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Jean-Noël Guinot, dans Biblia n° 83; écrit :
« L'histoire ecclésiastique (début du 4ème siècle) d'Eusèbe de Césarée montre que l'autorité de l'Apocalypse est encore alors largement discutée (H.Eccl.,III,24,18) : Eusèbe semblerait prêt à le ranger dans les apocryphes (H.Eccl.,III,25,2.4).
Parmi les Anciens (2ème siècle), il cite Justin qui tient "clairement" l'Apôtre Jean pour son auteur (H.Eccl.,IV,18,8), ou Irénée de Lyon (Contre les hérésies,V) qui semble s'y rallier (H.Eccl.,V,8,5-6).
Du commentaire d'Hyppolyte (3ème siècle) subsistent seuls quelques fragments. Selon Eusèbe (H.Eccl.,V,25,9), Origène paraît avoir attribué à Jean la paternité de l'évangile et de l'Apocalypse ; il en aurait même ébauché un commentaire.
Au nombre de ceux qui contestent l'authenticité johannique de l'Apocalypse, Eusèbe mentionne Gaius (2ème siècle), qui la tient pour l’œuvre de l'hérésiarque Cérinthe qui voulait accréditer la thèse de l'installation d'un royaume terrestre du Christ après la résurrection des morts (H.Eccl.,III,28,1-4). Il emprunte en fait ici l’essentiel de son information à Denys d'Alexandire (3ème siècle) dans son ouvrage "Sur les promesses" (H.Eccl.,V,25). A la différence de ceux de ses devanciers qui ont déclaré que le livre "est inintelligible et incohérent, et que son titre est mensonger", "qu'il n'est pas de Jean et qu'il n'est pas non plus une révélation, puisqu’elle est complément voilée sous le rideau épais de l'erreur », que "l'auteur de l'ouvrage, loin d'être l'un des Apôtres, n'est même pas un des saints, ni un membre de l’Église, mais Cérinthe, le fondateur de l'hérésie appelée de son nom "cérinthienne", qui aurait voulu placer ses inventions sous un nom digne de créance", Denys adopte une position plus mesurée. Il ne rejette pas un livre que "beaucoup des frères tiennent avec faveur", et admet qu'il faut lui supposer des significations cachées, même pour lui. Il veut bien admettre que l'auteur fut "saint et inspiré de Dieu", mais se refuse à l'identifier avec l’Apôtre et l'évangéliste. Loin de la haute qualité littéraire de l'évangile et l'épître, l'Apocalypse offre un dialecte et une langue, émaillés d' "idiotismes barbares" voire de "solécismes".
Les grecs des 4ème et 5ème siècles ne lui ont pas manifesté un grand intérêt ; ceux de la mouvance d'Antioche, dont Théodoret de Cyr, n'en admettaient probablement pas la canonicité.
Du côté latin, en revanche, Victorin (3ème siècle) de Poetovio (actuelle Slovénie), donne le premier commentaire qui nous soit parvenu. Il influencera toutes l'exégèse latine jusqu'au Moyen Age. Victorin tient l'Apôtre Jean pour son auteur et en situe la rédaction dans l'île de Patmos avant celle de son évangile. A ses yeux, l'Apocalypse constitue moins un prophétie des fins dernières qu'une récapitulation de l'Ecriture, dont le Christ réssucité révèle le sens. Au 4ème siècle, Tyconius, un Africain dont Augustin apprécie l'exégèse en propose une lecture actualisante et spirituelle. Presque tous les commentateurs postérieurs de l'Apocalypse l'utiliseront : au 6ème siècle, Césaire d'Arles et Cassiodore ; au 8ème siècle, Bède le Vénérable et Beatus de Liébana. »
Dernière modification par Stéphane (03-05-2013 22:40)
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A ses yeux, l'Apocalypse constitue moins un prophétie des fins dernières qu'une récapitulation de l'Ecriture, dont le Christ ressuscité révèle le sens. Au 4e siècle, Tyconius, un Africain dont Augustin apprécie l'exégèse en propose une lecture actualisante et spirituelle. Presque tous les commentateurs postérieurs de l'Apocalypse l'utiliseront : au 6e siècle, Césaire d'Arles et Cassiodore ; au 8e siècle, Bède le Vénérable et Beatus de Liébana.
On tient toujours à « catégoriser » les Livres sous des définitions, ainsi que cela se fait pour l'AT : La Loi ; les livres historiques ; les livres de sagesse ; les psaumes ; les livres prophétiques. Et si ce réflexe convient à peu près pour l'AT, il en est tout autrement selon moi pour le NT. Je crois que le NT ne comporte qu'un « type » de Livre : l'Évangile, c'est-à-dire un heureuse nouvelle. Il y en a, selon moi, au moins 8 dans le NT : les 4 évangiles de Matthieu, Marc, Luc et Jean ; les Actes qui constituent selon moi un Évangile en propre plus que la continuité de l'Évangile de Luc ; les Lettres de Paul qui forment ensemble un Évangile ; la Lettre aux Hébreux et enfin l'Apocalypse. — Les autres écrits : pastoraux, Pierre, Jacques, 1, 2 et 3 Jean et Jude, ne me paraissent pas être assez fournis et profond pour porter le nom d'Évangile, ils correspondent plus à des informations historiques.
Chaque auteur écrit en fait son évangile, ainsi que le fait remarquer Paul : « C’est ce qui paraîtra au jour où, selon mon Évangile… […] À celui qui peut vous affermir selon mon Évangile et la prédication de Jésus-Christ, » (rom 2.16 et 16.25). Et dans la même ligne de cette pensée, le propre d'un homme de foi est finalement de « dire son évangile ». Tout suiveur du Christ, quels que soient son siècle et sa culture, ne fait en réalité que de témoigner de ce qu'il voit et comprend du Christ. Or, du fait que le Christ est caché et non révélé, qu'il est « un Dieu caché », nul ne peut avoir de Lui un Évangile sacré, c'est-à-dire une révélation qui serait telle et si parfaite de Dieu qu'elle puisse devenir incontestée et incontestable, comme gravée sur pierre pour tous, partout et pour toujours. Cette idée sur la Révélation était la pierre d'angle de l'AT avec la Loi, tandis que le Christ est venu briser cette idée.
Le propre même de l'Évangile, soit donc de la Révélation du Christ, c'est précisément d'abolir toute infaillibilité. D'abolir toute écriture sacrée qui se veut définitivement vraie. C'est de casser les tables de pierre. Le propre de l'Évangile est très exactement de séparer l'autre de soi-même. De le séparer de sa propre révélation pour « le donner » à la Rencontrer lui-même, à rencontrer lui-même le Christ : personnellement. C'est lui « apprendre à apprendre » en somme. C'est-à-dire à découvrir par lui-même la nouvelle que Dieu lui donnera, à lui, dans son intimité qui n'est pas la copie de la mienne. L'Évangile détruit dès lors toute vérité collective, rendant la vérité personnelle. « Je suis la vérité », disait le Christ. C'est ainsi que l'évangile devient particulier et existentiel. C'est là son mystère, le mystère des Noms.
Il y a autant d'évangiles qu'il y a de suiveurs du Christ. Il y en a des milliers ! Et chaque-Un, chaque homme de foi a le devoir de se placer au-delà du discours premier qu'il a entendu et par lequel il fut conduit vers le Dieu vivant. Il doit se placer au-delà, ou au moins à côté, se forgeant ainsi un discours qui lui appartient, un témoignage de la vérité qu'il devient, lui, en tant qu'être naît de la Vérité, étant désormais intime avec cette Vérité dernière : avec la personne du Christ. La vérité du Christ, c'est de faire des vérités, de faire naître des personnes particulières. Il ne s'agit pas de forger des clones soumis à un discours et une pensée unique devant laquelle tous seraient à genoux, comme ils le sont au pied du mont Sinaï, au pied de la Loi. C'est pourquoi tout homme qui ne plante pas son arbre, qui n'écrit pas son Évangile, mais répète comme un perroquet celui d'un autre, c'est un croyant en échec, immature, quand bien même il aurait la plus belle rhétorique et le plus plus brillant savoir en terme de linguistique et de théologie.
Or, qu'est-ce que l'Évangile ? Est-ce une prophétie des fins dernières ? Une récapitulation de l'Ecriture ? Oui et non. Car il est bien l'un ET l'autre, mais il est aussi plus que cela. Il est aussi la prophétie du début venant après la fin dernière, il est aussi le Royaume des cieux. Mais il est encore plus, car le Christ est plus que tout cela. C'est pourquoi l'Apocalypse fut si long à se faire accepter. L'Apocalypse récapitule l'histoire, mais annonce aussi la fin dernière, puis parle encore du monde-à-venir qui sera, et enfin parle du Christ tel qu'il sera. Or, nous savons que même après sa résurrection ceux qui l'avaient connu avaient souvent des difficultés à le reconnaître.
Eh quoi ! Qu'y a-t-il d'étonnant ? La réalité de la résurrection sera tout autre et tout à fait différente de tout ce que l'imagination ou l'intelligence théologique ou mystique peuvent concevoir. De même, le regard qu'on aura alors sur l'Histoire sera tout autre tant elle sera dévoilée. Les premiers seront alors les derniers, et certains qu'on diabolisa se verront être des inspirés, tandis que des inspirés seront honteux, etc., etc. Et quant au Christ, tous seront frappés d'étonnement devant la découverte de sa Personne tant nous sommes gonflés de préjugés. L'Apocalypse veut dire cela tant son regard est celui de la dernière vue, là, par la fenêtre ouverte d'En-Haut. Aussi ce livre est-il inspiré, et je dirai même qu'il l'est trop ! C'est pourquoi, dans un réflexe d'incompréhension, il fut, plus que tout autre écrit, tordu et dévoyé dans tous les sens. Le christianisme immature s'en est servit, pour, dans son habitude séculaire, comme le disait Chesterton, « accoucher d'un monde moderne qui reste pénétré d’idées chrétiennes devenues folles. »
La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller
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Excellent… si le révélation ne se fait pas chair, tout ce qui est écrit n'est bon qu'à être brûlé. C'est en cela que les propos du christ sont uniques et à nul autre pareil… que le christ lui-même est unique. Car si toutes les religions et les vérités raisonnables « détiennent » la vérité, il y a basculement total avec le Nazaréen : il est lui-même la vérité. Il ne la détient pas. Il l'est. Et pour rajouter à ce scandale, voici qu'il promet à chaque-un de devenir tel que lui : la vérité. Allez comprendre comment cela est possible ! C'est raisonnablement impossible. C'est Dieu. Il faut basculer dans la foi sans exiger qu'elle soit justifiée par la raison.
Bref… après cela, toute sacralisation d'un texte est, sinon machiavélique, au moins pathétique ; et les joyeux gais lurons ecclésiastiques qui coranisent la bible sont, sinon machiavéliques, au moins pathétiques.
La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller
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