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Oui… et à ce titre rappeller le mot de Luther dans son commentaire aux Galates :
« Que personne ne pense que la doctrine de la foi soit facile. Elle est, sans doute, facile à dire, mais très difficile à comprendre. Il est facile, en outre, de l'obscurcir et la perdre. […] Celui-là donc qui a bien appris à discerner entre l'Évangile et la loi, qu'il rende grâces à Dieu et qu'il sache qu'il est théologien. »
Mais quand l'église le dit, et le fait, elle a, dès cet instant, joué son rôle et n'a plus de raison d'exister. Elle est véritablement l'église sur la croix. « La caractéristique ineffaçable et essentielle de l’Église, c’est qu’elle est l’Église sous la croix » disait Karl Barth. Toute sa perversion tient là : « Dans son désir de ne pas mourir » disait encore Barth. L'église ne peut être qu'akklésiastique en somme, et c'est ce paradoxe-là qui lui est demandé de dire, de faire et d'être. Qui aura l'audace de le relever ?
La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller
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Le Christ fut le premier à le relever, et l'agent principal permettant désormais à l'homme aussi de le relever.
Ce que tu dis m'apparaît tout à fait correct et dans l'esprit dont témoigne l'Écriture (et c'est notamment bien dit). La Loi est en quelque sorte la voie menant vers Dieu par le chemin du diabolique. C'est-à-dire qu'elle conduit et éveille l'homme à vouloir se saisir de la promesse divine : mais, parvenue à ses portes, voici que la Loi, grande accusatrice et parfaite dans ses exigences, révèle alors à l'homme son impuissance à franchir le seuil. L'homme livré à la conscience lumineuse du bien et du mal ne peut aller au-delà ; il ne peut entrer là où se trouve Dieu : Dieu et Dieu en l'homme.
Il a reçu par la loi la révélation de ce ne pas connaître Dieu, de ne pas le penser, de ne pas le comprendre — et de ne jamais pouvoir y parvenir par le chemin de l'obéissance aux lois du bien et du mal. Toute la subversion consiste donc à s'entêter, à avoir le coup raide — à imaginer Dieu comme la perfection face à la Loi, comme l'Être qui, face à la loi, accomplit cette dernière ! Rien n'est plus faux ; rien n'est plus diabolique ! Et c'est même là une offense suprême faite à la Loi. En effet, puisque celle-ci, en tant que servante, a été donnée par Dieu pour aplanir le chemin ; mais elle n'est pas le chemin. Faire de la Loi le chemin est l'insulte la plus grave qu'on puisse faire à la Loi. C'est la rendre folle !
Voici donc l'ambiguïté et le grand mal-entendu de cette parole : « Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir la Loi ». En effet, le Christ n'est pas venu accomplir la Loi en ce qu'Il serait parfait, irréprochable et sans jamais désobéir à ses commandements. Niet ! Lorsque le Christ dit : « Je suis venu accomplir la Loi », il dit en vérité : « Je suis venu lui désobéir ! ». C'est-à-dire : « Je suis venu accomplir la promesse. Mais la Loi étant incapable de la donner, à cause de votre Nature, je vais toutefois accomplir la promesse sans la Loi : Je suis Dieu. Comment donc vais-je le faire ? Non seulement sans la Loi, mais encore contre la Loi. En dépassant son exigence ; en demandant plus qu'elle n'exige : en étant maître de la Loi et en offrant la perspective aux hommes de devenir eux-mêmes maître de la Loi : des Fils de l'homme. Ainsi donc, en leur offrant, à eux aussi, la folie, l'absurdité, la Foi de désobéir à la Loi et de la vaincre. C'est ainsi que toute loi est faite par l'homme et pour l'homme, et non l'inverse. »
« Ainsi donc : Je vais pardonner l'impardonnable devant la Loi ; c'est-à-dire que je vais pardonner gratuitement, sans avoir à payer quoi que ce soit à une obéissance, à des lois de récompenses et de punitions, et à une quelconque morale. Qu'est-ce mon sacrifice dès lors ? Ce n'est pas un paiement à la Loi ! Je suis Dieu et je ne marchande pas avec la malédiction ! Mon sacrifice est un paiement à votre conscience. Sachez donc, par mon sacrifice, combien je vous aime, et combien je pardonne tout, sans lois ni morales : mon sang est un jugement contre les jugements de la Loi ; il est un jugement de votre culpabilité : il est votre déculpabilisation.
En outre, sachez que ma résurrection est vraie, concrète, réelle et non allégorique. J'ai le pouvoir, non seulement de vous déculpabiliser, mais encore de vous redonner une vie, un corps et votre individualité s'épanouissant dans une réalité où vous n'aurez pas à comprendre la science, à boire son encre, mais à lui ordonner tel un roi ordonne à ses sujets que sa volonté soit faite ! Tel est mon monde, tel est mon royaume, telle est la résurrection : le Royaume où chaque Être est Dieu, où chaque-Un est Fils. Ici-bas, ce monde s'appelle le monde de la foi seule. Heureux celui à qui je donne d'y entrer »
« La Loi n'est donc pas abolie pour tous ceux qui ne croient pas en moi — sinon l'homme retournerait à l'animalité ; mais elle est abolie pour ceux qui ont foi en moi. Ne demeurent pour l'homme de foi que les lois physiques, en attendant la résurrection où même ces lois lui seront alors assujetties ; mais quant à la spiritualité de la Loi et des morales, elle est tombée pour l'homme de foi : il n'est plus redevable aux lois dans le domaine spirituel, il est sa propre moral, il est, selon votre langage, un anarchiste : « Je voyais le satan tomber ». Par la foi seule est donc accomplie la Promesse que la Loi aussi percevait — mais elle est accomplie sans la Loi. J'ai ôté votre fardeau. Pourquoi donc s'en ressaisir en construisant vos temples ecclésiastiques, vos dogmes, vos règles morales et spirituelles, et en vous agenouillant aux pieds de vos obéissances ecclésiales ? »
La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller
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