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#1 17-12-2012 16:32

Stéphane
замед [zamed]
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Jésus, le « vrai lapideur »

Le « vrai lapideur » dans l’histoire de la femme adultère n'est nul autre en réalité que Jésus.

Dernière modification par Stéphane (22-03-2013 04:11)

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#2 19-12-2012 13:44

ivsan otets
админи
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Re : Jésus, le « vrai lapideur »

  Ce que tu dis est vrai, selon moi.

  Permets-moi toutefois de parler de ce que nous appelons la Loi concernant ce passage. Tout d'abord, tu sais certainement qu'il n'est pas présent dans tous les manuscrits et de ce fait contesté. Son intonation midrashique est d'ailleurs évidente — les midrash, littéralement « ce qui émane d'une recherche assidue » sont des commentaires bibliques venus du judaïsme et utilisant souvent des paraboles ou des anecdotes parfois riches en jeux de mots. Mais que cet événement ait été rajouté ou déformé m'importe peu finalement. Pourquoi ? Parce qu'il est tellement en adéquation avec les 4 évangiles qu'il peut, en effet, refléter de manière remarquable ce que disait le Christ. Il est d'anecdotique et significatif du Christ !

  Son « que celui qui n'a jamais fauté jette le premier la pierre » s'est d'ailleurs tellement bien popularisé qu'il est utilisé avec facilité par des hommes sans foi ou athées, et dans des situations hors de tout jugement religieux. Des hommes qui ne font donc pas l'exégèse de ce passage, car ils ne voient pas là qu'une référence à la Loi de Moïse existe, et ils ne soupçonnent même pas qu'elle puisse imprégner l'origine de ce fait historique.

  Paradoxalement, je crois que cette « non-exégèse » athée, parce qu'elle écarte la Loi de Moïse pour se référer essentiellement à une justice du bien et du mal, à une justice morale en général, à une justice qui regarde précisément et dans l'instant l'événement à propos duquel les hommes se sont servis de ce passage biblique… Je crois donc que cette manière d'écouter irréligieuse est nettement plus dans la vérité du Christ ! Le problème, c'est que l'athée ne l'assumera que pour cet instant-là, et non comme Vérité, tandis que le Christ l'assume à chaque instant : ce n'est pas aux valeurs morales qu'appartient le Droit d'innocenter ou de condamner !

  De fait, lorsque tu écris : « Jésus universalise la Loi, si j'ose dire » ; en ce qui me concerne, je crois que non. Je crois que c'est nous qui universalisons la Loi et que nous faisons ici une grave erreur. Je crois qu'il faut justement ne pas universaliser la Loi de Moïse afin d'être capable d'aller à la racine : à l'avant qu'elle soit. La Loi de Moïse n'est qu'une branche de l'Arbre-racine du bien et du mal : elle n'est pas l'Arbre universel du bien et du mal. Elle ne dit pas la Vérité morale qui est partout, pour tous et pour toujours en vigueur. Pourquoi ? Mais tout simplement parce qu'il n'existe pas une Loi du bien et du Mal qui soit partout, pour tous et pour toujours exacte, parfaite, ayant donc un caractère immuable et éternelle. La Loi achoppe sur la volonté de l'homme, sur son changement, sur ses aléas, sur son vécu ; sur sa liberté par laquelle il décrète qu'aujourd'hui n'est peut-être pas bon ce qui l'était hier, et que ce bien d'hier peut aujourd'hui être un mal ! La Loi achoppe sur le vivant. Elle se brise sur la Vie. C'est pourquoi Moïse brisa les tables de la Loi.

  La Loi de Moïse n'est qu'une incarnation, parmi des milliers, des valeurs de bien et de mal que l'homme à sculptées sur ses marbres durant les siècles. La Loi de Moïse n'est qu'une branche. De fait, l'Arbre lui-même n'existe pas, il est une métaphore. Dans la Réalité et dans l'Histoire, il n'existe que des branches : des Lois, des Constitutions, des Morales, des Sciences, des tables mathématiques de Vérités dualistes, des Idéologies, des Règles, des Chartes, etc., etc. Et toutes ces branches ont en commun une même racine enfouie sous le sol : La Raison duelle, la logique.

  Ainsi donc, lorsque les philosophes grecques s'attaquent aux dieux pour faire prendre conscience aux hommes que leurs mysticismes païens représentent en réalité des valeurs idéologiques de bien et de mal… Que font-ils ? Ils créent une Loi et instaurent le règne de la Conscience à la place du Règne des dieux. Mais en vérité, la Conscience EST le Règne des dieux ! C'est pourquoi la conscience était au commencement. Dans la Genèse elle est ce « chrérubin agitant une épée flamboyante » et qui est mise dans l'âme de l'homme pour l'empêcher de prendre de l'Arbre de la Vie. C'est-à-dire pour l'accuser au feu tourbillonnant en lui faisant prendre conscience du bien et du mal. En faisant de lui un animal évolué.

  Or, plus la conscience devient une conscience pour être de moins en moins une divinité, plus les dieux tombent. C'est ici que l'Apocalypse s'écrie : « Malheur à la terre et à la mer ! car le diable est descendu vers vous, animé d’une grande colère, sachant qu’il a peu de temps. » En instaurant à l'excès des morales et des lois de la conscience à la place des dieux, nos Sociétés ont certes « évolué », mais elles ont surtout fait descendre les dieux sur terre. Ainsi nos malheurs grandissent-ils et prennent-ils des proportions extra-ordinaires. Ils sont de plus en plus mystiques somme toute, car ils apparaissent l'être de moins en moins. Ils sont de plus en plus régis par l'implacable et impitoyable sainteté de la logique qu'aucun des dieux antiques ne semble assez légitime pour la couvrir désormais.

  De plus, le serpent est si proche que, à l'instar du récit de la Genèse, toute la société se féminise dans « le kaléidoscope » chatoyant de ses yeux. Il nous fait rêver à un idéal de pureté et d'ordre au nom d'un « tout sécuritaire » ; et il se montre à nous tellement nu que l'hypnotisme de son regard n'est plus contesté par le fait religieux, lorsque les dieux avaient encore droits de dire « non ». Nous créations s'ensuivent donc en devenant de terribles enfers terrestres au nom de la beauté, du vrai, de la vérité et de l'unité : à force de légiférer pour tout et pour rien. C'est pourquoi, dit la sociologue Geneviève Decrop à propos du génocide du IIIe Reich : « La démonstration est faite, inédite dans l'histoire, que les plus grands massacres ne se font pas sur les champs de bataille, mais dans les coulisses des administrations publiques et privées, ou, comme l'aurait dit Kafka, que les chaînes de l'humanité torturée sont en papier de ministère. »

  Soit donc, je crois que le Christ parlait de bien autre chose que de la seule Loi de Moïse. Et même si celle-ci était l'incarnation de la Raison duelle au sein de la société juive d'alors, cette anecdote historique a réussi à passer les temps et les époques pour être reprise par tous, précisément parce qu'elle se réfère à plus que Moïse, et plus qu'à ce seul chérubin, nous dit la Bible, qui donna la Loi à Moïse. Elle se réfère à toutes les Lois, à tous les anges ; à toutes les puissances et toutes les forces de la conscience ; à tous les concepts, à toutes les idéologies gravées sur marbre et qui veulent légiférer le Vivant : celles des philosophes, des kantiens, des bouddhistes, des musulmans, des kabbalistes, des animistes, des républicains, des communistes, des mathématiciens, des physiciens… Toutes les morales, les sciences et les politiques de tous les bords qui se fondent sur une logique duelle de la vie. C'est la raison pour laquelle, le Christ lui-même, à propos de la Loi de Moïse, dit ailleurs : « Il est écrit dans votre loi… » (jn 8.17 et 10.34).

  Il affirme par là que la loi de Moïse est leur loi, qu'elle est propre au judaïsme et à ce peuple… Mais que seul ce à quoi elle se rattache avec les autres lois est Universel. C'est cet universel que brisa le Christ : il s'attaqua à la racine, et par conséquent, à toutes ses émanations, à toutes ses branches, passées, présents et à-venir. La femme adultère brisa la Loi de Moïse et trouva auprès du Christ une vérité supérieure… De même, la jeune fille a aujourd'hui le droit de briser la Tradition légaliste nord-africaine ou pakistanaise qui veut la forcer à se marier ; mais pour peu qu'elle trouve la liberté offerte par le Christ. Car qui aura assez d'autorité pour dire aux anges de toutes les lois, et notamment à ceux de l'universelle loi de la mort dont il est question dans ce genre d'événements tragiques : « Arrière ! Mettez à terre vos pierres. »


La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller

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