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« Les serpents constricteurs ont un corps musclé qui leur permet d'étouffer de grosses proies. Ils ont, généralement, des dents pointues et acérées, recourbées vers l'arrière. Ils attrapent leur proie puis ils s'enroulent autour, et non seulement ils l'empêchent de respirer, mais ils lui bloquent la circulation sanguine. Une fois l'étreinte mortelle finie, ils avalent leur proie la tête la première et mettront un certain temps à la digérer selon son importance. Certains boidés et pythonidés sont parmi les plus grands et les plus lourds serpents qui existent. » (Wikipédia)
Dernière modification par Stéphane (04-05-2013 01:29)
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La question est là donc : Dans l'analogie biblique, quelle « qualité(s) » chez la figure du serpent le caractérise comme « étouffant » ? Et de fait, cette qualité est-elle en l'homme ?
La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller
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Les serpents, comme nos chers pharisiens, ils rampent et n'on pas de coui.....
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Ce passage de Genèse où se trouve mentionné « le serpent » est riche. Et je dirai même qu'il est trop riche. L'interprétation peut aller dans tous les sens et nous conduire vers tout et n'importe quoi. Le principe directeur de ne pas s'éloigner de « la simplicité à l'égard du Christ » semble impossible à tenir dès qu'on se penche sérieusement sur ce texte : « …de même que le serpent séduisit Eve par sa ruse, je crains que vos pensées ne se corrompent et ne se détournent de la simplicité à l’égard de Christ. (2Co 11.3) » — Toutefois, il ne faut pas confondre simplicité et simplisme. Paul ne dit pas ici que le fait de « penser est une faute », mais il dit que c'est ce qu'on pense à propos du texte qui peut devenir dangereuse. Notamment lorsqu'on se laisse entraîné à faire du Christ une figure ésotérique et alambiquée. Le Christ ne l'est certes pas ; mais il n'est pas non plus ce trop humain, si raisonnable, que jamais il ne scandalise notre petite logique ! En somme, il n'est pas plus mystique qu'il est ecclésiastique, et il est encore moins simpliste ! Là est notre problème, nous dont la tentation est devenir : soit mystique, soit religieux, soit bêtement logique.
Pour ceux toutefois qui fuient la difficulté de penser et pour qui le biberon ecclésio-mystique est de la viande… la théologie infantile et débile de l'Église devrait leur suffire : « Le serpent, c'est un ange déchu, c'est satan ; et le péché c'est désobéir à Dieu alors qu'il exhorte l'homme à de ne pas toucher aux interdits. » Et hop ! c'est plié. Y'a plus qu'à retourner à la messe ou au culte, l'âme tranquille et la joie au cœur : le mystère vient d'être résolu en une phrase. Une phrase aussi simple à comprendre qu'un livre d'image ou qu'un catalogue de la Redoute. Un gosse de 8 ans en serait parfaitement satisfait. L'Église peut chanter ses Halléluia et encaisser ses maudites dîmes. Son opium est toujours aussi efficace.
Je crois que la difficulté à saisir l'image du serpent tient au fait que son évocation nous déchire d'emblée entre deux axes, lesquels ont pour source un troisième sur lequel ils se fondent. D'une part il y a analogie du serpent avec la figure de l'Homme. D'autre part il y a analogie du serpent avec la figure de l'Ange. Enfin, et troisièmement, l'une et l'autre de ces représentations s'unissent dans une figure fondatrice : la Nature, et plus spécialement la Connaissance logique en générale, c'est-à-dire la science avec ses dualismes. » On se demande donc tout de suite : Doit-on aller vers l'Homme ? Vers l'Ange ? Ou vers la Science du bien et du mal dont la Nature témoigne à notre intelligence ?
À mon avis, il faut refuser un tel choix ; refuser d'éliminer ceci pour ne garder que cela. Il faut précisément le refuser pour ne pas sortir de la simplicité, pour ne pas dériver dans des élucubrations où une seule perspective devient la vérité au détriment des autres. C'est exactement ce qu'à fait l'Église. Aussi en est-elle venue à rajouter du légendaire à son interprétation particulière. En effet, ne pouvant faire tenir debout son opinion seule après qu'elle ait exclu les autres aspects du texte, elle a été contrainte de re-tricoter sa théologie afin que l'ensemble se s'écroule pas. Soit par des éléments venant du paganisme, soit avec des éléments inventés directement par ses théologiens. Ce faisant, elle a pu, en toute légitimité, croit-elle, rendre hérétiques les autres perspectives. Et elle a tellement endoctriné ses ouailles depuis des siècles, que toute autre lecture est désormais rejetée avec mépris au nom de la difficulté de penser que cela suppose.
L'Église a construit un mur d'enchantement autour des sa pensée pour se protéger de toute critique. Néanmoins, c'est son interprétation de la Genèse qui est en vérité tordue et alambiquée. Pourquoi ? Parce qu'elle nous oblige à basculer dans le fantastique. Parce qu'elle prend tout au pied de la lettre. Parce qu'elle boit de l'encre. Parce qu'elle ne veut pas considérer le texte comme une allégorie. Une allégorie qui veut nous conduire au-delà du chaud fantasque, de la froide logique et du chemin tiède entre les deux : vers la réalité de Dieu. Le jardin d'Éden lu par l'Église est une fable qui introduit sournoisement le Christ comme l'acteur principal d'une histoire ubuesque du divin. Sa réflexion est à l'image des cosmogonies grecques, perses, scandinaves, ou encore musulmanes : l'univers créé en 6 fois 24 h, la femme créée par l'alchimie d'une côte d'Adam, l'acte historique d'un péché originel, etc., etc. Ça ne vaut pas mieux que les légendes d'Osiris ou de Gaïa, celle de l'Anneau du Nibelung ou du lotus de Brahma… On nous prend pour des débiles légers. L'Église a réussi à interdire de repenser le texte en faisant croire que « penser » est synonyme de « difficile ». Elle participe ainsi à engendrer de l'athéisme, lui qui, s'indignant de l'obscurantisme ecclésial, chercha ailleurs une explication à la vie. Répéter ce que dit l'Église comme un perroquet est signe de spiritualité, tandis que mettre en question une tradition théologique est diabolique. L'homme ecclésiastique est devenu un animal religieux. Or, un animal, par définition, c'est une bête, et une bête, c'est dangereux parce que c'est bête : qu'elle soit un perroquet ou un serpent.
Bref… Il s'agit donc de rassembler la richesse des perspectives de lecture que nous propose le texte ; de ne surtout pas les dé-tricoter. Il ne faut pas craindre leurs éclairages en apparence différents, car si tous ces éclairages émanent bien du texte, ils doivent pouvoir se saisir ensemble comme allant tous dans le même sens. Chacune des perspectives n'est qu'une vue de la même révélation sous un angle qui lui est propre. Et le sens vers quoi elles tendent toutes, c'est précisément le Christ dans sa richesse.
Le Christ, c'est premièrement le Fils de l'homme ; il n'est pas l'homme en tant que porteur de notre humanité intelligente, celle qui atteint son zénith lorsque nous obéissons à notre conscience du bien et du mal ; mais il est porteur d'une autre humanité, une humanité à-venir ; une humanité qui se trouve au-delà le plus pure conscience qu'on puisse imaginer de discernement du bien et du mal. Secondement, il est au-dessus des anges ; il n'est pas un ange, et il n'est pas une pure sainteté ; il n'est pas saint au sens où nous, nous concevons la sainteté ; il n'est pas parfait comme l'est un ange ou une vérité idéale ; bien plus, il a conduit à leurs jugements et à leurs défaites les anges dont les perfections absolues et les vérités immuables nous asservissent. Enfin et troisièmement, il n'a pas été engendré par la Nature, il n'a reçu d'elle aucune génétique car il est apparu de façon virginale ; il n'accepta d'endosser un temps, et en apparence seulement, notre faiblesse ; volontairement donc, par sacrifice ; mais jamais il n'obéit aux logiques de la réalité naturelles, à ses nécessités politiques et moralistes ; car il n'est pas venu sauver la Nature et ses lois, mais il est venu détrôner ses lois et mettre à mort la Nature, ayant pour objectif de la ressusciter dans une autre réalité où elle sera récapitulée.
Le Christ est venu de Dieu. C'est pourquoi sa richesse dépasse les trésors de la Nature et de la lumineuse Raison qui en émane. Et elle dépasse toutes les vérités fantastiques que l'homme conçoit par l'étude de cette réalité visible. Le serpent est une figure de ces multiples variantes que produit le terrestre. Il évoque ces innombrables tentatives humaines pour se saisir d'une vérité divine insaisissable ; il évoque ce rêve de Vérité qu'a la terre, mais un rêve qui échappe sans cesse à ses talents, à ses efforts et à ses sommations. Le serpent est une discussion entre l'homme, l'intelligence et la nature. Dès que s'instaure une discussion entre l'homme savant et la mystérieuse puissance de la nature, apparaissent alors les chimères d'un idéal : une idéologie, une vérité, une religion. Ce faisant, à partir de cette vérité née de la dissection intellectuelle qu'opère l'homme sur la réalité, le phénomène de discussion s'amplifie. C'est un triptyque qui se nourrit de lui-même. Homme, Nature et Connaissance font naître des vérités qui sont de nouveau et sans cesse discutées, réformées, corrigées et reformulées. C'est une sorte de mécanisme qui se démultiplie, à l'instar de l'hydre d'Héraclès dont les têtes tranchées repoussent en double. En tuant et faisant évoluer ses vérités, l'homme intellectuel va de plus en plus loin dans l'intimité de la connaissance visible ; et il en vient à une nano-connaissance où les branches de son savoir deviennent aussi innombrables que fantastiques. Les théories quantiques en sont un exemple frappant, tout autant que les mondes inventés par les philosophies et les mythes religieux.
Le Christ, c'est le dépassement de toute discussion avec le serpent. C'est l'abolition de la discussion. Et ce que l'auteur de Genèse 3 aimerait que ses lecteurs fassent, c'est probablement qu'eux-mêmes répondent ainsi au serpent, qu'ils lui répondent le « non » de la foi :
« J'ai abondamment étudié le projet que tu m'offres, et je l'ai même embrassé en me consacrant à lui religieusement, moralement et intellectuellement. Certes, il est prometteur au premier abord, et il semble même vouloir mon bonheur puisque tu proposes aux hommes qui t'écoutent d'être les premiers de la Création : d'être comme Dieu. Toutefois, l'homme ne peut qu'être un animal intelligent. Certes l'animal le plus intelligent et le plus évolué, mais un animal qui devra mourir et retourner à la poussière comme n'importe quelle bête. Eh quoi ! Tu me proposes un au-delà que n'aura pas la bête ! Au-delà de cette vie, dis-tu, je deviendrai ensuite un non-être, c'est-à-dire une perfection, une idéalité, une pure conscience. Je serai comme toi, affirmes-tu ; je te rejoindrai dans la béatitude de ta vérité immuable. Comme toi, je serai une conscience pure, un désincarné, une sorte de louange éternelle à ta parfaite vérité. Quant aux hommes qui refusent cette espérance, tu leur proposes de disparaître totalement, dis-tu. Quelle différence avec moi ? À moi aussi tu promets la disparition puisque je ne pourrai m'incarner. »
« Tu me proposes donc d'être ton représentant sur terre. Et pour cela tu m'offres la richesse de la nature, l'autorité de la connaissance et les plaisirs personnels qu'une telle situation m'octroiera. Puis enfin, tu me donnes l'espérance. Celle de devenir un jour un « non humain » : à ton image. Or, ne disais-tu pas que je serai comme Dieu ? Voici donc que je serai comme toi. Je vois donc que tu affirmes être Dieu. Aussi n'es-tu qu'une hallucination, car tu n'es pas Dieu ; et je dois être devenu fou en discutant ainsi avec un phénomène qui m'a enchanté. Que cesse donc cette discussion, et que la hache frappe ce maudit arbre où la justice de la raison a décrété ma fin et la fin de l'homme. »
« Je vais désormais chercher Dieu sans les chimères intellectuelles que la réalité m'impose. Je vais chercher Dieu comme l'a fait Job : « S’il était possible de peser ma douleur et mes calamités sur la balance, elles seraient plus pesantes que le sable de la mer » (6.2-3). Je veux vivre ! Et quand bien même je mourrais, je veux vivre. Peut-être se trouve-t-il que Dieu, lui aussi, ignore l'arbre du savoir où la morale se met à l'ombre ; peut-être que lui aussi, comme moi, et à l'encontre des balances de la raison, peut-être que Dieu trouve mes larmes plus lourdes que le sable des mers. Peut-être viendra-t-il vers moi, d'homme à homme, et peut-être recueillera-t-il mes larmes avec les siennes, m'offrant alors l'impossible : non pas être à son image, mais être son fils. Car quel Père ne saurait pleurer avec son fils ? Et quel Père ne saurait souffrir avec son fils en buvant sa culpabilité pour l'en délivrer ? Et quel Père ne ressusciterait son fils pour lui donner l'infini des possibles ? N'est-ce pas de que fit le Christ ? N'est-il pas, lui, le Père ? »
Si je trouve le temps, je donnerai une suite à cette première réponse. Une suite en 2 autres réponses. Une qui aborde comment cette analogie du serpent porte dans le texte une figure de l'homme évolué ; et une autre montrant comment le texte fait du serpent une figure de l'idéalité ; une forme angélique en somme. L'une et l'autre de ces figures, comme je l'ai dit, étant le propre de ce que la Nature crée. Le serpent devenant du même coup une troisième figure fondant les deux premières : celle la Nature.
La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller
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