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Vous n'êtes pas identifié(e).
Oui, et une vision du divin toute emprunte d'immanence, dans la pure tradition de cette diablerie de bouddhisme et d'hindouisme.
Cette histoire a certes son intérêt, mais il est toutefois impossible de la rapporter à Dieu. Bien plus, en le faisant, on tombe précisément dans le piège qu'elle dénonce. C'est-à-dire qu'on croit qu'en réunissant harmonieusement en une seule et unique perception toutes celles que les uns et les autres ont du divin, on devrait obtenir une connaissance de Dieu accomplie et parfaite. Qu'on devrait obtenir la vérité somme toute.
Rien n'est plus faux. Car lorsque les aveugles voient, ils se divisent tout autant dans la perception de l'éléphant qu'ils ont les uns et les autres. L'un voit le profit que son ivoire pourrait rapporter, l'autre le voit comme un animal utile pour la guerre, un troisième comme animal de cirque, le quatrième en fera un véhicule, et le cinquième le chassera parce qu'il détruit l'agriculture de son village, etc., etc.
Qu'ils voient l'éléphant pour le connaître ou qu'ils le touchent comme font les aveugles, les hommes n'ont de lui qu'une connaissance raisonnable, un savoir évident de l'éléphant. Soit par le toucher, soit par la vue. Ou bien encore par la science lorsque l'homme devient scientifique. Il pèse, mesure et calcule l'animal, étudie son comportement, son alimentation, ses mœurs au sein du troupeau, ses modes de reproductions, ses déplacements, sa longévité, etc. Bref, il étudie dans le détail et scientifiquement toutes les différentes perceptions pour comprendre comment elles se corroborent pour former un tout : pour former l'éléphant. Ayant ainsi disséqué, étudié et mesuré la bête sous toutes ses coutures, l'homme en déduira comme le prétendu sage de cette histoire : « Le corps de l’éléphant est un tout unique que forment toutes ses différentes parties. Et bien qu'elles paraissent parfois divergentes prises séparément, elles forment en réalité un ensemble uni et harmonieux. » Si vous traduisez cela en terme religieux, vous obtenez l'œcuménisme, c'est tout.
Rien n'est donc plus faux à propos de Dieu. Tout d'abord parce que Dieu n'est pas un corps, mais un esprit infini. Aussi est-il impossible d'emprisonner un esprit infini, infiniment libre, et infiniment mouvant à vivre sa liberté, dans une perception accomplie et définitive de son être. Il faudrait pour cela le stopper définitivement dans sa liberté. L'obliger à cesser de vivre son infini. Il faudrait figer l'infini. On aurait alors enfin une perception évidente et visible de l'être infini ; comme écrite sur table de pierre. Et on pourrait en effet dessiner un tel être, comme on dessine un éléphant, ou plutôt le décrire parfaitement dans le moindre de ses détails par une espèce de super science quantique. Cette perception scientifique serait dès lors elle-même l'infini et Dieu. Elle serait la Vérité.
Dieu serait en somme une sorte d'extraordinaire équation magique, immuable et infinie, et qui se refléterait dans la réalité ; comme dans une sorte d'ombre d'elle-même et perceptible à notre entendement. La réalité serait constituée d'une multitude d'ombres du divin, mais toutes imparfaites, parce que n'étant que des parties de la source première, telles de diverses petites équations et vérités finalement. Des vérités parfois très divergentes, même antagonistes lorsqu'on les considère séparément comme font les aveugles pour l'éléphant, bien que, si elles pouvaient rejoindre la suprême Vérité, elles redeviendraient Une et unies harmonieusement. Si vous traduisez cela en terme religieux, vous obtenez l'hindouisme, le bouddhisme, la thora juive, ou encore le tout infaillible d'un corpus doctrinaire ecclésiastique. Vous ne trouvez pas Dieu. Vous trouvez l'idée d'une unité où toutes les contradictions ont été abolies, soit donc un monde où la variété contradictoire de libertés infinies n'est plus possible.
Mais si cette histoire est totalement en décalage vis-à-vis du divin, c'est surtout parce que Dieu n'est pas soumis à l'harmonie de la raison que défend cette pathétique histoire ; et bien qu'étant déraisonnable, il n'est non plus soumis au chaos que cela suppose pour nous. Selon la perception de la raison que nous avons tous naturellement pour concevoir le divin, on peut même dire qu'il y a en Dieu disharmonie. Les aveugles connaissent finalement mieux l'éléphant lorsqu'ils parlent de lianes et de bananier. Tandis que le roi, en se moquant d'eux, bascule dans un absolutisme de l'unité. Il ôte à Dieu le paradoxe et le jeux, le forçant au sérieux du « corps unique » quasi totalitaire. Le roi est un tyran. « Je t'interdis, dit-il aux oreilles, de vivre indépendamment pour être un bananier. » Et aux pattes il lancera : « Je maudirai la première s'il lui venait l'idée d'être un arbre en affirmant sa volonté » Dans ce monde-là, l'absence d'autonomie et synonyme de béatitude, et un Dieu qui aimerait l'autre pour précisément faire en sorte qu'il devienne Un Autre, ce n'est plus là Dieu, mais le Diable.
Dans la réalité divine, dit ailleurs Chestov, toutes nos perceptions ne sont que « le bavardage et l'imagination de notre fantaisie inerte et indigente. » « La métaphysique, dit-il, est chose plus singulière, plus capricieuse, plus fantastique que ne voudrait l'intelligence contemporaine, […] et il n'est pas du tout si simple de passer du monde visible et empirique aux réalités métaphysiques. » Et si pour fabriquer un éléphant il suffit en effet d'assembler harmonieusement ensemble une grosse liane pour la trompe, des feuilles de bananier pour les oreilles, des murs pour ses flancs et des arbres pour ses pattes, il en est tout autrement de Dieu. Une telle unité est assurément l'une de nos plus fameuses erreurs.
Probablement faut-il aller au plus simple finalement. Car si demain on me disait que Dieu s'est plu à s'incarner, puis se laissa crucifier pour moi avant de ressusciter, je répondrai probablement qu'une telle chose est tellement n'importe quoi, tellement peu intelligente et encore moins métaphysique que c'est très certainement pour cela que j'estime que Dieu est ici pas loin… et même tout proche.
Voyons, M. Lenoir, si Dieu est l'âme du monde, quelle âme suis-je donc moi ? Celle du bananier ? Celle de la liane ? Serais-je donc interdit d'être aussi une âme à ses côtés comme le serait un fils ? Suis-je donc condamner à n'être qu'un bout de liane ou une banane accrochés au gros éléphant divin sans aucune autonomie propre ? Ma seule liberté étant comme celle des oreilles : remuer pour éventer le corps de ce gros pachyderme ? Eh quoi ! Dieu se serait donc sacrifier pour sauver sa queue et ses oreilles ? Ce n'est pas de l'amour cela, c'est de l'égoïsme, et votre âme du monde est bien noire M. Lenoir.
Certes, la phrase est belle, mais il y a, hélas, ce manque chez Dolto d'avouer la suite : la liberté est dans l'absolu impossible. C'est-à-dire que d'un point de vue sociologique, et même politique, voir encore psychologique à la limite (dans le cas de certains traumas), l'idée de liberté est bien sûr souvent un début d'émancipation, voir de guérison dans le cadre d'un vécu matériel et simplement psychologique, mais dans le cadre d'un projet existentiel de l'être, ce dernier se retrouve devant l'impuissance face à une liberté dont il n'a pas accès concrètement dans sa chair ou sa psychê, qu'il ne peut que concevoir, imaginer, rêver… Avoir foi en ce qu'on ne voit pas ?
C'est-à-dire que le problème de Job, c'était qu'on lui redonne ceux qui l'aimaient, ainsi que ses biens et ses joies que les circonstances avaient effacées du temps et de l'espace de sa réalité. Le problème de Job, c'est qu'il ne pouvait faire en sorte que « ce qui avait été jamais n'ai été » pour reprendre la formule de Chestov. Job n'était pas libre et tous les Dolto et Freud du monde n'auraient pu lui donner. Parce que la liberté dont parle Dolto n'est pas encore celle de Dieu, elle n'est pas celle que réclame Job. Il y a liberté et liberté ! Celle de Dieu est celle qui dépasse les possibles ici-bas de notre liberté présente, laquelle n'est dès lors qu'allégorie de celle à-venir. La liberté divine, c'est une liberté infinie ; c'est vraiment la liberté somme toute. Et c'est là que la psychologie, la politique ou la sociologie ont depuis longtemps décroché, elles usent du même mot, joli mot et envoûtant, mais je crois que c'est d'autre chose dont elles parlent en vérité.
Attention Ivsan, certain adeptes de ces icônes de la religion anglo-americaine vont te sortir le verset magique "joker", "ne touchez pas a l'oint de l’Eternel".
Je vois que tu as, comme moi, eu à faire, pour ne pas dire souffrir, de ces bouts de papier sur lesquels on écrit un verset comme pour en faire une amulette, c'est-à-dire une épée de papier. Or, tout papier est fait pour être brûlé, et d'autant plus s'il est maquillé et peinturluré pour ressembler à une véritable épée de fer forgé. Il ne faut pas hésiter à jeter le feux sur ces fausses épées. Car, n'en déplaise aux « moïses » de l'Évangile, moi, toi, lui, untel ou untel autre qui embrasse l'Évangile et aime le Christ, ce sont là tous des « oints » !
Que fait un gourou des évangiles dévoyés lorsqu'il me jette à la figure : « Ne me contredis pas, ne me touche pas, ne touche pas à l'oint de l'Éternel » ? Tout d'abord, nous savons que ce verset évoquait dans l'AT le peuple choisi, soit donc, allégoriquement, tous ceux qui ont foi en Christ. Dès lors, quiconque l'utilise contre moi suppose que je ne serais pas oint du Christ, que je n'aurais pas été choisi par Lui pour le suivre. Il suppose que lui, face à moi, détient la vérité, que lui, il suit le Christ de très près, alors que moi, parce que je le conteste et lui dit « non », je serais sous l'influence du mensonge, égaré loin de Dieu. Il juge donc ma foi en Christ, il juge l'esprit dont je suis oint pour la simple raison que je réfute ses dires. C'est une défense de lâche ! Pourquoi ? Parce que n'ayant rien à opposer à ce que je luis dis, il en appelle à l'argument d'autorité. Cet homme-là est littéralement un lâche. Il juge que l'esprit dont je suis oint est un esprit de mensonge et que sa démarche est supérieure à la mienne, pour la seule raison qu'il ne supporte pas qu'on le questionne. Qu'il en soit donc ainsi et qu'il soit jugé sur ses propres paroles, avec la même mesure dont il me mesure.
En réalité, ces énergumènes, ce qu'ils n'osent dire, c'est la suite du verset : « Ne touchez pas à mes oints, et ne faites pas de mal à mes prophètes ! » Pourquoi ? Parce que, ce qu'ils veulent, c'est qu'on les considère comme des prophètes. Mais, sachant qu'en s'auto-proclamant « prophètes », donc en citant la suite du verset pour s'identifier eux-mêmes au statut de « prophète », ils feraient tout de suite naître chez leurs auditeurs le soupçon d'êtres de faux prophètes auto-proclamés. Aussi ne citent-ils que le début du verset, sachant bien et voulant que pour eux travaille ensuite la suggestion, laquelle se fera automatiquement en l'autre lorsqu'il se dira, en lisant la suite du verset : « Waouh ! cet homme est certainement un prophète, je ferai mieux de me taire, de l'écouter et d'obéir. »
Et quand bien même serait-il véritablement un prophète ? Le « ne faites pas de mal » de la fin du verset est en somme l'interprétation du « ne touchez pas » du début. Ce qui est réfuté là, c'est d'user de violence, de la force donc. Mais il n'est nullement évoqué l'idée d'interdire de questionner, de contester dans la discussion, c'est-à-dire de communiquer. Tout au contraire, puisque toute l'Écriture nous montre que le propre des prophètes a toujours été de susciter le débat, la réflexion, de mettre en question les vérités infaillibles précisément. Or, dans cette histoire, qui donc use de violence et empêche le débat ? C'est celui qui te menace avec le : « Ne me touche pas, ne touchez pas à mes oints ». Puisqu'en usant de l'argument d'autorité, il nie le débat pour s'imposer par la force d'une autorité indiscutable. Soit donc, celui qui use d'un tel argument, c'est celui qui me fait violence. Il est donc en train de me pousser à penser : « Cet homme-là n'est peut-être pas légitime puisqu'il fait exactement ce que le verset qu'il cite dit de ne pas faire : il use de la violence par l'autorité dont il se dit oint, et il fait ainsi cesser le débat et toute discussion. »
Je crois que ceux qui ne comprennent pas qu'on puisse avoir la foi, et pourtant, parfois, ou même souvent, un certain désir à partir, soit donc une forme de propension au suicide — je crois que ceux-là n'ont jamais compris ni l'Évangile, ni Dieu.
Paul lui-même avait cette propension : « Je suis pressé des deux côtés : j’ai le désir de m’en aller et d’être avec Christ, ce qui de beaucoup est le meilleur ; mais à cause de vous il est plus nécessaire que je demeure dans la chair. » (php 1). Il y a donc ce « mais » de Paul, car il y avait dans sa vie une raison, un but, une perspective qui lui ont permis de ne pas lâcher. C'est probablement aussi cela le Christ : d'une part, donner à ceux qui veulent partir une perspective pour rester, et d'autre part, aux perlimpinpins qui aiment rester tant leurs croix est en caoutchouc, une perspective pour précisément sacrifier ce à quoi ils s'accrochent ici-bas. Bref, je crois que ces derniers reçoivent finalement le moins bon lot… à moins qu'il faille dire que les perlimpinpins à la Benny Hinn ou Joyce Meyer sont égaux à Paul, tandis qu'ils sont justement son antithèse ! De faux envoyés.
Oui, une petite discussion bien juive et bien intéressante que les ekklésias devraient noter en se frappant la poitrine. Et s'ils veulent ignorer cette réalité du « comment lire le texte et le faire vivre », c'est l'Histoire qui leur crie à la figure, car fort heureusement que certains ont LU le texte autrement que leurs théologies immuables, infaillibles, sinon, nous en serions encore au moyen âge et à dresser des bûchers. Bien que je ne doute pas que ce soit le rêve secret d'un grand nombre de la clique ecclésiastique.
En outre, il faudra bien un jour parler de cette supercherie qui veut nous faire croire que l'Hébreu est sacré. C'est dommage, car c'est bien le propos de fond d'Eisenberg ! Hélas. C'est là qu'il faut savoir discerner pour prendre « ce qui est bon à prendre », et ne pas hésiter à benner leurs conneries adjacentes, celles qu'ils veulent nous faire gober habilement et avec ruse… en faisant mine de rien !
Si le monde à venir est l'infini des possibles, je pourrai être ce que je veux ou devrai-je rester ce que je suis ? S'il me prend l'envie de devenir un cheval, je pourrai être cheval ou serai-je cantonné à être ce à quoi je ressemble maintenant.
Devenir ce que tu veux, c'est-à-dire continuer d'advenir : oui ! C'est le propre du monde-à-venir. On y entre comme y entrant le huitième jour, après avoir dépassé le septième jour, celui du jugement et de la mort, mais on ne reste pas assis là, sur un petit nuage, jouant de la harpe sur le disque rayé d'un Alléluia, tel un être définitif qui s'arrête dans un huitième jour immuable. On continue de Vivre, et de ce fait, d'advenir… manifestant ainsi la Gloire de la Vie même qui nous aura été donnée : de Dieu. Toutefois, ce n'est pas en luttant qu'on devient alors, mais naturellement. Et si l'infini est l'horizon lui-même qui se présente à l'être, la vie n'a dès lors plus d'obstacles pour s'opposer à ce que veut être l'Être nouveau. En somme, la vie, c'est l'Homme et cet homme, ou plutôt ce fils de l'homme peut dire : « Je suis la vie. » L'advenir des fils de l'homme est dans cette expansion, où, étant « de la vie », l'homme ressuscité devient un « esprit vivifiant » disait Paul ; un « esprit vivifiant » qui s'incarne d'immortalité et d'incorruptibilité.
Devenir un cheval, ou une puce, ou encore une marguerite ou une pierre. Non. Assurément non. Le propre de l'homme ressuscité est de ne plus pouvoir se « rater », traduction littérale du vocable pour « pécher ». Or, devenir une race inférieure, c'est perdre sa liberté. Dans l'exemple du cheval, c'est accepter un mors et un maître qui le selle pour le diriger. L'infini des possibles ne serait dès lors plus une réalité, et un fils de l'homme qui agirait de la sorte serait finalement en train de se nier lui-même, de s'annihiler. Il deviendrait un animal, et au mieux un animal intelligent, soit donc un homme d'ici-bas. Qu'est-ce qu'un animal, sinon un légume en mouvement ? Et qu'est-ce qu'un homme sinon un animal intelligent ? Tous sont des natures terrestres ayant des corps terrestres. Et l'homme de notre réalité est un corps terrestre par excellence. Il est de la terre modelée par le divin et en qui le divin a déposé un souffle : c'est un terreux. Devenir un animal serait de ce fait retourner en Éden, et de ce fait renouveler le geste d'Adam le terreux. Chose impossible dans le monde-à-venir.
On me dira alors : « Tout n'est donc pas possible de ce fait. » — Niet… non. Car l'impossibilité de cette déchéance est la Nature même d'un fils de l'homme, la Nature même qui lui permet de dire : « Rien ne m'est impossible, précisément parce que cette appétence à la chute dans une race inférieure m'est impossible, de par ma Nature même. »
Pourquoi les hommes-à-venir auront plus de liberté qu'Adam le terreux ? Plus de liberté que le plus libre des hommes pourrait en avoir ici-bas. Parce que, précisément, disait Augustin : « Pour être libre il ne faut pas qu'on puisse vouloir le bien et le mal, […] car si la liberté suppose le double pouvoir de vouloir le bien et le mal, Dieu n'est pas libre puisqu'il ne peut vouloir le mal. » Aussi ne faut-il pas dire que l'homme à-venir aura « plus de liberté », mais faut-il dire, avec le Christ (jn 8.36) : « Vous serez réellement libre. » Les fils de l'homme entreront dans la liberté, celle que nous avons en ce monde n'étant que la piètre et obscure ombre de celle qui vient. En sommes, nous ne sommes pas libres, et notre liberté est asservie, pour reprendre Luther. Quiconque croit un jour être venu à Dieu librement se trompe totalement : Dieu l'y a forcé. Et s'il croit encore aujourd'hui, c'est que Dieu le veut, non pas lui. Nous ne connaissons pas encore la liberté et ne savons ce que c'est, pas plus que l'amour. Nous avons Foi, parce qu'il le veut, c'est tout… et c'est suffisant cependant.
C'est pourquoi la liberté du monde-à-venir sera infiniment supérieure à celle-là même d'Adam dans son innocence. Non seulement, nous n'aurons pas la liberté de choisir entre le bien et le mal, cette liberté par laquelle nous traduisons la vie étant le propre de la chute, mais nous ne choisirons pas non plus le bien ! Nous ne connaîtrons que le « très bon », pour reprendre l'expression de Genèse 1.31 ; nous connaîtrons ce qui est au-delà du bien et du mal, et nous serons, dans notre nature même, au-delà du bien et du mal. La liberté est un feu pour la logique. Or qu'y a-t-il de plus logique que ces deux concepts opposés de bien et de mal ? L'homme de la résurrection ne ressemblera en rien à l'homme d'ici-bas qui n'en est qu'une vague allégorie. N'as-tu pas lu combien les hommes étaient incapables de reconnaître le Christ lors de sa résurrection ?
Certes… mais de cette façon on peut facilement déraper dans l'idée de stratégie. Si l'effort de communication est légitime, et indispensable ! la stratégie, par contre, devient vite pernicieuse en conduisant à des extrêmes. Pour celui qui ne veut pas entendre, tu auras beau te tortiller dans tous les sens, ou faire le poirier avec deux seaux d'eau en équilibre sur chaque pied… s'il ne veut pas, il aura toujours un prétexte pour ne pas entendre. Il essaiera d'abord le moyen honnête, en discutant, puis, au fur et à mesure où l'impasse s'approchera de lui, parallèlement, il transformera son honnêteté en malhonnêteté, jusqu'à la calomnie, l'insulte et la violence physique. Aucune stratégie ne saurait l'éviter, même le Christ n'y est pas parvenu. En ce qui me concerne, un sourire a suffi pour m'ouvrir le cœur, les paroles ne furent ensuite qu'une confirmation. Et certains ont trouvé le Christ avec des miettes (la femme grecque, syro-phénicienne, dans Marc 7 par exemple), tandis qu'à d'autres on leur a servi des festins de l'Esprit durant plusieurs années sans jamais toucher leurs cœurs. Je crois qu'il faut être simple : dire ce qu'on à à dire, faire l'effort de communiquer, c'est-à-dire de comprendre l'autre, sans se rigidifier d'une part, et sans tomber dans de fumeux compromis d'autre part, puis, cela fait, reprendre le mot d'Ézéchiel (c 3) : Quoi qu'il en soit, son sang ne me sera pas redemandé. Laissons à l'homme ce qui est à l'homme et à Dieu ce qui est à Dieu.
Dès que tu en trouves une, passe le mot… ça m'intéresse. 8)
Comment être sur d’être connu d'En Haut, les baptêmes, les exaucements de prières suffisent-ils, être « amoureux » du Christ suffit-il, comment savoir si l'on est connu ou pas finalement ?
C'est la grande question, qui est d'ailleurs plus ou moins le propos des commentaires du billet : Du disciple à l'ambassadeur. Elle est insoluble dans l'absolu. En tout cas l'est-elle pour dire de l'autre qu'il est connu ou non d'En-Haut. Pour soi-même, c'est autre chose. Je ne parle pas ici de notre conscience ( « ma conscience, certes, ne me reproche rien, mais ce n’est pas cela qui me justifie » disait Paul) ; je parle d'une intimité qu'on a au-delà de ce principe d'accusation et de récompense, au-delà, précisément, de ce qui peut me donner une preuve, au-delà de l'expérience, de la logique de sa théologie, de sa moralité, etc. Je parle de la Foi, tout simplement (non de la croyance) ; une « chose » qu'on ne peut expliquer, et dont on sent — plus ou moins, selon qu'elle est justement étouffée ou non par les preuves — l'odeur spirituelle chez l'autre. Ainsi, je crois qu'au-delà des exaucements, de la passion qu'on a pour le Christ, du « type » de christianisme auquel on adhère, de la lecture biblique qu'on a, de l'interprétation du texte qu'on donne, de sa pureté morale etc. Il me semble que « la persévérance » est le meilleur étalon. « Par votre persévérance vous sauverez vos âmes » disait le Christ. La parole de Dieu, c'est en vérité « la parole de persévérance », on retrouve cette idée dans toute la bible, et l'auteur de l'apocalypse l'évoque souvent (3.10 - 13.10). « Beaucoup de gens proclament leur bonté ; mais un homme fidèle, qui le trouvera ? » (pr 20:6) ; et ailleurs : « C’est bien, bon serviteur ; parce que tu as été fidèle… » (lu 19:17). Qu'importe, n'est-ce pas, au sein d'un couple, les exploits de l'autre, ou bien ses défauts. Ce qu'on attend, c'est qu'il soit là jusqu'à la fin, dans les pires moments, et sans jamais s'être donné à d'autres. Le reste n'est que du beurre de cacahuètes. La persévérance, c'est par elle aussi que certains premiers seront derniers, et inversement. Car certains vivent leur vie plutôt dans le beurre tandis que d'autres sont continuellement sur un tas de fumier. La persévérance prend alors une toute autre valeur dès qu'on en use pour mesurer chaque-Un, chaque cheminement ! Dans ce domaine, il me semble n'avoir aucune leçon à te donner frérot, mais bien plutôt l'inverse.
Plus d'impossible que la résurrection ?
Je comprends pas ce que tu veux dire (ou ne suis pas sûr).
C'est différent pour moi de dire qu’elle est « originée en Dieu » ou « originée dans une Parole de Dieu ».
Oui, c'est vrai que « originé dans une Parole de Dieu » est plus complet, j'ai un peu taillé à la va-vite. Je m'en excuse.
Seulement, je réitère mon propos, car dire que la Bible est « originée dans une Parole de Dieu » déclare qu'elle est inspiré de Dieu en toutes ses parties, et laisse à penser que chaque livre qui la compose sont d'égales valeurs.
Dans le contexte où Ellul polémique sur « les religions du Livre », entrer dans la comparaison des livres composant la bible n'était pas nécessaire. Mais de manière générale, oui, je suis d'accord avec toi. Il faudrait trouver une formule plus complète qui puisse synthétiser tout cela. Tu auras peut-être une idée qui te viendra. Je l'utiliserai, assurément.
J'ai aussi barré ces verset et les autres omissions depuis quelques années, mais voila les gourous "évangéliques" jouent avec des forces "magiques" qui sont particulièrement dangereuses et utilisent la bible comme une sorte de "grimoire magique".
Tout ces mouvement émergeant pronnent un retour a la loi avec a la clef les récompenses ou les malédictions de Deutéronome 28 et l’obéissance totale à "l'esprit"....mais de quel esprit s'agit t'il ?...
J'ai écouté hier un enseignement d'un de ces gourous qui monte (Allan Rich), d'entrée de jeu il annonce que Dieu se plie aux lois qu'Il a mis en place et de fait supprime en fin de compte La Liberté de Dieu.
Quel esprit ? L'esprit de la loi tout simplement, je suppose. Or, « ceux qui s’attachent aux œuvres de la loi sont sous la malédiction […] et Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi […] » (gal 3). Ne peut-on pas parler dès lors d'un esprit de malédiction, bien que l'intention de la Loi soit bonne, mais notre impuissance la rend incapable de donner ce qu'elle promet pour finalement donner son exact contraire : nous pendre haut et court.
Allan Rich, qui a un passé totalement ancré dans les pratiques occultes d'ailleurs. Comme quoi, certains ressortent de la fournaise, certes, sans être condamnés, mais, à contrario des amis de Daniel, on ne peut dire d'eux que : « …les cheveux de leur tête n’ont pas été brûlés, que leurs caleçons n’ont pas été endommagés, et que l’odeur du feu ne les a pas atteints. » (dan 3.27). Pour certains, l'expérience mystique comporte donc toujours un attrait, « ils en garde l'odeur » ; ou bien, pour repousser cette odeur, ils passent à l'extrême opposé et deviennent des ambassadeurs de la Loi dans l'ombre du légalisme.
C'est parce que tu ne lis que la formule, sans son contexte : « La Bible est originée en Dieu ». Alors qu'Ellul dit en substance : « La Bible n'est pas la Parole de Dieu, mais elle est originée en Dieu ». Et c'est dans ce contexte, dans une critique de sa sacralité que vient cette formule… ce qui est aussi mon contexte. Sinon, laisser à elle-même, en effet, je comprends ta réaction, et j'aurais les mêmes doutes. On en revient toujours à ce piège bien connu et tant utilisé par les églises : « Tirer un texte de son contexte permet d'en faire un prétexte ». Voici, pour t'aider, la partie plus complète du texte où Ellul parle de la Bible comme « originée en Dieu ». C'est dans son livre, Islam et judéo-christianisme (p. 82, aux puf) :
« La Bible n'est pas un livre dicté, c'est un livre « inspirée ». Dieu parle à un homme, et cet homme est chargé avec ses moyens, ses limitations, sa culture de traduire cette parole de Dieu et de la transmettre par écrit. Il y a donc, même si l'auteur est parfaitement fidèle, ce passage essentiel de la Parole à l'Écrit. Ce qui implique l'erreur de la formule (très protestante) qui déclare la Bible « Parole de Dieu ». Non, elle est originée dans une Parole de Dieu, et elle peut redevenir Parole de Dieu, lorsque le texte écrit est à nouveau parlé et que le Saint-Esprit vient donner à cette Parole « rediviva » [ressuscitée] le sceau de sa vérité ! Autrement dit, une fois de plus le Dieu biblique prend l'homme comme partenaire. Partenaire pour porter la Vérité que Dieu lui dit, et que l'homme est chargé d'écrire. Partenaire lorsque cette Parole de Dieu, muette tant qu'elle reste enfermée dans les pages du livre, se remet à vivre lorsqu'un homme transforme à nouveau l'écrit en Parole et devient le porteur de cette vérité (dans sa parole, mais aussi dans sa vie !). Dès lors, on comprend qu'il soit difficile de parler de deux « religions du Livre » pour rapprocher l'islam et le christianisme. »
« Infaillibilité, caractère sacré et unicité … », non. De telles formules tombent dès lors que le texte n'est pas sans erreurs, que tous les livres qui la composent ne sont pas égaux, et qu'il est nécessaire de la questionner pour la comprendre, d'être prêt à la lire « oralement », dans son temps, dans son propre cheminement existentiel, et non pas comme si elle était écrite en dogmes définitifs. En étant prêt à abandonner ce qu'hier elle me disait pour entendre ce qu'elle me dit aujourd'hui : à la rendre vivante somme toute.
Par contre, la Bible a bien un caractère particulier parmi tous les livres que l'humanité a produits, un caractère qui, selon moi, lui donne effectivement d'avoir été touchée plus qu'un autre livre par l'Esprit. « Être originé en Dieu » me paraît être un terme qui garde l'équilibre entre « sacralité » et « trop humain ». Aussi, je ne crois pas qu'il faille « détacher » l'homme de foi de la Bible, qu'il faille passer d'un extrême à l'autre. Le bouleversement que produit la découverte de certains pièges dans lesquels on est tombé « religieusement » ne doit pas entraîner à manquer de maîtrise pour tomber dans un autre extrême. Ce serait passer d'une rigidité à l'autre. Je pense qu'il faut aider l'homme de foi à se détacher d'une certaine lecture biblique, et de l'aider à comprendre que l'Esprit souffle aussi dans de nombreux autres écrits. Mais la Bible reste inégalée et inégalable, bien qu'imparfaite. C'est finalement la marque de Dieu d'user de ce qui est imparfait pour dire et conduire vers ce qui dépasse précisément cette imperfection.
Comme actuellement il y a beaucoup d’évangéliques dont le "ministère" les dogmes et doctrines reposent sur ces passages, je m'interroge.
Qu'en pensez vous ? Quel texte a été trafiqué ?
Oui, c'est là que je dis souvent que la recherche textuelle a beaucoup apporté à la foi, à la véritable foi je veux dire, celle qui se passe des preuves de l'expérience. La recherche textuelle, en contestant, par les preuves de l'évidence scientifique, les anomalies inhérentes aux texte, nous rend un grand service. Barth lui-même disait que la Bible « n'est pas exempte d'erreurs ». Ah… ! bien sûr, ça oblige les bigots obscurantistes à réfléchir. Et c'est tant mieux. Pour ce qui me concerne, il y a plus de 10 ans que j'ai barré ces versets de ma Bible, ils ne sont pas de Marc selon moi. C'est pathétiques pour tous ces gourous évangéliques, c'est risible.
C'est pourquoi il est si important, primordial de désacraliser la Bible, de la « décoraniser », mais tout en lui préservant le fait qu'elle est « originée en Dieu », pour reprendre le mot d'Ellul.
Quiconque est connu En-Haut est définitivement pardonné et n'a plus rien qui le condamne. Quand on parle de gratuité, on parle de gratuité totale dans l'Évangile. L'idée de purgatoire est une supercherie. Pour certains, leurs œuvres les suivront, pour d'autres il n'en restera rien, et ceux-là trouveront la résurrection les mains nues en quelques sorte. C'est le « au travers du feu » de Paul selon moi.
Quant à ce que j'appelle « le processus de l'être » à propos de ceux que le dogme de l'enfer condamne irrémédiablement, à l'instar de Barth, tu as vu que j'insistais sur la liberté de Dieu ; or, c'est de la liberté d'offrir sa gratuité, sa Grâce, de se révéler donc. Ce n'est pas celle d'offrir aux hommes un marchandage où ils paieraient leurs droits d'entrée après une purification par la souffrance. Aussi l'idée d'un purgatoire où l'homme aurait à payer quelque chose à Dieu reste là aussi une supercherie. La meilleure façon de se perdre c'est précisément de penser pouvoir payer ! Dieu veut offrir l'impossible, et cet impossible est accepté dans un processus de foi.
Peut-on évangéliser avec cette peur [de l'enfer] comme au moyen-âge ou en rester a l'amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ ?
Désolé pour ce texte un peu long, j'avais opté pour faire court, puis, de fil en aiguille… enfin, tu me connais, je suis bavard. Bref, concernant ta question sur le passage de Corinthiens (« au travers du feu »), peut-être que le texte que j'ai écrit à ce propos t'apportera quelques réponses : Réflexions sur 1 Cor 3. Il est certes un peu long, mais j'ai fait un pdf… si tu as une imprimante.
Concernant l'universalisme, je ne sais plus où j'ai lu de Karl Barth la citation suivante (dans un bouquin d'Ellul je crois), de mémoire donc, non au mot près : « On peut croire au salut universel, mais l'enseigner est une folie. » Il faut bien comprendre que l'universalisme tel que Barth l'aborde est axé sur le principe de la Liberté de Dieu. Et c'est ici qu'est l'argument majeur de Barth : Il est possible que la damnation éternelle soit impossible puisque Dieu est libre. De fait : affirmer qu'il est impossible de faire cesser une condamnation, soit donc la rendre obligatoirement éternelle, c'est tout simplement affirmer que Dieu s'est volontairement amputé de sa liberté, qu'il a volontairement décidé qu'une chose serait désormais pour lui impossible. Auquel cas, le péché de l'homme aurait réussi, malgré tout, à vaincre l'infinie possibilité de Dieu. Certes, Dieu serait parvenu victorieusement a sauvé certains, mais bon, il y aurait perdu une jambe, ou un bras. Aussi faut-il s'attendre à rencontrer un Dieu unijambiste dans le royaume des cieux. De même, le « rien ne vous sera impossible » du Christ doit être modéré et rectifié ainsi : « rien ne vous sera impossible… sauf de sortir de l'enfer ceux qui y sont enfermés ! » Le Christ aurait-il manqué soudainement de révélation pour extrapoler un infini des possibles qui ne l'est pas en vérité ?
Bien entendu, on peut user du texte biblique assez facilement pour défendre la damnation éternelle. Sur le plan de la Raison, c'est donc une bataille sans fin entre les deux camps. Toutefois, faut-il lire le texte avec raison ? Et est-ce qu'on sait le lire ? Pour ce qui me concerne, après plusieurs années ekklésiastiques, après avoir lu et abondamment étudié les théologies traditionnelles que l'ekklésia tire de l'Écriture, des pères de l'Église jusqu'aux doctrines les plus modernes, je me suis retrouvé coincé, dans l'impasse, désespéré, au bord de la rupture. J'étais incapable de démêler le pourquoi et le comment, le vrai du faux, la révélation de la spéculation, tant les auteurs étaient éclairés là, et par ailleurs totalement à la ramasse.
J'ai dans un premier temps jeté avec violence ma Bible à la corbeille, et j'étais tout prêt, comme on dit, à jeter l'eau du bain, l'ekklésia, la théologie, la morale…, avec le bébé, la foi en Christ ! Ce fut pour moi une porte absolument imprévisible et invisible qui s'ouvrit lorsque je compris que je ne savais pas lire. Vraiment pas. Je n'avais en vérité jamais lu la Bible, je n'avais jamais entendu le Christ. Tout ce qui me rattachait à Lui n'avait été finalement qu'un premier geste de cœur durant lequel je m'étais jeté dans ses bras, mais pour ensuite ne trouver qu'un succédané du Christ : un christ de Noël, de Pâques, ecclésiastique, citoyen, sage, poli, conformiste, etc., etc. Un christ qui se transformait, petit à petit, de manière indolore, de façon rusée et très intelligemment, en un faux-christ. Un christ que j'entendais de plus en plus à la manière grecque : par l'évidence. Soit par les évidences de la pure logique théologique, soit par les évidences de l'expérience mystique. Les deux faces d'une même pièce. J'étais Athénien, et trop athénien ; humain, trop humain. J'étais devenu un religieux. J'ai donc crucifié ce bon vieux terreux tout en remettant en question l'arbre du bien et du mal ; et ainsi, je me suis retrouvé sans repères pour expliquer le texte. Je n'avais plus d'oreilles ! Elles ont repoussé au fur et à mesure que je lisais le texte sans y boire son encre, en cherchant ce qu'il ne dit pas. Comme si ma surdité se guérissait dès l'instant où je la reconnaissais.
Pourquoi cet aparté ? Parce qu'il est impossible d'aborder le concept de damnation, d'enfer, d'universalisme ou de prédestination sans au préalable avoir fait ce genre de pas, sans avoir été, dans sa chair, déchiré par le couteau de l'Esprit. Si-non, soit on tombe dans le bon vieux moyen-âge, usant d'un discours d'intégriste, étant prêt à la lapidation et à insulter l'autre au nom d'un Dieu prédestinant à l'enfer ; soit on tombe dans l'autre face de ce même processus, une sorte d'universalisme à l'eau de rose qui conduit tout droit à des schémas d'œcuménisme, d'angélisme, de réincarnation, et autres ésotérismes d'un dieu « béni-oui-oui » totalement effrayé à la moindre souffrance, absolument réfractaire à la moindre évocation d'un « Niet ! ». C'est pourquoi l'Écriture est si obscure quant à la damnation et à la prédestination, elle ne donne pas facilement des vérités si difficiles à porter, si incompréhensibles. Celle venue des Grecs, car l'enfer est une invention grecque plus que biblique, celle-ci est finalement à la portée de notre commune compréhension de la vie, celle du bien contre le mal.
Il faut comprendre, absolument comprendre que Dieu ne regarde Rien dans la globalité. Et ainsi que le fait souvent entendre Stéphane, c'est l'Être qui l'intéresse. Or, l'être, c'est l'Un, c'est chaque-Un, et l'Évangile c'est découvrir « son propre Nom que nul ne connaît sinon celui à qui il est donné ». L'existentialisme est la philosophie qui se rapproche le plus des propos du Christ, c'est pourquoi Barth ou Ellul étaient entre autres de fervents lecteurs de Kierkegaard et de Dostoïevsky. Dès qu'on aborde ainsi le salut, comme donné à l'individu, en personne, et non à la masse, on en vient inévitablement à chercher la liberté de l'être, son unicité. De là est-on enfin conduit à révoquer la Loi, puis à détruire les Temples de masse, c'est-à-dire l'Église, pour faire de l'Être le temple de Dieu. L'amour ne vient que par la suite, et il prend alors une profondeur totalement incompréhensible.
De fait, les concepts de jugements, de damnation et de prédestination sont définitivement voilés dès l'instant où la liberté & l'être individuel ne font pas Un, dès l'instant où la liberté est avant tout un concept de collectivité, une idée politico-religieuse abstraite, et non rattachée en premier à l'être, à celui qui est concret. Tandis que, faisant le pas de réconcilier la personne et sa liberté, au-delà d'une idéologie collective, le jugement de la personne prend alors une tout autre valeur. Il n'est plus question du collectif des perdus, de la catégorie des perdus contre celle des sauvés. Chaque-Un est soudain sa propre catégorie, chaque-Un est en soi plus que le collectif. Juger un être, c'est concevoir par là qu'il existe un seul et même processus de l'être, au-delà des catégories dites des « perdus » ou des « sauvés ». Un seul et même processus auquel nul n'échappe. Ce n'est qu'une question de Temps.
On me dira que l'Écriture fait précisément mention d'un processus pour les « sauvés » différent de celui des « perdus » ? En ce cas, l'homme est sauvé par son choix, et c'est notre choix qui crée cette distinction de processus. Nous ne sommes donc pas sauvés par Grâce ! — Après réflexion, et aux soutiens d'Augustin et Calvin, on me dira que l'Écriture fait précisément mention d'un processus de damnation éternelle et d'un processus de Salut éternel émanant de Dieu, mais, en dehors du choix de l'homme, préservant ainsi l'idée d'un salut par la Grâce seule.
Je répondrai alors : « Pour montrer sa liberté, pour nous révéler que la loi du bien et du mal ne s'impose pas à ses choix, Dieu se serait donc fait schizophrène, se sacrifiant d'une part pour sauver, et torturant éternellement d'autre part. Préparant donc, pour manifester la gloire de sa liberté, des vases d'honneur et des vases de colère (rom 9). En ce cas, il ne montre pas sa liberté ! En effet, il se prend à son propre piège ! Car s'il lui devient impossible de sauver les damnés, il n'a plus sa liberté ! » Je crois pourtant que ces “vases d'honneur” et ces “vases de colère” dont parle l'Écriture sont une réalité terrestre tout autant que céleste. Mais ne pensez-vous pas qu'un vase de colère est précisément fait pour être brisé ? Car, dit encore Paul dans ce passage : le potier est maître de l’argile pour faire avec la même masse un vase d’honneur et un vase d’un usage vil. Or, s'il plaît à Dieu de briser les uns, ici et maintenant, pour les faire naître à la Résurrection, n'est-il pas capable de faire de même avec d'autres après la mort ? De faire naître à la Résurrection des êtres désincarnés figés dans le tribunal de leur conscience ? Au sein de son infini, Dieu n'est pas à court de temps me semble-t-il ? Et vous, qui vous dites “vase d'honneur”, n'est-ce pas ainsi que vous l'êtes devenu ? En étant d'abord un “vase de colère” qu'on a brisé ? N'y a-t-il pas un seul et même processus pour tous les êtres, lequel manifeste la liberté de Dieu sans jamais l'amputer ? Tout n'est-il pas qu'une histoire de temps pour celui qui est maître du temps ?
Barth a raison, ainsi qu'Ellul selon moi. Mais il est vrai que c'est une folie d'enseigner l'universalisme à la foule. La foule a besoin de la Loi, et c'est la Loi qu'il faut lui enseigner, ainsi que le fait le Christ. La foule n'est qu'au début du processus de personnalisation de l'être, de sa liberté divine ; et dans cette attente, la Loi est son tuteur disait Paul. Puis, lorsque de la foule, quelques hommes se détachent, entrant dans la maturité, le Christ leur tient un discours sur la foi, sur le chemin étroit de ce temple de Dieu qui est en chaque-Un. Et enfin, le temps passant, il en conduit certains autres sur la montagne de la transfiguration. Là il leur parlera du royaume des cieux, c'est-à-dire du fait que cette réalité à-venir est en vérité la perspective de tous. Que tous trouveront un jour la miséricorde, comme tous nous trouvons un jour sur notre route le jugement et la condamnation qu'on ne peut expier, à moins que Tout nous soit pardonné.
De même que certains entrent dans le pardon dès à présent, en passant par le jugement, par l'éveil de la conscience, par un combat avec elle et ses divinités, à l'instar de Yacov qui changea alors de nom. Par la déchirure de l'Esprit brisant les chrysalides de notre identité terrestre. De même, les autres aussi y entreront par le même type jugement : Dieu a enfermé tous les hommes dans la condamnation, « dans la désobéissance » dit Paul, « pour faire miséricorde à tous ». Pour certains donc, le jugement sera plus direct, plus amer. Car le jour où, étant désincarnés, ils seront seuls et nus devant le tribunal de leur conscience, son ver et son feu leur diront : « Je ne meurs pas et ne m'éteins point, je suis éternel. Et toi, resteras-tu ainsi éternellement sous mon joug ou crieras-tu vers le Dieu vivant qui sacrifia pour toi son Fils ? » Ainsi donc, Dieu n'est pas lié à cette réalité, il n'est pas lié au temps : il n'est jamais à court de temps. Aussi n'a-t-il nul besoin de réincarner l'être pour l'éveiller, et il l'éveillera d'autant plus facilement dans l'abîme de son incorporalité où sa conscience et sa mémoire sont totalement translucides. Son but est la Résurrection, et si certains doivent l'atteindre en se figeant dans leur propre désincarnation durant un temps des temps, alors Dieu les y laissera sans pour autant abandonner la liberté qu'il a de leur offrir encore la Grâce.
Toutefois, Thamis, le « au travers du feu » que tu évoques dans Corinthiens est bien un : « au travers ». Soit donc, celui qui aime le Christ ne restera pas figé face au tribunal de sa conscience après la mort. Son pardon est effectif et le tribunal a été révoqué avec puissance. Il ressuscitera : il passera « au travers » de ce tribunal. Et si Paul emploie cette formule du « au travers », c'est pour préciser que certains obtiendront une meilleure résurrection, car leurs œuvres les suivront, elles ne seront pas consumés, abandonnées au tribunal. Les anciens avaient, semble-t-il, mieux anticipé que nous ce fait : ils désiraient obtenir une meilleure résurrection ! Car ressusciter n'était pas tout à leurs yeux ; le Royaume qu'ils avaient en vue avait selon eux une réelle et concrète perspective, une vraie corporalité : celui de pouvoir y transporter, y transfigurer leurs « biens, gloires et plaisirs », ceux dont Chestov nous parle à propos des cris de Job qui en était alors totalement privé du haut de sa douleur.
Merci pour ton dynamisme… c'est redondant chez moi, comme une nécessité de régulièrement me rappeler d'où je viens, d'où mes « états de spleen » un peu rabat-joie, pour employer un euphémisme. 8)
Une régression, oui, un peu comme si l'on voulait retourner dans le ventre de sa mère une fois en être sorti, une fois avoir constaté que vivre c'est choisir, c'est décider, c'est ne plus dépendre d'un cordon ombilical : c'est souffrir. Dieu nous a botté les fesses pour en sortir, pour que nous assumions notre liberté. Or, l'assumer, c'est basculer dans la Foi en l'impossible, car la liberté est en ce monde impossible : nous sommes asservis. Il nous faut un Être nouveau. Vouloir retourner dans la matrice d'origine est ici la pire des lâchetés, les sources de l'Éden sont données aux pusillanimes, à ceux-là mêmes qui prennent le risque de se faire botter de nouveau les fesses pour constater, dans un ailleurs plus terrible, et inéluctablement, qu'il n'y a plus de possibilités d'être rattaché à un cordon, qu'il a été définitivement coupé. Peut-être alors, comprendront-ils avec ceux qui ont basculé dans l'impossible, que l'œuvre divine, c'est précisément de devenir soi-même, en Lui, un cordon de vie, d'être, en Lui, sa propre liberté, d'Être un esprit vivifiant disait Paul. D'être né pour pouvoir naître à nouveau, naître en vérité : pour Ressusciter.
Un tel langage est celui d'un fou, et une telle œuvre m'effraye moi-même, elle me terrifie, elle m'écrase tant je m'en trouve si loin, si infiniment distant, si indigne… Tant je suis une vanité : hakol hevel, tout est vanité ! Mais je ne peux qu'abdiquer, car c'est ainsi qu'il m'est donné de lire l'Écriture : Dieu fait vraiment quelque chose de fou, d'absurde, d'insensé, et c'est probablement pour cela qu'il est Dieu, qu'il est incompréhensible. Et c'est pourquoi aussi le diabolique nous attire, tant il est raisonnable, sage, logique. Et puis, de toute façon, qui y'a-t-il de plus incompréhensible que l'amour et la liberté, ces deux faces d'une même pièce ? La seule réponse possible à cette question est la suivante : Dieu l'est encore plus, parce qu'il est l'incarnation de cet amour et de cette liberté inintelligibles, parce qu'il est vivant ! Parce que ce mystère n'est pas une idée, un concept, un jeu philosophique, un enjeu ekklésiastique, politique, éthique… mais la Réalité qui nous attend tous : Dieu est Vivant, et c'est cela qui nous effraye en vérité, nous qui sommes morts autant que le sont toutes nos explications sur Dieu, toutes nos vérités.
Il ne me semble pas que tu aies mal compris mon énoncé, bien au contraire, tu mets le doigt sur des difficultés que je n'ai pas voulu développer, le texte étant déjà assez copieux. En outre, tu remarqueras que j'ai modifié la phrase dont tu parles, car j'avais en effet remarqué qu'elle pouvait porter à confusion. Ma modification et ta réponse ont du se croiser, raison pour laquelle tu cites ma première version.
Je dis donc que « la volonté du Christ dans son fondement appelle à renoncer au travail séculier ». Et quand je parle de « fondement de Sa volonté », j'évoque Son but, et je fais en effet référence et résonance à l'absolu, c'est-à-dire au Royaume des cieux. Concernant la formulation : « fondement du christianisme », étant donné que ce fondement est le Christ, il est un devenir du royaume des cieux, de la stature parfaite des fils de l'homme. Étant de fait un devenir, il n'est pas possible de le figer ici-bas en dogme. Il est donc impossible d'imposer cette perspective qui est à-venir, après la résurrection, du « non-travail séculier », comme un dogme obligatoire et conditionnel à suivre ici-bas le Christ.
Je crois donc être entièrement d'accord avec toi. Le suivre, c'est devenir, et cela, dans tous les domaines de la vie ; le travail séculier n'étant qu'une donnée parmi d'autres. Aussi certains sont plus proches de Lui dans tel domaine, mais plus éloignés dans d'autres, et inversement. Au final, on est tous dans le même bateau. C'est pourquoi je finis par dire : « c'est à chacun de voir », et : « il y a un temps pour tout », c'est-à-dire que ce temps viendra, assurément, à la résurrection, et pour d'autres, peut-être, un peu avant. Mais ici-bas, de toute façon, celui qui « ne travaille pas pour manger » dépend cependant du travail séculier des autres. Telle était d'ailleurs la situation du Christ après son onction. Ce ne sera pas ainsi que les choses seront dans le monde-à-venir.
C'est cette imperfection, même pour « celui qui ne travaille pas pour manger », qui nous conduit en effet à ce cas de Paul devant travailler un temps pour manger, alors qu'il était consacré à la Parole. Tu as donc raison de dire que « l'homme naturel du péché ne peut dans sa pratique vivre exclusivement de grâce divine, et que ce n'est qu'uniquement dans le monde-à-venir qu'il héritera du bénéfice de l’absolurent cessation de son travail ». Le cas du Christ est par contre différent, mais unique, car après son onction, même cette imperfection n'a pas eu de prise sur lui, et on ne le voit pas travailler pour manger. En outre, son activité de charpentier n'est pas à placer dans le cadre de l'imperfection émanant de cet « après la chute ». Le Christ n'a jamais chuté. Il en est là comme de son baptême. Le Christ s'identifie à l'homme et accepte avec humilité le cadre de la Loi comme préface à la Grâce. Puis, son onction se manifestant, il procède au brisement de ce cadre. Il place la loi, non plus face à lui, mais derrière, c'est l'événement du désert. C'est pourquoi le Baptiste n'a pu le suivre et finit comme on le sait : dernier prophète de la Loi.
Enfin, je veux aussi éclaircir rapidement cette idée d'un « retour aux sources de l'Éden ». Je crois les 3 premiers chapitres de la Genèse comme étant allégoriques, que jamais le personnage « Adam » ne vécut littéralement, mais que tout le propos est à teneur prophétique en vérité. Aussi n'est-il pas question pour moi d'un retour vers l'Éden de l'innocence, de confondre le Royaume des cieux avec cette idée de retour vers l'Éden typiquement ekklésiastique. Le Royaume des cieux est un aboutissement qui dépasse : d'une part, l'innocence de l'Éden où l'homme tient son innocence de son ignorance ; et d'autre part, il est un dépassement de sa culpabilité après l'Éden, laquelle vient de son vouloir forcer l'entrée dans le monde-à-venir par la connaissance logique et religieuse. Le Christ n'est pas un retour vers l'Éden, il est le but vers lequel l'Éden tend mais échoue : qu'il Rate, donnant naissance aux « ratés » que nous sommes, revêtus de « vêtements de peau », c'est-à-dire d'un corps soumis aux lois. Le projet qu'a cet homme, « Adam », évoqué en Éden, et pour lequel le travail séculier n'existe pas, puisqu'il est encore sans corps, c'est-à-dire dans l'Éden, c'est un projet que précisément l'humanité corporelle, hors de l'Éden, « l'adam », n'a pu atteindre. Car ce projet, c'est celui du royaume des cieux. Projet divin que l'homme essaye, dès le commencement de son être, à atteindre, mais de manière infantile : en s'abusant par sa propre suggestion, le serpent, par le chemin des sciences, des dualités logiques, des morales, etc. Ce chemin pour l'atteindre, c'est l'Histoire, et c'est cette Histoire que prophétise les 3 premiers chapitres de la Genèse. Toute la Bible est bien dans ces 3 chapitres.
Pour conclure. Ce propos concernant le Travail est à la base une réponse faite à Thamis où j'ai pour optique première celle des Cahiers Jérémie. C'est-à-dire de déculpabiliser le chrétien face à des préjugés dogmatiques ecclésiastiques, lesquels j'accuse par contre vivement, et de face. Or, l'accusation continuelle du : « Si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus », et qu'on fredonne dans les églises, tel un bourdon, voici selon moi un de ces préjugés venu du levain alors qu'on mélange la Loi et la Grâce. Voilà pourquoi j'ai synthétisé d'abord sur cet aspect. For heureusement que tu interviens, cela permet d'étoffer le propos et de préciser ce qui y manque. Je t'en remercie donc, et si je suis passé à côté de certaines de tes réflexions, dans la mesure de mes moyens je m'efforcerai de me questionner. N'hésite pas.
[…] efface toute mes interventions , sinon je reviens mettre la merde ici , te voilà prévenu. Rapelle toi TOUTES
Je disais précédemment que « je supprimerai tes propos sur lesquels aucune argumentation n'est portée », mais celle-ci, juste en haut, et qui réunit trois de tes interventions en une, je la garde. Je trouve en effet qu'elle est une belle argumentation contre toi. On pourra désormais informer les uns et les autres, preuves à l'appui, de ta haute spiritualité en les invitant à sentir ta mauvaise haleine. En outre, il semble clairement que tu sois dans un processus de transfert concernant l'homosexualité en voulant déposer sur les autres ce qui est en toi apparemment. Bref, ça te regarde, mais si tel est le cas, sache que j'aurai du mal à t'aider à ce propos ; j'ai abondamment dérapé dans bien des trucs, mais ça, je connais pas.
Enfin, j'accéderai bien à ta requête, avec amabilité, mais ainsi exigé en hurlant, tel un ordre qu'on jette à un moins que rien… tu peux toujours rêver petit d'homme.
« C'est a la sueur de ton visage que tu mangera du pain » (gen 3.19). Mais aussi : 2 Thess 3.10 : « Car, lorsque nous étions chez vous, nous vous disions expressément : Si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus. » — Dans un autre registre "d'autres" ont fait forger sur l'entrée des camps de concentration : « arbeit macht frei » (le travail rend libre) c'est le plus connu, ailleurs et quelques années auparavant, un autre avait écrit a l'entrée d'un goulag : « Par le travail, la liberté ! » — Le travail est t'il une malédiction ou une bénédiction finalement. — Les « oisifs » ou les « profiteurs du système » selon la norme « communément » admise sont-ils finalement des réprouvés ?
Il y a en effet un basculement dans la Genèse. L'homme est d'abord appelé à « manger de tous les arbres », soit donc à vivre pour manger. Manger a ici un autre sens que celui de nourriture essentielle à la survie. C'est vivre pour « assimiler », par ses propres activités, des possibilités de transformations. Car manger, c'est se transformer. Ce vivre pour manger, c'est en vérité « jouer », dans le sens noble du terme. L'enfant se construit en jouant et jouer est pour lui une nourriture existentielle. Ainsi est, dans l'absolu, l'activité pour l'artiste : une possibilité de devenir, non une nécessité vitale ! C'est une Joie, une nourriture par laquelle il voit ses ailes pousser. — Puis le basculement a lieu. C'est l'instant où la nourriture n'est plus l'expression des métamorphoses de l'être, mais où l'homme va dépendre d'elle pour sa vie biologique, concrète, logique. Et l'homme doit alors manger pour vivre, c'est-à-dire Travailler ! Le jeu, qui est une spiritualité où le joueur apprend à devenir le Maître des règles éventuelles, est transformé en travail, lequel est une intelligence sérieuse où le travailleur est soumis aux règles et met sa vie en dot. Il est littéralement « vendu au péché ».
Oui, le travail est à ce titre une malédiction, il est une chute. Le travail est au jeu ce que la pornographie est à l'art d'aimer. Dans l'absolu ; attention ! je dis bien dans l'absolu, travailler pour survivre, pour manger, c'est pécher ; c'est traduire la vie au plus près de l'arbre de la connaissance. Mais tout n'est pas aussi simple. Pourquoi ? Parce que la vie dans le cadre de cette chute a perduré, par la volonté du Ciel. Dieu a donc donné une « certaine » légitimité au péché, se servant de lui, et malgré lui, pour conduire l'homme à Son projet. Soit donc, dans ce nouveau cadre des lois venues de l'arbre des connaissances pour régir le monde, dans ce cadre serré, la pérennité de l'homme est gardée. L'homme n'est pas aboli, il n'est pas mis en jugement définitif, mais il est en instance de jugement. Aussi lui est-il donné l'obligation de se soumettre à cette nouvelle réalité, à « suer pour manger », et il est menacé de « ne pas manger s'il ne travaille pas » — selon une volonté divine provisoire. Selon un vivre par la Loi en vérité.
Enfin, la chose se complexifie de la façon suivante : le travail séculier garde en lui ce parfum d'existentialisme dont je parle au début. Il garde en lui cette odeur de jeu artistique désintéressé, ce qu'il était au commencement, lorsque l'activité humaine n'aurait dû être que l'expression des métamorphoses de l'Être. Odeur nettement plus présente si nous découvrons notre talent vers l'adolescence. C'est au nom de cette odeur qu'une certaine philosophie le défend lâchement ; on parlera des « artisans », le travail vu comme un art. Pourtant, cette odeur est en vérité fanée, éteinte, même si au début elle nous enthousiasme ; et d'ailleurs, avec le temps, elle prend des relents pisseux. Car tout talent finit par être vendu, il s'agit toujours d'un moyen humain pour vivre, de mettre son steak dans l'assiette. Quoi qu'il soit, le talent est livré à la loi et aux impératifs économiques : « Il te faut travailler pour vivre. » L'art, l'artisanat et le travail, ce ne sont que des paniers de serpents.
Mais ainsi que tout ce qui émane des ordonnances des Lois d'ici-bas a pour usage de « de terrifier cette bête sauvage qui s'appelle l'opinion de la justice », disait Luther, le travail aussi a cet usage. Il vient briser cet homme qui pense que par son travail il s'en sortira, que par lui il réalisera son bonheur et instaurera un âge d'or. Et de même, briser celui qui pense obéir à la justice divine par son travail, et gagner par lui Sa faveur. C'est pourquoi, toutes les politiques ou philosophies athées, ainsi que tous les intégrismes chrétiens ont valorisé le travail à outrance, le transformant en une spiritualité humaine. Tu en as cité quelques-unes. On se souvient aussi du « celui qui ne travaille pas est un ennemi du peuple » de Staline (ou Lénine, je ne sais plus). L'Opus Dei catholique a pareillement valorisé le travail en tant que machine spirituelle, il faut voir cela chez Josémaria Escriva de Balaguer : « …le travail est un chemin de sanctification. […] Sanctifier le travail, se sanctifier dans le travail et sanctifier les autres par le travail. […] Dieu a créé l'homme pour qu'il travaille. […] Les gens ont un tel désir de changer de place ! Qu'arriverait-il si chacun des os, chacun des muscles du corps humain cherchait à occuper une place différente de celle qui lui est assignée ? Le malaise du monde n'a pas d'autre raison. Reste à ta place, mon fils : de là tu pourras tellement bien travailler au règne effectif de Notre Seigneur ! »
Mais la critique la plus virulente se trouve dans la conception du travail selon le protestantisme. On trouve cela dès la racine, chez Luther ! Ne t'étonne pas si je cite d'abord Luther positivement pour ensuite dénoncer une autre facette de sa théologie. Nous en avons déjà parlé à propos du Sola Fide de Chestov, je pense que tu t'en souviens, sinon tu retrouveras cela quelque part sur le forum. Concernant le concept de travail dans le protestantisme, je ne m'étendrais pas, et si tu veux creuser il te faut t'atteler au livre de Weber, L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme. Pour faire simple, le fondement de cette dérive du travail est dans la traduction que fait Luther du mot grec klésis, que l'on traduit habituellement par vocation : 1Cor 1.26 ; Éph 1.18, 4.1-4 ; 2Th 1.11 ; He 3.1 ; 2Pi 1.10. Luther le traduit par « travail » dans le sens littéral de travail séculier, beruf en allemand. « Tu seras moine dans ton travail », dit-il en substance… plusieurs siècles avant l'Opus Dei, lui qui finalement tente, avec bien du retard, de rattraper le protestantisme. Max Weber explique de la manière suivante comment l'esprit protestant a su prendre la vague du modernisme :
« La valorisation religieuse du travail, du métier temporel, exercé sans relâche et de façon permanente et systématique, et tenue pour le moyen suprême de l'ascèse et pour la confirmation la plus certaine et la plus visible de l'élection d'un homme et de l'authenticité de sa foi, fut nécessairement le ferment le plus puissant de l'expansion de la conception de la vie que nous avons désigné ici comme l'« esprit » du capitalisme. […] Le travail et lui seul était censé dissiper le doute religieux et donner la certitude de l'état de grâce. […] Le fait de rechigner au travail est le symptôme d'une absence d'élection. […] Certains auteurs ont récemment désigné la mentalité éthique du puritanisme anglais, comme un English Hebraism, etc. »
Weber s'étend ensuite sur les processus économiques que cela a produit, expliquant comment les calvinistes ou les méthodistes ont poussé à outrance ce principe, notamment par l'attaque sur la mendicité. C'est ici qu'on retrouve ce que tu dis : le reproche fait aux « oisifs et profiteurs du système ». Les calvinistes, méthodistes et autres mormonismes sont des obsédés du travail comme si ce dernier était l'expression de la Grâce divine, et comme si s'en priver était se priver de Dieu. Ainsi pleurent-ils lorsqu'on leur ôte ce « privilège » de « suer pour vivre », comme si on leur voler le fouet qu'ils confondent avec la Grâce. Enfin, il n'est pas étonnant qu'on retrouve cette pensée dans l'une des 3 lettres dont on sait qu'elles ne sont pas de la main de Paul, à savoir, la deuxième aux Thessaloniciens.
Finalement, rien de surprenant que ce concept de travail acharné fut le slogan mis à l'entrée du camp d'Auschwitz sous la direction de Rudolf Hœss, l'Allemagne avait alors tous les ingrédients à une telle explosion diabolique : un « christianisme très moderne », une expression de la raison logique élevée, et un terreau thoranique puissant par l'importante présence de ses disciples. L'Occident suit la même route, mais en tirant leçon du nazisme : en sucrant la servitude du travail, technologie aidant, pour cacher ses camps d'internement par le travail. Quoi qu'il en soit, un chrétien sans travail porte à mes yeux un préjugé favorable ; il se peut en effet qu'il le soit dans une perspective, précisément, de sortir de ce concept de jugement, Dieu le trouvant peut-être apte à s'atteler à une activité plus « spirituelle » ; et à compter sur les corbeaux pour le nourrir. J'ai bien conscience d'être encore ici à contre-courant, mais je crois cependant que la volonté du Christ dans son fondement appelle à renoncer au travail séculier. Toutefois, il ne s'agit pas d'en faire une doctrine, c'est à chacun de voir : il y a un temps pour tout.
N IMPORTE QUOI j'ai que çà a dire…
Désormais je supprimerai tes propos sur lesquels aucune argumentation n'est portée, ceux dans la veine de celui-ci : « N'importe quoi ! j'ai que ça à dire. » À toi d'argumenter, sinon tu parleras pour rien. Si tu veux donc jouer à faire des bras de fer, retourne sur les forums de la maternelle, il y a un grand choix sur le net. Mais ici, c'est : « Réfléchis et grandis ».
Les choses simples, c'est que lorsqu'on dit « tu », on s'adresse à quelqu'un personnellement. Ce que tu as fais.
Écoute l'ami Franco, si tu es là pour te bastonner, autant se donner rendez-vous avec des gants de boxe sur un ring, ne crois-tu pas ? Sois-dit, je te laisse la victoire ; prends ta coupe et ta médaille et va-t-en en te vantant : « J'ai vaincu Ivsan ». Maigre victoire, car je suis négligeable et au désert. Mais cesse ton cinéma, car tu n'amuses personne ici, et nul ne veut se battre, ni avec toi, ni avec personne. Tu te mets la honte toi-même, je te l'ai déjà dit… et peut-être que finalement tu attires du monde sur le forum, car les coups de cornes d'un bouc virile, ça attire toujours les spectateurs.
…ton seul soucis est d imposer ta manière barbare que tu as des écritures. Et quand tu es dépassé et confus tu cherche a t'enfouir derriere des phrases savantes aussi stupide que toi. Donc excuse moi d'avoir penser que tu pouvais discutter de choses spirituelles mais tu en est incapable , ton terrain se situe sur la connaissance intellectuelle que tu reproche aux autres.
Il est vrai que tu montres l'exemple puisque ta réponse est ici la preuve d'une réelle discussion : un modèle à suivre. « Je suis dépassé, confus, enfoui dans ma stupidité, barbares, incapable de spiritualité, etc. » Je ne sais pas où et comment, on ne me l'explique pas, mais puisque tu es l'inspiré de service, je me dois d'accepter le jugement de Saint Franco. Il semble plutôt que tu ne supportes pas de comprendre après m'avoir lu en diagonale, car il semble qu'il te faille comprendre l'autre aussi vite qu'on arrive à cuire un œuf : sans réfléchir.
Tes propos nécessitent pourtant une véritable attention tant tu as des difficultés à les exprimer (syntaxe, orthographe, onomatopées…), ainsi que tu le dis : « Bon je ne trouve pas les bons termes pour m'expliquer LOL. J'espere que je me fais comprendre. » J'ai du te relire plusieurs fois pour décrypter ce que tu voulais exprimer. La chose faite, les 3/4 de ma réponse ne sont que la clarification de ton propos ; car j'ai bien remarqué que tu avais discerné quelque chose, mais que tu n'arrivais pas à te le clarifier à toi-même. J'ai voulu t'aider à te disant ce que tu disais ! Puis en avançant plus avant pour te montrer que ta vision du fils de l'homme était somme toute ecclésiastique et raisonnable, tandis que celle du Christ est au-delà de la raison et de ses évolutions. Tu n'a pas entendu, alors tu casses le meubles. Mais les meubles ne te diront rien Franco, tu risques même de te blesser avec une pointe.
Bref, si à chaque fois qu'on veut t'aider ou dialoguer avec toi en te demandant de faire, toi aussi, l'effort de comprendre l'Autre, et qu'on finit par prendre des baffes, rien d'étonnant qu'elles te reviennent un jour en pleine poire. Décide-toi si tu veux discuter ou si tu veux te battre, aies au moins cette honnêteté avec moi. Quoi qu'il en soit, merci quand même, car j'ai l'espoir que mes réponses serviront à d'autres si à toi elle ne servent qu'à maugréer comme un âne.
Réfléchis… Ton : « porter la croix est UN HONNEUR et la PLUS BELLE PREUVE que tu es devenu LIBRE » s'adressait bien à Thamis ?