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Bonjour à tous et à toutes,
Petite question de philosophie sur la fin des temps.
Dans la bible on parle d'apocalypse, de grande tribulation, etc....
Donc ma question est la suivante :
Est-ce que la fin des temps est une bénédiction ou une malédiction puisque la fin de l'humanité est aussi la fin de l'inhumanité ?
Je m'explique : La fin de l'humanité au sens où il n'y aura plus d'êtres humains vivants et libres de faire le bien ou le mal sur cette terre signifie également la fin de la souffrance des êtres humains.
Puisqu'il n'y aura plus de souffrance, est-ce que l'on ne peut pas considérer cela comme une bénédiction ?
Je sais que cette question pourrait en choquer plus d'un et plus d'une, mais moi je ne peux pas m’empêcher de me la poser.
Donc je voudrais savoir s'il y a des gens qui ont une réponse à cette question et connaître vos avis.
Merci.
En fait, j'ai déjà posé cette question sur le forum http://www.forum-chretien.com/post106234.html#106234; mais j'ai toujours pas eu de réponse. Alors je viens voir si ici vous avez plus de répondant.
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Salut cupe.
Vous suggérez donc que le texte biblique parlerait réellement d'une fin du monde ; d'une fin de l'Histoire terrestre et humaine, laquelle Fin pourrait donc être appelée « fin des temps ». Bon, je ne discuterai pas cela, et comme vous, je partirai donc du postulat que tel serait le propos biblique – c'est-à-dire que l'humanité devrait un jour toucher à sa fin.
À partir de cela, je lis votre question ; et vous dites que « la fin de l'humanité est en même temps la fin de l'inhumanité ». Vous confondez donc « être humain » et « être inhumain » comme si l'un et l'autre étaient inévitablement liés. Bon, je suis d'accord. L'être humain est autant inhumain qu'humain, et tout ce qu'il bâtit porte en soi une histoire inhumaine autant qu'humaine, cauchemardesque autant qu'idyllique… En somme, tout porte une odeur de raté. Et sachant que le véritable sens du mot « pécheur » est « raté » dans la langue hébraïque : un « pécheur » est en vérité un raté.
Or, qu'a-t-il raté cet homme ? Précisément, il a raté l'Homme ; aussi est-il en effet inhumain, mais tout en portant encore les traces de l'humain vers quoi il est appelé… mais qu'il ne peut atteindre. Et cet humain inaccessible qu'il ne peut atteindre, qu'il a raté et qu'il ne cesse de rater ; le Nouveau Testament l'appelle le Fils de l'homme. Or, le Christ se considère lui-même comme étant le Fils de l'homme, et comme le seul capable de faire naître en chaque « raté » que nous sommes cette nouvelle nature que Lui seul porte – après que celle du raté en nous ait été mise à mort cependant.
Bref… Je suis toutefois surpris par votre explication de ce « raté » qu'est l'humain-inhumain ; c'est-à-dire par votre définition du péché. En effet, vous dites que l'absence « d'êtres humains vivants et libres de faire le bien ou le mal » réglerait le problème de la souffrance. Soit donc, vous placez la souffrance dans la liberté humaine premièrement, et secondement dans une telle liberté qui consisterait précisément à donner à l'homme la capacité de faire le mal ou de faire le bien.
Voyons, cher ami, un tant soit peu de philosophie devrait pourtant vous faire comprendre la chose suivante ! Tant que l'homme conçoit la liberté comme une possibilité de choix entre le bien et le mal, alors il n'est pas libre ! Il est soumis à une théorie sur le bien et une théorie sur le mal ; lesquelles théories poussent sur le même arbre et ne sont antagonistes que de façon superficielle. Voici donc – c'est très exactement cette idée-là de la liberté qui est a la racine de cette inhumanité de l'humain dont vous parlez, de la nature de « raté » dont est faite l'espèce humaine. Soit donc, cette idée qui consiste à dire que la liberté serait une obéissance au bien contre le mal.
Mais enfin, il existe une autre liberté ! Et l'homme de cette liberté n'obéit pas plus au bien qu'au mal. Telle est la liberté du fils de l'homme en vérité. C'est pourquoi, pour ce dernier, tuer l'homme, et avec lui sa morale du bien et du mal, et toute l'Histoire de cette morale, toute l'Histoire de cette science, c'est-à-dire produire une « fin des temps », cela n'a aucun sens et ne résout rien. Ce qui compte pour lui, c'est de changer la Nature de l'homme, de faire de lui une autre créature qui ne conçoit plus la liberté comme une obéissance à une loi du bien.
En définitive, votre discours est très religieux. L'homme a échoué devant la liberté qu'il avait d'obéir au Bien ; sa disparition serait donc une bénédiction pour la Création, bien qu'elle serait une malédiction pour l'espèce humaine qui serait frappée par la disparition de l'espèce. Vous parlez donc d'enfer parce que vous concevez la liberté comme en enfer on la conçoit : en tant qu'une obéissance à une loi du bien contre le mal. Vous voilà donc coincé. – Certes, il faut de la Foi pour imaginer un Homme dont la nature est forgée d'une autre liberté, et je dois dire, en effet, que durant toute l'Histoire, seul le Christ donne la possibilité d'une telle espérance. Sans lui : il n'y a pas un seul homme – tous sont ratés. Moi, comme vous ! Sans lui, donc, l'Histoire peut cesser, parachevant ainsi le raté dont elle est faite puisque l'homme est maître de l'Histoire. Mais avec le Christ, tout au contraire, l'Histoire ressuscite en une nouvelle nature ; et cette nouvelle nature s'appelle : l'histoire individuelle – la vôtre, la mienne – comme étant supérieure à l'Histoire du général. En vérité, l'Histoire générale mérite bien d'être jetée au feu ! Mais celle de l'individu, pour le Christ, elle peut un jour commencer ! Elle peut naître en vérité donc, en Esprit, encore cachée ici-bas ; c'est-à-dire comme étant en elle-même le commencement et la fin, l'alpha et l'oméga. Telle est la bonne nouvelle où l'individu, en devenant un jour un fils de l'homme, sera enfin maître et roi de toute la réalité. Non pas ici-bas, mais après avoir reçu du Christ – directement – la victoire sur la mort même.
La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller
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