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#1 25-12-2012 19:21

Stéphane
замед [zamed]
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Le récit d'Adam et Ève : mythe ou réalité ?

Le récit de la vie d’Adam et Eve dans le jardin d’Éden est à la base de nombreuses cultures. Cependant, l'existence de ces personnages est-elle avérée, ou fictive ?

Dernière modification par Stéphane (04-05-2013 00:29)

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#2 26-12-2012 13:34

ivsan otets
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Re : Le récit d'Adam et Ève : mythe ou réalité ?

  Je pense que la première chose à faire — avant tout — c'est de se positionner par rapport à la question suivante : Est-ce que le récit de la Genèse (1 à 3) est une réalité concrète et historique, ou est-ce une allégorie servant de support à une vérité dont seule l'évocation allégorique peut rendre compte ? Le personnage « adam » et le personnage « ève » ont-ils réellement existé tels que le texte les décrit, ou sont-ils simplement les protagonistes d'une allégorie dont se sert l'auteur pour exprimer une réalité plus profonde ?

Durant des siècles on a fermement affirmé avoir ici la description d'une réalité aussi concrète que l'Histoire de César, de Napoléon ou de Charles de Gaulle. Et le christianisme de nos jours n'en doute nullement dans sa grande majorité. Et bien qu'il se dise progressiste, n'hésitant pas, par exemple, à maugréer contre le discours de la foi seule, prétendant qu'il faut progresser au-delà de ce vieux langage dit-il, il reste toutefois accroché à une interprétation biblique de la Genèse vieille de plusieurs siècles. Il est en total déni de ce que la recherche a pu apporter.

  Il refuse que la recherche aide finalement l'homme de foi lorsqu'elle le met en question, le poussant ainsi à rechercher dans le texte au-delà de son apparence trompeuse et de la violence religieuse qu'on lui a fait subir. Finalement, le chrétien a raison : il ne descend pas du singe puisqu'il descend de l'autruche. Il l'imite en mettant la tête dans le sable. Soit dit, lorsque Marx lança son : « La religion est l'opium du peuple », je crois qu'il était réellement en dessous et un peu léger quant à ce qu'il voyait sur la puissance du religieux. Car en considérant aujourd'hui comment cette diablerie d'église entend Adam et Ève, il n'y a aucun doute : le chrétien est au moins sous LSD, et, plus précisément, il est sous l'emprise d'un sortilège.

  Le texte de la Genèse est d'une très grande inspiration ! Aussi faut-il précisément chercher ce qu'il nous dit au-delà de ce qu'il paraît nous dire. Car il trompe les « certains » qui lui font violence, eux qui cherchent en lui le Dogme grâce auquel ils bâtiront leurs sectes, c'est-à-dire leurs religions pour y enfermer leurs bêtes. Genèse 1 à 3 est une allégorie ; il est une parabole. De là provient toute la puissance de cette vérité insaisissable dont il témoigne, toute sa spiritualité ; toute la Réalité de la vérité qu'il évoque, laquelle réalité dépasse l'évidence du réel qui frappe notre regard. C'est la raison pour laquelle le Christ lui-même ne cessa de parler en paraboles ; et qui veut l'écouter autrement est déjà en train de se nourrir du narcotique des évidences, de ces faits réels de l'Histoire rassurante et définitive dans laquelle l'humanité, l'adam, cherche toujours à emprisonner Dieu.


La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller

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#3 28-12-2012 00:56

ivsan otets
админи
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Re : Le récit d'Adam et Ève : mythe ou réalité ?

  Ça change tout selon moi.

  Si le personnage « adam » a historiquement existé en tant qu'être individuel, tel que toi existe, lui existe, moi existe… alors le dogme ekklésiastique du « péché originel » est exact, parfaitement exact et incontestable. Il est indiscutable. Et lorsque Paul dit : « comme par la faute d’un seul survint la condamnation pour tous les hommes, par l’œuvre d’un seul la justification s'est répandue à tous les hommes… » (rom 5), il est tout simplement en train de dire : « Adam versus Jésus Christ » tandis que les autres, nous tous, ne serions que des sortes de dommages collatéraux ; responsables, mais non pleinement responsables comme l'a été Adam au nom du péché originel dont on l'accuse lâchement d'être le porteur. Il y a là un véritable mal-entendu.

  Mais il en est tout autrement si Adam n'est pas un personnage historique ; s'il est, pour l'auteur de la Genèse, non un être individuel mais l'humanité, l'omnitude disait, je crois, Dostoïesvky.

  En vérité, l'homme n'a pas été créé avant la femme dans la Genèse, mais en même temps. Le fameux Adam, c'est « le terreux », ou « le glébeux » traduit Chouraqui, puisqu'il est tiré de l'adama qui signifie littéralement « la terre » dans le texte. L'auteur nous dit : « l'adam de l'adama », ou encore : « le terreux de la terre » ; il ne peut être plus clair ! Adam, c'est l'humanité qui est alors non encore incarnée ou sinon en tant que bête. Elle n'est qu'une Race en général et l'auteur ne parle pas encore d'un individu portant un nom, aussi reprend-il le mot « adama », la terre, pour dire qu'il en reste au concept de race. Adam représente cette omnitude en tant qu'elle est tirée de la Nature, du terrestre, à l'instar de toutes les autres races. Une omnitude qui sera à ce titre semblable à n'importe lequel des autres groupes animaliers : l'Homme en général, comme on parle du Chien en général, de l'Arbre en général ou de l'Oiseau en général.

  Cet « homme du général » est le premier pas vers un projet plus vaste qu'est le Fils de l'homme. C'est-à-dire l'engendrement d'un homme individuel pour qui la conscience de son existence particulière deviendra supérieure à l'existence du général. Un fils de l'homme pour qui le « Je suis » deviendra supérieur au « nous sommes » de la race, de la famille, de la nation, ou encore de la religion. Nous avons ici la perspective d'une sortie de la race — littéralement ! Je ne parle pas ici d'évolution et de l'homme évolué. Le Fils de l'homme n'est pas l'homo sapiens. Je parle de la perspective d'une mise à mort de l'Adam, qu'il soit bestial ou qu'il soit civilisé, car l'un est l'autre restent issus d'Adam le terreux. Et quant bien même le civilisé est cette tentative d'échapper au bestial, il ne le peut. Une mise à mort donc, afin de donner naissance à un Second Adam, à une autre réalité de l'être qui nous dépasse : un Être pour qui l'Individu domine la race ; un Homme qui peut dire avec J. Chardonne : « Chacun est seul de sa race » (voir mon opuscule Akklésia, p. 22).


  Soit dit en passant, à toi qui aimes l'Histoire, je te laisse, comme entre parenthèses et en aparté, un sujet de réflexion parallèle. À savoir : l'engendrement en Hébreux est un mot qu'on traduit aussi par « histoire » (ce qui est aisé à comprendre). Ainsi donc, l'Adam de la Genèse va passer de la Pré-histoire à l'Histoire dès l'instant où il va prendre conscience que son « vrai moi n'est pas tout entier en lui » (Rousseau) ; que « l'homme passe infiniment l'homme » explique Pascal. L'engendrement fait passer de la pré-histoire à l'histoire. L'homme historique entend son devenir, son ad-venir. Contrairement à l'animalité pré-historique et inconsciente de porter un devenir historique, l'homme historique engendre : il conçoit son « après ». Il conçoit un autre homme, un homme qui est plus qu'Adam, plus qu'un être naturel, plus qu'un exemplaire de sa race.

  C'est  la connaissance qui va avoir la mission de cette prise de conscience. Elle va révéler à Adam la perspective incroyable d'un second Adam. Avec la connaissance, l'homme devient un fils de l'histoire qui s'extrait de sa pré-histoire où il était aveugle. Ainsi va-t-il dominer tous les animaux. Il va exceller en ingéniosités pour modifier le réel et atteindre le but d'un homme nouveau dont il entend l'appel. Qu'est-ce que le Christ alors ? C'est la dernière étape de ce processus, c'est la sortie de l'Histoire, c'est l'accomplissement de ce processus des engendrements. La pré-histoire appelait l'histoire ; elle était la matrice de l'histoire. Car de la pré-histoire est sorti l'homme historique que nous sommes, mais par la mise à mort de l'homme pré-historique. Pareillement, l'histoire est une matrice, et sa sortie est aussi la mise à mort des fils de l'histoire, la fin de l'histoire terrestre. C'est notre mise à mort à tous. Un fils de l'histoire est donc un fils d'adam mais non encore un fils de l'homme : il le préfigure. De fait, l'homme pré-historique et l'homme historique sont des engendrements d'adam le terreux. Ils ont la même racine, vivent et se nourrissent du même arbre de leur mère Nature, mais ils n'ont pas encore été engendré du Père pour s'affirmer Fils de l'homme.

  Le Christ venant, la sortie de la matrice de l'histoire peut avoir lieu. : la résurrection a été révélée ! Le Christ est précisément ce que la connaissance peut envisager, entrapercevoir et désirer, mais qu'elle ne peut atteindre. Même à son plus haut niveau de conscience, l'homme est donc bloqué dans ce ventre de l'Adam avec l'homme pré-historique : il ne peut aller au-delà de l'animal évolué. Il ne peut être ce Fils de l'homme qu'il est appelé à devenir. Ceci lui est inaccessible. Il lui faut un don. Il faut que la Vie elle-même vienne à lui et s'offre à lui personnellement. Il lui faut de l'humilité. Il lui faut un dieu s'incarnant humblement en l'homme, buvant sa mort et la terrassant pour lui offrir la perspective d'un autre commencement. Dès lors, le rapport qu'aura l'homme avec son histoire sera en contradiction directe avec ses engendrements historiques de terreux. Il entre en lutte contre celui qu'il a été et qu'il n'est déjà plus. L'homme devient « anhistorique ». Le fils de l'histoire devient fils de l'homme par l'intervention directe de dieu : « cela ne dépend ni de l'homme qui court, ni de l'homme qui veut, mais de la faveur de Dieu » (rom 9). Cet homme vivra dès lors par la foi seule ; et sachant que son histoire commence à la résurrection, il sait qu'il aura alors le pouvoir de l'effacer. Il apprendra de son Père à dire lui aussi : « Je suis et serai ce que je suis. »


  Bref… Revenons à Adam et Ève. Je disais que l'Homme n'apparaît pas avant la Femme dans la Genèse. En effet, Adam est d'abord décrit comme s'il était un être androgyne puisqu'il faut attendre la suite du texte pour voir la femme et l'homme s'extraire tous les deux de lui. Dans un premier temps donc, l'auteur ne distingue ni homme ni femme à l'intérieur de la race dite humaine, à l'intérieur de l'adam. C'est-à-dire qu'il mêle en l'adam, et sans les différencier, les caractéristiques du mâle et de la femelle. Il parle de l'adam comme on parle d'une race animale ; comme lorsque nous parlons du chien ou du chat et qu'alors nous mêlons dans le « concept » chien, ou dans le « concept » chat les caractéristiques de mâle et femelle sans les différencier.

  Quand enfin Dieu prend la parole, c'est pour préciser et commenter ce que l'auteur vient d'évoquer à propos de la race adamique : « Il n'est pas bon que l'homme (l'adam) soit seul » dit-il (2.18). Soit donc : « Il n'est pas bon que l'humanité, l'adam, soit seule ». C'est-à-dire qu'il n'est pas bon que les êtres composant l'humanité soient inconscients de la différenciation de leurs êtres ; il n'est pas bon qu'ils soient aveugles de leurs identités particulières les uns vis-à-vis des autres. Il n'est pas bon que chaque être humain se conçoive comme un simple exemplaire de la race humaine, tel un membre de l'adam qui serait condamné s'il s'en détachait pour affirmer son existence particulière. C'est cela la solitude dont parle le texte. D'ailleurs, le mot « seul », explique un rabbin, « c'est lévado qui vient du mot léved-lévoud, le tissu. Un tissu qui est tissé, c'est-à-dire deux êtres qui sont accolés l'un dans l'autre de sorte qu'ils ne peuvent se séparer l'un l'autre. On en conclut “qu'il n’est pas bon que l'homme soit accolé à lui-même”, parce que sinon il ne peut pas s'analyser lui-même. Il ne pourra pas se donner un nom à lui-même, découvrir sa personnalité. »

  Dieu est simplement en train de dire : « Il n'est pas bon que l'homme soit un animal ». Ainsi donc, par cette absence de différenciation, par ce manque de prise de conscience de la différence de l'autre, l'auteur a installé Adam dans une stature de pure animalité. À ce point du récit, Adam, c'est l'homme pré-historique. C'est un être plus proche de l'animal que de l'homme ! Or, dit Paul dans le NT, l'animal n'est pas condamnable puisqu’il est inconscient de la loi : « car jusqu’à la loi le péché était dans le monde. Or, le péché n’est pas imputé, quand il n’y a point de loi » (rom 5.13).

  C'est-à-dire que l'instant où la loi apparaît, c'est l'instant où vient sourdre en l'être humain cette prise de conscience de l'autre. C'est l'instant où, soudain, de l'humanité, de l'adam va surgir l'Homme et la Femme : la différence. C'est l'événement de 2.21-23 : « Dieu fait tomber une torpeur sur l'homme ». C'est un étrange événement durant lequel l'humanité est frappée d'une sorte de mort, d'anéantissement, de sidération. À son réveil surgissent soudain l'Homme ET la Femme, en même temps ! Nous sommes passés du concept animal de mâle/femelle à celui plus civilisé d'homme/femme, et surtout à la notion d'identité. En effet, de ce surgissement de l'autre, de cette prise de conscience de la différence, l'humanité s'écrit : « on l'appellera » (v 23). L'autre, le vis-à-vis, le semblable existe enfin, il est nommé ! Et cette situation met l'humanité devant un devoir de conscience : s'il accepte l'autre, s'i l'aime en tant qu'être différent, il lui sera une aide, sinon, il sera contre lui. C'est pourquoi le : « Je lui ferai une aide semblable à lui » (v 18) est très malencontreusement traduit, puisque les hébraïsants s'accordent, à l'instar de la traduction Chouraqui pour dire : « Je ferai pour lui une aide contre lui. »

  L'homme vient de passer de la pré-histoire à l'histoire, à l'homme historique. Il va pouvoir tenter de construire son histoire personnelle au tranchant de sa conscience, de la conscience de sa liberté et de celle de son prochain. Car il sait désormais qu'il est, lui, en tant qu'individu, au-delà de sa race, de sa famille, de sa nation, ou de sa religion. Il est au-delà du déterminisme de la Nature auquel l'animal ne peut échapper. C'est donc tout naturellement que l'auteur fait suivre cet événement par celui de l'arbre du bien et du mal. Car la loi existe donc depuis ce jour, non depuis Moïse ! Dès l'instant où la conscience de nos différences, c'est-à-dire de notre liberté, a surgi au sein de la race adamique, celle-ci n'a plus été seulement une race animale. Elle a ouvert les yeux sur l'horizon d'un autre être en devenir : le second Adam. L'homme est responsable. S'il renie sa liberté, s'il tente de récréer des concepts généraux, s'il se nourrit de l'arbre du bien et du mal, il rate le but, expression que la religion a traduite par : il pèche. L'homme retourne ici à l'animalité, mais à une animalité intellectuelle, c'est-à-dire qu'il surajoute aux déterminismes de la Nature les siens propres : ses morales, ses théologies, ses philosophies, ses politiques, ses sciences, etc. Il sera alors jugé selon ces concepts mêmes dont il se nourrit.

  Ce passage de l'Adam à l'Individu, de l'humanité impersonnelle et raciale à l'Homme particulier appelé par son nom et affirmant son individualité, c'est précisément et très exactement ce que nous vivons tous personnellement dans nos vies. Lorsque petit à petit notre conscience s'éveille, nous quittons alors l'enfance, et nous sentons en nous cet appel à quitter le déterminisme de notre environnement pour exister et nous affirmer en tant qu'être particulier. Le ferons-nous ? Affirmerons-nous notre liberté individuelle ou tremblerons-nous devant la majesté des vérités générales, des traditions, des lois et des dieux ? Aussi le récit de la Genèse est-il l'allégorie de la vie de chaque-Un. C'est un récit qui flotte sur le temps.

  Chaque homme en naissant est cet « adam » de la Genèse. Il n'y a pas d'autre individu « adam » que chaque-un de nous. C'est pourquoi « adam » est un nom générique, impersonnel, et dans lequel nous tombons lorsque nous le singeons ainsi que le prophétise l'allégorie de la Genèse. De fait, il n'y a pas d'autre péché originel que celui que chaque-un de nous transporte en lui-même. Nous sommes l'origine de notre propre échec dès l'instant où, imitant le geste adamique, nous soumettons notre liberté aux vérités générales et déterminées ; dès l'instant où nous croyons à l'arbre de bien et du mal, aux valeurs qu'il porte en nous nourrissant de son fruit.

  Bien entendu, après des siècles de modèles adamiques, d'hommes de ce type, d'hommes raisonnables, l'esprit de cette démarche a fait tâche d'huile, et il nous semble tout naturel et comme instinctif de faire de même : de suivre le courant et d'être terrorisé à l'idée d'aller contre, de vivre par la foi seule. Nous parlons alors de « Péché originel », et nous l'imputons à un premier homme historique imaginaire, refusant avec entêtement de lire la Genèse comme une parabole. Le péché originel est une supercherie, chacun est l'origine de son propre raté et cette origine n'est en nul autre : il n'existe à l'extérieur que des influences, non des origines ! Aussi est-il essentiel de briser l'image théologique du personnage Adam ; de l'innocenter surtout de la responsabilité originelle de mon propre geste qui est en moi-même et moi seul. Que chacun assume d'être l'homme qu'il est, et que chacune assume d'être la femme qu'elle est. Que chacun s'assume au lieu de rejeter sur l'autre la responsabilité. Cette lâcheté, l'adam de la Genèse l'a aussi commise lorsqu'il accusa Ève… comme pour nous en avertir prophétiquement.


La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller

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