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L'impolitesse du Christ n'est pas dans sa colère et ses attitudes de face à face scandaleux avec le monde religieux endormi. Certes, tu as raison, si l'église entendait aujourd'hui à sa chaire un Jérémie prononcer la violence, le sang et la peste comme nous le lisons dans ses textes, on le traiterait à coup certain d'homme démoniaque. Il est vrai que le christianisme est devenu chamallow, bubble gum et annonce un évangile à l'eau de rose… Toutefois, l'impolitesse de Christ et son scandale sont bien tout autres. Car en terme de « prophète de malheur » ou de « prédication » à teneur révolutionnaire, le Christ n'a rien apporté, et ce qu'il a reproché aux religieux fut âprement dit par d'autres tout aussi efficacement et le sera encore.
L'impolitesse et le scandale du Christ tiennent dans cette parole : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; mais moi, je vous ai choisis » [jn 15.16]. Comme dirait mon ami Modeste Legrand, « tout se résout dans l'élection », or cette résolution nous échappe totalement. Car il plaît à Dieu de laisser certain dormir tandis qu'ils l'adorent au son de leurs berceuses liturgiques, et de les laisser encore dormir quand bien même les plus grands malheurs leur seraient annoncés et leur arriveraient… Et il plaît à Dieu de réveiller ceux qui ne le cherchent pas. L'élection est un repos dans lequel nous sommes appelés à vivre 7 jours sur 7 : tel est notre défi.
S'il est une « sonnerie de réveil spirituelle », c'est bien l'Élection. Face à elle, les « race de vipères et hypocrites » ont presque valeur de caresse ; à tel point que je me demande si le Christ en usa vraiment pour réveiller comme nous sommes naturellement voués à le croire. N'avait-il en l'Élection une arme à sa disposition 1 million de fois plus efficace : « Personne ne connaît le Père si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. » [ma 11.27]. Il me semble plutôt que le Christ usa de ses faces à face violents, non pour éveiller les autres justement, mais pour leur donner de dresser la croix : pour qu'ils le servent contre leur gré. Cette croix du paradoxe par laquelle, précisément, il désigne aujourd'hui ceux qu'il choisit… malgré eux. Dieu nous trompe continuellement en vérité… ou plutôt : « Tout ce qui vient de moi n'est pour vous que mensonge, parce que je suis la vérité » [Maurice Blanchot, le Très-Haut].
La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller
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