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Les manières de considérer le Christ sont nombreuses dans les assemblées chrétiennes. Comment y voir clair dans tout cet embrouillamini ?
Dernière modification par Stéphane (08-07-2013 19:22)
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Certes, le constat est particulièrement déséquilibrant, et une mère n'y retrouverait pas ses petits. Mais ne faut-il pas précisément cesser de chercher à y voir clair ? Et n'est-ce pas justement une bonne chose que d'être dans l'incapacité de nous saisir de la vérité ? Et se saisir de Dieu n'est-il pas l'un des plus grand malheurs que connaît l'humanité ?
« Qu'on ne nous reproche pas le manque de clarté, car nous en faisons profession… » disait Pascal. Et Chestov de commenter ainsi : « Pascal connaissait la doctrine des jugements clairs et distincts proclamée par Descartes ; et il trancha : Je ne veux pas de clarté. C'est-à-dire que la clarté et la netteté tuent la vérité. »
Kierkegaard pensait de même à propos du Christ, ainsi qu'il le dit ci-après :
« Et c'est pourquoi, pour le christianisme, la vérité ne consiste pas à la savoir, mais à l'être. […] Christ n'était pas celui qui savait ce qu'est la vérité, mais était la vérité. Non qu'il ignorât ce qu'elle est ; mais quand on est la vérité et que l'exigence est d'être la vérité, la savoir, c'est en être privé. Car si l'on est la vérité, il va de soi que l'on sait ce qu'elle est, mais non inversement ; et c'est justement pourquoi l'on tombe dans l'erreur quand on dissocie savoir la vérité de l'être, ou quand on identifie la savoir et l'être, puisqu'il faut dire l'inverse : être la vérité, c'est la même chose que la savoir, et Christ n'aurait jamais su la vérité s'il ne l'avait été ; et nul ne sait de la vérité plus qu'il n'en exprime. […] On ne peut savoir la vérité ; la savoir, en effet, c'est savoir qu'elle consiste à l'être, et dans ce savoir que l'on a d'elle, on sait que la savoir, c'est en être privé. »
Et concernant l'Histoire, dans le même ouvrage, voici ce qu'il dit :
« Peut-on par l'Histoire savoir quelque chose de Christ ? Non. Pourquoi non ? Parce que, absolument parlant, de « Christ », on ne peut rien « savoir » ; il est le paradoxe, objet de foi ; il n'est que pour la foi. Mais comme toute transmission historique est transmission de « savoir », on ne peut rien savoir de Christ par l'Histoire. Car si l'on peut savoir de lui quelque chose, peu ou beaucoup, il n'est pas celui qu'il est en vérité. On sait ainsi de lui autre chose que ce qu'il est ; en d'autres termes, on ne sait rien de lui, ou l'on sait de lui quelque chose d'inexact, bref, on est trompé.
L'Histoire fait de Christ une autre personne qu'il n'est en vérité ; permet-elle donc de beaucoup savoir, de Christ ? Non, pas de Christ, de qui l'on ne peut rien savoir, car il est seulement objet de foi. […] Jésus-Christ est objet de foi ; il faut ou bien croire en lui, ou bien être scandalisé ; car « savoir » signifie précisément qu'il ne s'agit pas de lui. »
Que disent ces deux grands penseurs finalement, sinon que le savoir est utile, indispensable même, car il est le propre même de la révélation par la négation. Tant que l'homme boit ce breuvage et le trouve sucré, délicieux, y bâtissant des clartés et des nettetés, c'est qu'il n'entend pas encore le « non » de la révélation — aussi est-il bien loin du « oui ». Le « oui » vient, la révélation positive vient, dés lors où le breuvage de la claire raison devient amère, soit donc, lorsqu'il est incapable d'atteindre ses promesses : de nous donner la vérité. C'est alors que l'homme cherche d'autres moyens pour la rencontrer. Les imbéciles, bien sûr, se tournent à cet instant vers l'expérience, pensant ici se différencier du savoir et des savants, mais ils deviennent encore plus aveugles qu'eux. En effet, l'expérience est bien le premier pas de la recherche scientifique, car l'expérience prouve, elle est distincte, nette précise, indiscutable. Aussi l'expérimentateur avec ses expérimentations finit toujours par théoriser son infaillible et papale expérience — il la tourne en dogme, en lois mathématiques.
Il s'agit donc de se tourner ailleurs, vers une dimension de la pensée que le Christ appelle la foi, que Paul évoquait en parlant de la folie, et qui est finalement la recherche de l'impossible. Or, qu'est-ce qu'est cet impossible, sinon ce que Kierkegaard sous-entend plus loin ? Que la vérité, c'est que je la devienne. C'est que chaque-Un puisse un jour, lui aussi, affirmait ce Scandale : « Je suis la vérité de mon existence, et ce monde que j'affirme, que je fais naître, il est le royaume de ma vérité, il est un royaume de Dieu dans son infini des possibles. C'est pourquoi je pourrai un jour le défaire et le refaire à volonté, ainsi qu'il plaît aux fils de l'impossible de changer de vérité : de vivre. »
La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller
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J'entends ce que tu dis et c'est assurément un « souffle existentiel » qui te pousse à une telle analyse, car déjà tu sembles t'apercevoir qu'on ne peut Le connaître si l'on apprend pas à marcher sur l'eau : « à partir sans savoir où l'on va ». Toutefois, il ne faut pas se hâter à établir de conclusion, car conclure c'est déjà affirmer une vérité, et donc tomber dans le piège dont on fait la critique. Il n'y a pas de vérité générale, c'est-à-dire de conclusion, il n'y a pas UN chemin universel dont on peut dire qu'il est la conclusion. Le chemin c'est Lui, l'Être, aussi est-il propre à chaque-Un et différent pour chaque-Un. Il nous faut parfois prendre les grandes autoroutes et d'autres fois un sentier de montagne, parfois même nous traîner sur le sol et manger la poussière… Mais la question est de savoir si le chemin sur lequel je vais, ici et maintenant, si ce chemin me mène vers Sa découverte, vers celle que je fais et ferai, moi, personnellement de Sa personne — soit donc vers mon existence, vers mon « je suis » — car tel est bien son but à notre égard ! Ou bien là où je chemine me mène-t-il à une imitation, à me fabriquer une image définitive et figée de Lui, une image qui est en réalité la tentation de Le graver dans la pierre, de Le sculpter à partir de preuves : de théories religieuses ou d'expériences religieuses. Toute conclusion est dès lors un chemin de ce type. Toute conclusion me conduit vers un faux-christ, et de fait vers un faux-semblant de moi-même ; vers ce que je ne suis pas et que j'essaie d'imiter religieusement, moralement, c'est-à-dire scientifiquement (avec des feuilles de figuier).
Mais sur le chemin de Sa découverte, finalement, tout concourt pour celui qui cherche en vérité ; même le mensonge, et même dévier n'est pas dévier pour celui-ci, car l'égarement même le conduira encore vers ce qu'il cherche, Dieu étant capable de tout retourner et de tout faire disposer en la faveur de cet homme qui Le cherche ; en réalité vers cet homme qu'Il appelle ! Car nous ne le cherchons pas, c'est Lui qui nous cherche et nous appelle. Ainsi, faut-il rappeler cette pensée talmudique : « Lorsque tu es en chemin, ne demande pas ta route à quelqu'un qui te l'indiquerait, car alors tu ne pourrais pas te perdre ».
C'est pourquoi, dire que « L'analyse historique de la vie de Jésus, ne sont pas des moyens direct pour le connaître réellement. », c'est vrai, parce que croire que là serait le chemin définitif, c'est se leurrer ; mais c'est faux en temps que nous avons besoin, hélas, de nous perdre dans une vérité absolue, c'est-à-dire d'abord croire « en théorie et par la preuve », d'abord de croire que nous avons trouvé et saisis la vérité : saisis Dieu ! Nous avons besoin de savoir que notre nature même est perdue parce qu'elle est raisonnable, que nous sommes condamnés parce que nous croyons savoir. Or, la vérité dernière veut nous révéler à son propos qu'il ne s'agit pas de savoir, mais d'Être. C'est pourquoi l'Évangile est un triple discours du Christ : un sur la Loi, un autre sur la Foi et le dernier sur le Royaume des cieux. La Loi, en tant que preuve, est l'image de cette possibilité de chemin qui serait définitif ; la Loi est elle-même une théorie tout autant qu'une expérience religieuse, et elle est indispensable à l'homme dans son cheminement vers le Christ. Pourquoi ? Parce que le rôle de la Loi est de dire « non », de nous fournir une « révélation négative de Lui », de nous affirmer qu'elle ne peut donner ce qu'elle promet. De nous dire qu'elle ne le peut parce que notre nature même rend cela impossible : nous sommes trop raisonnables, trop « pécheurs », nous sommes trop certains que « tel est le bien et tel est le mal ». La Loi, l'étude, l'expérience religieuse ont donc raison dans le fond, mais elles nous conduisent dans une impasse, ou plutôt, c'est nous qui les conduisons dans l'impasse, du fait de ce que nous sommes, du fait que nous ne voulons pas mourir à cela. Du fait que nous voulons précisément les couronner tandis que Dieu, Lui, veut Nous couronner et disposer ces « vérités » à notre service.
C'est-à-dire, dira ailleurs Luther, que « la loi et la foi sont unies dans l'intention » ; mais la Loi n'a pas la puissance de sa promesse. Pour accomplir cette promesse, il faut quitter la Loi : c'est la conclusion même de la Loi pour celui qui, en elle et par elle, vit une révélation négative de Dieu, c'est-à-dire lorsqu'il entend son « non ». Ainsi fut l'expérience d'Élie qui comprit que Dieu n'était pas dans la Loi, dans son tonnerre, ses terribles tremblements, dans l'évidence donc, mais qu'Il est dans le murmure de la Foi, dans le secret et l'intimité avec Dieu. De prophète intégriste et violent, il devint prophète de la foi. De même, lorsque le Christ annonce qu'il est venu accomplir la Loi, il affirme être, Lui, la possibilité d'accomplir ce qu'elle promet, mais sans elle, et même contre elle, contre l'affirmation religieuse qu'elle serait la Vérité. Accomplir la Loi, c'est l'abandonner ! C'est précisément ce que cherche à faire prendre conscience la Loi à l'homme ; à le faire basculer dans ce qu'elle ne connaît pas : dans la Foi. C'est la pensée dont parle Paul dans Galates à propos du tuteur pour l'enfant, le tuteur étant précisément l'espace religieux, moral, certain, expérimental où l'homme est dans l'absolue certitude d'avoir acquis la Vérité.
Plus il en est certain, plus haut il monte, et plus sa chute sera sévère, mais à contrario, plus l'intimité avec le Christ lui fera dès lors entendre le « oui ». C'est pourquoi la plupart des hommes de foi que nous prenons comme modèles ont souvent été précédemment dans l'extrême ; soit dans la froide vérité raisonnable, intellectuelle, légaliste ; soit dans la chaude passion de la chair, de la violence… Aussi ne faut-il pas renier l'étude (historique, théologique…), et l'expérience ekklésiastique comme si l'une et l'autre étaient fausses, mais il faut s'en servir. Qu'est-ce que le piège ? Le terrible piège. C'est de trouver dans cette religiosité un chemin de compromis entre la loi et la foi, entre la raison et la déraison, entre le froid et le chaud : c'est de tomber dans la tiédeur. De faire par exemple de l'Église le corps de la vérité, ou de faire du « Jésus de l'histoire » le chemin idéologique de la vérité, etc. Et qu'est-ce que la révélation du « oui » ? C'est d'aller au-delà des extrêmes et de leurs tièdes compromis. C'est de basculer dans la foi, de partir « sans savoir où l'on va », de devenir adogmatique, irréligieux : de suivre le Christ en somme, c'est-à-dire l'Incognito qu'Il est. Sa présence, c'est son absence et « qu'on ne nous reproche pas notre manque de clarté, nous en faisons profession ». Heureux celui qui parle en paraboles.
La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller
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Ha oui, jurer comme un charretier est totalement inconcevable dans les milieux puritains… Je connais cela, car j'aime moi aussi user de ma liberté de langage, aussi je comprends ce que tu dis à propos de la discussion que tu évoques. Je dois dire ne pas user facilement de cette liberté lorsque j'écris, car on ne sait qui est le lecteur. Il convient, bien sûr, de savoir si l'autre en face peut supporter une telle liberté dans ce domaine ; c'est pourquoi lors de rencontres personnelles, si j'estime que l'autre peut le supporter, je ne me prive pas.
Non seulement il se trouve dans le langage grossier de nombreuses expressions que le langage dit « poli » ne parvient pas à égaler avec son dictionnaire — tant il se cadre dans ses interdits… Mais surtout, il peut être libérateur, d'une certaine manière, pour celui que la religiosité répugne. De toute façon, toutes les offenses faites aux règles sont scandaleuse pour l'amant de la morale. Chercher de l'argent dans un poisson pour payer ses impôts, c'est déjà une offense à la morale, une offense au travail honnête et méritoire.
L'interdit de jurer, c'est comme les ambulances en Belgique : il paraît qu'elles n'ont pas le droit de griller les feux rouges, même si un mec est en train de crever. Pourtant, griller un feux ou un stop, dans la certitude d'une absence totale de danger, bien sûr, c'est faire la démonstration que la loi, comme la morale, ce sont des choses mortes. C'est-à-dire que les règles sont faites pour l'homme et non l'homme pour elles. Rien ne sortira du feux ni du stop, et aucun des deux ne sait même ce que je fais si je n'obéis pas à la menace de m'arrêter. Ce qui compte, c'est de ne pas offenser l'autre, ni de le blesser. De même, si l'ambulance doit laisser un gars crever dans son agonie pour être couronner devant la loi, alors malheur à l'ambulancier ! Malheur à l'impératif catégorique de Kant.
On peut donc sauver une vie par immoralité, et la perdre par moralité. De même que jurer comme un charretier peut être une occasion de chute tout autant que le puritanisme. Ce qui compte, c'est de savoir à qui on a à faire, si l'autre est capable ou non d'entendre que dieu est maître de la loi, qu'il peut briser le shabbat, sortir de la bienséance et du conformisme… et bien plus encore !
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Oui, je suis bien d'accord, car parler n'est que la première expression d'une chose qui précède cette parole : le Vouloir. Or, le vouloir, c'est du caché. Dieu nous a rêvé avant de nous créer. Je crois que j'en parle un peu ici : Au commencement, alors que je tente de dire que finalement : au commencement était le vouloir.
Exister, c'est somme toute extérioriser ce qui est intérieur, ainsi que le suggère l'étymologie du verbe « exister ». Je suppose que c'est de Son vouloir dont parle le Christ lorsqu'il parle du Père, c'est-à-dire de lui-même en réalité, mais de Lui qui n'était pas connu et que l'histoire n'est donc pas capable de faire connaître. Car la parole n'est pas cachée — elle. Elle est le « premier » instant dans un processus durant lequel la volonté, elle qui précède sa propre parole, va donc incarner par sa parole ce qu'elle a d'abord voulu dans son intimité. Elle ne dévoile pas cette intimité, elle ne dévoile pas le Père : elle l'évoque. Puis l'existence devient enfin pratique et concrète. La parole « matérialise » enfin, elle fait naître son vouloir dans la réalité, dans cette vie bigarrée, mouvante et particulière donc, et cette vie-là va alors d'autant plus n'être qu'une évocation du caché, du vouloir, c'est-à-dire de l'esprit de la parole, du Père. Ainsi donc, le réel devient son allégorie ! Il est un jeu par lequel les êtres s'aimant dansent, voulant s'aimer intimement et se dévoiler, mais le faisant dans une sorte d'art de s'aimer où la liberté de l'autre prime sur tout — même sur ce qui est raisonnable. Ici n'existe d'autre règle et d'autre loi que l'Autre.
Pour ce qui est de l'expression « prisonnière de son corps qui n'est qu'un véhicule », je sais fort bien que ce n'est pas ta pensée, mais je précise un peu pour les nombreux visiteurs anonymes du forum, afin que personne n'imagine que nous soyons en accord avec la pensée hindouiste qui considère le corps comme coupable. Le corps, c'est l'âme, tout comme ma vie réelle est finalement mon âme, mon petit royaume ; ma vie et mon corps sont bien l'expression de ma volonté, de mon intériorité qui essaie de s'extérioriser.
Or, à partir du moment où je soumets ma volonté, non plus à ma liberté, mais à une parole réglementée, c'est-à-dire à une parole qui traduit la vie, non comme si j'en étais le roi, mais comme si la connaissance en était la Reine… en ce cas, je vais incarner ma vie selon, au travers et par le média de cette parole devenue morte car définitive. C'est toute l'expression du « raté », du péché humain qui est à genoux aux pieds de l'arbre des connaissances dans la Genèse. Le corps devient l'expression, non plus de ma royauté, là où ma parole est libre d'exprimer la volonté de mon esprit, là où tout est possible, mais il devient l'expression d'une prison. Prison de la connaissance, laquelle affirme l'impuissance de ma liberté que j'ai perdue presque totalement ; laquelle connaissance limite le possible à ce qu'elle sait. Dès cet instant, mon corps, c'est-à-dire mon âme, tombe, et toute la terre tombe avec lui, toute la Création, car mon corps aurait du être un royaume ! L'homme a été donné par Dieu pour être engendré de lui tel un dieu ; mais de roi en devenir et édictant ses vérités, il s'est fait esclave de vérités éternelles qu'il invente en contemplant la connaissance. Béat comme l'est un benêt qui sait tout.
Ayant renié sa vie, il se meurt et devient corruptible. En ce sens il est en prison dans son corps, non parce que le corps est mauvais en lui-même, mais parce que l'homme a perdu librement le corps qu'il aurait pu choisir d'avoir. Il s'est fait une création, un monde et un corps raisonnable, limités par les lois de la sagesse humaine. Soit donc, son identité est corrompue et il ne sait plus qui il est : il ne peut qu'imiter. L'hindouisme a donc tellement peur de la liberté, qu'il condamne comme un damné, et le corps et l'individu avec. Tandis que l'Écriture aime tant la liberté, qu'elle le ressuscite incorruptible, donnant à l'homme une autre chance de s'incarner dans l'infini des possibles ; non plus par les connaissances, mais par l'esprit : dans le Père. Cette nouvelle identité, bien sûr — nul ne peut la connaître vraiment si ce n'est celui à qui elle est donnée et qui la reçoit. Chaque-Un reçoit « un nom nouveau que personne ne connaît, si ce n’est celui qui le reçoit » (apo. 2). Être un, c'est d'abord respecter l'intimité et le particularisme de chaque-un, afin que s'aimer soit un consentement. C'est ainsi qu'aimer devient une explosion de joie, une puissance où non seulement tout est possible, mais où l'autre est mon roi et moi-même son roi ! Tandis que dans l'hindouisme, être un est une grande partouze où chacun viole l'autre tout en étant lui-même continuellement violé par l'autre : Nul ne reçoit un nom nouveau, mais tous portent le même nom : Totalité. Tel est le nom de l'enfer, lui qui consiste à ne plus être, c'est-à-dire où tous doivent servir un Absolu.
La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller
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