner » à la Rencontrer lui-même, à rencontrer lui-même le Christ : personnellement. C'est lui « apprendre à apprendre » en somme. C'est-à-dire à découvrir par lui-même la nouvelle que Dieu lui donnera, à lui, dans son intimité qui n'est pas la copie de la mienne. L'Évangile détruit dès lors toute vérité collective, rendant la vérité personnelle. « Je suis la vérité », disait le Christ. C'est ainsi que l'évangile devient particulier et existentiel. C'est là son mystère, le mystère des Noms.
Il y a autant d'évangiles qu'il y a de suiveurs du Christ. Il y en a des milliers ! Et chaque-Un, chaque homme de foi a le devoir de se placer au-delà du discours premier qu'il a entendu et par lequel il fut conduit vers le Dieu vivant. Il doit se placer au-delà, ou au moins à côté, se forgeant ainsi un discours qui lui appartient, un témoignage de la vérité qu'il devient, lui, en tant qu'être naît de la Vérité, étant désormais intime avec cette Vérité dernière : avec la personne du Christ. La vérité du Christ, c'est de faire des vérités, de faire naître des personnes particulières. Il ne s'agit pas de forger des clones soumis à un discours et une pensée unique devant laquelle tous seraient à genoux, comme ils le sont au pied du mont Sinaï, au pied de la Loi. C'est pourquoi tout homme qui ne plante pas son arbre, qui n'écrit pas son Évangile, mais répète comme un perroquet celui d'un autre, c'est un croyant en échec, immature, quand bien même il aurait la plus belle rhétorique et le plus plus brillant savoir en terme de linguistique et de théologie.
Or, qu'est-ce que l'Évangile ? Est-ce une prophétie des fins dernières ? Une récapitulation de l'Ecriture ? Oui et non. Car il est bien l'un ET l'autre, mais il est aussi plus que cela. Il est aussi la prophétie du début venant après la fin dernière, il est aussi le Royaume des cieux. Mais il est encore plus, car le Christ est plus que tout cela. C'est pourquoi l'Apocalypse fut si long à se faire accepter. L'Apocalypse récapitule l'histoire, mais annonce aussi la fin dernière, puis parle encore du monde-à-venir qui sera, et enfin parle du Christ tel qu'il sera. Or, nous savons que même après sa résurrection ceux qui l'avaient connu avaient souvent des difficultés à le reconnaître.
Eh quoi ! Qu'y a-t-il d'étonnant ? La réalité de la résurrection sera tout autre et tout à fait différente de tout ce que l'imagination ou l'intelligence théologique ou mystique peuvent concevoir. De même, le regard qu'on aura alors sur l'Histoire sera tout autre tant elle sera dévoilée. Les premiers seront alors les derniers, et certains qu'on diabolisa se verront être des inspirés, tandis que des inspirés seront honteux, etc., etc. Et quant au Christ, tous seront frappés d'étonnement devant la découverte de sa Personne tant nous sommes gonflés de préjugés. L'Apocalypse veut dire cela tant son regard est celui de la dernière vue, là, par la fenêtre ouverte d'En-Haut. Aussi ce livre est-il inspiré, et je dirai même qu'il l'est trop ! C'est pourquoi, dans un réflexe d'incompréhension, il fut, plus que tout autre écrit, tordu et dévoyé dans tous les sens. Le christianisme immature s'en est servit, pour, dans son habitude séculaire, comme le disait Chesterton, « accoucher d'un monde moderne qui reste pénétré d’idées chrétiennes devenues folles. »