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Donald Spoto, dans Un inconnu nommé Jésus, a écrit :
« Aristote avait raison : le langage est en lui-même un système de symboles, qui se développe parallèlement à la réalité, mais sans jamais se rencontrer. [...] La métaphore, notre plus grand outil, ne devient notre plus grand problème que si nous oublions que tout langage est métaphorique. [...] tous nos propos sur Dieu doivent rester toujours provisoires, prêts à être repensées, reconsidérés, réintériorisées »
Dernière modification par Stéphane (03-05-2013 22:39)
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tous nos propos sur Dieu doivent rester toujours provisoires, prêts à être repensées, reconsidérés, réintériorisées. »
Il est vrai que la tentation est grande de se reposer sur des "dogmes" ou des "magistères", une sorte d'immuabililté, mais parait t'il "Dieu ne change pas"...
Aurait t'on mal compris les écritures ?.? en ce moment le "monde" change trop vite, j'ai peur qu'en perdant les repères anciens de nos prédécesseurs ne on perde finalement "notre" âme et donc la foi.
D’après moi, si le vrai but est plutôt de persévérer il faut des repères stables..
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Le Christ n'est t'il pas la "pierre d 'angle" que les "bâtisseurs" ont rejetés ?, Le fondement c'est bien Jésus-Christ, il est donc bien "solide" ce fondement de la foi non ?.
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Oui, merci pour cette réponse, mais si je n'avais pas des vu de mes yeux et entendu des miracles, ou eu certaines révélations, dans la situation dans laquelle je suis actuellement, je ne croirait plus depuis longtemps.
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Il est vrai que la tentation est grande de se reposer sur des « dogmes » ou des « magistères », une sorte d'immuabilité, mais parait-t-il « Dieu ne change pas »... Aurait t'on mal compris les écritures ?
[…]
…si je n'avais pas des vu de mes yeux et entendu des miracles, ou eu certaines révélations, dans la situation dans laquelle je suis actuellement, je ne croirais plus depuis longtemps.
À propos de cette fameuse « immuabilité de Dieu » et de ce passage biblique : « Dieu ne change pas, etc. ». Il faut tout d'abord se rappeler combien cette pensée est commune à la philosophie, aux morales et à la raison, d'une part, et à toutes les divinités de toutes les religions d'autre part. En effet, qu'y a-t-il de plus immuable qu'une vérité mathématique ou morale ? Du moins, ces vérités sont justement en recherche de cette immuabilité dernière. De même que le sont les lois édictées par une divinité ; ou encore la super-puissance immuable d'un dieu qu'aucune force ne saurait remettre en question. Ces immuabilités sont pour l'homme le gage d'une stabilité et d'une sécurité absolue. Pauvres humains que nous sommes. Nous qui sommes sans cesse entraînés aux aléas des circonstances, des « soudains » et des inattendus ; sans cesse mis face à notre impuissance devant la liberté que prend la vie à nous surprendre ! N'y a-t-il pas plus grande bénédiction qu'une Vérité qui serait enfin immuable et parfaitement stable ? Et en nous unissant à Elle, nous serions dès lors délivrés de cette « maudite instabilité de la réalité ». Nous pourrions nous arrêter.
Pourtant, supposons que cette liberté que prend la vie, celle par laquelle elle est mouvante, changeante, capricieuse à créer de la différence, à nous pousser continuellement en avant de sorte que nous trouvons difficilement « un lieu où reposer notre tête »… supposons donc qu'elle soit précisément Dieu ! En quoi pourrait-on dire que Dieu est immuable et ne change pas ? Ne devrions pas plutôt dire le contraire ? Que Dieu ne cesse de changer et qu'il est instable ?
En vérité, la chose est fort simple. Tout dépend avec quelle lunette et de quel côté nous nous plaçons pour regarder ce concept d'immuabilité.
Si nous nous regardons avec le prisme de la raison, le concept d'immuabilité devient dès lors une anti-liberté, l'anti-différence, l'anti-mouvement. L'homme est ici appelé à se chosifier, à devenir une vérité éternelle semblable à ce que prétend être une vérité mathématique, morale, ou encore un dogme théologique. Il devient en réalité une sorte de ligne de code dans la Super-machine immuable que serait Dieu. Une ligne de code à laquelle la Machine-dieu aurait ôté toute possibilité de devenir, c'est-à-dire toute possibilité d'être ce qu'elle veut être : de se formuler tel un autre code. Cette immuabilité, c'est en vérité de l'impossible, c'est l'impossible pour l'homme de dire : « Je suis la vérité ». C'est l'abolition de l'homme.
Cette immuabilité-là est finalement l'anti-amour par excellence. Qu'y a-t-il de plus libre que l'amour, de plus mouvant, de plus joueur, de plus créatif, de plus excité à la différence et au nouveau que l'amour ? Car aimer ce qui est connu définitivement ; aimer une vérité qui est ce qu'elle est sans jamais être autrement, aimer ce qui est toujours le même et qui ne m'offre rien à découvrir que son immuabilité, ce n'est pas aimer un être, mais c'est aimer une chose. C'est aimer un mort ! C'est aimer une vérité raisonnable. Aimer l'Être signifie tout le contraire. C'est aimer sa liberté, son devenir, sa possibilité créative. C'est aimer aussi ce que nous, nous appelons le changement, mais ce que l'amour appelle le Jeu. Aimer suppose le mystère, et le jeu est un mystère de l'amour où l'autre, étant l'infini, est toujours à découvrir ! Or, dans ce rapport amoureux qui s'établit entre de tels êtres, il n'y a pas d'instabilité, mais une confiance absolue : l'autre m'aime. Il n'y a entre eux qu'un rapport de foi sans qu'aucune autre « vérité » ait besoin de faire l'intermédiaire pour les rassurer, il n'y a nul besoin d'un prêtre du mariage avec sa loi d'un contrat divin signé sur table de pierre.
Un tel rapport à une telle Vérité immuable, c'est pour la raison de l'instabilité même ! C'est pour elle le contraire de l'immuabilité. C'est la Vie tandis que la raison immuable exige la mort et voit en elle la béatitude de l'immuabilité. De fait, si nous regardons par le prisme divin, l'immuabilité, c'est la foi et l'amour, et c'est précisément la plus grande stabilité que l'être puisse rêver d'avoir. Je suis aimé et j'aime ; et il n'y a entre moi et l'être aimé aucune vérité immuable qui nous lie. Il n'y a pas de contrat, mais la foi seule, la confiance seule. L'expérience même de l'acte amoureux n'est pas même une preuve, pas plus que le miracle ne prouve l'amour de Dieu à mon égard. L'expérience n'est que l'expression de l'amour, non sa justification. Il n'y a ici que la foi qui justifie le rapport entre les 2 êtres, il n'y a que l'amour et seulement l'amour. Amour enraciné ainsi dans une infinie liberté, celle que je donne à l'autre tandis qu'il m'offre la même infinie liberté. Il s'ensuit que pour la raison, cette immuabilité là, c'est bâtir sur le sable, mais pour l'amour c'est bâtir sur le roc.
Aussi faut-il prendre garde au propos du Christ lorsqu'il dit : « Quiconque entend ces paroles que je dis et les met en pratique, sera semblable à un homme prudent qui a bâti sa maison sur le roc. » Ceux qui entendent ici Moïse ou Josué au travers du Christ, ceux-là recherchent bien sûr à imposer au Christ le joug d'une Loi immuable, ou celui d'expériences miraculeuses de victoire. Ainsi sont-ils fiers de bâtir sur le roc, sur une immuabilité évidente, sur des certitudes dont les preuves sont flagrantes. Le monde reçoit d'ailleurs de tels hommes, puisqu'il fonctionne sur le même prédicat. Il leur offre donc de leur bâtir des bergeries. Mais si nous entendons cette parole autrement. Si nous entendons Dieu au travers du Christ, nous refuserons alors à la Loi et à l'expérience de justifier notre rapport avec le Nazaréen. Et nous serons regardés par le religieux comme des hommes bâtissant sur le sable. Or, il s'avère que le Christ a précisément fait ainsi lorsqu'il alla sur la croix cirer son : « pourquoi ? » Aussi a-t-il voulu que la foi en Lui ne repose que sur une chose : sur son tombeau vide. Sur l'absence de preuves immuables.
C'est pourquoi Thamis, lorsque tu dis : « …si je n'avais pas vu de mes yeux et entendu des miracles, ou eu certaines révélations, dans la situation dans laquelle je suis actuellement, je ne croirais plus depuis longtemps. » Qu'en sais-tu ? Et pourquoi crois-tu encore aujourd'hui tandis que tu vis tout le contraire de cela ? Tandis que tu cries à Dieu tes : « Pourquoi ? » Tu crois précisément parce que tu es en train d'être délivré de cette immuabilité mensongère, celle que se partagent les vérités dogmatiques et les vérités des miracles sans lesquelles l'homme raisonnable ne peut croire. Tu crois en bâtissant sur le sable. Tu crois sans justifications, ta vie étant incapable de prouver ta foi. Et elle t'offre même tout le contraire d'une preuve : et pourtant tu crois. Devant la souffrance du présent, le souvenir ne suffit pas comme breuvage pour rafraîchir. Il faut avoir basculé dans une autre forme de foi : celle d'un homme mûr, ainsi que tu sembles le faire. Et ceux qui ne le font pas abandonnent généralement ici la foi ; le miel du passé n'étant jamais assez fort pour faire oublier l'amertume de l'épreuve présente. L'épreuve brise précisément l'immuabilité d'un souvenir de miel, d'une preuve, d'une révélation réaliste qu'on croyait immuable. C'est là sa mission, afin que la foi ne soit justifiée par rien. Qu'elle soit libre ! Ceux qui ont cette foi-là basculent à cet instant dans la maturité, dans l'immuabilité de la foi, même si pour la raison religieuse elle est une folie, un démon de sable.
Tu croyais auparavant comme un enfant. Et en ce temps, ceux qui t'enseignaient cette forme de foi te mentaient en t'affirmant qu'il est impossible de croire autrement, de croire sans preuves. En t'affirmant que croire doit obligatoirement être conjoint à des preuves immuables visibles, audibles, à des expériences, ou encore à des vérités dogmatiques. Peut-être voulaient-ils que tu leur ressembles et te figer avec eux dans l'enfance, dans le religieux. Or, il s'avère que les circonstances ne l'ont pas voulu. Elles t'ont poussé hors de l'enfance. Et en la quittant tu continues cependant à croire ! Tu désapprouves ainsi ce qu'on t'avait dit malhonnêtement, ce que tu buvais alors comme la vérité. Ce que tu croyais impossible est finalement arrivé : tu crois sans les preuves. Tu crois désormais comme croit un homme mûr. Tu comprends que le sable de Dieu est plus puissant que le roc des vérités éternelles, car le sable, c'est celui des tables en pierre des vérités immuables que Dieu a brisées. Il les a brisées par ce qu'il nous aime à la folie, et cette folie de l'amour est ce qui ne change pas… un amour qui ne change pas, mais qui ne cesse pourtant de nous changer, de nous mouvoir.
La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller
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