
7
Vous n'êtes pas identifié(e).
« Ce n'est pas le christianisme qui est à la racine de l'Europe, c'est l'Europe actuelle qui inspire le christianisme ou certaines de ses versions » Paul Veyne, dans Quand notre monde est devenu chrétien).
Dernière modification par Stéphane (04-05-2013 02:01)
Hors ligne
Oui, « un peu des deux ». Toutefois, il est intéressant que Paul Veyne parle des racines, car je ne pense pas que l'Europe ou la chrétienté soient des racines, mais l'un est l'autre sont les branches d'un même Arbre, d'une même racine.
L'arbre d'origine, à mon avis, c'est cette bête, ce flux historique du pouvoir ; et la prostituée, ce sont les actualités dans le temps de ce pouvoir originel. Ce sont des branches qui croissent, puis meurent pour se démultiplier en de multiples autres émanations de ce même pouvoir. L'Empire Romain laissant place à l'Empire byzantin et l'Europe, puis aux Empires des nations : britannique, allemand, russe, usa, etc, etc. Or, l'église s'est toujours associée aux pouvoirs en place et à ses politiques. C'est-à-dire qu'elle s'est liée à la prostituée, aux gouvernants, devenant en quelque sorte, elle aussi, telle une branche sur l'arbre de l'Histoire. Mais elle n'est pas selon moi la prostituée à proprement parler. Tandis que l'arbre du pouvoir porte tout et fait croître ses branches, ses empires politiques ; la prostituée est le pouvoir officiel du moment, tandis que la chrétienté n'a jamais été qu'associée à ce pouvoir : une branche seconde je dirai, sur la branche officiel du pouvoir. Une ekklésia du christianisme servante de l'ekklésia politique, et qu'il convient, par honnêteté, de distinguer, bien qu'elles soient toutes deux presque toujours inspirées des mêmes vies spirituelles.
Il y a donc bien eu influence réciproque. Mais la chrétienté a la particularité de n'être pas originée à l'arbre du pouvoir, tandis que la politique l'est naturellement. La chrétienté est née d'une origine autre. Ce n'est que par subversion qu'elle se greffe au pouvoir politique, qu'elle imite et sert la prostituée, la politique de son époque. C'est-à-dire que le christianisme reste en lui-même la possibilité d'un autre arbre, d'une autre perspective. Et lorsqu'il joue ce rôle, hélas trop rarement, lorsqu'il parle du Royaume des cieux seul, refusant le Royaume des terres, alors il redevient ce qu'il est : une racine, un arbre vis-à-vis de l'arbre du pouvoir. Il est la possibilité de sortir de la bête historique, la possibilité de se nourrir à un autre arbre.
La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller
Hors ligne