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#1 30-03-2013 21:42

Stéphane
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Les promesses de Dieu

La loi et la grâce visent la même promesse.

Dernière modification par Stéphane (08-05-2013 00:03)

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#2 01-04-2013 16:57

ivsan otets
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Re : Les promesses de Dieu

  Le problème n'est donc pas la promesse, c'est-à-dire le but visé ! En effet, il semble que la loi et la grâce visent la même promesse et sont en accord sur ce point. Un théologien protestant disait d'ailleurs à ce propos : « La loi et la grâce sont unies dans l'intention ».

Où est donc le problème en ce cas ? Mais enfin, il est dans la manière d'atteindre ce but, non dans le but directement. Ce qui, à priori, semble secondaire, n'est-ce pas ? Car puisqu'il y a entente de tous sur l'objectif, pourquoi chicaner et chercher la petite bête sur la façon pratique pour être conduit jusqu'au même but ? Si, partant de Paris deux hommes désirent rejoindre Marseille, qu'importe si l'un choisit le train et l'autre la voiture ? L'essentiel, c'est Marseille en ce cas, c'est le but, et c'est sur lui que devrait être portée toute l'attention me dira-t-on. Nos deux hommes ne sont-ils par frères dans l'objectif commun qu'ils visent ? Pourquoi discourir et couper les cheveux en quatre ? N'est-ce pas là une façon de diviser là où il y a précisément unité ?

  Oh, oh… pas si vite l'ami ! Car lorsqu'on réfléchit un petit peu, et non à la va-vite, le problème devient gigantesque. La manière d'atteindre un but n'est pas une affaire d'esthétique ou de simple pragmatisme dans notre cas, et certainement pas une considération secondaire. Car lorsqu'il s'agit d'un but impossible à atteindre, à savoir la vérité dernière et le fait de vaincre la mort pour trouver dieu, il n'est plus question d'un petit voyage entre Paris et Marseille : l'outil carte ou l'outil GPS ne suffisent pas pour que nous n'ayons plus qu'à choisir ensuite quelle bergerie correspond à l'outil de notre choix !

  La manière d'atteindre le but, c'est le chemin. Or, se tromper de chemin, c'est à coup sûr rater le but. Oups ! En empruntant un faux chemin, c'est vers un faux but qu'on se dirige en fin de compte, même si l'on est sincère et qu'on y met tout son cœur. Bien plus, l'homme qui se trompe ainsi continuera à croire que le faux but vers lequel il se dirige est en vérité celui d'origine. Et il fera tout pour calquer sur la promesse d'origine l'image de la nouvelle promesse qu'il entraperçoit désormais, celle-là même dont il ne veut pas croire qu'elle n'est plus la promesse, mais autre chose. Cette action intellectuelle s'appelle la subversion du christ.

  En se trompant de chemin on en arrive, non seulement par se tromper sur le but, mais par le métamorphoser. C'est-à-dire qu'on finit par spéculer et imaginer toutes sortes d'idéologies pour se persuader que l'objectif que nous visons est comme ceci, ou comme cela… Qu'il est finalement humain puisque l'homme peut désormais le concevoir, l'incarner, ici, maintenant, en réalité ! Qu'il est en fait possible et non plus impossible. Nous inventons ainsi nos paradis, nos âges d'or et nos diables de messie qui doivent un jour régner sur terre. C'est pourquoi toute religion est une politique et qu'aucune religion ne peut vivre sans un programme politique, pragmatique et sociologique. Et tout cela parce qu'on est incapable de se remettre en cause sur l'identité chemin qu'on emprunte !

  Mais tel homme qui se trompe ainsi sur la manière d'atteindre la promesse tombe encore dans un autre travers. Le frère d'origine avec qui il communiait autrefois, celui qui ne se trompe pas de chemin et qui refuse de suivre dans cette subversion du christianisme dans laquelle la majorité chante ses alléluias, cet homme sera désormais considéré comme dangereux. « Il est même néfaste », dira-t-on, « puisqu'en ne nous suivant pas, il se trompe d'objectif et trompe les autres ». « Il est sorti du milieu de nous parce qu'il n’était pas des nôtres », lancera-t-on en chœur en citant le NT. En somme, il est du diable et nous de dieu, car hors de notre chemin il n'y a pas de salut, et hors de l'église il n'y a pas de salut. Ainsi finira-t-on par le calomnier, le persécuter, le faire taire, et, si possible, le crucifier.

  Ce n'est pas sans raison si le christ a dit : « Je suis le chemin » et tout de suite après : « Je suis la vérité ». Il a confondu et l'un et l'autre. Dira-t-on aussi de lui qu'il coupait les cheveux en quatre et qu'il chicanait pour rien ? Non, mais que voulait-il dire alors ? Que l'intention de la loi est bonne, mais que le chemin qu'elle propose est mauvais. Est-ce si difficile à comprendre ? La loi n'est pas le chemin parce qu'elle est incapable de donner ce qu'elle promet. Et pourquoi ne le peut-elle pas ? Parce qu'elle le promet « à condition ».

  Mais pour dieu, il n'est pas de « condition » à ce qu'il veut. Il ne paye pas pour obtenir ce qu'il veut. Et son but, c'est précisément de nous faire entrer dans cette Nature, dans cette nouvelle nature. Telle est la promesse : d'être littéralement ses Fils, des fils de l'homme. Ainsi donc, cette promesse est atteinte par la foi, la foi étant elle aussi une réalité qui ne pose pas de condition, une réalité de non-paiement, de gratuité absolue. La promesse de la résurrection et le chemin de la foi pour l'atteindre sont de même nature ! « Parce que je le veux » dit dieu, « et parce qu'un jour, toi aussi, ta volonté tiendra lieu de raison, de force et de puissance, et que tu n'auras pas à te justifier de ce que tu veux. Tu seras fils. Ce que tu veux sera la bien, parce que tu le veux, non parce ce que c'est bien. Tu vivras par la foi et non parce que tu travailles, mais parce que les forces des lois te seront soumises joyeusement et feront avec enthousiasme tout ce que tu exigeras. Tu régneras, comme moi je règne. Et ton règne ne sera pas sur ton prochain, mais sur la réalité que tu incarneras, sur ta réalité, celle qui émanera de ton intériorité. Telle est le royaume des cieux. Il y a le tien, et il y a ceux de tes frères, et chacun possédant l'infini des possibles en lui-même, leur unité sera aussi naturelle que leurs différences. »

  De fait, la loi est un chemin en ce qu'elle conduit au Christ. Son but est là et nulle part ailleurs, et sa dignité aussi. Et l'ayant atteint, elle s'efface. Ainsi parla le dernier prophète de la loi, Jean le baptiste : « Il faut qu'il croisse et que je diminue. » Le rôle pour lequel la loi fut assignée, c'est celui de mettre l'homme sur le Chemin, à savoir le christ ; afin que la promesse, à savoir le christ, soit accomplie. Dès cet instant, la loi n'est plus le chemin, et elle confesse du même coup n'avoir pas la puissance de donner ce qu'elle promet, reconnaissant n'avoir jamais possédé cette puissance car elle n'appartient qu'à Dieu seul, à savoir le christ.

  Par contre si la loi s'entête à être le chemin de la promesse, si elle se mêle au christ, si elle cherche à être une part de son identité, elle devient le levain mis dans la pâte. Ainsi l'entendra-t-on dire : « Dressons une tente pour moi et une tente pour le messie, là sur la montagne de dieu, puis régnons ensemble sur les hommes. » De ce genre d'initiative naît une religion. Ainsi naquit le christianisme et ainsi sont bâties les églises. C'est pourquoi l'église se prétend être le chemin, et de ce fait elle est obligée de se prétendre aussi être le christ, le chemin et la promesse étant un seul être. C'est pourquoi la malheureuse ekklèsia a inventé l'idéologie du « corps de christ » ; elle revendique être le corps du christ afin de pouvoir dire : « Hors de moi, pas de salut. Je suis le chemin et je suis la promesse, car le royaume des cieux, c'est l'église parfaite. » — Malheur aux églises pour cela !


La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller

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#3 05-04-2013 13:11

ivsan otets
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Re : Les promesses de Dieu

  Aux yeux des dieux de la loi, des dieux pratiques qui s'échinent à donner aux hommes les moyens de leur bonheur, le Dieu de la grâce est un utopiste qu'on regarde avec scepticisme. La raison avec ses lois si utiles et si immédiatement prévisibles considère la grâce comme une sorte de chimère, une folie d'utopiste. Comment pourrait-on attendre des réalistes une autre attitude ? La grâce qui soudain ne se préoccupe pas des paramètres de la raison et ose parler de gratuité, qui a le culot d'outrepasser la justice si concrète du bien et du mal, la grâce ne peut recevoir de la part du réaliste qu'un geste de mépris. Le pardon ? « Oui », dira le réaliste, « mais il doit se mériter ». Propos des plus idiot qui soit puisqu'un pardon qui se mérite n'en est plus un, c'est un droit.

  Ce Dieu offrant le pardon qui ne se mérite pas, donnant gratuitement un pardon qu'on ne peut mériter en rien, le Dieu de la grâce ne serait donc pas un pragmatique et encore moins un réaliste… Il serait un rêve ? Je crois précisément tout le contraire. Je crois qu'en effet c'est la raison, avec ses lois, ses morales, ses religions et ses politiques qui est une chimère, un monde irréel et l'utopie de l'intelligent. Bien plus qu'une utopie, la loi est un enfer pour l'homme ; tout autant qu'elle est un paradis pour la bête qui soudain, par la grâce du don de l'intelligence raisonnable, devient un homme. La loi avec ses rationnelles raisons est un cauchemar éveillé pour l'homme ; un cauchemar qui s'est précisément incarné ici-bas par une extraordinaire ruse. Si la loi est pragmatique pour l'être humain, elle ne l'est que pour bâtir son enfer, graver son jugement et scander sa condamnation, ce que dit expressément le NT lorsqu'il affirme que la loi est « le ministère de la condamnation » (2cor 3).

  Le cauchemar consiste à placer l'homme au même niveau qu'un objet ; soit donc à faire en sorte qu'il soit le plus possible et absolument préoccupé à obéir, tel un objet, aux lois idéales du bien et du mal que son intelligence perçoit : à obéir aux dieux du Bien contre les dieux du mal, ces dieux que le cerveau humain aura dogmatiquement couronnés comme tels. Le cauchemar, c'est faire de l'homme un objet de sujet qu'il est. La raison, revêtue de ses lois et de ses morales a donc convaincu l'humanité pensante ; elle a reçu l'autorité des mains mêmes de l'homme. Depuis lors elle pratique sur chaque individu la terrible métamorphose de son être, menaçant chacun de le laisser retomber dans l'animalité s'il ne se soumet pas à la raison. C'est donc par l'homme que la loi s'incarne, et c'est par l'homme qu'elle a donné naissance à la réalité que nous voyons où tout a un prix, où rien n'est gratuit, où l'humanité mange à la sueur de son front et enfante dans la douleur.

  Et Dieu, pour qui la réalité est toute de gratuité faite ; Lui pour qui rien ne se paye et rien ne se vend ; Lui pour qui la volonté se réalise parce qu'Il le veut, non parce qu'Il est riche, fort ou intelligent, etc., etc. Dieu regarde donc notre réalité et ne voit personne capable de vivre autrement que dans le cauchemar de la loi et son savant sommeil. Il ne voit personne d'éveillé. Toute Son attitude est de ce fait concentrée sur ce qui est pratique : Dieu cherche un homme éveillé, un homme qui vit et non qui dort. Et peu Lui importe si le cauchemar d'untel est prodigieusement intelligent ou magnifiquement créatif, s'il ressemble à un rêve ; peu Lui importe l'intelligent, le savant, le moraliste, le puissant, le conquérant ; peu Lui importe que le rêveur soit talentueux, que la fiction de son rêve soit assez « glorieuse » pour être considérée comme réaliste par tous, car elle n'est que la réalité de l'homme endormi qu'un jour la mort révèlera.

  Toutefois, lorsqu'enfin Dieu trouve un homme qui en appelle à La réalité de la Grâce, qui en appelle à cet impossible divin qu'aucun rêve ne peut même atteindre, car pour atteindre ce monde il faut précisément s'éveiller et sortir de son sommeil… Lorsqu'enfin Dieu trouve un tel homme, Il se lève et Il chante, et avec Lui le ciel entier saute de joie. Parce que Dieu a enfin trouvé un pragmatique, un homme qui se lève, qui sort de sa couche ; un homme qui n'est plus actif dans le sommeil du monde : Il a trouvé un homme vivant. Il a trouvé un homme comme Lui ; un homme qu'il va de ce fait appeler Fils. Dieu a enfin trouvé un homme en train de briser son propre sommeil, un homme en train de sortir du cauchemar que la réalité impose par ses vérités ; un homme pour qui ces vérités ne sont que les rêves sanglants de la Loi, le chimères d'un monde en train de passer, un monde moribond, un monde mis sous perfusions. Dieu a trouvé un homme dont l'horizon est la grâce, le monde de la grâce, c'est-à-dire la résurrection, le monde réel, l'avenir : le monde de Dieu et des fils de Dieu.


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#4 07-04-2013 17:14

ivsan otets
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Re : Les promesses de Dieu

  Oui, très exactement. Tu touches ici à l'endroit le plus sensible qui soit de l'évangile Stéphane. Je parle de cette diable de théologie qui explique que c'est moi qui choisit de me tourner vers Dieu ; comme si ma volonté était libre de choisir Dieu. De là ces débiles appels à la conversion où l'homme est livré à lui-même comme seul détenteur de la clef qui lui ouvrira le divin : « il lui suffit de faire un choix ». — Maudite soit cette théologie. C'est pourquoi Luther lutta violemment contre elle dans sa « la liberté asservie » (De servo arbitrio) ; à l'instar de saint Augustin quelques siècles plus tôt qui mena aussi contre elle une terrible lutte.

  Quiconque choisit Dieu participe de ce fait à son propre salut. Il lui faudra donc parler d'une « grâce suffisante de dieu qui ne suffit pas », puisque cette grâce est soudain devenue trop faible : elle en appelle, et elle a besoin du choix de l'homme pour s'effectuer. Ce christianisme dévoyé ne peut donc entendre le Christ lui dire : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; mais moi, je vous ai choisis » (jn 15.16) ; mais il reformulera ainsi sa parole : « Je vous ai choisis parce que vous m'avez choisi ». Ainsi Dieu est-il dépendant du choix de l'homme.

  Non seulement la volonté divine dépend de celle de l'homme, mais la volonté de l'homme n'est soudainement plus déchue. En effet, l'homme a encore le pouvoir de trouver Dieu ; l'homme a encore le pouvoir de choisir Dieu par la seule liberté humaine qu'il a en sa chair. Il n'est pas mort, juste blessé. Aussi ne faut-il pas parler d'un homme perdu et esclave, mais d'un homme qui a un plan qu'il lui suffit de lire, et de clefs qu'il lui suffit d'utiliser pour ôter ses chaînes.

  Qu'est-ce Dieu dans tout cela ? “Celui qui a écrit le plan et façonné les clefs” dira le christianisme subverti. “En ce cas”, rajoute-t-il, “le sacrifice du Christ demeure, puisque l'homme, dans sa liberté choisit le Christ, puis, dans un second temps, le Christ, lui, pardonne à l'homme toutes les fautes ayant entachées son vécu ici-bas. Le pardon reste de ce fait un don par une grâce absolue. Il est une initiative entièrement à Dieu, distinct du choix de l'homme d'accepter ce pardon, ce dernier étant une initiative entièrement à l'homme. Soit donc, il y a un chemin qu'il appartient à l'homme de prendre, puis le don de la Vie qui appartient ou non à dieu de donner : par grâce.”

  Si donc le pardon est une initiative appartenant entièrement à dieu, que feras-tu, ô homme, si parvenu au bout de ton chemin, le Christ, se saisissant de sa liberté de gracier ou de condamner, dit soudain à ses serviteurs à ton propos : « Liez-lui les pieds et les mains, et jetez-le dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. Car je ne te donne pas la Vie à cet homme, je ne le connais pas. » Répondras-tu : « Grâce pour ma vie mon Seigneur ! » Ne craindras-tu pas qu'il te soit répondu : « Ne sais-tu pas que Je suis la Vie ? Si donc tu as trouvé par ta force et ta liberté le chemin qui mène jusqu'à moi, moi qui suis la Vie, tu devrais pouvoir pareillement trouver la résurrection par toi-même alors que tu es jeté dans la mort. Ne vois-tu pas que je te rends selon ta foi ? Ne vois-tu pas que Je suis la vie ET que Je suis le chemin. Je suis le chemin qui mène vers moi, moi qui suis la vie et la résurrection. Mais voici, tu es entré sur ce chemin sans ma grâce, par ce que tu as choisi, disais-tu, aussi je te juge sur tes propres paroles. »

  Quoi de plus normal finalement de voir ce christianisme-là réciter le Christ et fredonner ses cantiques. N'est-ce pas le Christ lui-même qui a dit : « N’est-ce pas moi qui vous ai choisis, vous les douze ? Et l’un de vous est un démon ! » (jn 6.70) — Il ne faut donc pas s'étonner de voir qu'il existe un christianisme démoniaque et prédisposé à le devenir. Ce sont toutes ces églises de la « grâce suffisante de dieu qui ne suffit pas »


La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller

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