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« A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu… » disait Rimbaud dans son poème.
— « Ridicule » me répondit un jour mon clavier ; « pour moi le A correspond objectivement, et à rien d'autre, qu'à un A à tel endroit de mon espace. »
— « Certes » lui ai-je répondu, « mais après cela ? Ne suis-je pas libre de l'entendre noir comme j'entend le E blanc ? Certainement, je peux l'entendre subjectivement et en tant que sujet, puisque “je suis” ».
Kant n'a pas tort jusqu'à là, mais il se trompe par la suite. Car alors qu'il pense que l'objectif demeure encore lorsque le sujet meurt, il est est tout autrement dans la suite du dialogue que j'entretins avec mon clavier. En effet, le jour où je partirais, lui dis-je, je te dirai, ainsi que la poétesse russe dit à son métronome :
— « Tu vois, toi tu restes, mais moi je pars ».
Ce que Kant n'a pas vu et ce qu'il faut lui reprocher, c'est d'avoir cru que l'objectif partirait, qu'il était éternel, que 2+2 font éternellement 4. Tandis que c'est le subjectif qui part, c'est lui qui rejoindra, peut-être, un monde où tout ne sera que subjectif et caprice. Un monde où les choses objectives, étant à l'ombre du sujet, n'auront plus cette valeur définitive et fermée qu'a encore aujourd'hui et ici-bas l'objet.
La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller
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