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#1 16-11-2012 21:45

Stéphane
замед [zamed]
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A la recherche de qui fut Paul

Paul œuvre éminemment selon la Bible pour l'implantation des premières assemblées chrétiennes. Ses épîtres aujourd'hui permettent aux chrétiens d’établir la base du christianisme. Cependant, s’introduire dans le mystère de sa personne reste une entreprise difficile, que nombre de penseurs ont néanmoins déjà entrepris.

Dernière modification par Stéphane (18-03-2013 04:44)

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#2 17-11-2012 15:00

gerardh
нет [niet]
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Re : A la recherche de qui fut Paul

Bonjour,

Il en est aussi fait mention en bien par Pierre dans sa deuxième épître.

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#3 20-11-2012 18:49

ivsan otets
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Re : A la recherche de qui fut Paul

  En effet, bien des recherches ont été faites. Mais que pouvons-nous en tirer désormais ? Nous qui avons plus de recul que jamais. Pour ce qui me concerne, je me demande si toutes ces études ont posé la bonne question. Je me demande quelles étaient leurs intentions et vers quoi, une fois que nous sommes convaincus, elles nous mènent subtilement. Qu'est-ce qu'elles répondent quant à la Vérité dernière une fois qu'elles ont posé avec talent les nouvelles données.

  Car enfin, lorsqu'on aborde ces études, au début, il faut admettre que l'on est quasiment subjugué ! De là tombe-t-on facilement dans l'hypnotisme des « savants » qui nous les transmettent. Quand je dis « hypnotisme », je veux parler de cette ambiguïté par laquelle, face à l'autorité de l'argument, on passe, sans s'en rendre compte, à l'argument d'autorité. C'est-à-dire qu'on remet l'autorité au chercheur même, à sa personne et non à ses travaux qui le précèdent, alors qu'on ne doit chercher chez lui d'autorité que celle de son argument de chercheur, et cette argumentation seulement.

  Face au linguiste, à l'archéologue, au sémiologue ; face à toutes les sciences liées à la narratologie, l'onomastique, la prosopographie, les langues anciennes, l'intertextualité… et de prolepses en litotes, on en arrive à conclure ce qu'en conclut le chercheur dans sa petit tête de chercheur. NIET ! Que le chercheur cherche, puis qu'il fasse part de ses travaux — MAIS, la conclusion m'appartient ! On peut être un bon chercheur digne de foi, talentueux et bardé de haut et luxueux diplômes… mais pourtant un piètre penseur, un mauvais philosophe, et avoir finalement le niveau de réflexion de la ménagère de moins de 50 ans quand il s'agit de manier le paradoxe. Ainsi le faisait déjà entendre Kierkegaard : « Enlevez à un penseur le paradoxe et vous avez un professeur. Mais, les génies sont comme l'orage ; ils vont contre le vent ; effrayent les hommes, purifient l'atmosphère. » Or, si vous enlevez à Dieu le paradoxe, vous avez l'homme, le raté qui rate Dieu. Que vient donc faire le chercheur dans cette histoire ? Donnons de nouveau à Kierkegaard de répondre, car le chercheur vient dans cette histoire pour être châtré au service du maître qu'il a choisi : « Le professeur est un eunuque ; mais il ne s’est pas châtré pour le royaume des cieux, tout au contraire, pour bien être apte à ce monde sans caractère. » 

  Concernant le texte biblique, la critique a fait sauter d'énormes murs, elle a démasqué des illusions qui nous paraissent si grossières et outrageantes qu'on se demande, au premier abord, si l'on a pas cru comme pourrait croire un âne… Et pourtant, une partie du christianisme ne veut toujours pas reconnaître aujourd'hui ce qui saute aux yeux, basculant ainsi dans un intégrisme sous-jacent. Les preuves abondent pourtant ! Aussi sommes-nous, en première impression, subjugués : l'Écriture n'est pas sacrée. Un imbroglio certain et malsain règne entre les Actes et les Épîtres. Sans conteste, l'auteur des Actes a construit de lui-même une fiction paulinienne pour appuyer une thèse préalablement conçue ; et bien qu'il ait parfois carrément gommé, et ailleurs astucieusement lissé les faits historiques, on parvient cependant à ne pas se laisser avoir.

  Eh quoi ! On connaît mieux Paul et sa personne désormais. Tous ces livres pour cela ? Toutes ces années d'études pour rencontrer un homme ? En ce qui me concerne, ce que je trouve risible et pathétique, c'est que la majorité des chercheurs, médailles à la poitrine et sous les applaudissements, finissent toujours par conclure en faisant exactement ce qu'a fait l'auteur des Actes  : Ils utilisent leur nouveau Paul pour justifier leurs thèses préalablement conçues. C'est-à-dire qu'ils utilisent leur Paul pour justifier leur Christ ; celui qu'ils veulent nous faire gober. Et si l'on y regarde d'un peu plus prêt, la majorité d'entre eux, quand ils ne dirigent pas directement vers l'athéisme, veulent nous faire avaler une forme moderne et très astucieuse de docétisme. C'est là qu'il faut leur tirer la langue, car ils sont passés dans la catégorie du tiède par excellence. Ils n'ont plus d'autorité. Et bien que gardant leurs études, il nous faut brûler leurs conclusions tout en ayant la politesse de les remercier. Ils ont sué et bossé, ayant fait pour nous le sale boulot, l'ingrat travail de l'argumentation logique. Ce travail qui n'est que l'ombre dans laquelle ils plantent, guillerets, leurs chapiteaux savants… tandis qu'il nous faut continuer à cheminer, à faire tomber temples et chapiteaux, à quitter ce lieu des ombres pour aller vers l'aurore où la logique ne règne plus.

  Soit donc, le Christ n'est pas perfectible et Paul ne l'a pas perfectionné. Il a fait ce que tous les chrétiens sont censés faire : il a essayé de le comprendre, de l'entendre, de la connaître. Et Luc a essayé de faire dire à Paul ce que lui, Luc (ou qui que ce soit qui ait écrit les Actes), voulait faire dire au Christ, la manière dont lui l'entendait. Luc s'est figé sur le problème de l'unité, de l'universalisme, en sage et catholique élève de la continuité ; alors que l'unité est inhérente à l'Esprit, non une construction qui lui est extérieure en tant qu'œuvre livrée à l'humain et à son dogmatisme. La critique textuelle fait pareillement ; elle veut faire dire à Paul, ou s'en servir comme prétexte négatif, pour appuyer ce qu'elle répond à la question : Qui est Jésus de Nazareth ? Car enfin, la vraie question est bien celle-là.

  Qu'importe qui était vraiment Paul. Il était comme nous, un humain cherchant à résoudre l'énigme du Fils de Dieu auquel il croyait, cherchant à le connaître tant il l'aimait. Quand ses recherches et la relation qu'il entretenait avec Lui m'enrichissent, je les utilise, les considérant comme un héritage spirituel ; quand elles me font basculer dans une voie qui me semble douteuse, alors je les mets en question, ou humblement en attente de résolution. Et quant aux Luc et autres pseudépigraphes tels que la lettre aux Éphésiens ; quant aux voleurs de témoins, je m'efforce de démêler l'imbroglio qu'ils ont tissé pour en tirer, si possible, un héritage au sein de leurs démarches qui comporte parfois un fond véritable. Mais quoi qu'il en soi, selon moi il ne reste que deux questions  : Qui est Jésus Christ ; et peut-on savoir de lui quelque chose par l'Histoire ? Et enfin : Suis-je honnête ? Ai-je en main mon propre héritage spirituel ou est-ce que je vole celui d'un autre, et le travestissant, je bâtis une apparence de spiritualité ? Est-ce que moi aussi je triche ? Est-ce que moi aussi je détourne des auteurs inspirés pour accréditer une vision de la vérité qui n'est que le cri de mes spéculations et non le murmure cheminant de Sa révélation ?


La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller

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#4 08-12-2012 08:30

ivsan otets
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Re : A la recherche de qui fut Paul

  Le « christianisme » est, me semble-t-il, une prise en otage d'une multitude de personnages et de concepts : Abraham, Moïse, David, la synagogue, le concept de théocratie, le mysticisme et l'ésotérisme, la philosophie grecque, la morale, la logique du bien et du mal, le bonheur, le beau, le vrai, la science, l'évolution… et surtout la Politique. Parler de Paul comme fondateur du christianisme est en effet une vue restreinte et bebête de cette complexité ekklésiastique vieille d'une vingtaine de siècles. Le christianisme est somme toute une Religion dans toute sa splendeur. Dans le sens où, précisément, dira Ellul, « la collusion Église/État n'est pas constante mais la fréquentation des politiques est constante et décisive. ».

  Tout au long des siècles, l'Église n'a cessé de s'adapter, copier, imiter, se réformer et se tordre dans toutes les sens. En bon politique, elle s'est nourrie de tout, elle a tout ingurgité dans son système, reformulant tout afin de ne jamais être « hors » du monde. Elle l'a fait avec un grand art et une admirable stratégie, ou avec une grande violence, selon ce que les temps et les circonstance exigeaient qu'elle fasse. Ainsi est-elle restée vivante, c'est-à-dire unie à un Monde qu'elle a toujours voulu « réparer » ou sanctifier plutôt que de le quitter…

  De la sorte, l'Église et le christianisme ont crucifié le Christ. Ils se sont auto-détruit en tant que porte-parole de cet Ailleurs dont témoigne le Christ. En se tendant ainsi à l'extrême pour rester un structure sociale et politique, l'Église a brisé le lien vers lequel elle était justement censée « aller vers »… et entraîner les hommes : le royaume des cieux. Car le royaume des cieux est précisément un anti-état : antipolitique et anti-étatique, pour reprendre l'expression d'Ellul. Il est un courant révolutionnaire et anarchisant. C'est pourquoi le chrétien porte le plus beau des noms que porte l'homme « raté » lorsqu'il défend bec et ongle la Sainte Église, c'est-à-dire l'ekklésia ; cette structure qui fut dès sa naissance, en Grèce, une structure politique !

  Si Paul fut si abondamment repris, c'est probablement parce qu'on a regardé ce qui est second dans ses lettres : le « comment s'organiser ». Quand on lit par exemple la lettre aux Romains, on se délecte des chapitres 12 à 16, tandis que ce sont les 11 premiers chapitres qui sont réellement importants, essentiels et continuellement modernes. Si l'on ôtait donc à cette lettre les 5 derniers chapitres, on ne perdrait rien… absolument rien. De même aime-t-on les lettres aux Corinthiens qui abondent tant en problèmes pratiques, humains et moraux. En somme, les lettres aux Corinthiens, c'est le pied pour l'homme politique, pour le bon chrétien tant attaché à ordonner le monde ; on y trouve toujours quelque chose de terre-à-terre, de terreux. Ces braves Corinthiens étaient si charnels que le chrétien lambda y trouve son compte. Mais quant au monde-à-venir, étant sans État et sans Église, le chrétien s'y emmerde royalement.


La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller

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