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Il y a actuellement sur le net évangélique mais aussi « séculier » un certain « prophétisme » annonçant avec forces trompettes des catastrophes imminentes, notamment concernant la chute du système actuel, qu'en penser ?
Je pense à Michelle d'Astier, mais aussi à des « prédicateurs » comme Christian Pellone.
Mais aussi à Alain Soral, Piero san giorgio, ainsi que les survivalistes et autres affiliés.
C'est parfois intéressant ce qu'ils écrivent ou proclament, et ils sont convaincus et donc convaincant...mais ils sont quelques peu « outranciers » qu'en pensez vous ?
Sont ils manipulés par « l'esprit du temps » comme pendant la guerre froide et sa terreur nucléaire ou sont ils finalement dans le vrai ?
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Je lisais dernièrement un article sur les gisements de pétrole américains de Prudhoe Bay, dans l'Alaska, au-delà du cercle arctique. Un économiste parlait de la gestion de ce site par rapport à l'écosystème – dans une perspective de deux générations. Deux générations ! Quel courage, me suis-je dit, de se projeter ainsi sur 80 ans, c'est-à-dire environ un demi-siècle après sa mort – à supposer que cet économiste ait 50 ans et décède à 80 ans. D'autant que c'est une projection totalement aléatoire, car la réalité peut fort bien totalement démentir sa perspective et la rendre même ridicule. En plus, il n'aura même pas connaissance de la valeur de son calcul au sein de son tombeau.
Cette passion pour le collectif au-delà de son individualité me rend perplexe. C'est une passion pour l'espèce humaine, en général donc, et au détriment de sa personne individuelle, laquelle, somme toute, passe comme secondaire et valeur seconde. Certes, on a envie d'applaudir, et pourquoi pas même de lister ce genre de personne pour le prix Nobel… En ce qui me concerne, c'est tout le contraire. Je fuis ces gens-là comme la peste. Mon adage est celui de Dostoïevesky : « Que le monde périsse pourvu que je boive mon thé ! »
Les survivalistes sont atteints de cette même maladie : il faut coût que coûte faire perturber le monde – sauver le monde ! Alors bien sûr, on est plein d'attention devant une telle vertu et un tel amour pour l'humanité, car chacun craint en secret pour sa peau. Au cas où le monde s'écroule réellement, comment, moi, je m'en sortirai ? C'est en outre un jeu d'enfant de soulever la vague d'une telle menace ; on trouve un argument sous chaque pierre qu'on soulève : pollution, injustice, surpopulation, maladies… Et il est ensuite tout aussi facile de proposer un autre système politique, mystique ou technologique qui remplacera le système défaillant et permette à l'Espèce de ne pas s'éteindre. Bref, ce genre de prophète de malheur, c'est un enfant de maternel qui prophétise à d'autres enfants de maternelle.
Il n'y a qu'une seule chose qui compte. Ce n'est pas le monde, mais c'est mon monde ! Et à ce titre, inutile de jouer au prophète. Dès que l'enfant naît et hurle pour la première fois par lui-même, il annonce sa mort. Nous naissons pour mourir – et cela n'est pas une prophétie, c'est la vérité.
Si les d'Astier, Pellone, Soral et autres Piero san Giorgio avaient réellement du cran et du courage, c'est l'adage de Dostoïevky dont ils s'efforceraient de résoudre l'énigme : « Ton monde, petit homme, ton monde va périr, c'est certain, et un jour tu ne pourras plus boire ton thé ». Mais voici, on préfère s'intéresser à l'Espèce humaine pour éluder la question qui est réellement importante, et qui est celle-ci : « Prépare-toi – toi ! à mourir ! » Or, ici, la méthode des survivalistes sauvant le monde avec leur canif, leurs cultures de légumes, ou encore avec la trompette des anges et leur messie-Roi pour les plus mystiques… aucune de ces méthodes n'a plus aucun sens lorsque notre propre mort nous regarde en face. Devant la mort, c'est Job et Dostoïevky qu'on appelle à l'aide : « Que la monde périsse, mais que je boive mon thé ! »
Pour moi, c'est un survivaliste de ce type que je cherche. Un survivaliste qui s'intéresse à moi, à mon thé, à mes biens, à mon vouloir. S'il est assez puissant pour s'occuper de mon être, pour faire en sorte que ce qui a été jamais n'ait été, pour me délivrer de la terrible loi des causes et des conséquences ; si son amour pour moi est plus puissant que ma mort individuelle – c'est cela seul qui compte ! Si tel est le cas, il est aussi puissant pour faire de même avec mon prochain. Quant à l'espèce, il s'en moque autant que je m'en moque. C'est l'individu qui l'intéresse ! Voilà un survivaliste sérieux. Le reste n'est que vanité – des chiens qui aboient, des rats qui se battent pour sauver le bout de gruyère de ce monde ici-bas qui demain leur sera à coup sûr enlevé.
La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller
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Amen
...
Nageons donc à contre courant, Le courant est fort quand même.
Dernière modification par Thamis. (20-11-2013 18:31)
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Je me souviens dans les années 80/90 c’était "the day after"..."mad max"...ou quelques années plus tôt "la planète des singes"...bref la peur atomique.
Il y a 3 ou 4 ans c’était la grippe aviaire, un monde de fous...
Maintenant la crise de la dette.
C'est malheureux de vivre dans la peur...mais à t'on le choix ?...
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