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« Le tag (תָּג, pluriel taguim תָּגִים ou Taguin est une ornementation qui décore certaines lettres de l’alphabet hébreu. » (Wikipédia)
Ci dessous, « Judaïca », une émission de France 2, retranscrit par écrit :
Rabbin Raphaël Sadin : « Moïse est très étonné parce que pour lui ces couronnes sont vides de sens, et effectivement comme vous l'avez dit, l'enseignement premier de ce texte (voir début de l'émission) est de nous enseigner qu'il y a plus dans le texte que les lettres. Vous savez que le parchemin doit être constitué selon la loi juive par un parchemin blanc et par des lettres noires écrites à la main par un scribe, par un sofer, et si deux lettres se touchent le sefer torah n'est plus casher, on ne peux plus le lire, il n'est plus valable. Or la question à se poser est pourquoi si l'écriture est cursive, les lettres qui se toucheraient rendraient impropres le sefer torah. Ce n'est pas à cause des lettres. Les commentateurs nous disent, c'est parce que l’écriture céleste, du texte de la torah, de la bible, est constitué par le noir des lettres et aussi par le blanc des lettres, par le blanc du texte on va dire, par le blanc du parchemin. Le blanc symbolisant quant vous êtes devant une page blanche, il y a une infinité de possibilité d'interprétation, d'écrire, donc c'est le pouvoir infini du sens inhérent à la torah. Le noir étant la parole prescriptive, tout à fait circonscrite de Dieu, et ces taguim ont pour fonction, ces couronnes, ont pour fonction de faire le lien entre la finitude de la parole et le pouvoir infini de cette parole. C'est pour ça que si deux lettres se touchent, il n'est plus casher, pas à cause des lettres, à cause du blanc qui est effacé »
Josy Eisenberg : « On ne peut plus lire la torah. C'est d'ailleurs très intéressant qu'en français, on dit c'est écrit noir sur blanc. Donc, c'est bien pour dire que l'écriture noir enlève de l'infini ; sur le blanc tout est possible, à partir du moment où vous avez fait une lettre, vous avez réduit le sens infini à un sens particulier qui est celui de cette lettre. Donc, Moïse a vu Dieu qui a orné les lettres de couronnes pour dire, il n'y a plus dans la lettre que dans la lettre »
Dernière modification par Stéphane (03-05-2013 22:46)
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Oui, une petite discussion bien juive et bien intéressante que les ekklésias devraient noter en se frappant la poitrine. Et s'ils veulent ignorer cette réalité du « comment lire le texte et le faire vivre », c'est l'Histoire qui leur crie à la figure, car fort heureusement que certains ont LU le texte autrement que leurs théologies immuables, infaillibles, sinon, nous en serions encore au moyen âge et à dresser des bûchers. Bien que je ne doute pas que ce soit le rêve secret d'un grand nombre de la clique ecclésiastique.
En outre, il faudra bien un jour parler de cette supercherie qui veut nous faire croire que l'Hébreu est sacré. C'est dommage, car c'est bien le propos de fond d'Eisenberg ! Hélas. C'est là qu'il faut savoir discerner pour prendre « ce qui est bon à prendre », et ne pas hésiter à benner leurs conneries adjacentes, celles qu'ils veulent nous faire gober habilement et avec ruse… en faisant mine de rien !
La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller
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Des ornementations calligraphiques donc, les taguim? Rien de bien extraordinaire jusque là : caractères de typographie, enluminures, art de la calligraphie, etc. Tout ce qui tourne autour de la production matérielle de la parole, donc de l'écrit, est un plaisir pour les yeux (et du toucher quand on s'intéresse aux supports), un plaisir d'esthète, d'historien à la limite.
Mais ce qui éveille l'intérêt dans la parure de ces lettres c'est à la fois leur simplicité visuelle face à leur symbolique, et leur contexte d'origine. Ces filaments ressemblent à des herbes folles qu'on aurait tolérées sur une pelouse trop bien tondue, ou qu'on aurait laissé pousser tranquillement entre les pierres d'une maison. Ils montrent qu'avant que la parole soit organisée en mots, phrases, lignes, paragraphes et texte finalisé — elle était en friche dans notre esprit. C'est mon interprétation.
Et qu'elle aurait pu, cette parole finalisée et organisée, produire autre chose en cours de route, aboutir à une autre architecture. Ou encore que la parole non-écrite, cette matière à l'origine du résultat final, est encore disponible pour revêtir d'autres formes, d'autres interprétations. Je rejoins ici l'explication cabalistique du papier blanc qui symbolise l'infini des sens face à la lettre noire qui dit une chose délimitée (par les lignes de son dessin) et donc impose un faisceau de sens.
Un site dit que ces signes ont une signification de niveau « plus élevé » encore que les voyelles qui ne sont pas écrites ! ( http://www.modia.org/tora/devarim/vaethanane.php ) Ils sont en tout cas comparés à une couronne, moi je trouve que ça ressemble à des pistils !
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Cela me fait penser au darosh-darash, le blanc entre les mots dans les écrits bibliques, blanc ou espace d'interprétation — qui est un espace de rencontre du lecteur avec Dieu. J'aime beaucoup cette idée. On a essayé d'évoquer le concept du Darosh-Darash dans cette causerie : http://audio.akklesia.eu/index.php/post … -Bible-2/3
L'article suivant que je n'ai pas encore lu intégralement semble développer cette idée de l'espace d'interprétation inclus dans l'image du texte (ou des lettres), l'idée de « dimension interstitielle qui permet la flexibilité du texte » — http://paceminterris.fr/index.php?optio … e-biblique
( lien trouvé sur ce blog qui parle aussi des taguim — http://22lettres.blogspot.fr/2011/02/taguim.html ). Il y a peut-être des choses tirées par les cheveux, à « benner » comme tu dis ivsan, autrement dit « tutto n'est pas bene » (ho ho ho).
Décidément, on peut dire que les Juifs pensent à tout et que lorsqu'ils ont le sens du détail ils savent mettre du sens dans ces détails ! Je dis ça parce que les règles d'écritures et de mise en page du texte hébreu, surtout le texte sacré évidemment, sont draconiennes ! Et ils prévoient même une sortie de ces règles ! Les taguim ne sont apparemment pas si diversifiés que cela : ce sera soit un, deux ou trois filaments surmontés d'un point carré, toujours les mêmes et d'aspect toujours semblable, donc rien à voir avec des volutes élaborées (le mot doit rester lisible, j'imagine). Des fioritures pas si tarabiscotées que ça en somme.
Donc, au milieu de ces règles draconiennes, voilà un petit signe qui signifie « Attention, dépasse cette construction nette et carrée ; ce mot que tu es en train de lire, n'oublie pas de le lire autrement ! » Voilà ce que je trouve paradoxal dans ces taguim, c'est l'opposition entre ce qu'ils signifient, ce qu'ils disent : « Rappelle-toi qu'il y a autre chose que ces mots que tes yeux voient, que ces mots ne disent pas tout », ils sont un rappel de la liberté du lecteur vis-à-vis des mots écrits, de la parole matérialisée. Ils sont une invitation à ne pas se laisser ligoter par des signes, ce, au sein même d'une organisation extrêmement rigoureuse de ces signes ! Une opposition entre l'expression d'une distance avec la lettre, avec ce qui est représenté sur la page et l'attention extrême accordée à la mise en page.
Brèves explications de la BNF autour de l'hébreu :
http://expositions.bnf.fr/parole/explo/21/index.htm — « Les lettres sont séparées les unes des autres et ne se touchent jamais. Chaque lettre est un univers. »
Et un nouvel oxymore : « fioriture métaphysique ». ![]()
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