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#1 08-05-2014 18:25

dianitsa
админи
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Matthieu veut-il intégrer les nations au peuple juif ?

  Les juifs de Palestine du premier siècle avaient une vue élitiste de leur peuple. N'était fondamentalement juif que celui qui était né juif. Il est vrai que dans l'Ancien Testament Dieu ne reconnaît comme son peuple que ceux nés de son peuple, donc, cette exclusivité juive pour un Juif paraît jusque là, somme toute, chose normale.

  Cependant, Jésus, au cours de son ministère, bien qu'il s'adresse majoritairement aux Juifs, car, comme il le dit lui-même : il n'a été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël, s'occupe aussi de non-juifs, comme par exemple, de la femme cananéenne en Matthieu 15 qui demande les « miettes de pain tombées de la table des maîtres ».

  Mais Jésus n'est pas le seul à s'occuper de non-juifs. Car Matthieu, dans son évangile, semble aussi avoir une vue des desseins de Dieu étendue à toutes les nations. Comme cela nous est montré, par exemple, dans le verset suivant :

  « Mais Jésus, l’ayant su, s’éloigna de ce lieu. Une grande foule le suivit. Il guérit tous les malades, et il leur recommanda sévèrement de ne pas le faire connaître, afin que s’accomplît ce qui avait été annoncé par Ésaïe, le prophète : Voici mon serviteur que j’ai choisi, mon bien-aimé en qui mon âme a pris plaisir. Je mettrai mon esprit sur lui, et il annoncera la justice aux nations. Il ne contestera point, il ne criera point, et personne n’entendra sa voix dans les rues. Il ne brisera point le roseau cassé, et il n’éteindra point le lumignon qui fume, jusqu’à ce qu’il ait fait triompher la justice. Et les nations espéreront en son nom. » (Mattieu 12.15-21).

  Donc, d'une part nous avons un peuple juif élitiste, n'acceptant aucunement que des non-juifs s'intègrent à leur peuple, et d'autre part, « un » Jésus et « un » Matthieu s'occupant de ceux des nations pour semble t-il les intégrer au peuple juif.

  Comment expliquez-vous cette différence ?

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#2 11-05-2014 02:06

ivsan otets
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Re : Matthieu veut-il intégrer les nations au peuple juif ?

  1 — « Nous avons un peuple juif élitiste, n'acceptant aucunement que des non-juifs s'intègrent à leur peuple… » – Bon, c'est un peu vite dit cela… bien trop vite. Tout d'abord, la question de savoir ce que signifie être juif est une question extrêmement complexe ; ensuite, la possibilité de « devenir juif » suite à une conversion au judaïsme est tout à fait possible, bien qu'assez exigeante ; enfin, la citoyenneté juive est désormais une chose possible.

  D'autre part, si nous nous arrêtons au seul contexte historique – soit à l'époque même à laquelle Jésus de Nazareth parcourait encore cette terre, soit en considérant l'histoire juive dans son ensemble – le prosélytisme a toujours posé un problème. Certains affirment qu'il est un mythe, d'autres qu'il était très actif. Nous savons toutefois que le peuple juif a petit à petit groupé en son sein des hommes de différentes ethnies, et à l'époque de l'Empire romain on estime que les Juifs représentaient, environ 8, voir 15% de la population !

  D'autre part, le terme de « prosélyte » est présent à plusieurs reprises dans le NT : « beaucoup de Juifs et de prosélytes pieux suivirent Paul et Barnabas » (ac 15.45) – « ceux qui sont venus de Rome, Juifs et prosélytes » (act 2.10) – « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! parce que vous courez la mer et la terre pour faire un prosélyte ; et, quand il l’est devenu, vous en faites un fils de la géhenne deux fois plus que vous. » (mat 23.15).

  Ainsi donc, affirmer que « le peuple juif est élitiste et n'accepte aucunement que des non-juifs s'intègrent à lui », c'est là dire une chose ambiguë, et je pense même incorrecte. Enfin ! le fond de la théologie juive est quand même l'Universalisme. Les lois de Noé destinées aux Nations sont très exactement dans cette volonté de conduire l'humanité dans un judaïsme « soft ». C'est-à-dire que l'élection du peuple juif existe réellement dans la théologie du judaïsme, mais justement parce qu'elle a une Mission. Or, quelle est-elle ? C'est de conduire finalement le Monde vers Dieu, c'est-à-dire de conduire tous les hommes à l'ombre de cette élection, et de fait dans une sorte de fraternité où la Torah joue un rôle de liant. Le peuple juif, dans ses racines théologiques, est donc tourné vers les autres peuples, et il y voit même là sa raison d'être ou de ne pas être : sa sainteté serait en quelque sorte ce pouvoir d'assembler les Nations en une grande fratrie adorant les commandements et bâtissant par eux un monde parfait.

  2 — Je dois hélas porter le même jugement d'ambiguïté sur la phrase suivante de votre propos : « un Jésus et un Matthieu s'occupant de ceux des nations pour, semble-t-il, les intégrer au peuple juif. » — Il est vrai que la tendance de Matthieu va dans ce sens, et qu'il dessine en filigrane un visage de Jésus dont la mission serait celle-ci : attirer les Nations vers Lui, mais en tant que Messie juif ; et de fait construire un christianisme qui serait finalement un messianisme juif, une sorte d'évolution du Judaïsme qui accomplirait enfin son Universalisme en se servant d'un certain « Jésus » pour englober toutes les Nations dans son monothéisme… dans une version édulcorée de la Torah !

  Toutefois, pour ce qui est du Christ véritable qui se trouve derrière la tendance ci-dessus voulant esquisser un Jésus-juif, la rupture avec la Thora et le judaïsme a nettement été affirmée dans Ses propos et Son comportement au cours des Évangiles (raison pour laquelle Matthieu n'a pas grand chose a se mettre sous la dent pour appuyer son intention… il se contente de miettes et se tortille en quatre pour glisser ici et là le soi-disant judaïsme de Jésus). Bref… n'est-ce pas d'ailleurs cette violente rupture d'avec le Judaïsme qui a conduit le prophète de Galilée au procès et à Sa crucifixion ? Il serait donc incorrect de voir le Christ sous le jour d'une version améliorée et progressiste du Judaïsme ; et de tomber ainsi dans le piège de Matthieu, ou plus encore de Jacques dont nous voyons dans les Actes qu'il était motivé par le même élan. En effet, le Christ a détruit le Temple, renversé le Shabbat, a désacralisé la famille… Il a clairement annoncé qu'il est absolument inefficace et dangereux de vouloir coudre le judaïsme, c'est-à-dire la Torah, des lois morales générales ou l'idée d'une théocratie, avec le vêtement de la foi individuelle. Le Christ est venu jeter un feu sur la terre. Il a annoncé un discours qui ne peut définitivement plus être saisi dans ce cadre ancien, et pourtant nécessaire, de la religion ; c'est-à-dire de préceptes globaux destinés à un peuple, à un corpus d'hommes assemblés autour de ces commandements divins gravés sur pierre. Avec Lui, tout devient soudain une histoire individuelle et propre à chaque-Un.

  3 — De fait, votre question sur la différence entre, d'une part, le peuple juif que vous présentez comme fermé sur lui-même, et d'autre part, le Jésus de Matthieu ouvert aux Nations pour les conduire vers un nouveau Judaïsme – cette question-là n'a plus de sens. Car dans la réalité, l'extension universelle de la Torah, de ses codes de moralité par le média du Judaïsme, ce n'est qu'un reflet du même état d'esprit d'universalisme qui motiva un certain christianisme dans le premier siècle… puis par la suite : il n'y a pas de différence de fond selon moi. Le christianisme, à mon avis, a reçu bien plus de l'église de Jacques ; et celles de Pierre, de Paul ou de Jean se sont finalement plus ou moins soumises à cette dernière. Les Actes dépeignent d'ailleurs cette soumission.

  Par contre, il y a bien une différence entre le Christ et cette démarche-là… judéo-chrétienne somme toute. Et cette différence est la suivante : dans le processus du Judaïsme, ou de ce christianisme qui se prend pour un second Israël, l'élection est toujours comprise telle une affaire de groupe, de peuple, de communauté : d'hommes assemblés en un corps considéré comme un corps élu et oint d'une mission universelle. — Tandis que le Christ venant ; il brise ce cadre ! L'élection devient soudain pour lui proprement personnelle, individuelle, ou sinon : elle n'est pas ! Enfin ! voici que le temple de Dieu, c'est l'homme ! Et plus précisément un homme qui devient précisément un fils de l'homme de par le choix que Dieu porte directement sur lui. C'est ainsi que sont détruits les Temples et autres ekklésias, qu'elles soient politiques ou religieuses. C'est ainsi qu'apparaît le royaume de Dieu, car ce royaume, c'est l'homme, chacun devenant Roi de son univers… et passionné par l'univers de son frère : « Le royaume de Dieu est en vous » (luc 17.21).


La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller

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#3 24-05-2014 20:51

Thamis.
замед [zamed]
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Re : Matthieu veut-il intégrer les nations au peuple juif ?

Serait-ce à penser que le concept de double prédestination de Calvin serait comme une réponse à cette question ?

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#4 25-05-2014 02:25

ivsan otets
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Re : Matthieu veut-il intégrer les nations au peuple juif ?

  Est-ce que tu peux préciser ta question s'il te plaît Thamis ? Car veux-tu dire que mon propos répond favorablement à l'idée de la double prédestination ou plutôt qu'il le met en question ?


La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller

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#5 28-05-2014 16:47

Thamis.
замед [zamed]
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Re : Matthieu veut-il intégrer les nations au peuple juif ?

ivsan otets a écrit :

  Est-ce que tu peux préciser ta question s'il te plaît Thamis ? Car veux-tu dire que mon propos répond favorablement à l'idée de la double prédestination ou plutôt qu'il le met en question ?

Beaucoup d’appelés, peu d'élus smile.
La double prédestination semble être une issue envisageable à ton propos non ? ou alors, mon esprit tordu à t'il donc pris le dessus !.

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#6 30-05-2014 12:16

ivsan otets
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Re : Matthieu veut-il intégrer les nations au peuple juif ?

  Tu n'as pas l'esprit tordu voyons ; en réalité, tu penses. Car effectivement, le fait que je défende pleinement l'Élection au salut, cela tendrait à supposer – logiquement – que je veuille aussi faire l'apologie de la double prédestination (celle pour le salut et celle pour la perdition). Ce n'est pourtant pas le cas ! Ce n'est pas que je veuille m'en sortir avec une boutade ou une formule rhétorique : mais comment aborder la vérité divine si nous ne sommes pas prêts à botter les fesses de la logique.

  Croire que Dieu se donne le droit – un droit qui pour nous est arbitraire – de choisir de sauver par Son unique initiative, c'est-à-dire avant même que celui qu'Il sauve soit né ; c'est une première chose. Mais croire ensuite qu'Il a donc – logiquement et par voie de conséquence – déterminé en Lui-même que ceux-là même qu'Il n'a pas choisit de conduire à la résurrection, que ceux-là auraient été pareillement, à Son unique initiative , prédestinés à l'enfer, comme les autre au salut — c'est là une deuxième chose bien différente.

  Eh quoi ! Dieu serait donc soumis à la logique ? Puisqu'Il prédestine les uns à la résurrection, Le voilà contraint de prédestiner aussi les autres à l'enfer ? En effet, et c'est surprenant. Calvin et ses amis, après avoir concédé l'arbitraire de Dieu, c'est-à-dire le fait que Dieu sauve qui Il veut, de manière injuste donc ; car Il fait ce choix sans en appeler aux mérites des hommes, mais par Sa seule décision, laquelle est pour nous aussi illogique qu'inconnue, ne faisant dépendre Son salut, ni de nos œuvres, ni de notre volonté, ni de nos forces : en rien de ce qui est pour nous explicable. Calvin et ses amis donc, après un tel pas dans le mystère irrationnel de l'Élection, voici soudain qu'ils basculent, l'instant d'après, dans la pensée toute contraire ! Ils croquent dans la pure logique.

  De même que Dieu prédestine au salut, il prédestine à l'enfer. Dieu doit être souverain en tout ! Ainsi donc, de même que le salut ne doit pas être mérité, l'enfer ne doit pas l'être ; de telle sorte que Dieu – toujours – garde les rênes de tout ce qui se produit. L'enfer est donc prédestiné par Dieu, et il s'ensuit que ceux qui y tombent, bien qu'ils semblent le mériter selon la loi du bien et du mal, ce mérite est en vérité un leurre. Ils ne le méritent pas ; ils ont été prédestiné, et tout est prédestination. Tel est, en synthèse, le principe de la double prédestination. Les mérites du salut sont un artifice tout autant que les mérites de l'enfer, et Dieu aurait tout programmé. Tout cela est bien mathématique à mon goût : le bien est programmé à tel endroit, et le mal à tel autre. Mais il est impossible de sortir de ce double programme en forme d'avers et de revers d'une même pièce.

  Qui donc se vante habituellement de défendre ses points de vue par les vérités éternelles du bien et du mal ? N'est-ce pas précisément le serpent perché sur son arbre du bien et du mal ? Eh quoi ! Le salut n'est-il pas le dépassement de cette justice du bien et du mal ? Certes oui, puisqu'il ne dépend pas de celle-ci, mais d'une justice, arbitraire celle-là, et que le Christ appelle la Justice du Royaume des cieux. Ce qui est pour nous d'une grande difficulté, c'est de concevoir que Dieu, même après la mort d'untel, dispose pour cet homme d'autant de temps qu'avant sa mort. C'est-à-dire d'une infinité de temps !

  Quant à l'enfer, c'est tomber dans la justice du bien et du mal. De ce fait, après la mort, tomber dans le bien est tout autant un enfer que de tomber dans le mal ; les deux consistant à devenir inhumain. Une machine pleinement programmée pour le bien ou pleinement programmée pour le mal. Le fils de l'homme, c'est de sortir de là ; c'est devenir déprogrammé. Dans la résurrection où justement la pleine liberté ôte à tous les programmes leur règne, les choses seront-elles donc faites de pure logique : un Dieu-maître-autocrate qui récupère pour lui le bien avec ceux qu'il a choisi, et qui rejette contre lui le mal avec ceux qu'il aurait pareillement choisis ? Certes non. La résurrection, c'est le monde où précisément la logique n'est plus régnante. Que ceux donc qui croient que rien ne peut là-bas les étonner chantonnent le chant du rationnel, de la raison, de la ratio ; soit du salut et de la perdition par les œuvres, soit du salut et de la perdition par prédestination ; c'est du pareil au même, et le catholicisme ne vaut pas mieux là que le calvinisme. En ce qui me concerne, je sais que la résurrection va m'étonner – que là-bas, tout est possible.


La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller

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