7


forum dédié au christianisme
sans églises


aux réchappés du jugement de l'Église :
« Il a trouvé ma faveur au désert, ce peuple réchappé du glaive » · jér. 312
             ï VERS AKKLÉSIA

Vous n'êtes pas identifié(e).

#1 17-06-2014 06:01

Thamis.
замед [zamed]
Inscription : 25-06-2012
Messages : 146

Notre rapport avec la famille.

"Si quelqu'un n'a pas soin des siens, et principalement de ceux de sa famille, il a renié la foi, et il est pire qu'un infidèle". (1 Timothée 5:8).

Je ne sait trop comment interpréter ce verset, s'il s'agit de sa famille spirituelle ou temporelle et de quel soin l'auteur parle-t-il, et quelle en est la validité dans le cadre d'une foi akklesiastique.

En effet celui-ci me fait rapidement culpabiliser si je le prend au pied de la lettre (ma famille est grande et avec pas mal de problèmes) et je suis surpris avec quelle facilité certains de ces membres (qui n'on pas forcement la foi) le retiennent, limite avec l'impression qu'ils vont me le ressortir un jour comme "slogan concentrationnaire".

Hors ligne

#2 21-06-2014 18:44

ivsan otets
админи
Lieu : france
Inscription : 24-06-2012
Messages : 338
Site Web

Re : Notre rapport avec la famille.

  Comment interpréter ce verset ? Il est pourtant tellement simple. Je ne vois rien ici qui renfermerait quelques paradoxe ou sens caché. En somme, le sens est obvie, grossier : être fidèle à sa famille, c'est-à-dire à ses responsabilités parentales, et plus généralement au « clan » dans lequel nous sommes nés : c'est être fidèle à Dieu. La responsabilité morale a ici le même statut, elle a force d'égalité avec la croyance qu'un homme revendique en parole. Comme si la confession de foi, laquelle est en réalité d'abord verbale, s'incarnait dans la pratique d'une fidélité morale à sa famille. L'allégeance qu'un homme aurait pour les siens, sur le terrain, serait en quelque sorte une réalisation de sa foi.

  Certains appuient ce verset en citant le passage de Mt 15 où le Christ dit : « Dieu a dit : Honore ton père et ta mère, et encore : Celui qui maudit père ou mère, qu’il soit puni de mort. Mais vous, vous dites : Quiconque dit à son père ou à sa mère : le secours que tu devais recevoir de moi est offrande sacrée ; celui-là n’aura pas à honorer son père. Et ainsi vous avez annulé la parole de Dieu au nom de votre tradition. » – Ce serait toutefois une grosse erreur de mêler cette parole à celle de l'épître à Timothée que tu cites ! En effet, le Christ répond ici aux religieux ; il les prend en défaut sur leur propre terrain en utilisant contre eux la Loi qu'ils revendiquent. Ceux-là se disent être les fidèles d'une Loi dont ils élèvent haut et fort la divinité… Et pourtant, ils l'amputent au nom d'une Tradition dont ils sont les auteurs ! Le Christ leur montre simplement qu'ils ne sont pas fidèles à ce qu'ils appellent « la Loi de Dieu », à ce Dieu de la Loi dont ils prétendent être les représentants. Il leur montre qu'ils sont en train de dépasser la Loi.

  Étrange ! En effet, peut-on dire ici que le Christ affirme ici que la Loi est indépassable ? Certes non ! Niet ! Mais il dit simplement aux pharisiens : « Si cette Loi est divine et comme vous le dites insurpassable, vous n'avez pas le droit d'élever votre Tradition au-dessus. Vous êtes clairement des hypocrites en faisant le contraire de ce que vous dites lorsque vous parlez aux foules de l'impératif de la Torah. Ainsi donc, ou bien, vous vous soumettez – vous aussi – entièrement et sans compromis à l'impératif de cette Loi dont vous affirmez la divinité ; ou bien, vous la dépassez en assumant ouvertement votre choix. Mais ce faisant, il vous faudra alors parler de Dieu tout différemment ! Car si Dieu autorise les hommes à dépasser une Loi qu'il a pourtant légitimée pour les diriger, c'est donc que cette Loi était un voile. C'est donc que derrière elle et au-dessus d'elle Dieu montre son véritable visage : il peut scandaliser la Torah, ne pas tenir compte de sa logique, et de plus, il n'a nullement à se justifier de cela. Et plus encore : il a pour projet de donner aux hommes de venir vers cette position – à ses côtés ! C'est-à-dire qu'il veut leur pardonner gratuitement, contre la Loi, injustement, et au-delà, leur donner un statut identique à Lui-même ; un statut de maître de la Loi ! Une nature de Fils en somme !

  Et c'est précisément ce que va faire le Christ ! Ainsi va-t-il affirmer et faire très exactement ce que les pharisiens faisaient : il va dépasser la Loi, disant scandaleusement la chose suivante : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi, et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi… » (Mt 10.37) – Il établit lui aussi une sorte de tradition, mais, dans laquelle aucune logique ne règne : « La relation qu'un homme aura avec Lui primera sur tout et tiendra lieu de justification à tout ; la loi de Dieu, c'est ce que je suis individuellement dans le lien qui se crée entre moi et Lui. »

  Ainsi naît cet « épuisant » paradoxe inhérent au texte biblique. Le Christ prétend que la Foi en Lui est supérieure à ce que les religieux appellent la Loi de Dieu – un terme que lui-même reprend d'ailleurs. C'est-à-dire qu'il se prétend tout simplement être supérieur aux Lois de Dieu ; et, de fait, il prétend être supérieur à cette image de Dieu que les religieux reçoivent lorsqu'ils confondent complètement Dieu & la Torah, lorsqu'ils font de la Torah – un Dieu-torah. En somme, le Christ prétend être au-dessus de ce Dieu que la religion est incapable de séparer des impératifs de la Loi. Nous savons qu'un tel scandale le conduisit à la crucifixion.

  Mais lorsque l'auteur des Épîtres à Timothée, qui n'est pas Paul – c'est une chose importante à rappeler – prétend que la Loi de la famille est l'équivalent de la Foi en Dieu, il affirme très exactement que la Loi est Dieu ; il est animé du même esprit religieux que les pharisiens : la lettre à Timothée met elle aussi nos devoirs moraux au même niveau que Dieu ! C'est ainsi que d'une Loi morale et collective, et somme toute utile socialement, lorsqu'on l'élève trop haut et fort – à l'égal du divin… devient petit à petit une Tradition sacrée qui produit tout le contraire. La violation du lien familial devient violation de ma foi et violation de Dieu. Je n'ai plus le droit d'aimer Dieu plus que ma famille ; je n'ai plus le droit d'écarter ma famille si celle-ci devient un obstacle à mon cheminement spirituel, etc., etc. C'est faux ! J'ai entièrement le droit de briser cette table de la loi qu'est le devoir moral envers la famille. Pourquoi ? Parce que mon lien avec le Christ est un lien existentiel qu'aucun devoir n'est en droit d'entraver. Aussi n'est-ce pas seulement dans le cadre de ce lien que le devoir familial peut être outrepassé, mais dans le cadre même d'une volonté existentielle, quant bien même serait-elle celle d'un homme athée. Le « Je suis » (non pas l'ego – attention…) est toujours au-dessus de la volonté impersonnelle du tout : la famille y compris. Ton nom est supérieur au nom de famille, parce que ton nom existeTU existes – tandis que le nom de famille n'est que générique, impersonnel et n'a pas d'existence en-soi.

  Assurément, ce verset de Timothée – et même l'ensemble des 2 lettres écrites probablement une ou deux générations après Paul (la datation est quasi impossible) – sont des écrits trop imprégnés par l'esprit de la Torah pour être pris au sérieux. Il faut absolument se débarrasser de la culpabilité qu'ils produisent et ne considérer ces écrits que comme un matériau utile dans le cadre de l'Étude des textes ; comment la formation de ce que l'on a cru longtemps comme des textes sacrés tombés du ciel a été ambiguë. Les épitres pastorales, spirituellement, au sens de l'esprit de la grâce qui émane du Christ – ces épîtres ne valent pas grand-chose, même quasi rien, et ils sont plus contre-productifs qu'autre chose ! En outre, d'un point de vue seulement moral et social, le verset en question est d'une grande bêtise tant son impératif est rigide. Un tel argument est dans de nombreux cas d'histoires familiales nauséabondes complètement idiot et une véritable gifle qu'on donnerait aux victimes.


La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller

Hors ligne

#3 24-06-2014 16:49

Thamis.
замед [zamed]
Inscription : 25-06-2012
Messages : 146

Re : Notre rapport avec la famille.

Merci Ivsan pour cette réponse complète et bien argumentée.

De mon côté, à l'époque, comme pour résoudre l'équation, j'en avait conclu qu'il s'agissait de la famille spirituelle.
Ce qui m'étonne c'est que des membres de ma "famille" ai fort bien retenu ce verset...limite à me le ressortir un jour en cas de défaillance de ma part.

Hors ligne

Pied de page des forums

Propulsé par FluxBB 1.5.0