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#1 26-04-2013 20:00

Stéphane
замед [zamed]
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Le dévoiement de la parole des prophètes

L’histoire nous enseigne que la parole des prophètes est systématiquement dévoyée par la reformulation de ce qu'ils ont dit selon un autre esprit.

Dernière modification par Stéphane (26-04-2013 20:00)

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#2 28-04-2013 13:41

ivsan otets
админи
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Re : Le dévoiement de la parole des prophètes

  Oui, c'est le grand piège ! Puisqu'en se référant à un tel ou un tel on paraît légitime tandis qu'on le trahit finalement en reformulant ce qu'il a dit selon un autre esprit : en dévoyant sa pensée… et très souvent avec sincérité et enthousiasme ! Ce qui permet précisément de récupérer ceux-là mêmes qui aussi se réfèrent à ce même personnage, mais qui, dans les premiers pas de leur découverte demeurent encore trop candides. Ils n'imaginent pas qu'une telle subversion puisse avoir lieu et ils pensent encore un peu naïvement que l'ordre établi appréhende ce personnage ou ce prophète comme eux-mêmes s'en saisissent. — Ainsi sont-ils subrepticement gagnés à la cause de l'ordre établi, et tout aussi subrepticement vont-ils eux-mêmes glisser dans la subversion. Finalement, le Christ dira d'eux, évoquant précisément ce problème : « Vous dites : Si nous avions vécu du temps de nos pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour répandre le sang des prophètes. Vous témoignez ainsi contre vous-mêmes que vous êtes les fils de ceux qui ont tué les prophètes. » (mat 23).

  Durant l'Histoire, on ne cessa d'entendre l'Église s'arc-bouter sur le même argument que les religieux à l'époque du Christ… par exemple : Si nous avions vécu au temps de l'inquisition, nous ne nous serions pas joints à l'Église pour répandre le sang des prophètes. L'Église parle donc d'elle-même, témoignant contre elle-même qu'elle est la fille des ses pères ; qu'elle est fille de cette Église, de ce corpus christi dont elle a juste réformé le discours pour l'adapter à l'actualité humaine… sous prétexte, et souvent avec sincérité, et même inspiration… au commencement — de se rendre plus biblique.

  Qu'aurait dû faire ces « inspirés » s'ils avaient voulu l'être jusqu'au bout ? Fort simplement casser la filiation. C'est-à-dire ne plus être l'Église, ne plus s'appeler l'Église, ne plus se croire et s'imposer eux aussi comme le corpus christi, l'autorité… ne plus se placer, eux-aussi, comme l'ordre collectif du christianisme établi. Ils auraient du dire à l'Église ancienne tout autant qu'à l'Église nouvelle qu'il bâtissait, de fait à la théologie même de l'Ekklèsia : « Tu n'es pas ma mère, et je ne suis pas ton fils ! » Ils auraient dû être autre chose… être inspirés jusqu'au bout… suivre le Christ, simplement, hors de cette théologie qui sacre et consacre le collectif — ce monstre. Ils auraient dû accepter, comme tu le dis, de devenir ces « individus révoltés, incompris, obligés de partir, incompris par leur propre peuple, ayant connu l'exode et qui ont dû se construire seul au milieu de cette incompréhension. » Ainsi auraient-ils été fidèles à leur premier amour, mais tout en ayant été guéri de cette candide naîveté à laquelle est attaché le premier amour — ils seraient devenus adultes.

  Chestov releva aussi cela… mais à sa manière : « La vérité de tout vrai prophète naît et meurt avec lui. Ce qui reste après le prophète, ce qui passe dans le domaine de l'histoire, n'est plus la vérité mais une manière de juger devenu obligatoire pour tous, généralement très utile et ayant une valeur sociale. » (voir ds Akklésia, p. 11). Ces paroles prophétiques déchues de leur spiritualité pour devenir politique, et qui, dans le collectif acquièrent une valeur sociale, bon nombre d'entre elles sont, disait Chesterton, « ces vérités chrétiennes devenues folles »… il suffit d'ouvrir le journal pour les voir faire continuellement l'actualité. Du coup — à se taper le cul dans une bassine — car les plus agressifs envers le religieux (je pense là à ces frustrées à petites vues telle que Caroline Fourest) lorsqu'ils critiquent le fait religieux ils encensent ensuite les vérités mêmes de ce religieux parce qu'ils les reformulent, sans s'en rendre compte, dans le socio-politique qu'ils adorent comme on adore un dieu, nous fabriquant ainsi le monde de fous intelligents et éduqués dans lequel nous sommes.


La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence. · heiner müller

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