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#1 16-01-2013 00:24

Stéphane
замед [zamed]
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La conviction et la foi

Quel est le rapport entre la conviction et la foi ?

Dernière modification par Stéphane (04-05-2013 00:05)

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#2 23-01-2013 09:29

ivsan otets
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Re : La conviction et la foi

  La conviction est une force et je crois qu'elle est LA force même. Elle est la puissance. Elle est précisément ce qui dirige l'homme vers une direction toute différente de celle vers quoi la foi conduit. Oh, je connais bien l'argument des ecclésiastiques, car voici qu'ils font tout leur possible pour réconcilier la conviction et la foi tandis qu'il faut justement les opposer. Alors voilà, ils ouvrent leur bible dans la lettre aux Hébreux (11.1) :

« La foi est une ferme assurance des choses qu’on espère, une démonstration de celles qu’on ne voit pas. »
(traduction Segond)

« Mettre sa foi en Dieu, c’est être sûr de ce que l’on espère, c’est être convaincu de la réalité de ce que l’on ne voit pas. »
(traduction Français courant)

« La foi est la garantie des biens que l’on espère, la preuve des réalités qu’on ne voit pas. »
(traduction Jérusalem)

  Ce serait si pratique si la foi se fondait sur une conviction, sur une preuve irréfutable, car, comme tu le dis : « c'est ainsi que l'on crée une osmose entre les hommes en les rassemblant autour d’une conviction commune. » Toute conviction est une idole, et la foi des convaincus et la foi des idolâtres. La foi est en vérité le brisement de cette idole, la destruction de la Preuve. La foi est la force qui fait ployer la force des convictions ; la force qui soumet la force de la réalité, cet impitoyable nid de vipères des preuves irréfutables. La foi montre à la réalité qu'elle n'a droit à aucune revendication, pas même au nom du bonheur, de l'amour ou de la liberté ! L'amour et la liberté sont une décision de l'Être qui a la foi, non une décision que la réalité doit prendre ; et s'il plaît à l'Être que la souffrance est ici meilleure que le confort, qu'elle est plus apte à faire atteindre à l'homme le bonheur et la liberté que l'Être veut lui faire atteindre, alors : « Qu'il en soit ainsi. Que le réel ferme sa bouche et cesse d'avoir peur. »

  La foi, c'est même l'anti-miracle et le miracle et toujours un jugement contre la foi. En quoi est-il jugement ? Simplement par la séduction qu'il opère ; séduction qui consiste à produire en l'homme une foi fondée sur le miracle, sur l'expérience : sur sa conviction. Rien de plus mouvant et infidèle que cette foi-là. Il suffira d'un autre miracle pour convertir le croyant qui, devant un autre miracle, sera convaincu par l'autre croyance que porte ce miracle. L'Évangile lui-même témoigne de ce jugement des miracles ; l'Évangile est le refus en la foi des convaincus : « …plusieurs crurent en son nom, voyant les miracles qu’il faisait. Mais Jésus ne se fiait point à eux, parce qu’il les connaissait tous… » (jn 2.23-24)

  En somme, refuser au miracle de fonder ma foi, c'est précisément faire appel à la foi. Dans ce sens, le jugement des miracles se retourne favorablement. Le miracle est un témoignage, non parce qu'il prouve que l'homme ayant une grande foi est soumis aux désirs de la réalité et qu'il peut faire d'elle ce qu'elle lui demande de devenir ; mais précisément parce que l'homme de foi est en train de prouver qu'il n'est pas soumis à la réalité et qu'il ne fait pas ce qu'elle lui commande. Le miracle est bon dès l'instant où, par son média, l'homme de foi dit à la réalité : « Je vis hors de toi, et sans toi, et je peux même vivre dans l'exact contraire de ton désir. Mais toi, tu ne peux vivre sans moi. Je suis la vérité et je suis la réalité. Mais toi, tu n'existe pas réellement. » C'est la raison pour laquelle le Christ n'a répondu qu'à une faible part des demandes qui lui étaient présentées : faut-il donc l'accuser d'avoir manqué de foi ? Non, mais voir simplement qu'il ne donnait pas ce que la réalité voulait : il créait la réalité qu'il voulait. N'en déplaise aux réalistes.

  « Une démonstration de ce qu’on ne voit pas », ou « la preuve d'une réalité qu’on ne voit pas » dit la lettre aux Hébreux citée plus haut. En somme, l'auteur est en train de dire que la foi est une démonstration de ce qui est indémontrable. Que la foi est la conviction en une certaine réalité, ailleurs, qui précisément n'a plus en elle la force de la conviction. C'est-à-dire une réalité qui ne prouve rien par ce qu'elle est ou par ce qu'elle n'est pas ; par ce qu'elle offre ou par ce qu'elle n'offre pas. Un monde où la réalité n'a ni pouvoir, ni force, ni autorité, ni parole et n'offre aucune preuve. Une réalité qui est totalement entre les mains de l'Être qui a la foi et qui peut donc la modeler à l'infini. Ainsi peut-il même faire en sorte que ce qui a été ne soit plus. Il peut tout pardonner. Il est maître du temps et maîtres de ce que nous appelons, nous, ici, les lois. En terme plus synthétique, Kierkegaard dira que « l'Esprit est la négation de l'immédiateté directe. »

  Car le royaume des cieux est cette réalité où la réalité n'a plus de règne. Le rapport entre les hommes n'est dès lors plus fondé par la réalité que chacun apporte à l'autre, ou lui refuse ; mais par l'amour de l'autre en dehors de son avoir réel. Le royaume des cieux est ce monde qui se fout totalement de l'avoir et qui est passionnément tourné vers l'Être, vers l'homme, vers l'individu. Et pourquoi peut-il se payer un tel luxe ? Précisément parce qu'il peut tout, précisément parce qu'il peut donner à l'autre l'infini des possibles s'il le veut — et Il le veut. Soit donc, l'auteur de la lettre aux Hébreux est en train de dire que la foi et la conviction par la preuve sont totalement opposées. Prendre ce passage pour démontrer que la foi et la preuve des convictions sont réconciliés, ce serait dès lors se pendre haut et court.


La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller

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