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#1 11-12-2012 19:38

Stéphane
замед [zamed]
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Le personnage de Paul

Malgré que Paul est l’une des figures les plus imminentes des mouvements chrétiens, son personnage n'en reste pas moins toujours controverser.

Dernière modification par Stéphane (22-03-2013 03:18)

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#2 12-12-2012 10:42

gerardh
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Re : Le personnage de Paul

Bonjour, Vis à vis de la Loi, Paul traite la question notamment en Romains, chapitres 6 à 8.

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#3 15-12-2012 19:20

ivsan otets
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Re : Le personnage de Paul

  C'est une question embarrassante, c'est certain. Pourquoi ? Parce que la figure de Paul a été dès le départ un enjeu pour bâtir un christianisme victorieux… nous le voyons tout de suite dans le NT. De trois façons :
— Tout d'abord, les lettres à Timothée et Tite. Elles ne sont pas de lui. La figure de Paul qui y est dépeinte est donc biaisée, pour ne pas dire fausse. L'auteur de ces lettres a transféré sur Paul sa propre vision du christianisme. Le Paul ekklésiastique en train d'édicter des règles pour des évêques est un fantasme de l'auteur. Celui-ci croyait, probablement avec sincérité, être dans la ligne de pensée de Paul en agissant ainsi.
— Ensuite, les Actes des apôtres. Là aussi, la figure de Paul est fausse. L'auteur de ce livre n'a très certainement pas connu Paul. Le Paul œcuménique qu'il dépeint est une prise en otage de l'apôtre. En s'accaparant ainsi Paul, l'auteur cherche une autorité pour valider sa propre vision du christianisme. Paul n'est probablement pas revenu à la loi ainsi qu'il est dit dans les Actes.
— Enfin, Éphésiens ,Colossiens et probablement 2Thess ne sont pas de la main de Paul, aussi doit-on encore les lire avec intelligence. Elles viennent à priori d'un courant se voulant paulinien, mais de 3e génération. Un certain décalage est déjà visible, aussi faut-il être prudent lorsqu'on s'appuie sur ces écrits.

  Je pense que le problème majeur et essentiel quand on parle de Paul est de se demander la chose suivante :
Le Christ est-il perfectible et Paul l'a-t-il finalement perfectionné en l'« expliquant » ?

  Je crois que le christianisme dans son ensemble répond par « oui » à cette question. C'est ce que Dostoïevsky a si bien compris dans son « Grand Inquisiteur ». Lorsque le Grand Inquisiteur s'adresse au Christ, il lui explique que le christianisme consiste à « corriger et achever l'œuvre du Christ en la perfectionnant » :

  « […] Ils ont supporté ta croix et l’existence dans le désert, se nourrissant de sauterelles et de racines ; certes, tu peux être fier de ces enfants de la liberté, du libre amour, de leur sublime sacrifice en ton nom. Mais rappelle-toi, ils n’étaient que quelques milliers, et presque des dieux ; mais le reste ? Es-ce leur faute, aux autres, aux faibles humains, s’ils n’ont pu supporter ce qu’endurent les forts ? L’âme faible es-elle coupable de ne pouvoir contenir des dons si terribles ? N’es-tu vraiment venu que pour les élus ? Alors, c’est un mystère, incompréhensible pour nous, et nous aurions le droit de le prêcher aux hommes, d’enseigner que ce n’est pas la libre décision des cœurs ni l’amour qui importe, mais le mystère, auquel ils doivent se soumettre aveuglément, même contre le gré de leur conscience. C’est ce que nous avons fait. Nous avons corrigé ton œuvre en la fondant sur le miracle, le mystère, l’autorité. Et les hommes se sont réjouis d’être de nouveau menés comme un troupeau et délivrés de ce don funeste [la liberté] qui leur causait de tels tourments.
[…] Pourquoi donc venir entraver notre œuvre ?  […] Est-ce à moi à te cacher notre secret ? Peut-être veux-tu l’entendre de ma bouche, le voici. Nous ne sommes pas avec toi, mais avec lui, depuis longtemps déjà. Il y a juste huit siècles que nous avons reçu de lui ce dernier don que tu repoussas avec indignation, lorsqu’il te montrait tous les royaumes de la terre ; nous avons accepté Rome et le glaive de César, et nous nous sommes déclaré les seuls rois de la terre, bien que jusqu’à présent nous n’ayons pas encore eu le temps de parachever notre œuvre. Mais à qui la faute ? Oh ! l’affaire n’es qu’au début, elle est loin d’être terminée, et la terre aura encore beaucoup à souffrir, mais nous atteindrons notre but, nous serons César, alors nous songerons au bonheur universel. »

  Je crois que Paul fut plus un « théologien » qu'un « apôtre », pour employer des termes à résonance religieuse. Et je pense qu'un apôtre est plus un théologien qu'un missionnaire. Mais qu'est-ce qu'un apôtre ? C'est ce que l'AT testament appelle un prophète. Prophète et Apôtre, c'est la même chose ! Ils sont tous deux fondateur. Les seconds reprenant ce qu'on dit les premiers en ouvrant les sceaux, de même que le Christ a ouvert les sceaux en révélant le Messie. C'est pourquoi les 5 ministères dont parle Éphésiens sont un malentendu ekklésiastique, une supercherie où l'on tente déjà de construire un système ecclésial auquel se joindra plus tard toute la clique des évêques, archevêques, cardinaux, prêtres, abbés, moines, vicaires, prieurs, chanoines, diacres…

  Le prophète était envoyé. De même, le Christ a envoyé des hommes : « …il en choisit douze auxquels il donna le nom d’apôtres » (luc 6.13). Auxquels il donna le nom d'« envoyés » (apostolos) précisément. Pareillement à l'AT qui choisit des hommes, puis les envoie, et cela, afin de Dire aux autres hommes ce qui leur a été révélé dans leur intimité avec le ciel. Leur Parole, une fois dite, elle court, elle fait son effet… sans le prophète ! Elle est reprise, repensée, reformulée… Elle met en question, conduit à de profonds changements dans les sociétés et à de multiples courants de réflexions et de religions, etc., etc.

  Or, qu'en est-il des prophètes de l'AT, de ces envoyés de l'AT ? Ils ont petit à petit basculé du prophète de la parole au prophète de l'écrit. La tradition juive reconnaît ce fait et en parle d'ailleurs intelligemment. À partir de la déportation, le prophète devient prophète de l'écrit. Il y a « effacement du ministère prophétique au profit du livre » explique Thomas Römer : « Jérémie est curieusement absent de la plus grande partie du récit […] il dicte le livre à Baruch, puis il a un empêchement : “Puis Jérémie donna cet ordre à Baruc : J'ai un empêchement, je ne peux pas me rendre à la maison de l'Éternel.” Les paroles des prophètes ne sont plus désormais accessibles que par le biais du livre exclusivement. […] L’époque perse a marqué la fin de la prophétie en Israël. […] Le courant deutéronomiste encourage le passage définitif de la prophétie orale à l’enseignement écrit — la Torah — sur lequel tout le judaïsme du second Temple va fonder sa nouvelle identité. […] Et Jésus lui-même reprendra à son compte l’exhortation majeure de Jérémie : « Si quelqu’un a des oreilles pour écouter, qu’il écoute ! »

  Que resterait-il de Paul s'il n'avait rien écrit ? RIEN. L'expansion du christianisme n'est pas le fait d'une œuvre d'apôtres en vérité. Le christianisme se serait répandu sans les apôtres. Il s'est répandu par le fait d'une dispersion de témoignages personnels, puis par une politisation de ces témoignages au travers de figures politico-religieuses héroïques. Et si l'Histoire s'est plu à conserver ces figures, c'est parce que leur but, précisément à l'instar du livre des Actes, était de créer un mondialisme chrétien. C'est-à-dire le royaume des cieux sur terre, ce que Dostoïevsky appelle le fait de « corriger » l'œuvre du Christ. De la corriger, dit-il, en faisant tout simplement alliance avec le diabolique.

  Soit donc, l'apôtre n'a pas été l'envoyé du Christ pour cela, il n'a pas été envoyé pour voyager, pour bâtir des églises et universaliser le christianisme. Il a été choisi pour parler aux hommes. De fait, mettre l'accent sur l'activité missionnaire de Paul est une des plus talentueuses subversions qu'a trafiquées le livre des Actes des Apôtres ; une subversion du Christ par le biais d'une reconfiguration du visage d'un apôtre. Nul besoin d'être missionné et oint pour partir convertir et coloniser des peuplades. Je ne sais plus qui a dit qu'avec une bonne campagne publicitaire tous les hommes croiraient en Dieu. N'importe quelle mécanique humaine sait fort bien comment faire une telle chose. Le marketing et le commerce mondial en sont la preuve. Un apôtre n'est pas envoyé pour mondialiser le christianisme, mais pour révéler ce qui lui a été révélé dans l'intimité.

  Ainsi le Christ est-il caché, de même que le Dieu de l'AT est caché. Pourquoi les écrits de Paul ont-ils été plus reconnus tandis que d'innombrables autres théologies « chrétiennes » étaient alors en vogue dans tout l'Empire romain ? Parce que précisément Paul a été envoyé pour cela ; pour coucher par écrit qui était le Christ, pour Le révéler. L'évangile est toujours une apocalypse, dans le sens littérale de révélation. Et le rôle d'un apôtre, c'est d'écrire un évangile, de révéler le Christ, non de le perfectionner en faisant réussir son œuvre par une démarche marketing universelle.

  Paul n'a pas été envoyé pour éduquer les quelques tarés charismatiques de Corinthe, n'importe quel apôtre moraliste est capable de cela, n'importe quel apôtre de la Loi, précisément (que celui qui a des oreilles…). Paul a été envoyé pour dire que le Christ était le messie annoncé par les prophètes de l'AT ; que Son œuvre sonnait la fin de la loi et le commencement de la foi ; et enfin, que la finalité de son œuvre est le Royaume des cieux, c'est-à-dire la résurrection. Il a été envoyé pour le dire, ET pour l'écrire ! Et il a si bien parlé de ce mystère, du Dieu caché, il a si bien gravé ses écrits que ceux-ci restent fondateurs : pour penser et chercher ce mystère, et pour aider quiconque veut s'unir au Dieu caché. On les lit aujourd'hui couramment !

  Que celui donc qui veut voir Paul comme un modèle soit lui aussi capable de dire avec Paul : « Et pour que je ne sois pas enflé d’orgueil, à cause de l’excellence de ces révélations, il m’a été mis une écharde dans la chair » (2 cor 12.7). Mais s'il croit imiter Paul parce qu'il part à Tombouctou ou à Las Vegas éduquer des hommes ancrés dans le fétichisme ou le matérialisme, qu'il sache donc que n'importe quel pélo ou gadjo sortant des grandes écoles connaît parfaitement ces techniques de conversion à un produit ou à une philosophie. Donner le nom d'apostolat ou de missionnariat à ce qui n'est que du prosélytisme n'y change rien. Paul est un théologien, mais à l'instar d'Ésaïe d'Osée ou d'Habacuc par exemple, or eux-mêmes étaient prophètes, c'est pourquoi dit-il de lui : Paul, apôtre de Jésus Christ. C'est-à-dire « envoyé » pour écrire, comme eux l'ont été : « Écris la prophétie : Grave-la sur des tables, afin qu’on la lise couramment. » (Hab 2.2)


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#4 16-12-2012 11:20

ivsan otets
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Re : Le personnage de Paul

  En gros, Paul est un piège puisqu'on peut de lui sculpter différentes figures. Ce qui est surprenant c'est que tel est bien le cas du Christ lui-même dont on se sert à tous vents pour soutenir d'innombrables thèses — jusqu'aux plus innommables d'ailleurs. On transfert en vérité notre propre réflexion, théologie, vision, fantasme, spéculations… pour en définitive faire le Christ à notre image. Et l'on a même naturellement en nous cette malice machiavélique par laquelle on métamorphose, après coup, les prémices de la Révélation qu'on reçoit en ces sortes de spéculations. On fait alors du mensonge une vraie fausse vérité. On tombe ici dans l'Art, dans l'Art pur même, puisque la Vérité vivante, qui a d'abord été donnée d'En-Haut, devient l'exact contraire entre les biseaux de nos mains d'en-bas — c'est-à-dire une vérité morte.

  D'ailleurs, la question n'est pas de savoir si Dieu existe, question ridicule au possible puisque tous les hommes croient en Dieu, même les athées ! En effet, une Vérité dernière est un dieu, et la doctrine de l'évolution est un dieu au même titre que celle de la création puisqu'elle prétend, elle aussi, détenir la vérité absolue quant aux fins et aux commencements de la Vie. Elle prétend, elle aussi, détenir le pouvoir des clefs. Simplement, pour l'athée, il n'y a pas de porte à ouvrir après la mort, et la seule continuité est la continuité historique de l'Univers. Le pouvoir des clefs, c'est l'Histoire pour l'athée, et trouver sa place sur les pierres tombales de l'Histoire sera dès lors tout le sens à donner à la vie individuelle. La clef du bonheur, selon la vérité athée, est d'utilité présente, non à-venir : ici et maintenant, non pour un après. Mais il existe bien un pouvoir des clefs sauce athée ! Il existe bien un dieu, sauce athée, simplement, à l'instar du religieux, il a pour but de donner le bonheur sur Terre.

  La vraie question est donc : Qui est Dieu ? quelle est sa façon de faire et de penser ? À cela l'athée répond : Dieu, c'est l'Univers, qui selon un principe d'Évolution dirigé par les sciences de mère Nature a fait surgir l'homme comme chef de la planète Terre ; un homme qui se doit donc d'obéir à cette Mère et à ses lois morales afin de trouver ici-bas le bonheur qu'elle lui promet… sinon, il est jeté entre les bras des Juges. L'ecclésiastique répondra quand à lui : Dieu, c'est la tête de l'église qui selon un principe de sanctification morale met à part en son sein ceux à qui il offre ici-bas le bonheur, bonheur qui est l'avant-goût du ciel à venir qui s'ouvrira pour l'église ; et tandis qu'il juge ici-bas les méchants en attendant de les rejeter définitivement lorsqu'il les jettera en enfer.

  Soit donc, face à la Vérité dernière, tous les hommes sont mis face au même problème : la Vérité est cachée, et même lorsqu'elle se révèle, dira Maurice Blanchot, elle adresse à l'homme cette parole énigmatique : « Je suis un piège pour vous. J'aurai beau tout vous dire ; plus je serai loyal, plus je vous tromperai : c'est ma franchise qui vous attrapera. Je vous supplie de le comprendre, tout ce qui vous vient de moi n'est pour vous que mensonge, parce que je suis la vérité. » (le Très-Haut).

  Ainsi sommes-nous livrés à chercher Dieu, à chercher la vérité, la chercher, précisément parce qu'elle est cachée : elle n'est pas de ce monde. Pour les uns, plus on découvre la vérité, et plus elle sort de son incognito pour être compréhensible et saisissable : elle devient dès lors propriété de l'homme qui pourra en user tant qu'il obéit à ses règles, en user comme on tire sur le robinet de sa douche tant qu'on paye la facture d'eau. Pour d'autres, plus la vérité est saisissable, plus on se trompe à son propos ; par contre plus son incognito se révèle à l'homme et plus cet homme devient lui-même insaisissable, à l'image de la vérité : il devient lui-même un piège pour ses semblables. — Concernant Paul, l'auteur des Actes des apôtres a voulu saisir Paul pour construire sa théologie œcuménique et mondialiste, bien qu'il n'ait pas connu Paul personnellement. Et on aura beau se tortiller dans tous les sens, on aura beau fabuler pour inventer des arguments, le Paul de la lettre aux Romains, des Galates ou des Philippiens n'est pas celui des Actes ! Les Actes on récupéré l'odeur de la prophétie de Paul, de son Évangile, pour parfumer l'ekklésia victorieuse et inventer un royaume des cieux sur terre — et ça marche ! Luc était un artiste et ceux qui sont ensorcelés par sa narration sont des ânes… même les plus érudits.


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#5 19-07-2013 08:33

ivsan otets
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Re : Le personnage de Paul

  Oui… toute action prophétique est toujours récupérée au profit du religieux — on veut faire basculer la « révélation » dans un autre vocable : la « réforme ». Quelle connerie, quelle débilité ! Il ne s'agit pas de se réformer, mais de mourir… et d'entrer dans une autre Réalité !

  Même l'animal, au sein de son troupeau, sait se réformer pour s'adapter à son monde grégaire fait de dominants et de dominés : rien de plus social qu'un loup, rien de plus enclin à l'esprit réformateur qu'un loup. Le loup alpha, c'est le réformateur qui va exclure l'ancien loup alpha de sa position dominante :  le loup, c'est le réformateur qui bientôt sera lui-même excrété dans la prochaine réforme. Soit elle se fera avec toute la vicieuse subtilité de la Démocratie : réformes & dépoussiérages (on cache les tâches de sang et on le congèle) ; soit elle se fera grossièrement : révolution & violence (on en appelle au sang pour se justifier). Et dans ce maudit cycle à la con parce qu'on le croit positif et progressif, tout le monde attend le Messie. Mais le Messie ne viendra pas ! Il mourra et ressuscitera — et qui L'aime Le suive, loin des réformes avec ses sages administrations, loin des révolutions avec ses puissants miracles : loin des chimères et des miroirs aux alouettes — jusqu'au royaume des cieux.


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