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#1 29-11-2012 02:55

Stéphane
замед [zamed]
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Évangile et évangiles

Quelle différence faire entre « évangile », texte retraçant l'histoire de Jésus, et « Évangile », bonne nouvelle de Jésus Christ pour le salut de quiconque croit en lui ?

Dernière modification par Stéphane (04-05-2013 01:46)

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#2 29-11-2012 18:11

ivsan otets
админи
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Re : Évangile et évangiles

  Selon moi, comme que je l'aborde dans ta précédente discussion : « Il n'y a pas à proprement parler d'Évangile : c'est un leurre de le croire. » C'est-à-dire qu'il n'existe pas un « sens exact » qui puisse définir l'Évangile à la perfection. Il n'existe pas « UN » Évangile comme il existe pour le musulman UN « saint Coran » ou pour le chercheur UNE « constante universelle ». L'Évangile n'est pas une doctrine sacrée ou une théorie absolue qui pourrait être dite à la perfection. Le propre de l'Évangile est précisément de vouloir échapper à une telle emprise. L'Évangile n'est donc pas la vérité, mais un terme générique à l'intérieur duquel un homme cherche à évoquer la vérité. Une vérité trop grande, trop lointaine et trop libre pour précisément être encapsulée idéalement dans le cadre de ce récit évangélique. D'ailleurs, le Christ n'a pas annoncé l'Évangile ; il a annoncé le Royaume des cieux. Or, pour reprendre Salomon dans l'AT : « Voici, les cieux et les cieux des cieux ne peuvent te contenir : combien moins cette maison que j’ai bâtie ! » (2 ch 6.18). C'est pourquoi le Royaume des cieux n'est pas non plus la vérité, il est en quelque sorte l'Évangile du Christ ; il est son outil lui servant à atteindre son véritable but : révéler la vérité.

  Qu'est-ce que le Royaume des cieux ? C'est finalement l'idée que chacun a de ce qu'est la vie après la mort et du « comment » s'y préparer. Pour Platon, par exemple, c'est à la philosophie qu'il donne la prérogative de se préparer à mourir. Pour Platon, philosopher, c'est donc s'évangéliser, et promouvoir la philosophie c'est annoncer l'évangile, en ce sens que la philosophie préparerait l'homme à mourir, c'est-à-dire à vivre ici-bas dans cette perspective d'entrer un jour dans la contemplation de cette autre réalité éternelle de la Raison, celle des idées pures, immatérielles, invariables, immuables. — Ailleurs, dans le NT, nous voyons l'auteur de la lettre aux Hébreux parler « d'obtenir une meilleure résurrection » (11.35). C'est le même sens. L'homme est invité à se préoccuper ici-bas de ce qui seul compte : se préparer à mourir. Mais ici, cette préparation prend la valeur de se préparer à la résurrection et à la meilleure qui soit ! Se posera alors la question du « comment ressusciter » et du « qu'est-ce que cette réalité de la résurrection ».

  Plus proche de Platon, l'hindouiste ou le bouddhiste ont un évangile assez similaire, car il explique comment faire pour « redoubler le moins possible » : pour connaître le moins possible de réincarnations. Le but étant de pouvoir un jour entrer dans la désincarnation, c'est-à-dire dans cette idéalité des nirvana (des non-souffle) ; une autre manière pour formuler ce monde de la pure connaissance platonicienne. L'évangile bouddhiste ou hindouiste est donc le refus le plus direct et le plus violent de la Résurrection. — Pour l'athée, son évangile prend une tout autre valeur. Ne croyant pas en une vie après la mort, l'évangile de l'athée est un ensemble de pages blanches où rien ne sert d'écrire quoi que ce soit pour quelque chose qui, selon lui, n'aura pas lieu. Toute sa préoccupation sera donc de bien vivre ici-bas, puisqu'il a foi qu'il n'y a rien au-delà. L'évangile athée est donc le plus honnête qui soit vis-à-vis de la Résurrection, car ne cherchant pas de se faufiler et à serpenter par l'invention de mythes réincarnatoires et leurs fabulations philosophiques à n'en plus finir, l'athée prend ses responsabilités dans un acte de foi, somme toute, assez « chrétien » par sa radicalité et sa simplicité.

  Soit donc, qu'on le veuille ou non, chaque homme écrit son évangile, puisque chacun a une conception de ce qu'est la vie après la mort ; ou de ce qu'elle n'est pas. Mais qu'en dit Jésus de Nazareth ? Là est le « problème » : il n'a rien écrit ! Ce qu'il en a dit nous est venu par ceux qui ont précisément tenté de redire ce qu'il en disait alors qu'il était encore en ce monde, en chair et en os. Entre Matthieu, Marc, Luc, Jean, Paul ou l'Apocalypse… se dessinent déjà des différences, et quant aux Actes des Apôtres, on entre dans la propagande, dans un scénario dévoyé construit avec talent ! Si le Christ avait laissé un texte de sa main ou de sa dictée lors de son vivant, nous n'aurions pas ce problème. Or, c'est bien intentionnellement qu'il n'a rien écrit et rien dicté. — Nous n'avons donc que deux choix.

  Nous pouvons, à l'instar de l'auteur des Actes, écouter l'Histoire du christianisme, et par un travail d'études « déconstruction/reconstruction », bâtir en elle, et au nom de l'Écriture faussement « sainte », le message dont le Christ serait porteur. C'est-à-dire imaginer un Évangile parfait avec son ekklésia parfaite. À contrario, nous pouvons tout miser sur La résurrection du Christ. C'est-à-dire venir à Lui, vers Celui qui n'a rien écrit, et avec Lui questionner l'Écriture, la mettre en question, la désacraliser, et écouter le murmure qui nous vient, non de l'Histoire, mais de ce qui est cachée derrière elle, de ce qui vient du monde-à-venir, du monde de la résurrection : du Ressuscité !

  « Le Royaume des cieux est en toi », sera-t-il dit à quiconque sait que seul l'homme-Ressuscité détient les clefs de la résurrection. L'évangile et sa parole n'ont pas le pouvoir de ces clefs. « Le Royaume des cieux est en toi ; il est ce en quoi tu meurs, et ce en quoi tu prépares aujourd'hui ta résurrection, et alors que tu m'entends au-delà des livres, de l'histoire et des hommes. Le royaume des cieux, c'est quand mon sacrifice est la mort de ce que tu as été, et ma résurrection la vie vers laquelle tu vas en me cherchant. Le royaume des cieux, c'est ce Nom qui est le tien et qu'avec moi tu écris dans les cieux. »

  C'est pourquoi chaque-un écrit son évangile et prépare son propre Royaume ; de même que chacun-un écrit son propre Nom dans les cieux. Aussi est-il indispensable qu'aucun évangile ne soit la vérité dernière et que tous soient différents. La seule ligne de vérité qui les unit, c'est qu'ils sont écrits avec le sang, avec la vie d'un Homme qui un jour osa se sacrifier pour les hommes et ressuscita pour les conduire dans une réalité où la vie n'aura ni fin ni maître. — Rien n'empêche toutefois les hommes d'écrire avec l'encre noire de la perfection raisonnable ou morale, c'est-à-dire de construire un Royaume-à-venir forgé sans le sang, sans la Vie du Ressuscité ; un royaume sans vie, le royaume des Désincarnés. Qu'on le veuille ou non, chaque homme écrit son évangile, chaque homme se prépare son royaume-à-venir, chaque homme se prépare une bonne ; une moins bonne ; ou une absence tragique de résurrection. Telle est la nouvelle annoncée par Jésus de Nazareth.


La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller

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#3 29-11-2012 18:12

gerardh
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Re : Évangile et évangiles

On peut prendre le mot évangile c'est à dire bonne nouvelle soit dans un sens large, soit dans le sens plus habituel de bonne nouvelle du salut en Jésus crucifié.

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