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Bonjour,
Paul traite de la question de la Loi dans les chapitres 6 à 8 des Romains. En 1 Cor, il n'instaure pas une nouvelle Loi, mais donne certaines indications sur la manière de se conduire dans la maison de Dieu. Si un chrétien ne comprend pas ces indications et ne s'y conforme pas, il n'en demeure pas moins chrétien pour autant. Tandi que l'israëlite qui faillissait sur un seul poinr de la Loi était coupable sur tous.
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Paul parle soit par ordre du Seigneur, soit comme ayant reçu miséricorde de Seigneur pour être fidèle. Il parle de la conduite qui plaît à Dieu dans l'assemblée. Cela concerne la marche chrétienne mais non le salut. La seule loi du chrétien est celle de la liberté en Christ.
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Stéphane,
Paul écrit : (de mémoire) : toutes choses me sont permises (ou possibles), mais toutes choses ne sont pas avantageuses, toutes choses n'édifient pas. On ne peut pas le soupçonner, ayant lu Romains 6 à 8, de prôner la Loi. Si malgré cela on n'est pas convaincu, on pourra consulter Colossiens 2, 20-23.
Cela dit, il est vrai que les églises officielles, certaines de manière appuyée, ont des tendances ou des dérives légalistes. Mais cela est une autre discussion, et il ne faut pas imputer ces dérives à l'apôtre Paul.
Quant à tes questions initiales, elles ressortent de la Parole de Dieu telle que consignée dans la première épître aux corinthiens.
Dernière modification par gerardh (12-11-2012 11:17)
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Pour ce qui me concerne, je n'arrive plus à lire le texte ainsi que tu sembles le faire Stéphane. Et j'en reviens encore au Sola Fide de Chestov. Tout comme Chestov remarque qu'il a existé un Luther prophète et un Luther réformateur, je crois que toute vraie révélation tend ainsi et inévitablement à se diviser en 2 expressions qui finissent ensuite, dans un temps plus ou moins lointain, par s'opposer totalement, devenant deux réels ennemis. Que signifie ?
En somme, lorsque Dieu se révèle dans notre réalité, lorsqu'il s'incarne même littéralement de chair et de sang, il ne le fait que dans Une situation donnée ; que dans Un instant donné ; que dans Un espace et Un temps particulier ; que dans Un Individu. De là le Christ : il s'oppose à l'Église, à la nation, au peuple, au dogme, etc. À toute entité qui, dès l'instant où elle affirme que sa généralité est la vérité, dès l'instant où elle prétend incarner corporellement la vérité, elle se doit obligatoirement de soumettre l'incarnation individuelle à son autorité, et de fait, elle crucifie le Christ. Le général tue l'existence individuelle dans sa finalité. Elle fait de la vérité une sorte de fantôme où chacun n'est qu'un clone, une cellule représentant d'un corps monstrueux ; un corps qui unit tout et tous, en Lui, dans une plénitude égotiste, et hors duquel aucune cellule du corps n'a pas droit d'exister. C'est la fusion, l'abolition des particularismes au nom de la sainte Unité. Une unité qui a échoué. Parce que ne pouvant concevoir l'Unité avec la Liberté absolue, elle sacrifie la liberté. C'est le propre de la mort en définitive.
À contrario, c'est le propre de Dieu de “ne pas être la vérité pour tous, partout et toujours”, mais de vouloir et d'avoir le pouvoir “d'être pour chaque-Un, dans son partout et dans son toujours : la vérité”. C'est tout simplement la différence entre le divin et le diabolique. Le diabolique s'impose comme la vérité universelle ; le divin se propose comme la vérité existentielle.
Il s'ensuit que La Vérité universelle dans laquelle Tous les êtres doivent vivre s'opposera toujours à l'idée d'un autre univers qui lui aussi prétendra être La Vérité de l'univers dans lequel Tous les êtres doivent vivre. Tandis que lorsque La Vérité s'incarne dans l'individu, de façon existentielle, propre à lui et à lui-seul, ayant un nom qui lui est unique et une particularité qui lui est singulière… La vérité devient alors l'Univers de cet individu : son Royaume en quelque sorte. Or, si deux Univers existentiels de ce type se rencontrent, étant tous deux animés par le même esprit de liberté de l'Être, tous deux étant passionnés par l'Être dont ils sont une incarnation, une animation, ils s'aimeront tant ils verront en l'autre âme devenue spirituelle une autre expression particulière de la même paternité ; du même Père qui finalement les unit, précisément parce qu'il leur donne en particulier et en eux-mêmes l'infini des possibles d'Être ce qu'ils veulent être. Pour le dire en deux mots : Dieu est un homme, non l'homme terrestre, mais cet autre homme né de la mort de ce premier homme, de ce premier Adam : Dieu est le Fils de l'Homme.
Comment incarner ici-bas le Fils de l'homme ? Dans l'absolu, c'est impossible ! La seule fois où cela fut fait, ça l'a été par Dieu lui-même : par le Christ. Or, qu'a-t-il fait ? Il refusa de régner, c'est-à-dire de devenir une vérité universelle, pour tous, partout et pour toujours. Il refusa d'être un Temple religieux qu'incarnerait un peuple, une nation d'élus, soumis à un ordre de dogmes infaillibles : il refusa d'être une Eglise. Mais il voulut être un temple individuel et particulier, en chaque-Un. Une telle offense à la vérité terrestre le conduisit donc à la condamnation : précisément ce qu'il voulu. Car en ressuscitant, il offre ainsi à l'homme de Le trouver dans l'invisible, dans l'incognito de l'Être ressuscité, c'est-à-drie dans la foi seule. Et en le trouvant, l'individu commence à se trouver, il a un avant-goût de ce qu'il n'est pas (adam le terreux), et de ce qu'il sera (un fils de l'homme), et cela, dans un continuel va-et-vient de morts et de résurrections existentielles personnelles ici-bas, mais dans l'espérance de la Résurrection finale.
Ainsi échappe-t-on à la vérité terrestre, à la vérité générale de cet homme inaccompli, de cet homme encore raté ici-bas. La vérité qu'est le Christ offre donc à celui qui l'aime, d'effleurer pour lui-même, ce qu'il sera lorsque lui aussi ressuscitera et deviendra la vérité, sa vérité : lorsqu'il entrera dans ce Royaume. La vérité est donc bien un chemin et ce chemin est particulier, unique et propre à chacun. Et c'est ici qu'est le risque. Le risque que cette vérité prophétique se mue en son contraire. C'est-à-dire qu'une vérité terrestre et générale se saisisse de cette Révélation pour formuler une vérité qu'elle appellera une Réforme, ou un ordre nouveau. Le risque de mettre du levain dans la pâte en prenant un cas particulier, un cheminant ici et maintenant (la vérité prophétique), pour en faire une maître-vérité, une règle universelle pour le cheminement et le cas de tous, partout et pour toujours (la vérité générale).
C'est ce risque que tu perçois dans la lecture de Paul. Car entre l'absolu dont témoigne Paul dans sa théologie et cet absolu confronté à la réalité et aux cas particuliers ; là se creuse le commencement d'un gouffre. C'est le grand écart devant lequel nous sommes tous continuellement confrontés : faire d'un cas et d'un cheminement particulier, et d'un jugement de ce cas, une vérité et un antécédent « judiciaire » pour tous, partout et pour toujours : subvertir.
Par exemple, observe aujourd'hui le cas du « mariage pour tous » dont il est question de faire voter une loi au Parlement. Nous voyons le christianisme rougir et s'étouffer d'une telle éventualité. Pourquoi ? Parce qu'il lit l'éventualité de cette loi au travers d'un texte dogmatique « chrétien » qui a été formulé dans une autre culture, une autre époque, et qui, dans le lieu et l'espace de son cheminement d'alors, confronté à une telle éventualité, aurait effectivement pété un plomb. Le christianisme lit donc le réel en reculant, sans tenir compte que le chemin s'est totalement métamorphosé et qu'il n'a plus à faire aux mêmes hommes. Il est donc en échec de réponses parce qu'il n'entend plus l'homme moderne, parce qu'il entend cet homme avec des sous-titres qu'il insère lui-même venant d'un homme se trouvant sur un autre chemin, et pensant que les repères de cet autre chemin sont lois pour toujours et pour aujourd'hui. Il n'entend pas de manière existentielle, mais de manière générale.
Paul est devant une situation analogue à Corinthe. Il est face à une réalité toute nouvelle qui le remet totalement en question. D'abord dans son pouvoir d'adaptation, mais surtout dans sa conception de Dieu. Lui, sortant d'une organisation communautaire juive où Dieu et l'impératif d'une loi immuable sont un, il se retrouve, d'une part, face à une communauté qui elle est toute emprunte d'un tout autre héritage moral et communautaire, mais surtout, il doit porter le témoignage d'une vérité divine nouvelle qui privilégie l'être à la communauté, qui rend supérieur le cheminement de l'être par rapport aux repères éternels balisant un chemin général. Un Dieu qui ne considère plus la loi comme vérité, mais qui considère l'être comme vérité. Un Dieu capable donc de s'adapter à outrance afin, non de me soumettre extérieurement par une loi, mais de me convaincre intérieurement dans Ma relation intime avec Lui, et dans Mon temps avec Lui. Un Père capable de dire, concernant un même fait et un même acte, au Juif : « Ceci est une abomination, je brise avec toi l'alliance » ; et au Grec : « Je n'approuve pas, mais je ne te condamne pas, je ne brise pas mon amour et le lien que j'ai avec toi. Ce qui importe est que nous continuions de cheminer ensemble, et au temps convenable tu trouveras la force pour régler cela. »
C'est ainsi que je lis Paul, avec beaucoup d'indulgence, notamment dans ce contexte si difficile où il fallait se distinguer du judaïsme et de sa force historique tellement emprunte d'héritages spirituels. Paul ne s'en est pas mal tiré me semble-t-il, car sa théologie m'importe plus, c'est elle qui constitue véritablement un héritage. Quant à son vécu, à ces grands écarts qu'il du parfois faire, je pense que celui qui s'appuie dessus pour fomenter quelques dogmes ekklésiastiques infaillibles, c'est probablement parce que la théologie de Paul lui est impossible à mettre en pratique, aussi préfère-t-il créer un Paul-réformateur et ne plus voir ce Paul-prophète qui scandait : « par la foi seule ».
À celui donc qui veut m'obliger, m'imposer l'autorité d'une règle générale pour tous à laquelle il se soumet lui-même, je répondrai, qu'il soit le pape, le pasteur ou l'épicier : « Mon chemin n'est pas ton chemin, comme ma chair n'est pas ta chair. Et en cette confusion, que Dieu me préserve de tomber. Sache donc que ce que tu appelles une règle est peut-être pour moi un état charnel où je juge ta soumission comme un manque de liberté ; et sache aussi que ce que tu appelles péché chez moi est peut-être une liberté dont tu n'as pas accès tant tu es encore trop enfant pour chevaucher ce don céleste. Avant de juger, interroge-toi, regarde donc si la paille que tu vois dans mon œil n'est pas simplement la métaphore d'une poutre dans le tien, la poutre d'un manque de liberté, mais que tu refuses de voir. La règle et l'ordre de Dieu sont donc celui-là : sois patient envers mon être comme je me dois de l'être avec le tien, ainsi que Dieu l'est avec toi comme avec moi. Et ne t'offenses pas trop vite de ma liberté, car en jugeant hâtivement, nous risquons de voir large ce qui est étroit, et inversement. Nous sommes, et l'un et l'autre, loin d'être le fils de l'homme vers lequel nous cheminons, selon les forces données à chaque-un de nous et en particulier.
La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller
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Dans son commentaire aux Galates, Luther dit la chose suivante : « Que personne ne pense que la doctrine de la foi soit facile. Elle est, sans doute, facile à dire, mais très difficile à comprendre. Il est facile, en outre, de l'obscurcir et le perdre. […] Celui-là donc qui a bien appris à discerner entre l'Évangile et la loi, qu'il rende grâces à Dieu et qu'il sache qu'il est théologien. Cette volonté de différencier la Loi et la Foi, de différencier, mais, tout en l'uniformisant, l'activité de Dieu dont témoigne l'AT et l'activité de Dieu dont témoigne le NT, ce fut dès le départ l'impossible défi devant lequel se retrouva le premier christianisme… et devant lequel la chrétienté fut continuellement confrontée, tout autant aujourd'hui !
Ce premier christianisme n'était alors que judéo-chrétien : seulement accepté par des Juifs précisément. On fut donc tenté logiquement par le comprendre de la manière suivante, pour citer un théologien contemporain : « Le Salut en Christ passe par l'appartenance au peuple juif, y compris par l'observance de la Torah et l'adaptation de tous ses rites. Autrement dit : le christianisme était compris comme une variante interne du judaïsme… ». Bien sûr, l'Histoire nous montre que la cassure s'est finalement faite. Mais est-ce vrai ? Non ! Une cassure, oui, s'est produite, mais elle n'a été que très rarement ce qu'elle aurait dû être, malgré l'héritage de la théologie de Paul qui pourtant nous a montrés avec talent comment mettre en œuvre cette séparation.
En effet, c'est sur le comment que le christianisme a toujours achoppé, en allant d'un extrême à l'autre. Certains ont carrément renié le Dieu de l'AT en affirmant que nous avions là un autre Dieu que celui dont parle le Christ. À contrario, d'autres ont subtilement mêlé l'AT et le NT, adaptant la Loi à un christianisme pour les nations, et adaptant le Christ à la Loi, le tout en affirmant que l'Église faisait évoluer la mission d'Israël en ajoutant à son programme les données du Christ, c'est-à-dire que l'Église était le second Israël. Aujourd'hui, pour dire cela, nous parlons de continuité. C'est autrement dit, c'est plus soft, mais c'est pareil : comme si le Christ était la continuité d'Israël, tandis qu'il est sa sortie et sa définitive séparation. D'autres sont par contre tombés dans l'angélisme ou la mystique simpliste : pourquoi s'emmerder à réfléchir ? Ils ont égalisé, et l'AT et le NT pour se fabriquer un Christ œcuménique, universaliste, réunissant en son sein toutes les religions monothéistes, et si possible toutes les religions et toutes les vérités : Moïse, Bouddha, Mohammed, les Perses, les Égyptiens, les Mayas, Copernic, Newton, Darwin, Freud, Einstein… et Jésus, témoignent tous de la même vérité dernière, chacun touchant d'elle qu'une seul part. L'un les pattes, l'autre la trompe, celui-ci les oreilles… comme le dit déjà un vieux conte hindouiste « de l'Éléphant » (pff… quel conte idiot ; car la vérité de ce conte alors, elle-même, c'est quelle partie de l'éléphant ?).
Bref… ce n'est pas juste de dire que « Les pères de l'église ne se sont pas battus avec ces idées, et que la chrétienté est fuyarde à leur égard ». Tout au contraire. Israël et sa théocratie, le Dieu de l'AT et ses conquêtes sanguinaires, Moïse et l'impératif de la Loi, etc., etc. Tout cela a toujours été une épine dans les chaussures du christianisme. Te connaissant, je pense que tu voulais dire que le christianisme n'a que très rarement su comment en parler, comment le gérer, comment s'en différencier, comment l'uniformiser avec les propos et l'œuvre du Christ. Pas plus avant qu'aujourd'hui d'ailleurs.
En somme, le christianisme a « facilement dit la doctrine de la Foi, mais l'a très difficilement comprise. Il l'a donc beaucoup obscurcie pour la perdre totalement. […] Le christianisme n'a pas appris à discerner entre l'Évangile et la Loi. Il a été un mauvais théologien. » Si ce n'est quelques rares hommes qui se levèrent pour en parler, le christianisme a échoué. Pourquoi ?
Mais tout simplement parce que l'Héritage de la Loi et de l'AT est une représentation de la vérité en terme de vérité pragmatique, en terme de la vérité terrestre. Dans le même commentaire aux Galates, Luther dit encore : « Il faut discerner de telle sorte que l'on situe l'Évangile au ciel et la loi sur terre, de telle sorte que l'on appelle céleste et divine le justice de l'Évangile, terrestre et humaine celle de la Loi… ». Soit donc, l'activité de Dieu dans l'AT est bien celle par laquelle il appelle l'homme à affirmer sa divinité ici-bas lorsqu'il dit : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre. Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu, il créa l’homme et la femme. Dieu les bénit, et Dieu leur dit : Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l’assujettissez; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre. » (gen 1.26-28). Depuis ce jour, la Loi, qu'elle soit en conscience chez le Grec, édictée sur des tables de pierre chez le Juif, révélée par les recherches scientifiques des érudits, et finalement synthétisée par les Parlements au sein des Nations… cette même Loi de la Nature et de la Conscience morale qui se formule en de complexes codes et textes politico-religieux au cours de l'Histoire humaine, cette même Loi domine et pousse l'homme à devenir la Tête de la Création : l'animal le plus évolué.
Et parvenu à ce stade, c'est l'impasse. C'est l'échec. Bien qu'animal le plus évolué et rendu tel un Dieu, tel l'image de Dieu et comme à l'ombre de Dieu pour la création et toutes les créatures, cet homme n'en reste pas moins une créature soumis à un Créateur et devant subir le même sort que tous les sujets de cette création qu'il semble pourtant dominer : Mourir et rester enfermer dans sa mort. Cette terrible prise de conscience devant laquelle Dieu place l'homme est le prix à payer pour être la tête de la création. L'animal, lui, n'accède pas à cette prise de conscience. C'est ainsi que la Loi dit la vérité terrestre, et de ce fait est-elle spirituelle : « Ô homme, tu n'es finalement qu'un terreux. Tu es un homme tremblant aux pieds d'une montagne effrayante, aux pieds des lois de la Nature dont l'épée de feu raisonne en ta conscience du bien et du mal. Ce feu de l'épée des lois dans lequel tu dois un jour te jeter, tout comme l'insecte va vers la flamme, vers sa mort certaine. C'est pourquoi il est dit : “Il mit à l’orient du jardin d’Éden les chérubins qui agitent une épée flamboyante, pour garder le chemin de l’arbre de vie.” (gen 3.24) ».
C'est pour cet homme désespéré et à la conscience élevée, pour ce Job blessé, meurtri et déséquilibré, qui cherche Dieu au-delà de l'évidence, au-delà de la logique des lois, au-delà de la Nature et de son processus évolutif qui n'aboutit qu'à l'amère impasse de la mort… C'est pour cet homme fou et en train de changer de mode de penser que vint le Christ. À celui-ci il dit : « De l'homme-terreux que tu es je vais faire de toi l'Homme. De la Créature que tu es je vais faire de toi une autre créature, un autre homme, un Fils de l'homme. Et ce Créateur Tout-Puissant d'où émanent les lois inviolables du bien et du mal, lequel n'était que l'ombre de Dieu, je vais le tuer et faire de ses lois tes serviteurs ; puis je vais te révéler Dieu en son intimité : te révéler le Père. De même qu'en tuant en toi le terreux, je te révélerai en tant que Fils. Qu'il n'existe donc plus entre toi et moi de lois, mais seulement un rapport de confiance : la Foi seule. Voici, j'ai bu moi-même ta mort en me sacrifiant pour toi, et comme je me suis relevé d'entre les morts, je te relèverai. Je te donnerai ce que la justice terrestre ne peut t'offrir. Je te donnerai la victoire gratuitement. Je te ressusciterai. Je te donnerai l'infini des possibles. Efforce-toi de te préparer ici-bas, en te confiant de tout ton être en moi, de te préparer à la meilleure résurrection qui soit : le royaume des cieux seul est désormais ta loi. »
De continuité entre la Loi et l'Évangile il n'y en a donc pas. Car s'il y avait continuité, il y aurait évolution en trois temps : De l'animal, à l'animal évolué, jusqu'au Fils de l'homme. Jusqu'à l'accomplissement de ce que l'évolution de cette continuité appelle en fait la perfection, bien qu'elle se serve pour le dire, au sein du christianisme, et en le subvertissant, du vocable de « Fils de l'homme ». Pour qu'il y ait continuité entre la Loi et l'Évangile, il faudrait en vérité que l'animal évolué parvienne à payer tout son tribut à la loi : atteignant ainsi la perfection, le nirvana tant désiré de l'évolution. Comment en pratique parvenir à cette perfection ? Soit que l'homme se réincarne indéfiniment, payant au fur et à mesure ses manquements à la loi, et devenant alors un objet obéissant à la loi… de sujet qu'il était ! Soit qu'il ne puisse payer et doive donc se désincarner totalement ; qu'il devienne alors une conscience désincarnée, un être sans âme, un être incapable de manifester sa particularité, un être habitant dans une sorte de plénitude extérieure, car laissant tout en paix puisque n'étant plus « vivant », mais tout en « vivant » intérieurement, dans sa conscience, un enfer. Un homme « vivant sa mort », disait Kierkegaard.
Il s'ensuit que la mort est l'accomplissement de la Loi. C'est pourquoi le shabbat est la fête des morts, la fête du septième jour. Jour où la perfection vient à terme quand s'achèvent les six jours de la création, quand se stoppe le processus de création. C'est le lieu de l'achèvement, le lieu de la plénitude. Là où toutes les créatures cessent de devenir, cessent d'être excitées par leur liberté et leur vouloir : là où finalement elles cessent de vivre, elles cessent d'être incarnées. Là où aucune d'entre elles ne peut sortir pour atteindre le huitième jour de la résurrection. Ce huitième jour où l'être reçoit l'infini des possibles, gratuitement. Ce lieu où ne règnent plus les lois. Ce lieu où la volonté ne lutte plus contre les lois car celles-ci servent l'Être dans une explosion de joie. De là cette parole talmudique que les rabbins ont dit, malgré eux, contre le shabbat, contre l'accomplissement de la loi : « Quand vient la perfection, le satan danse. »
Le Christ est l'accomplissement de la promesse que la Loi et les prophètes ont entraperçue durant leur cheminement. Le Christ n'est pas l'incarnation de la Loi, mais de la promesse dont témoigne l'AT. Promesse que cette même Loi ne peut atteindre du fait que sommes toujours en déficit face à ses impératifs, quant bien même nous aurions 1 milliard de réincarnations pour apprendre à nous y soumettre. Aussi le Christ n'a-t-il pas payé ce qui est impossible à payer, comme si Dieu s'abaissait à traiter avec le diabolique : Il a effacé l'ardoise, tout aussi simplement que cela si j'ose dire. Et il l'a effacé, parce qu'il l'a voulu. Ainsi donc : « À Dieu cela est possible, mais aux hommes impossible ». Puis il a offert à l'homme une autre Nature, par la résurrection. Une Nature divine dans laquelle l'homme ne sera plus confronté à la loi et aux ordres de la raison pour réaliser sa volonté. Il ne sera d'ailleurs face à aucun processus, à aucune continuité.
Le Christ est précisément le brisement de la continuité, et la continuité est précisément le diabolique. Le Christ en est la cassure, la radicale et définitive séparation. Il en est la sortie. Toutefois, ici-bas, tant que le ciel et la terre demeurent, tant que nous sommes dans cette semaine du Créateur, la loi règne, la justice de la loi demeure, les règles qui soumettent tout, tous, partout et toujours, ont force d'autorité : en tant que lumières de la raison. Qu'elles soient les lois d'une Nation, plus ou moins archaïques et barbares selon le l'âge que cette Nation a de sa prise de conscience ; ou qu'elles soient celles d'une religion, d'une morale, du club de foot de mon gosse, de l'école, d'une église, d'une mosquée, d'une synagogue, d'un ordre bouddhiste… peu importe : elles règnent et elles incarnent les vérités de la Justice terrestre. Elles sont les branches éparses de ce grand arbre universel du bien et du mal, arbre à l'ombre duquel le terreux vit, respire et craint : corps et âme.
Pour le suiveur du Christ toutefois, le chemin est resserré, très resserré ! Il est virtuellement, et en vérité, dans la fête du huitième où demeure son Père, là où fructifie l'héritage de ce qu'il est et de ce qu'il sera. Mais physiquement, il est encore dans la semaine du créé. Il doit donc, d'une part, reconnaître le bienfait de la loi et s'y soumettre en tant qu'homme terrestre, il doit même encourager qu'elle puisse éveiller la conscience des terreux puisque cela peut leur permettre de chercher ensuite Dieu au-delà de cette conscience. Mais il doit, d'autre part, séparer totalement le huitième jour de cette semaine terrestre.
Faire reculer son huitième jour vers le septième est pour lui le pire des cauchemars. Et s'il ne s'autorise pas à lutter contre la loi pour ceux qui n'ont qu'elle, sachant que ses préceptes sont pour l'instant leur Gardien dont Dieu se sert pour les diriger, ainsi que le précepteur garde et éduque l'enfant… Il n'hésite pas une seconde à s'opposer à ce christianisme qui a vidé le huitième jour de son contenu pour le rendre visible par une idole : l'adoration de Sainte Ekklésia et la soumission à ses édits universaux. Suivre le Christ consiste à renier ces ordres sacrés ; et l'uniformité avec l'AT c'est très exactement savoir s'en séparer radicalement quant à l'Esprit, tout en reconnaissant son autorité quant à la chair. C'est pourquoi la torah et l'ekklésia sont utiles tant qu'il y a de la chair. Et plus il y a de l'Esprit, plus elles sont vaines.
Non Stéphane. Paul n'établit pas une loi valable pour tous et pour tout le temps. Il écrit à groupe particulier, dans une situation particulière, à une époque particulière, et à propos d'un cas particulier sur lequel, dit-il, il donne un avis et un jugement, dans l'ici et le maintenant qui était alors le sien : il y a 20 siècles ! Ce sont ensuite ces bourricots de papes, évêques et autres pasteurs ou puritains qui ont édictés de cet avis « une Loi pour tous, partout et pour toujours », prétextant que l'apôtre était Saint et ses écrits Parole de Dieu immuable ; tandis que, précisément, de l'apôtre il fallait comprendre qu'il n'avait fait qu'écrire une lettre particulière !
Soit donc, à nous aussi d'écrire nos lettres ; de jauger notre temps et notre époque ; d'entendre et de comprendre l'homme particulier dans notre culture et notre environnement particulier. Et d'écrire une lettre… inspirée ! …si nous le pouvons. Et quand bien même notre réponse différerait de la réponse que donnait Paul il y a 20 siècles dans la situation où lui se trouvait, qu'importe ! Ce qui compte, c'est d'entendre ce que l'Esprit dit, car Il ne dit pas la même chose à Philadelphie qu'à Éphèse (cf. apo 2-3). Philadelphie étant Philadelphie qui se trouve à Philadelphie, et Éphèse étant Éphèse qui se trouve à Éphèse. Et heureusement que l'Esprit ne dit pas la même chose à tous, partout et pour toujours. Heureusement qu'Il a le sens de l'espace, du temps et de l'Individu. Heureusement pour l'identité de chaque-Un, pour l'espace et le temps qui est propre à chaque-Un.
Maintenant si d'autres croient que l'Esprit n'a pas le courage d'écrire ses propres lettres, jour après jour ; s'ils pensent que l'Esprit est un lâche, comme eux, qu'Il se cache derrière le travail d'un autre… il y a 20 siècles ! C'est leur problème ; non pas le nôtre. Ils peuvent en effet se tourner vers les bourricots de l'ekklésia. Nous savons que les anges parlent au bourricots, l'Écriture en témoigne, ayant ainsi égard aux prophètes faibles, ceux-là mêmes qui sont soumis à l'esprit universel, à cet esprit qui conduit les hommes en masse, leur édictant des lois pour tous et pour toujours. Cet esprit qui décréta un jour, que partout et pour toujours les femmes adultères devaient être lapidées. Cet esprit que le Christ offensa directement lorsqu'il dit à une femme adultère : « Moi, je ne te condamne pas ! Car j'ai quelque chose d'autre à te dire ; j'ai une lettre pour toi en particulier, et je l'écrirai avec mon propre sang. »
La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller
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Paul n'établit pas une loi valable pour tous et pour tout le temps. Il écrit à groupe particulier, dans une situation particulière, à une époque particulière, et à propos d'un cas particulier [...]
A mons sens, Paul agit comme Luther le fit à un moment de sa vie, c'est à dire qu'après avoir prêché la grâce seule, il prêcha la loi.
Dernière modification par Stéphane (27-12-2012 04:23)
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Tu as raison Le nuage blanc. Et nous pourrions voir ce phénomène, phénomène quasiment de dédoublement, dans toutes les biographies de chrétiens… et chez nous-mêmes. La foi est en pratique un chemin « traumatisant, pressant, persécutant » ; c'est ce que signifie littéralement « le chemin resserré » de mat 7.14. Et dès l'instant où cet inconfort et ce déséquilibre sont intenables et trop déraisonnables, la raison vient avec « amour » nous l'élargir : « Instaure quelques lois et règles universelles… bâtis une église et formule ses crédos, etc. ». « Toute recherche commence par l'inquiétude et finit par le déséquilibre », disait Chestov. Voilà une autre façon de dire la foi seule.
Bref, à chacun de choisir comment lire dans les Écritures. De toute façon, même celui qui les sacralise ne peut échapper à ses contradictions internes… et ça le brûle. Mais pour celui qui les désacralise, il sait reconnaître ici, ce qui est inspiré, et ici, la main de chair du témoin qui écrit. Pour moi, j'ai choisi ce Paul de « la foi seule ». L'inspiré est là. Quant à celui que construit l'auteur des Actes des apôtres, un auteur qui n'a probablement pas connu Paul d'ailleurs… Ce Paul donc, qui finit par pratiquer la Loi à la fin des Actes, je vois bien qu'il est une construction de l'auteur, une marionnette de son cru dont il se sert pour faire tenir son propos d'un « règne terrestre de l'Evangile ». Quant à ce Paul, qui dans ses lettres se bat avec des groupes chrétiens naissants dans l'Histoire, ce Paul qui semble donc vouloir édicter de nouveau des règles, je suis indulgent tant il est riche lorsqu'il est inspiré… je comprends. Je vois bien qu'il est pris naturellement entre deux feux : celui de la foi seule, et celui de pérenniser un évangile qui commence déjà à être malentendu ici et là.
Vouloir faire durer le christianisme en instaurant une « sainte » organisation d'autorités, des règles et un ordre « divins »… certes, ça marche ; on parle donc d'ekklésia universelle, de dogmes, de corpus christi ; et on applaudit. Puis l'Histoire et le temps nous dressent un tableau, ils nous scandent le verdict : il y a subversion du christianisme. Je crois qu'il faut s'en tenir coûte que coûte à la foi seule, et même au royaume des cieux seul. Et même si cette voix n'est plus entendue, peu importe. Qu'elle soit entendue ou non, ce n'est pas mon problème. Mon problème est de tenir.
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