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#1 05-08-2012 04:15

Stéphane
замед [zamed]
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La foi est un terrain miné

La foi est un terrain miné, car il n’y a plus désormais de sol solide sur lequel reposé ses pieds. L’homme naturel a besoin d'un sol solide afin de marcher sûr de lui,  il a, besoin de savoir où il met les pieds. Or, l'homme qui marche par la foi ne sait pas toujours où il met les pieds, si son pied touchera un sol solide ou pas.

Dernière modification par Stéphane (03-05-2013 23:40)

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#2 05-08-2012 18:48

gerardh
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Re : La foi est un terrain miné

Bonjour,

Les "Pères" de l'Eglise ont écrit beaucoup de bonnes choses, mais aussi beaucoup de mauvaises. Ils ont en effet influencé, souvent dans le mauvais sens, la chrétienté. Un chrétien désirant être dépendant du Seigneur ne les considérera pas comme une référence infaillible, et se référera aux saintes Ecritures, elles inspirées de Dieu.

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#3 06-08-2012 01:26

ivsan otets
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Re : La foi est un terrain miné

Il me semble que c'est le dilemme de Luther dont parle Chestov que tu évoques. Dilemme que je synthétise de la façon suivante, en reprenant Chestov lui-même : « Dans la vie pratique Luther ne savait que faire de sa doctrine de sola fide (par la foi seule). Il sentait que seule la foi comptait, qu’elle seule donnait les forces, l’espérance et apportait même la consolation. Mais dès qu’il se tournait vers les hommes, il s’apercevait que les catholiques avaient raison : la foi effraye, les hommes ont besoin d’une autorité ferme, implacable, à pouvoirs illimités, toujours fidèle à elle-même. »

Avec la foi seule, la rencontre avec le divin est totalement bouleversée, car soudain il n'existe plus aux yeux des hommes de sol solide pour gérer, non seulement le rapport entre Dieu et l'homme, mais entre l'homme et la réalité. En somme, dans l'absolu, vivre par la foi seule est impossible ; et toujours dans l'absolu, on pourrait reprendre le mot de Nietzsche (de mémoire) : « Il n'exista qu'un seul chrétien, c'est le Christ ». Le Nazaréen n'a en effet jamais vécu autrement que par la foi seule ; et avant qu'il ne se dévoile vers l'âge de 30 ans, il vécut dans cette attente : être le modèle parfait de cette nouvelle dimension de la vie et de la pensée, être le Fils de l'homme.

Il fut donc un coup de tonnerre comme jamais il n'en exista avant lui et après lui dans l'Histoire. Il jeta un feu sur la terre, il frappa et brisa les antiques verrous de la conception du divin et de la vie que l'homme avait. Cette conception fut d'abord mystique et obscurantiste, avec des pratiques magiques, occultes et fondées sur les sens et le sensationnel ; et c'est la Loi, ainsi que la période des philosophes grecs qui brisa ce premier verrou. La raison et la conscience se mirent alors à régner et la croyance en la divinité devint de plus en plus dogmatique, s'appuyant sur le principe moral des causes et des conséquences notamment. De là naquirent d'ailleurs toutes les sciences, elles-mêmes reposant sur le principe d'une « évolution », c'est-à-dire sur le perfectionnement des connaissances intellectuelles : sur les lumières. Le Talmud ou les vingt siècles d'écrits chrétiens depuis les « pères de l'Église » sont eux aussi fondés sur cette idée d'un perfectionnement évolutif de la Révélation, soit donc sur un développement de plus en plus doctrinal et intellectuel de Dieu. De là cette légion, cet embrouillamini de courants, de dénominations et de théologies. En somme, la conscience et la puissante raison brisèrent un verrou pour le remplacer par un autre 1000 fois plus puissant.

C'est le Christ qui parvint toutefois à fracturer et abolir définitivement ce second verrouillage. Or, que constatons-nous ? Que le premier verrou du mysticisme est encore en cours de brisement, et il le sera jusqu'à la fin. De même, le verrou de la Loi est en cours de brisement, et il le sera jusqu'à la fin : « Il ne disparaîtra pas de la loi un seul iota ou un seul trait de lettre, jusqu’à ce que tout soit arrivé » (matt 5). Ainsi, donc, nous verrons continuellement des mythes et des fables surgir ; et nous verrons continuellement, et heureusement, des sciences et des théologies apparaître pour les contester par la raison et les lois. Et continuellement nous verrons aussi les uns s'imbriquant avec les autres pour gagner le plus grand nombre. Par contre, il est possible que la dimension de la foi seule et que la pensée du Fils de l'homme disparaisse un jour totalement de notre monde. Cela signifierait que l'homme est livré à lui-même et que sa fin approche. Il s'ensuit qu'une telle fin serait dès lors celle d'un grabataire ayant trouvé le juste et tiède milieu entre le mythe et la raison. Un vieux dans l'âme, même à 20 ans, qui ne s'inquiétera de rien. Un vaniteux courtois posé entre sa climatisation et son sachet de pop corn, et se délectant d'un bon film romantique ou du dernier « seigneur des anneaux » pour lui faire accroire qu'il n'a pas perdu la foi, mais seulement rendu raisonnable.

Bref… tout comme les premiers témoins de ce feu que jeta le Christ sur notre sol, nous aussi sommes en cours de brisement et de résurrection, et nul n'atteindra jamais les lacets du Christ. Et comme le dit La Fontaine dans l'âne et le petit chien : « Ne forçons point notre talent, nous ne ferions rien avec grâce. » C'est-à-dire qu'il est bon que nous comprenions en effet combien a été subvertie la pensée du Christ, mais aussi combien nous sommes nous-mêmes si peu inspirés et si rarement intimes avec Lui autant que nous le voudrions. Je me rappelle m'être délecté de nombreux écrits d'Augustin, notamment sur la prédestination, et pourtant, il fut l'un des plus fervents défenseurs de l'ekklésia, moi qui m'attaque pourtant à son dogme du corps du Christ de front. Je comprends cependant Augustin, son contexte historique, sa culture, et je l'aime, car je pense qu'il aimait le Christ bien que nombre de ses textes aient selon moi raté la cible. J'aime beaucoup Marc dont je crois qu'il est le plus fidèle dans le relais qu'il transmit ; et je regrette en outre les Actes que Luc a écrits tant ils ont suscité de malentendus. Mais je m'efforce de comprendre Luc, et je crois aussi l'aimer. Je doute en revanche de Jacques et de sa maturité, pensant que son épître est vraiment néfaste. Quant au Talmud, j'y trouve de nombreuses clefs, mais je n'hésite pas à briser au marteau-piqueur sa théologie de la Loi et ses avatars. Je comprends toutefois le parcours du Judaïsme, et je ne le jette pas au diable tant je crois que son endurcissement vient de Dieu. Concernant les écrits non-chrétiens, ils m'ont tant apporté que je m'efforce toujours de comprendre comment certains, ayant été tellement éclaircis, ne sont pas parvenus jusqu'au Christ. C'est pour moi un mystère qui me force à l'humilité à leurs égards.

Qu'est-ce qui compte finalement selon moi ? C'est d'être conscient de cela, de l'imperfection des Écritures, de l'imperfection des meilleurs, et de la possibilité qu'à Dieu de m'éclairer par ceux-là mêmes qui semblent se moquer éperdument de Lui. D'être conscient que l'église ni les écritures ne sont sacrées, et que l'inspiré n'est pas toujours là où on l'attend ; de donner ainsi à mon prochain de quoi l'aider à briser ses préjugés religieux, les verrous de ses vérités doctrinales et de leurs infaillibilités, de l'aider à ôter ce levain, de l'aider à se libérer de la secte qu'est l'église sans y perdre sa foi. De l'aider finalement à progresser vers la foi seule et vers le royaume des cieux seul. Et par-dessus tout, de veiller à moi-même ; d'une part, afin que je ne m'imagine pas être digne de serrer les lacets du Christ, et d'autre part, afin que je ne métamorphose pas en doctrine ce que je dis.


La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller

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#4 12-01-2013 15:57

michelmontfort
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Re : La foi est un terrain miné

Luther s'est trompé car la Bible fait comprendre que l'obéissance à la Loi précède la foi. Ce qu'elle n'explique pas, c'est, la fonction de la Loi. La raison d'être de la loi, c'est son observance qui fonctionne comme signe d'obéissance à Dieu.


Michel

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#5 12-01-2013 18:29

ivsan otets
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Re : La foi est un terrain miné

michelmontfort a écrit :

Luther s'est trompé car la Bible fait comprendre que l'obéissance à la Loi précède la foi. Ce qu'elle n'explique pas, c'est, la fonction de la Loi. La raison d'être de la loi, c'est son observance qui fonctionne comme signe d'obéissance à Dieu.

  Bien sûr que l'obéissance à la Loi précède la foi, puisqu'obéir à la Loi, c'est le péché. Et obéir, en général, c'est-à-dire dans le sens commun de l'explication que nous lui donnons, c'est pécher. Relisez Genèse 3 enfin ! Obéir à une règle du bien contre le mal, c'est pécher.

  Quand on parle d'« obéissance de la foi », on parle de tout autre chose par contre. On parle justement de faire une chose qui n'est plus explicable par un concept ; par une logique telle que la loi nous le présente avec son idée de causes et conséquences. On parle de continuer une action bien qu'elle échappe précisément à toute rationalité, à toute logique ; de continuer une action totalement ancrée dans un paradoxe. Cela exige précisément de la foi. Mais cette foi exige un rapport avec un tiers. Cela supposant que j'ai toute confiance en ce tiers. Car alors que ce tiers me dit de continuer cette action, je crois que ce tiers m'aime, qu'il voit une chose que je ne vois pas, et je lui renvoie mon amour en faisant ce qu'il dit… bien que je vois tout le contraire de ce qu'il me dit. L'obéissance de la foi est le paroxysme de la désobéissance à la loi, à la certitude logique d'un bien et d'un mal bien catégorisé. L'obéissance de la foi, c'est de l'amour. Dans le sens que ma confiance en l'autre s'ancre dans le fait que je connais l'amour qu'a pour moi celui que j'aime, et que je connais plus cet amour que ma propre logique !

  Luther ne s'est donc pas trompé, mais c'est parce que vous n'arrivez pas à digérer le paradoxe que vous ne le voyez pas. La promesse procède de la foi premièrement : abraham. La loi a ensuite été donné pour attendre cette promesse : Relisez donc Galates. La Bible explique donc très bien le pourquoi de la Loi en expliquant « abraham, selon la foi » avant Moïse. Simplement, la majorité des hommes, comme c'est votre cas, ne l'ont pas vu et ne le voient toujours pas.

  C'est la raison pour laquelle vous pensez niaisement que : « La raison d'être de la loi, c'est son observance qui fonctionne comme signe d'obéissance à Dieu. » Car en vérité, la raison d'être de la loi, c'est que, par  la loi qui me pousse à obéir sans foi, mais par logique, je suis poussé à désobéir à cette loi pour enfin retrouver ce qui est premier en dieu : la confiance qui se moque de comprendre tout rationalité : « que ma volonté soit faite, et que ma volonté tienne lieu de raison… déraisonnable s'il le faut. » La confiance est première, et l'obéissance est sa subversion, son raté, littéralement son péché.

  Et dans un sens absolu, dieu est ignorant ! Car ce qu'Il veut, Il l'obient, sans qu'il n'ait besoin de comprendre pour savoir comment l'obtenir. Le Christ ne savait rien sur les lois de la pesanteur lorsqu'il marcha sur l'eau ; mais les lois de la pesanteur, elles, savaient fort bien qu'il leur en cuiraient si elles ne passaient pas derrière le christ, si elles osaient se mettre en face, devant son visage et sur sa route : « Arrière de moi le satan », leur avait-il dit avec autorité ! N'avez-vous jamais lu que les anges se cachent la face devant dieu, ces anges qui donnèrent la loi nous dit la bible. Étudiez mon cher, étudiez ! Car vous répétez là des redondances sans les saisir.


La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller

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#6 19-07-2013 08:07

ivsan otets
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Re : La foi est un terrain miné

Le nuage blanc a écrit :

... en le séparant de son trône d'éternité.

  Oui, « en le séparant de son trône d'éternité » ! Nous sommes sortis de l'éternité, et le salut consiste à enjamber l'éternité. Chose absurde, incompréhensible… burlesque, extravagante, louftingue ! car qu'est-ce qui est plus grand que l'éternité et comment la dépasser ?

  Dieu est plus grand que l'éternité et il la dépasse. C'est de son sein qu'il nous a retiré, lorsqu'un jour, il fit jaillir le temps, « la possibilité de changement » disait Chestov ; « le péché » disent les Grecs, les hindouistes, les sages et les religieux, eux qui rêvent d'une immuabilité éternelle : là où plus rien n'est mouvant et changeant, là où le fantasque, la Vie quoi, avec sa mouvance, sa mutabilité… ! n'a plus lieu d'être. Là et où il est interdit de mourir autant que de vivre. Là où pour l'être, cette béatitude-là s'appelle l'enfer.


La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller

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