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Et en effet, c'est ainsi qu'on remplace l'Autre, le vis-à-vis, mon prochain grâce auquel je construis ma personnalité, par la Communauté impersonnelle dans laquelle est étouffée ma personnalité. C'est ce mouvement qui remplace le Frère dont la personnalité m'aide à construire la mienne propre, par l'Ekklèsia dont l'impersonnalité fait de moi un adorateur de sa statue.
Ce rôle spirituel de l'autre, et même quasiment prophétique, précisément parce qu'il tend à me faire exister, est remplacé par le rôle faussement spirituel de l'ekklésia, par son rôle d'idole au fur à mesure où je la divinise, où je me perds en elle, où je ne fais que semblant d'exister. Le christianisme est bien akklésiastique, parce qu'il est existentiel, parce qu'il est une histoire de personnes à personnes, de quelqu'un à quelqu'un, de chaque-Un à chaque-Un. Parce qu'il est une histoire d'amitiés et de fraternités, tandis que l'église est le meurtre de la fraternité et de l'ami, au nom d'elle-même et sous l'écrasement de sa doctrine, cette ombre du titre divin dont elle se revêt. Cette ombre d'où la lumière s'éloigne au fur et à mesure où l'on pénètre dans ses profondeurs, au fur et à mesure où l'on croit en elle, parce qu'alors la valeur personnelle de l'autre, du frère, meurt pour n'avoir qu'une valeur de nombre.
La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller
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