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#1 16-08-2013 20:15

Stéphane
замед [zamed]
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Faut-il imiter le Christ ?

André Malraux a écrit qu’« on ne ressemble pas à ceux qu'on admire en imitant leurs œuvres ».

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#2 18-08-2013 13:53

ivsan otets
админи
Lieu : france
Inscription : 24-06-2012
Messages : 338
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Re : Faut-il imiter le Christ ?

  Très exactement, car sinon le christ serait un créateur qui crée, tandis qu'il est un père qui engendre — la trinité est une supercherie.

  Or, quelle différence y a-t-il entre une créature créée par un créateur et un fils engendré par un père ?

  Dans le fait que la créature n'est pas autonome d'abord, mais qu'elle dépend de son créateur ; de même que nos robots dépendent entièrement de nous et ne conçoivent pas notre liberté, si ce n'est de façon binaire, dualiste, ainsi que peut connaître l'ordinateur. — Et, secondement, dans le fait que la créature n'est que l'image, c'est-à-dire l'ombre de son créateur dans laquelle elle vit uniquement. Elle ne vit pas dans sa lumière, dans son intime. Elle n'a pas la Nature de son créateur, mais une apparence de sa nature : elle est et vit dans « l'ombre des choses à venir » dit la bible d'ailleurs. La créature, l'humain donc, c'est-à-dire l'être édenique n'est en vérité qu'une allégorie de ce qu'est le créateur au-delà du créateur. L'homme est l'allégorie du fils de l'homme. C’est pourquoi dit le texte : « l'humanité a été créée à l'image de Dieu ». La créature ne connaît que l'ombre de dieu et ne Le connaît pas réellement dans ce qu'Il est au-delà. Ainsi l'appelle-t-il le Créateur et n'a-t-il avec lui qu'un rapport de dominant à dominé, d'obéissance à commandement ; de la même manière que l'homme intelligent, le scientifique, le moraliste et le religieux n'ont de rapport avec leurs vérités éternelles que par la soumission qu'ils leurs manifestent : parce qu'ils voient et jugent tout sur les schémas dogmatiques du bien et du mal. Dieu leur est caché, et il leur cache son intimité, son être intime et son intime projet.

  La créature, en tant qu'allégorie du Père nous dit que le créateur n'est pas dieu précisément parce qu'il n'est que Dieu : dieu n'est donc que la prophétie du Père. C'est pourquoi il faut lire tout texte de la droite vers la gauche, risquant alors de se voir traiter comme Paul : « il dit des choses difficiles à comprendre… il philosophe, il s'égare et son trop grand savoir le fait déraisonner… » ; précisément parce que Paul lisait l'allégorie de l'AT, ôtant ainsi au religieux toute possibilité d'une lecture réaliste où il reste figé au créateur sans jamais atteindre le Père, c'est-à-dire le messie. Soit donc, le commencement n'est pas le commencement : il n'est pas l'origine. Il n'est que le commencement d'un projet dont l'ultime dévoilement dévoilera l'origine et le projet originel, lequel est éternellement caché à ceux qui pensent intelligemment en mode dogmatique et selon l'évidence de preuves. Ainsi est-il même caché aux anges, c'est-à-dire aux vérités les plus lumineuses et luminescentes que la connaissance du bien et du mal, que les sciences, morales et autres philosophies sont capables de produire en se proposant comme la « révélation ».

  Aussi en est-il tout autrement des fils — ils sont précisément la mort de l'allégorie et l'entrée dans l'accomplissement de ce vers quoi cette allégorie appelait. Ils sont le réel, le concret : de la Vie dans toute sa vitalité, une vitalité qui ne peut être surpassée ! La résurrection est La vérité et tout ce qu'il y a avant est, soit sa prophétie, sa la prophétie de son manque : ou bien l'on vivra dans sa résurrection, ou bien l'on vivra dans sa mort, mais l'entre-deux n'existe pas. L'entre-deux de l'ici-bas n'est que l'ombre de cet accomplissement, et vouloir stopper l'ombre, c'est-à-dire faire descendre la résurrection ici-bas, c'est le chemin le plus direct pour ne pas y entrer. Les fils de l'homme crient donc que notre réel de l'ici-bas n'est qu'une chimère ; qu'il ne sera jamais donné à personne de se saisir de l'ombre pour faire cesser son mouvement : la paix sur terre ne sera jamais et le messie ne reviendra jamais ! La seule alternative est de sortir de l'ombre pour entrer dans la lumière, soit donc, aux yeux du monde : d'être caché. Le Fils, c'est la mort du dieu-créateur, et c'est l'incognito dont parle Kierkegaard ; et c'est aussi la mort de la créature et de tout le crée, laissant soudain apparaître le père et l'engendrement de ses fils. Le fils, c'est l'impossible, tout simplement. Parce que le fils est de même nature que le père, non plus son ombre. Ainsi n'a-t-il plus avec lui un rapport de dominant à dominé : il est autonome et reçoit de lui l'infini des possibles : « rien de vous sera impossible ».

  Scandale et suprême scandale que de prétendre à une telle familiarité avec Dieu au point d'être autonome vis-à-vis de Lui : d'être libre. Scandale et suprême scandale que de prétendre dire et vouloir faire les choses à sa manière et non comme imitant un dieu tout-puissant, totalitaire. Toutefois, je suis d'accord avec toi Le nuage blanc : « on ne ressemble pas à ceux qu'on admire en imitant leurs œuvres », et c'est là qu'est tout le propos du christ : « On ne me ressemble pas en m'imitant, mais en recevant ma nature ». Impliquant en cela de mourir à notre nature naturelle, logique, religieuse, morale et toujours encline à précisément imiter l'idole. C'est-à-dire qu'il s'agit de tuer les idoles des dieux, qu'ils soient monothéistes ou scientifiques, car en tant que « vérités toutes-puissantes », ils sont pareillement des idoles. Le Christ, c'est tuer l'idolâtrie du YHWH imprononçable au même titre que Brahmā, le gros Bouddha ou Allah, ainsi que les dieux Darwin, Einstein, Newton avec les vérités de la physique quantique et de l'astrophysique qu'ils sont pondus. Mais surtout, cela implique qu'en recevant la nature divine on reçoit de Lui la liberté, c'est-à-dire l'autonomie et le fait d'être ce que je suis — jusqu'à l'impossible. Soit donc, de ne plus imiter personne ! Boire le sang qui coule de la croix, c'est-à-dire recevoir Sa nature, c'est assumer sa liberté ! Et c'est un feu !

  Eh quoi ! où est le scandale ? Dans le fait d'être libre ? Pourquoi ? Parce que la liberté serait désobéissance ? Oui ! elle est désobéissance à tout ce qui s'impose comme vérité tout-puissante, à tout ce qui s'impose comme Dieu, commandant, autorité… Le christianisme est en essence un anarchisme : une absence d'autorité. Aussi est-il une passion : il est de la Vie. Une passion à l'égard de Celui qui est vraiment un Père, c'est-à-dire qui m'offre — enfin — d'être ce que je suis, qui m'y encourage, qui est mon premier « supporter ». Une passion à l'égard de ce Père véritable qui fait de moi un Homme et plus exactement un fils de l'homme, qui s'en réjouit, qui me serre fièrement dans ses bras parce que je bois à sa liberté d'Être. C'est une passion à l'égard de mon Père, de sa Vie, parce qu'il se plaît à mon audace qu'est la sienne, à notre outrecuidance ! Parce que mon effronterie, mon irrévérence et même mon arrogance qui va jusqu'à sacrifier ici-bas ce qui est le plus précieux aux yeux des sages, cette liberté disais-je donc, c'est la sienne, c'est sa nature même par laquelle il me donne d'affirmer ma filiation. Or, quand on aime, et son père et ses frères qui vivent dans l'esprit de cette même liberté, nul ne dira que l'autonomie est solitude ! Elle est précisément tout le contraire puisqu'elle m'offre d'aimer librement, c'est-à-dire qu'elle m'offre l'amour avec un grand « A » — sans contrat. Qu'est-ce que l'amour sinon d'aimer sans la condition d'être dans le cadre, mais bien au contraire : plus je suis, plus je suis aimé, et plus j'aime celui qui est ce qu'il est. Imiter l'autre, c'est rater l'amour. Ainsi donc, connaître le Christ, c'est ne pas faire de lui une figure historique pour l'imiter comme un benêt qui deviendrait finalement le clone d'un faux-messie, mais c'est avoir le cran, jusqu'au sacrifice, d'être par moi-même sa figure contemporaine dans mon ici et maintenant à nul autre pareil.


La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller

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