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Yo ! Quelle question ! Si tu la préciser ?
Mais bon, à question énorme et courte, une réponse courte : Savoir ? Rien précisément par le savoir, en tant que « ça-voir ». Si on pouvait « savoir » le Christ et son Évangile, ça se saurait. Bien que…
finalement, y'a pas mal d'écoles qui revendiquent d'avoir ce privilège : d'avoir et de savoir le Christ et son Évangile dans leurs cursus ou dans leurs râteliers… comme d'autres ont la Vérité dans leurs universités ou dans les mangeoires de leurs institutions civilisées.
La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller
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Je le pense aussi. Il me semble même que plus on cherche et fabrique un « Jésus de l'histoire » et moins on découvre qui est réellement Jésus de Nazareth. L'Histoire est d'une part le voile qui Le cache et d'autre part un prisme qui Le déforme et Le subvertit. Et plus le « Jésus de l'histoire » est finement sculpté dans le cadre et par les savoirs théologiques, historiques, archéologiques et autres sciences de l'étude littéraire, plus sa subversion est diabolique. Plus elle a de succès religieux ; plus l'idole est réussit par ces maîtres de la science divine : la théologie !
Pourquoi ?
Parce que le Christ peut alors être appréhendé par tous au moyen d'une sorte de conversion intellectuelle où tous ont le même Jésus. Tandis que Jésus, le Christ, se découvre à chaque-Un selon ce qu'il est, où il est et dans le temps où il se trouve. C'est pourquoi il est écrit : « Je lui donnerai un nom nouveau que personne ne connaît, si ce n’est celui qui le reçoit. », (apo. 2.17). Chaque-Un connaît la même vérité qu'est le Christ, mais chaque-Un la connaît en propre en tant que lui seul la connaît ainsi qu'il est seul à la connaître ainsi. La vérité est ce paradoxe de l'unité la plus accomplie, mais où chaque-Un est pourtant infiniment libre. C'est pourquoi toutes les vérités historiques gravées sur tables de pierre doivent être brisées à cause de leur vanité à prétendre acquérir l'immuabilité. Il faut que le Fils de l'homme, ainsi que ceux qu'il a enfantés puissent dire : « J'étais, je suis et je serai, mais de savoir général et immuable me concernant, il n'y en a pas. Je suis la vie. Je suis ce que je veux. »
Le propre de l'Homme-Jésus, c'est de sortir de l'Histoire, aussi se découvre-t-Il d'autant qu'on sort avec Lui de l'histoire et de notre histoire terrestre, de notre histoire de terreux ; et d'autant qu'on entre par Lui dans le lieu où Lui se trouve et s'est toujours trouvé. Et même lorsqu'Il était ici, de chair et de sang, Il était dans ce lieu ailleurs : Il était déjà hors de l'histoire. Il détruisait sa propre histoire terrestre, sa visibilité, pour entrer dans l'incognito ; et de là détruisait-Il l'histoire terrestre de tout Homme. Car l'histoire d'un Homme commence à la résurrection ; celle qui jamais ne sera écrite. Et ici est l'allégorie terrestre de ce fait : l'histoire de l'homme commence à sa naissance et surtout à la coupure du cordon ombilical ! Non durant sa gestation. Puis elle est capable de si profondément se prolonger que le futur a le pouvoir d'effacer les traces du passé. C'est-à-dire que l'homme a le pouvoir de ne plus se connaître en ce qu'il a été, de ne pas être déterminé par ce qu'il a été comme s'il était la résultante d'un système de causes et conséquences. L'Homme-à-venir écrira son histoire sur le sable, à l'instar du Christ !
C'est ainsi qu'il en est de même pour l'Évangile. Il n'y a pas à proprement parler d'« Évangile » : c'est un leurre. Il n'y a que des évangiles. Des témoignages personnels qui rendent compte du comment celui qui écrit ou parle « son évangile » connaît Jésus de Nazareth, et du comment il Le fait connaître. Si son lecteur ou son auditeur découvre alors, par ce témoignage, lui aussi, le Christ et la bonne nouvelle qui lui est annoncée, à lui, personnellement, alors ce dernier écrira pareillement son Évangile. C'est ainsi que parlait aussi Paul lorsqu'il dit explicitement : « mon évangile » (rom. 2.16)
C'est pourquoi enfin, il n'y a pas 4 Évangiles, mais des milliers ; et dans le NT il y en a bien plus que 4. L'Apocalypse est un évangile ; les lettres de Paul sont aussi, dans leur ensemble, un évangile ; les Actes sont de même un évangile (probablement le plus médiocre et le moins inspiré) ; la lettre aux Hébreux est un évangile, etc, etc. Et tous ce que nous disons de Lui et sur Lui constituent notre évangile. Le tout est de savoir dans quelle mesure nous ajoutons ou retranchons de l'Évangile éternel, c'est-à-dire de cette nouvelle indicible qu'est le sacrifice de Dieu sur la croix, cette folie par laquelle Il nous offre gratuitement de Sa divinité : Il fait de nous Ses Fils et se fait Lui-même Père en devenant au préalable le « type » du Fils. Jésus le Christ est le Père et la trinité est une supercherie.
La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller
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Deux réflexions donc. D'une part, ce : « Il est le même ! », concept d'immuabilité très grec dans le sens qu'il est le concept même de la raison (rien n'étant plus immuable et semblable à une pierre que les lois sur lesquelles on les grave d'ailleurs). Et d'autre part, ce : « Je suis ce que je suis » ou « serai ce que je serai », concept de changement, d'adaptation, de mouvement, de Vie tout simplement, c'est-à-dire ce royaume de l'Être où celui-ci n'est plus figé dans un Nom, dans une identité… et ne peut donc donner son nom, n'ayant pas de nom immuable.
Entre ces deux concepts donc, le paradoxe est si tendu, claquant comme un fouet, que les hommes religieux et raisonnables se réfugient naturellement dans l'immuabilité et transforment Dieu en pierre : en idole ! Vis-à-vis de l'Écriture, c'est la Tradition qui devient l'idole, et les mains de cette idole gardant la tradition, c'est l'ekklésia la vaniteuse. On tente donc d'adapter les lois de la raison ou de la théologie aux vivants, et c'est ainsi qu'on conçoit un dieu des lois, un dieu de la raison… ces divinités qui sont inaccessibles aux vivants, bien sûr, puisqu'elles sont la perfection même de l'immuabilité, c'est-à-dire la mort.
Mais l'idée d'immuabilité, l'idée de cette rigidité des lois, de la fixité de la vérité, voilà une idée qui sert finalement à la Créature. Elle lui permet de ne pas retourner dans le chaos : de s'ordonner dans un monde créé. À contrario, l'idée de mouvement, de ce changement du vivant qui est porté par sa volonté, c'est là une vision de la Vie totalement associée à la liberté : à outre-passer les vérités immuables. Or, qu'est-ce qu'est la liberté ? C'est un chaos — mais maîtrisé.
Et il est ici maîtrisé par autre « chose » que l'immuabilité de ces vérités… immuables. Par la liberté, qui est l'Esprit, la volonté que rien n'oblige. Cette Liberté a donc vaincu le chaos, et au passage, a vaincu cette immuabilité première qui se voulait être divine pour mettre en ordre tout le créé, comme dans un acte de Créateur. Ainsi étant accomplie la liberté, voici qu'elle devient elle-même immuable, c'est-à-dire que jamais elle ne concédera sa liberté : elle ne donne pas sa gloire à « ce » qui n'est pas libre de changer, elle ne donne pas sa gloire à l'immuabilité.
Toutefois, étant Liberté, elle peut concéder sa propre liberté. Sinon, comment pourrait-elle se dire Libre ? Elle peut la concéder pour un temps… puis la reprendre. Elle peut donc sacrifier sa Vie… puis la reprendre. Elle peut mourir, et elle ne craint pas de mourir, sachant qu'elle ressuscitera. Mais, dira-t-on : au nom de quoi fera-t-elle une telle absurdité ? Stéphane y a répondu : Au nom de l'amour. Réponse des réponses que tu nous offres donc Stéphane : « c'est en vérité l'amour qui est immuable. » Et c'est au nom de Son amour immuable que le dieu des vivants nous fait sortir de nos vérités immuables ; qu'il détruit les dieux immuables que nous nous forgeons. Le paradoxe est ici à son paroxysme, et quiconque se nourrit à l'arbre des vérités éternelles rassurantes a depuis longtemps abandonné cette marche.
La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller
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