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La construction l’évangile selon Matthieu s’appuie sur celle du livre de l’Exode. Qu’il s’agisse du meurtre des enfants, de la fuite en Egypte etc. Simple construction, ou inspiration prophétique ?
Dernière modification par Stéphane (22-03-2013 03:21)
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Bonjour,
Matthieu décrit Jésus en tant que Messie (Oint, Christ). Marc le décrit en tant que parfait serviteur et prophète. Luc le décrit en tant que fils de l'homme. Jean le décrit en tant que Fils de Dieu.
Cela explique les différences dans les textes.
Hello, Matthieu est l'évangile du Roi. Une généalogie est nécessaire ici pour placer d'emblée le Messie dans le cadre des promesses faites à Abraham et prouver de façon irréfutable son titre d'héritier au trône de David (Gal. 3 v. 16 et Jean 7 v. 42). Ainsi, Jésus est présenté dès le début sous un double aspect. Il est Fils de David, et par conséquent la couronne royale que Dieu destinait originairement à David Lui appartient. Il est également Fils d’Abraham ; il a donc droit au pays et toutes les bénédictions promises lui reviennent.
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Oui Le nuage blanc ! Et ce qui est surprenant c'est que cette prise de conscience ne date pas d'aujourd'hui, ce n'est pas comme si c'était un « scoop » en quelque sorte, car ce sont des études qui ont commencé il y a fort longtemps et qu'on voit clairement déjà depuis au moins deux siècles. — Quelle ténacité dans la propagande, quel vice, quelle malhonnêteté, quelle diablerie pour que l'ekklésia, aujourd'hui encore, parvienne à dissimuler ce fait, pour qu'elle réussisse à engluer ses ouailles dans l'obscurantisme en leur faisant accroire que le Bible, tout comme le Coran, est tombée du ciel et mérite le nom littéral de Parole de Dieu. La Bible, qui précisément dit que la parole et la volonté de Dieu s'est fait chair, non pas livre !
Ce que méritent aujourd'hui les pasteurs, prêtres, prédicateurs et autres blogueurs soi-disant « chrétiens », ceux qui tiennent les micros et font leur cirque durant des messes évangéliques, ainsi que les écrivains « chrétiens » qui se prennent pour des lumières et des sages portant la parole du divin, etc., etc. Disons-le clairement, n'hésitons pas : Ils méritent une paire de claques ! Et en disant cela, nous sommes gentils. En effet, je dis en vérité que lorsque la Révolution française saccagea les églises, persécuta les prêtres et entreprit la déchristianisation du pays, elle incarna un jugement divin, car, de christianisme, il n'y en avait plus alors ! Or, c'est précisément cela qui pend aujourd'hui aux nez des puritains ekklésiastiques, tant protestants que catholiques, car de christianisme, il n'en reste quasiment que la subversion. L'annonce prophétique de Jérémie (23) ne tardera pas à se réactualiser pour l'église moderne, et pour ceux qui la suivent : « Je vais m'en prendre à eux parce qu'ils prennent leurs propres paroles et la donnent pour ma parole, dit le Seigneur […] Je les rejetterai. » Et ceux qui les suivent seront entraînés avec eux, parce que, disait Jérémie : « Ils ont mêlé la paille au froment ». C'est-à-dire qu'ils prennent le bois pour le fruit, ce qui doit être brûlé pour ce qui est divin.
Outre ce fait, dans ce que tu évoques Le nuage blanc, il faut souligner que pour celui qui soudain en prend conscience, c'est une sorte de révélation et de rafraîchissement qui vient à lui, une liberté de croire sans l'église, hors de l'église et même contre l'église. Mais, il y a aussi, ainsi que je le faisais remarquer dans ta discussion sur Drewermann (lien ici), une tentation colossale qui s'ouvre. Je ne développerai pas, je resterai succinct, mais cette tentation s'appelle : « la quête du Jésus de l'Histoire ». Ceux qui s'y engagent, pensent, disent-ils : « déranger l’Église mais lui être finalement salutaires en la libérant de l'imaginaire idolâtre ». Sous-entendu, ils se prennent pour des prophètes. Ils croient détenir la solution divine pour contourner l'impasse devant laquelle les a conduits la critique textuelle. Ils estiment, affirment-ils, que « leur exégèse est là pour rappeler que le christianisme est constitué d’un mélange instable, combinant deux éléments hétérogènes : un mouvement émergé du judaïsme au premier siècle et une religion de salut, de modèle universel ». Ainsi prétendent-ils que Matthieu et Luc sont finalement à teneur œcuménique, car ils cherchaient précisément à réunir ces deux courants, tandis qu'aux extrêmes se situent le judéo-christianisme légaliste de Jacques, l'antinomisme (la fois seule) de Paul et Marc, ou encore la tendance de Jean qui voit judaïsme et christianisme comme deux systèmes hétérogènes. En somme, leur solution œcuménique, c'est la tiédeur, le juste milieu qui réunit ce qu'est, selon eux, le christianisme dès son origine. Encore l'argument d'origine !
Ils sont donc tout à fait dans le ton de la modernité du Monde, et une large porte œcuménique s'ouvre devant eux, leur permettant justement de récupérer les déçus de l'Église, les déçus des guerres de clans qui vont dès lors se pavaner en élevant Très-Haut l'argument de Tolérance et d'Unité entre les églises, et avec le judaïsme, et avec les autres courant de pensées qui vont dans ce même sens d'un patchwork de vérités. Ils sont d'autant plus perspicaces car généralement d'excellents érudits et fins connaisseurs des langues, donc à même de convaincre par l'autorité de l'argument, celui-là même qui se transforme vite en l'argument d'Autorité. Aussi seront-ils les nouveaux évêques d'un christianisme totalement enraciné dans la tiédeur. Ce christianisme qui dit déjà par leur bouche, tout à fait dans l'esprit vaniteux de l'homme moderne : « Je suis riche, je me suis enrichi, je vois la vérité et je suis vêtu de justice morale ; je n’ai besoin de rien. Mais qui ne sait pas qu'il est misérable, pitoyable, pauvre, aveugle et nu. » Voir Apocalypse 3 pour savoir comment ce christianisme-là sera traité.
Leur propos n'a en vérité rien de nouveau car la question du « Jésus de l'histoire » est celle du christianisme dès le début, et la question même de « la vérité de l'Histoire » est celle de l'homme. Il s'agit de faire entrer le messie, ou la vérité, dans l'Histoire terrestre : de l'incarner dans le processus historique de l'ici et maintenant. Et l'incarnation dernière de la Vérité est bien sûr l'Universalisme d'un message de paix, de tolérance et de bonheur terrestre, fondée sur une morale mielleuse et policée par la technologie scientifique. Le bon vieux âge d'or maintes fois annoncé et cette fois tout près de se réaliser dans une religion mondiale en plein accord avec l'élan politique et scientifique de mondialisation. Une religion pleine de judéo-christianisme et de philosophies asiatiques. Raison pour laquelle la réincarnation est depuis fort longtemps acceptée dans le Judaïsme. Raison pour laquelle nous assistons à une véritable propagande anti-Islam, car lui seul refuse la position d'un juste milieu où il serait obligé de se réformer. La « quête du Jésus de l'histoire » que l'on voit donc ainsi aboutir dans notre modernisme, c'est l'idolâtrie amenée à son Excellence, c'est-à-dire un système cette fois mondial, ayant réuni en lui tous les antiques extrêmes, tant sur le plan philosophique que religieux que politique et que scientifique. C'est le totalitarisme qu'on fait boire en le sucrant avec le bourreau du loisir, afin qu'on ne puisse précisément pas le discerner, et discerner qu'il est le plus haut niveau de l'homme réifié, l'homme i-phone et connecté.
Kierkegaard avait déjà anticipé cela dans sa virulence à témoigner de l'Incognito de Christ. Le Christ c'est la sortie de l'Histoire, non son apogée ! C'est l'Histoire qui sort de ses gonds, elle qui n'a justement pas réussi à atteindre son but, et le paroxysme de son échec, c'est très exactement la tiédeur, le compromis du juste milieu : l'œcuménisme, l'universalisme, la mondialisation, l'âge d'or… appelez-le comme vous voulez ! Le Christ ne reviendra pas, et l'esprit messianique ne s'épanouira pas ici-bas dans une paix mondiale où sciences et religions se tiennent en cœur la main pour le bonheur d'un homme dont l'âme est celle d'un vieux peureux. C'est un leurre, le dernier leurre, et le plus puissant tant il est riche en arguments raisonnables. Il y aura certes apogée de l'Histoire, mais dans ce que Kierkegaard appelle la « récapitulation » dans le monde-à-venir.
C'est un terme que reprend Ellul pour parler de la résurrection et de l'anoblissement des œuvres humaines dans une nouvelle réalité, une autre création : le monde-à-venir, le royaume des cieux, qui est si précieux et central dans les propos du Christ. Chercher à incarner définitivement le Christ dans l'Histoire est un acte littéralement antichrist et antéchrist, c'est la même chose, puisque vouloir révéler avant, c'est révéler contre. Le Christ est incognito et le sera toujours ici-bas. Dieu est Dieu caché. Ce qu'il faut faire, c'est, si possible et un tant soit peu, arriver à l'incarner dans mes pas de tous les jours ; et cela ne sera toujours qu'une incarnation cachée. Je n'aurai jamais rien d'autres que les prémisses de ce « je suis » que je serai après. Car « je suis à-venir ». La révélation n'aura lieu qu'après le dernier et terrible rempart passé qu'est celui de la mort. À cet instant, ceux qui annoncent ici-bas l'incarnation visible d'un messianisme, le retour d'un messie et sa présence régnante ici-bas, ceux-là seront plus surpris que les autres tant ils en restent à un Jésus terreux, un Jésus humain et trop humain. Celui qu'ils découvriront les laissera totalement ébahi et bouche bée qu'il se peut que pour eux s'accomplissent cette parole de Paul : « Ils passeront les portes, mais comme au travers du feu ».
Luther avait décidément raison : « Il vaut beaucoup mieux pour toi que le Christ vienne par l’Évangile, car s’il entrait maintenant par la porte, il se trouverait chez toi, et tu ne le reconnaîtrais pas ! » C'est-à-dire qu'il vaut mieux qu'Il vienne incognito et que tu le reçoives par le foi, sans le voir et sans pouvoir le prouver, car s'il entrait par l'Histoire de l'ici-bas, nul ne le reconnaîtrait et ne le recevrait ; et dès lors où il entre par l'Histoire, et alors que l'un dit : « il est ici dans l'œcuménisme et dans la paix entre les hommes », et l'autre dit : « il est là dans la synthèse des théologies » ; c'est qu'un faux-christ vient encore d'être pondu par les poules pondeuses de l'érudition. À cela je ne désire que répondre : Au pot la poule !
La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller
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Hello, Matthieu est l'évangile du Roi. Une généalogie est nécessaire ici pour placer d'emblée le Messie dans le cadre des promesses faites à Abraham et prouver de façon irréfutable son titre d'héritier au trône de David (Gal. 3 v. 16 et Jean 7 v. 42). Ainsi, Jésus est présenté dès le début sous un double aspect. Il est Fils de David, et par conséquent la couronne royale que Dieu destinait originairement à David Lui appartient. Il est également Fils d’Abraham ; il a donc droit au pays et toutes les bénédictions promises lui reviennent.
Oui, tu as raison, si ce n'est qu'il faut lire sans boire l'encre, non de manière littérale. Car la couronne de David et le pays d'Abraham sont une allégorie, car précisément l'ouverture de la mer rouge, qui est en vérité le onzième miracle après les dix plaies, cette ouverture est aussi l'allégorie de la Résurrection. C'est pourquoi la royauté, celle de David comme celle de Saül, ainsi que celle de tous les autres rois, incarne aussi le rejet de Dieu disait Samuel — c'est-à-dire la volonté malheureuse de vouloir incarner ici-bas un réalité qui n'est qu'à-venir ! Samuel voyait. De ce fait, la terre d'Israël n'est pas sacrée non plus, et le don de cette terre EST l'allégorie d'une réalité à-venir qui sera donnée APRÈS la mort.
Or qu'est-ce que cette terre à-venir ? Il faut relire la Genèse pour mieux comprendre. Car la Terre, c'est l'homme, c'est pourquoi Adam signifie le Terreux. Et si tu sépares les 6 jours de Genèse en deux fois 3 jours, tu verras bien qu'à chaque création d'un élément statique des 3 premiers jours, correspond un élément dynamique des 3 autres jours. L'air et l'eau sont par exemple les oiseaux et les poissons en mouvement ; ainsi la terre, c'est l'homme en mouvement. Le royaume des cieux, c'est chaque fils de la résurrection, car de règne, il n'y en aura pas dans le monde-à-venir, le règne, c'est encore une métaphore. C'est l'homme de la résurrection qui régnera, chaque-Un régnera sur sa réalité, sur ce que nous appelons ici sa terre, car il la mettra en mouvement selon son vouloir, et rien ne lui sera impossible.
La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller
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J'ai puisé dans l'étude du « Jésus de l'histoire » de quoi désacraliser le texte biblique.
Oui, tu as raison de te délecter d'un horizon qui s'ouvre à toi. Ça fait même plaisir ! Je pense que tu as compris que c'était pour moi l'occasion de dire que tout horizon qui s'ouvre, c'est un espace qui s'ouvre avec hélas, sur ses bords, d'autres pièges qui apparaissent. Mais tu le sais. J'ai beaucoup appris et j'apprends encore beaucoup des lectures que tu évoques. Je vois que tu as ouvert une discussion sur Mordillat et Prieur ; j'ai aussi beaucoup apprécié leur démarche et j'y ai puisé pas mal de choses. Il en est toutefois comme du Judaïsme, j'y puise abondamment, mais il faut savoir garder ce qui est à garder et rejeter ce qui est à rejeter. On pourrait croire qu'un telle démarche est cruelle, ce qui est faux en réalité. Être cruel, c'est précisément de ne pas user de discernement avec un auteur parce qu'il fut le témoin pour moi d'une découverte cruciale. Comme tu le dis : « Dieu parle à travers toutes choses d'ailleurs, quelles qu'elles soient, même si cela dérange » les bibliolâtres… Que ceux-là ne croient donc pas que nous ne discernons pas — bien au contraire !
En réalité, malgré ce qui est bon à retirer de la critique textuelle, je n'aime pas le terme « Jésus de l'histoire » et je le trouve particulièrement dangereux. Il y aurait beaucoup à dire et à réfléchir sur le concept d'Histoire, ce n'est pas le moment. Je te laisse toutefois ce passage de Kierkegaard : Peut-on par l'Histoire savoir quelque chose de Christ ? Non. Pourquoi non ? Parce que, absolument parlant, de « Christ », on ne peut rien « savoir » ; il est le paradoxe, objet de foi ; il n'est que pour la foi. Mais comme toute transmission historique est transmission de « savoir », on ne peut rien savoir de Christ par l'Histoire. Car si l'on peut savoir de lui quelque chose, peu ou beaucoup, il n'est pas celui qu'il est en vérité. On sait ainsi de lui autre chose que ce qu'il est ; en d'autres termes, on ne sait rien de lui, ou l'on sait de lui quelque chose d'inexact, bref, on est trompé. L'Histoire fait de Christ une autre personne qu'il n'est en vérité ; permet-elle donc de beaucoup savoir, de Christ ? Non, pas de Christ, de qui l'on ne peut rien savoir, car il est seulement objet de foi.
Je pense qu'il eut été préférable d'utiliser comme terme, par exemple : « Les témoins du Christ dans l'Histoire » au lieu de parler du « Jésus de l'Histoire ». Ce terme est porteur d'ambiguïté, et cette ambiguïté est en fait enracinée dans un projet vicieux, celui d'humaniser le Christ dans l'Histoire terrestre, c'est-à-dire de créer un messianisme de l'Histoire ; ce qui se traduit concrètement par une évolution du christianisme jusqu'à l'œcuménisme : « Un christianisme victorieux qui se chante sur l’air d’une chanson à boire », disait Kierkegaard. Sais-tu que le mot « Histoire » en Hébreux, se traduit aussi par engendrement ? Un célèbre rabbin explique que : « l'histoire de l'humanité devait être considérée non pas comme l'histoire de l'Homme, mais comme celle d'un engendrement du Fils de l'Homme. » L'idée sous-jacente à ce terme de « Jésus de l'histoire » est précisément ce messianisme de type judaïque : l'incarnation de la vérité dans un âge d'or, dans un règne du messie ici-bas.
Avec ces témoins du Christ que sont les textes du NT, se pose donc en réalité la question suivante : Qui est le Christ au travers du prisme de tel ou tel témoin. Et de là, en effet, on se délecte à désacraliser le texte. Pourquoi ? Parce que aucun témoin ne répond à la question de savoir qui est le Christ. Il est l'objet de notre foi, ou plutôt le sujet de notre foi, mais un sujet qui nous fuit toujours, car il n'est pas humain. Et même lorsqu'il était dans la chair, il n'était pas connu, et pas humain, il était le Fils de l'homme, c'est-à-dire l'homme-dieu. La révélation à-venir, c'est en vérité la révélation de l'homme tel que Dieu le conçoit, c'est-à-dire que l'homme est divin. C'est ce que signifie le Fils de l'homme. Dès lors, le terreux, l'homme d'ici-bas, lorsqu'il trouve Dieu ou plus exactement que Dieu le reçoit, il découvre en vérité son visage divin dans le visage de Dieu. Il se découvre Fils de l'homme au travers de Celui qui est le Fils par excellence.
De fait n'y a-t-il pas d'Histoire, mais des histoires. Des histoires d'hommes en train de mourir à ce qu'ils sont et de naître à ce qu'ils seront ; des histoires que l'Histoire ne peut capter, car ce sont des histoires divines qui ont précisément comme nature essentielle d'être une sortie de l'Histoire, une sortie de l'homme en tant que « le terreux historique ». Dieu n'a pas d'histoire, il fait et défait l'histoire. Il peut, disait Chestov, faire en sorte que « ce qui a été jamais n'a été ». Et c'est à cela que nous sommes appelés, à être le commencement et la fin, à être l'histoire, notre histoire. Aussi n'y a-t-il pas de Jésus de l'histoire : il n'y a que Jésus hors de l'Histoire.
La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller
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Bonjour ivsan ; Quelle confusion dans ce message d'hier (je n'ai pas encore lu la dernière vague), qui pour moi n’est que le galimatias d’une personne aigrie et amère ! La Bible n’est pas tombée du ciel, comme prétend l’être le Coran, mais Dieu s’y est révélé dans ses différents textes, lesquels, au travers de la personnalité de leurs différents auteurs, sont inspirés de Dieu. En 1 Cor 3 nous lisons : « personne ne peut poser d’autre fondement que celui qui est posé, lequel est Jésus Christ. Or si quelqu’un édifie sur ce fondement de l’or, de l’argent, des pierres précieuses, du bois, du foin, du chaume, l’ouvrage de chacun sera rendu manifeste, car le jour le fera connaître, parce qu’il est révélé en feu ; et quel est l’ouvrage de chacun, le feu l’éprouvera ». Or je dis que ce sont vos pseudo développements philosophico-théologiques qui sont du bois, du foin, du chaume.
Je ne suis pas plus tendre envers la critique textuelle ou les quêtes du Jésus de l’histoire ou encore les essais théologiques modernes ou l’œcuménisme. Il en est de même des différents systèmes dénominationnels chrétiens, même si l’ont sait qu’en leur sein, il y a certainement de nombreux enfants de Dieu.
Je n’approuve pas davantage la tiédeur, qui de nos jours s’insinuent même chez les meilleurs.
Notre temps est le temps de l’Eglise. L’établissement du futur royaume terrestre, que beaucoup méconnaissent dans la chrétienté n’est pas une question d’actualité. Les chrétiens n’y sont intéressés que d’une manière indirecte. Le temps actuel, lui, n’est pas à la paix sur la terre : le Christ l’a dit.
Je me suis déjà exprimé sur ce que tu appelles « l’incognito du Christ ». Ainsi par exemple, après sa résurrection, il s’est montré à plus de 400 disciples ; il a qualifié ses 12 apôtres ainsi que sur le chemin de Damas, l’apôtre Paul. Certes pour nous, il n’est plus visible que par la foi.
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Cependant, en extirpant du Christ son humanité, l'on a oublié ce qu’historiquement il fut.
Je ne te répondrai pas à toi directement, mais plutôt à la question en général, employant de ce fait le vouvoiement. La séparation stéréotypée suivante qu'on entend de partout est ridicule : « Jésus était parfaitement homme et parfaitement Dieu. » Jésus était Jésus, c'est tout. Et il ne nous a pas laissé la possibilité de choisir entre :
— D'une part, un Jésus-homme qu'on puisse donc connaître humainement, et de ce fait inclure dans l'Histoire, incarnée dans l'Histoire, par une philosophie, une théologie ou un système ecclésial, politique ou encore ésotérique, et finalement par un âge doré du bonheur sur terre. Cet âge où il régnerait, tel un sur-homme providentiel, ayant bâti une administration humaine, mais équilibrant parfaitement toutes les vérités humaines : corporelles, sentimentales, mystiques, religieuses, morales, scientifiques, politiques, etc.
— Et, d'autre part, un Jésus-dieu, soit donc Tout-Puissant et se montrant dans sa magnificence, c'est-à-dire pas sa suprématie sur la réalité que manifestent des miracles et des prodiges, des jugements sous forme de mérites et de condamnations, et enfin un salut par une grâce royale spéciale.
Le « ou bien l'un, ou bien l'autre » n'est donc pas possible. On me répondra alors : « Oui, c'est précisément pourquoi il est l'un ET l'autre et non pas l'un OU l'autre ».
C'est exactement ce que je m'efforce de dire, vous répondrai-je. Choisir entre ce Jésus-là aux dépens de cet autre-Jésus, c'est tuer Jésus ; aussi le croyant n'a-t-il pas d'autres choix que de « prendre les deux et de les unir ». Et c'est bien là qu'est le problème ! Car unir ainsi le Christ — je parle bien sûr de la description communément admise que je viens de synthétiser plus haut — c'est pareillement le tuer ! En effet, si telle est votre vision du Christ, qu'elle s'accomplisse donc sans plus tarder, car elle n'a nul besoin d'en appeler à un Dieu ou à une histoire vieille de 20 siècles pour se réaliser. Si Jésus est cet homme-là et ce dieu-là, vous ne faites ici qu'une description du possible humain, du projet humain qui chemine tout au long de l'Histoire et qu'on appelle communément l'Évolution. Jésus n'est là qu'un prétexte. Vous vous servez de lui pour synthétiser votre vision humaine d'un projet tout humain. Vous calquez et transférez sur lui cette vision humaine de notre soit-disant à-venir ; comme d'autres le font avec Bouddha, Mohamed, les héros de la science, les héros philosophiques, les héros de la civilisation… et que sais-je encore.
L'homme a tous les outils en lui pour réaliser cet Homme-Dieu que vous évoquez. Il a la conscience, l'intelligence, les savoirs philosophiques, moraux et scientifiques. Et par-dessus tout, il a l'art, ce par quoi il rend esthétique et magnifie son projet lors de ses grandes messes et olympiades de l'Homme victorieux. Et plus il avance, plus l'expérience de l'Histoire le sert. Rien ne l'oblige donc à s'agenouiller devant un dieu. Sa connaissance et sa puissance intellectuelle lui laissent parfaitement entrevoir l'espérance d'un bonheur absolue aux relents divins ; jusqu'à acquérir l'immortalité même par les miracles de la science. Le bon vieux : « Vous serez comme des dieux » est plus vrai que jamais, et plus nous nous nourrissons et accroissons l'arbre de la connaissance, plus ce slogan sonne fort. Vous pouvez dès lors jeter votre « petit Jésus, homme et dieu » à la corbeille, ainsi que les Bouddha et autres Mohamed, Moïse, Napoléon, Einstein, Churchill… Le dieu, c'est la Raison, et l'incarnation de sa divinité, c'est l'homme, qui, dès lors qu'il la sert et pénètre au plus profond des secrets des vérités de la sagesse, devient l'Homme-dieu, le fils de l'homme, le sur-homme… Bref, appelez-le comme vous voulez en vous servant de n'importe quelle figure historique, mais surtout, adorez et servez la raison en laquelle vous devez mettre toute votre foi. C'est bien elle qui « a transporté durant l'histoire l'homme sur une montagne très élevée, lui montrant tous les royaumes du monde et leur gloire, et lui disant : Je te donnerai toutes ces choses, si tu te prosternes et m’adores. Je te donnerai le bonheur et la béatitude éternelle. » (voir matt 4).
Jésus était Jésus. Et ce que le théologien ou l'ekklésiatique appellent son « humanité » et sa « divinité », c'est une même et seule nature ; il n'y a pas de Jésus-homme et de Jésus-dieu. Il y a Jésus. C'est pourquoi je disais précédemment : « La révélation, c'est en vérité la révélation de l'homme tel que Dieu le conçoit, c'est-à-dire que l'homme est divin ou il n'est pas. » Et l'homme que nous sommes ici et maintenant, ce n'est pas l'homme, c'est l'animal intelligent, c'est l'ombre de dieu, une allégorie, soit qui disparaîtra, soit qui renaîtra en Homme véritable, c'est-à-dire en Fils de l'homme & Fils de Dieu. De fait, le Christ n'est pas plus connu dans ce qu'il est d'humain que dans ce qu'il est de divin, car on ne peut différencier les deux. La chair dont il s'est revêtu en ressemblance de la nôtre, c'est ce qui le cache, et c'est ce qui trompe le religieux alors qu'il subvertir le Nazaréen en croyant le connaître au travers de son Histoire humaine, de son voile du terreux, de l'adam.
Et encore, dira Kirkegaard — je synthétise son propos dans les Miettes philosophiques : « Supposons qu'il y eût un roi aimant une fille du peuple, un roi aimant une pauvre fille. Si un serviteur lui aurait dit : « Votre mariage, Majesté, est pour la jeune fille un bienfait dont elle ne saurait vous remercier de toute sa vie » ; ceci eût sans doute mis le roi en colère contre le serviteur qu'il eût alors fait exécuter pour crime de lèse-majesté envers l'aimée. Car le roi est dans l'inquiétude. En effet, même le contentement de la fille de n'être rien ne pourrait satisfaire le roi, justement parce qu'il l'aime et qu'il lui est encore plus dur d'être son bienfaiteur que de la perdre. Le roi eût pu se montrer à la fille du peuple dans toute sa gloire, faisant se lever le soleil de sa magnificence sur sa chaumière, briller sur le coin de terre où il lui était apparu, et la faisant s'oublier elle-même dans une adoratrice admiration. Hélas ! ceci peut-être eût contenté la fille, mais non le roi qui, lui, ne cherchait pas sa propre glorification mais celle de la fille ; de là son chagrin si lourd de n'être compris par elle ; mais plus lourd encore pourtant, s'il avait fallu la tromper. »
c'est pourquoi, continue Kirkegaard : « Il est moins redoutable de tomber sur le visage, alors que les montagnes tremblent à la voix du dieu, que d’être assis près de lui comme près d’un égal ; et pourtant, c’est justement le désir du dieu que cette égalité familière. […] et si malgré tout le disciple prie le maître de changer sa décision et d’apparaître sous une autre forme [que celle d'égal], bref si le disciple veut s’épargner [le fait que le maître se cache sous une humanité trompeuse qui ressemble à celle du disciple], le maître, en le regardant, lui dirait : Homme, qu’ai-je à faire de toi ? Arrière, Satan que tu es, bien que tu ne le comprennes pas toi-même ! Comment as-tu pu à ce point me devenir infidèle, à ce point attrister mon amour ! Tu n’aimes donc que le tout-puissant, le faiseur de miracles, non celui qui s’est abaissé en s’égalant à toi. […] O breuvage aigre — et de plus d’aigreur que le vinaigre — que d’avoir pour se rafraîchir l’incompréhension de l’aimé ! Le malheur n’en est pas l’impossibilité pour les amants de s’unir, mais l’impossibilité pour eux de se comprendre. » — Je pense en somme qu'il n'est plus belle prière pour l'homme de foi de dire au Christ : « Qui es-tu, je ne te comprends pas, je me confie en toi, mais je ne sais qui tu es en vérité, n'ayant de toi qu'une connaissance floue et imparfaite. » Car assurément, à une telle prière, le Christ répondra : « Je vais te montrer qui tu es ; je vais te donner un nouveau nom ; je vais te ressusciter tout-autre. Et c'est en découvrant qui tu es que tu me connaîtras ; car Je suis l'Homme et Je suis Dieu. Et toi, fils d'homme & fils de dieu, tu seras ma gloire. »
La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller
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