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j'ai découvert votre blog à la suite d'errance sur la toile. Bien m'en a pris ! j'ai 50 ans, et il y a 30 ans je découvrais la Bible. Avec effroi. L'AT m'a donné une peur panique, j'en ai perdu la santé physique et mentale pendant quelques mois. Après une "conversion" j'allais dans une "église" évangélique et pensais être né de nouveau. Mais pas trop engagé quand même, car Dieu fait peur. J'ai vécu ensuite 16 ou 17 ans dans une alternance de religiosité et de mondanité. Ma religion se heurtait avec des pensées incompatibles avec la sainteté, que faire? Je me reconnais dans vos écrits. Religieux, sous protection des autorités religieuses du groupe, et un savant mélange "Grâce/Loi". Une bouillie infâme.
Puis en 1997, après une formation missionnaire (où l'on m'a dépeint comme une "branche pourrie"), je me suis résolu à partir. C'était pourtant impensable auparavant. Je me suis justifié par les paroles de Jésus: "...vous ne serez pas comme les chefs des nations qui les (peuples, personnes) tyrannisent .." car les "autorités religieuses" de cette mission agissaient bien ainsi, beaucoup de pressions morales.
Puis ont suivi 10 années d'errance, comme inconsolable, considérant Dieu inaccessible,et où je suis retourné à ce que j'avais vomi et même pire! Ces dernières années j'ai rencontré des frères fort différents En me laissant libre, je cherche le Royaume des Cieux, et tandis que j'en étais à découvrir Dieu comme voulant me sauver, et passant par dessus ces pensées impures, et cette comptabilités sordide entre le bien et le mal, je suis arrivé chez vous. Et c'est un plaisir, dont je vous remercie vivement. Toutes craintes ne sont pas disparues: le religieux cruel n'est toujours pas loin et il faut vaincre bien des peurs pour sortir avec le Bon Berger.
Dernière modification par Parmelan (23-04-2014 15:48)
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Ravi de vous connaître Parmelan ; soyez le bienvenu. De plus, soyez donc totalement libre de vous exprimer sur ce forum, car il n'y a pas de flics ici, c'est-à-dire pas d'administrateurs qui censurent. Nous ne craignons pas le vis-à-vis et autres questions…
Soit dit, concernant le passage de 2 Pierre que vous citez : « Le chien est retourné à ce qu'il avait vomi… » ; je vous assure avoir depuis longtemps classé ce genre de remarque du Nouveau Testament comme loin de la pensée christique… J'y vois plutôt un poison qu'on inocule subtilement parce qu'on interdit au chrétien de toucher à la sacralité du texte. Rien d'étonnant d'ailleurs que cette épître soit mise en doute depuis l'origine comme n'étant pas de Pierre ! Elle a de plus d'étranges relents venant du texte de Jude ; là-bas, l'auteur semble d'ailleurs avoir totalement « pété les plombs » tant il est obsédé par la pureté ! C'est du judaïsme en somme. Et c'est bien là ce que signifie ce propos tiré des proverbes : « Comme un chien qui retourne à ce qu’il a vomi, ainsi est un insensé qui revient à sa folie. » (26.11). Ce n'est rien d'autre que l'enseignement de la Torah, ou encore l'enseignement d'une morale tout humaine, et dont je ne nie pas l'utilité sociale d'ailleurs : il faut bien dompter l'animal en l'homme pour faire de lui un animal intelligent, un citoyen, un être évolué ; mais cela n'en fait pas un « fils de l'homme » ! Essayer de faire passer ce discours comme inspiré du Christ en se revendiquant de Lui, c'est là une tricherie – intellectuellement bien tournée, je vous l'accorde.
Dès le départ le Christ montra que ce n'est pas ce qui entre en l'homme qui le souille : « Il n’est hors de l’homme rien qui, entrant en lui, puisse le souiller ; mais ce qui sort de l’homme, c’est ce qui le souille. » (marc 7.15). Voilà un propos proprement scandaleux puisqu'on pourrait reprocher au Christ de laisser aux hommes toute liberté pour se droguer, fumer ou encore faire entrer dans son lit n'importe quelle pratique sexuelle, etc. En réalité, pour le Christ, la notion de « péché » n'est pas directement liée au comportement – MAIS, à la nature même de l'homme ! C'est « ce qui sort de l'homme » qui pose problème, non ce qui y entre. Une personne ayant telle ou telle pratique – un héroïnomane par exemple – est certes dans l'addiction, asservie à une pratique, mais ce qu'ici la morale et la religion appellent « le péché » n'est pour le Christ que la partie visible de l'iceberg. La partie véritable est cachée, et c'est la nature de l'homme. De sorte que d'une nature d'homme raté – soit donc de pécheur en langage religieux – de cette nature-là ne peut sortir que des comportements ratés ! Et même si ces comportements brillent aux yeux de la foule, ils restent toutefois aux yeux de Dieu des ratés (des péchés).
Il s'ensuit que le chien peut fort bien avoir une attention toute religieuse à ne pas se souiller par son aliment, ou bien le porc peut avoir la même consécration religieuse à prendre des bains ecclésiastiques et ne pas se vautrer dans la fange avec l'homme du commun – le chien reste un chien et le porc reste un porc ! Le Christ n'a pas préconisé aux hommes ce type de pratique religieuse , ce rôle est imparti à la loi et aux morales ; le Chirst a directement annoncé qu'il fallait TUER cette nature de chien, de porc ou de je ne sais quoi de l'animal intelligent que nous sommes ! Le Christ a annoncé le Fils de l'homme et non pas l'homme pur. Il n'avait aucune illusion quant à cet homme religion-moral qui aurait été passé au karcher de la morale ou de la Torah, pour ne pas dire à la kachérisation de ses comportements.
Le puritain, bien qu'il se défende de réciter ses credo catholiques ou protestants, bien qu'il soit capable de convaincre par son attitude « pure » devant la Loi et à l'apparence irréprochable, il n'est en somme qu'un homme judaïsé. La Loi lui a servi à prendre conscience de l'abîme insondable de son cœur d'où peuvent naître les pires des comportements. Il s'en empêche, certes, limité sévèrement au joug de la Loi, mais il ne se fait aucune illusion : il est le MÊME homme, de la MÊME nature que tout homme qui désobéit à la Loi. Il est simplement dompté par le carcan moral, et en cela il est dans l'attente d'une solution nouvelle, impossible, divine : changer de Nature, être une nouvelle créature ! Il sait donc que tout n'est qu'histoire de temps et de circonstances pour que sa véritable nature l'entraîne dans les plus terribles comportements. Qui fait l'ange fait la bête ; et la plus pure des lois, la plus parfaite obéissance ne peuvent rien à cela : l'homme est un raté.
D'ailleurs, entre Dieu et l'homme, la différence n'est absolument pas dans la pureté entre un bien et un mal, elle se trouve dans la réalité suivante : la Nature de l'Être. C'est pourquoi tout est permis à Dieu, même de faire le mal ; et tous les prophètes l'ont depuis toujours reconnu : « N’est-ce pas de la volonté du Très-Haut que viennent les maux et les biens ? » (la 3.38) ; « Je forme la lumière, et je crée les ténèbres, je donne la prospérité, et je crée l’adversité ; moi, l’Éternel, je fais toutes ces choses. » (isa 45.7) ; « Sonne-t-on de la trompette dans une ville, sans que le peuple soit dans l’épouvante ? Arrive-t-il un malheur dans une ville, sans que l’Éternel en soit l’auteur ? » (am 3.6).
Or, pourquoi donc Dieu se permet-il de faire le mal ? Parce qu'il ne vise pas à plaire à une Loi du bien et du mal, mais il vise le projet suivant : Convaincre l'homme qu'il a besoin de devenir une nouvelle créature ; et de surcroit le convaincre que cette alternative lui est impossible. Aussi l'homme ayant pris conscience de cela n'a pas d'autre recours que l'impossible de Dieu – soit donc d'entrer dans la foi seule sans la loi. De fait, pour cet homme-là, craindre de se souiller n'est pas de mise. En effet, que craint un tel homme ? C'est précisément de n'être pas une nouvelle créature, de ne pas entrer dans le miracle de Dieu ! Or, l'entrée dans ce miracle ne tenant pas de ce qu'il pourrait faire ou dire, mais de Dieu seul, il peut donc se rassurer ; car si Dieu l'a voulu ainsi à son égard, ce n'est pas les quelques saletés de l'animal qui demeure encore dans sa personne qui arrêteront la main de Dieu – laquelle main a résolu, avant que naisse cet homme – qu'il sera un fils de l'homme ! Ainsi parlait le Christ.
Ne vous étonnez donc pas si son choix à votre égard est irréligieux ; ne vous étonnez pas non plus si sa faveur pour vous est hors de tous les dogmes établis, hors de la sagesse des chiens qui se croient purs… tandis que vous-même êtes encore si conscient de ce que vous êtes. Voyez-vous, moi aussi je ne suis qu'un raté, et tous les jours j'en ai la conviction – mais Dieu est plus grand que ma conviction, plus grand que mon cœur.
La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller
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