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dimanche 1 mars 2009

Le dieu des paranoïaques

Le dieu des paranoïaques

AUX RICHES ET AUTRES AMOUREUX
Mammon

Les gens paranoïaques ont un dieu qui leur est propre, c’est l’Argent, le dieu des dieux ; et à ce propos, ce sont bien entendu les athées les plus paranoïaques puisque ce sont eux qui adorent l’argent avec le plus de pureté. Ils sont aussi moins coupables que quiconque envers ce dieu. Car, comme nous le savons, tout athée n’a qu’une dimension à sa vie : le Matériel. Se refusant à considérer qu’une dimension spirituelle imprègne la vie, et encore moins à la voir comme essentielle, le voilà à fonder sa vie sur la seule réussite matérielle, et donc financière. Lorsqu'il se prosterne devant les temples de la richesse, il peut dès lors se vanter sans complexe de « n'avoir qu'un seul dieu devant sa face ». Une telle intégrité avec le dieu de l’argent n'est-elle pas plutôt honorable ? Voilà des gens qui assument au moins ce pour quoi ils vivent, ce en quoi ils se confient ; ils assument en quelque sorte leur liberté. Et même si l’athée livre sa liberté à l’argent, il faut lui concéder qu’en s’agenouillant devant son dieu, et en le servant dans un harassant travail, et parfois même une morale irréprochable, il le fait fidèlement, sans partager son adoration avec une autre idole !

Tel n’est pas le cas des religieux ; ce en quoi leur infidélité n’est plus seulement charnelle, mais aussi spirituelle. Force nous est d'admettre que les athées sont plus spirituels avec l’argent que ne le sont les religieux. Leur paranoïa envers le monde religieux apparaît dès lors très légitime. Je ne parle pas seulement des anciennes arnaques catholiques, celles concernant les indulgences par exemple : « Aussitôt que l'argent résonne dans la caisse de l’Église, l'âme s'envole du Purgatoire » rapporte le moine Luther qui mit en accusation l'Église de son époque ; je veux parler ici des faits modernes où le spirituel est devenu un marché économique si élaboré qu'il rend naïf l'ancien trafic des indulgences. Les « apôtres » modernes du mensonge, avec ses guérisseurs, ses faux prophètes, ses évangélistes colons, etc. ; à la manière des Benny Hinn, Reinhard Bonnke, Kenneth Hagin, Joyce Meyer, la vierge de Lourdes et autres spectacles catholiques… sont devenus beaucoup plus subtils et rusés pour voler les foules hypnotisées. Si ce christianisme païen pouvait coter Jésus en bourse, il le ferait Bible en main et alléluia à la bouche ! Le sang du fils de l’homme a bien à leurs yeux une valeur spirituelle, de même que la thora de Moïse en avait aux yeux des religieux de l’époque du crucifié, mais l'esprit de cette valeur est financier. Que s’approche ce jour brutal où le ciel viendra piller leurs comptes en banque et détruire leurs certitudes, nous verrons bien alors s’il reste de la foi chez eux !

Devant une telle réalité, comment ne pas être indulgent envers la paranoïa des athées quand ils soupçonnent et accusent le discours spirituel d’avoir un but matériel et financier ? Si toutefois leur paranoïa tend vers l’obscurantisme, il est bon alors de les renvoyer, eux aussi, à leur propre culpabilité. L’athée voit le spirituel comme une sorte de traumatisme, aussi accepte-t-il difficilement la différence ; il a du mal à concevoir qu’il existe des hommes et des femmes dont le discours spirituel est gratuit. En bon matérialiste, tout ne doit-il pas se payer ? Peut-on concevoir d’ouvrir son cœur à longueur de journée sans en rechercher jamais un profit ? C’est pourquoi l’athée croit comme définitivement impossible qu’on puisse se moquer réellement de la réussite financière, qu’on puisse ne pas considérer le matérialisme comme vital ; une telle chose lui est inconcevable. Comment croire sérieusement en un Dieu, qui ayant tout pouvoir, donne plus d’importance à l'humilité, puis se présente finalement devant les hommes, non dans la réussite, mais dans l’échec apparent : porté par « un ânon, le petit d’une ânesse. »

Il nous faut conclure que le religieux dans son hypocrisie et l’athée dans sa paranoïa sont cousins par l’avarice. Aimant également la réussite matérielle, ils vivent d'ailleurs dans les mêmes maisons et se plaisent dans les mêmes vêtements. Quant aux rares chrétiens, leur rapport avec l’argent tient plutôt de la vie nomade. Tout cela considéré, une question reste, cette question à laquelle seule la foi peut répondre, tant celle qu’ont les athées et les religieux en l’argent que celle qu’ont les nomades en une autre terre : Y a-t-il une richesse pour les âmes après leur mort ? Et si tel est le cas, comment la capitaliser ? La seule certitude est que nous aurons tous un jour la réponse à cette question. Or, n’est-ce pas précisément d’attendre cet instant qui rend le pauvre si pauvre ? Athées et religieux, en hommes perspicaces, savent d’ailleurs fort bien que la richesse ne vient pas en l’attendant.


Ivsan Otets

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Le Marquis de Sade

Le Marquis de Sade

…ÉTAIT UN MORALISTE

Pour un moraliste ou un inquisiteur qui se tient, le Marquis de Sade était un diable, car il usait d’une trop grande liberté. À l’entendre ainsi, il faut conclure que le diable est un grand défenseur de nos libertés. Comment comprendre alors, que ce même Marquis, lorsqu’il s’en prend à Dieu et le mène au procès, accuse précisément ce même Dieu d’avoir donné la liberté à l’homme ! En effet, dans La philosophie dans le boudoir, il nous dit que si Dieu avait été digne d’un Dieu, il aurait fait l’homme tout à fait bon, de telle manière que l’homme ne puisse jamais faire le Mal. Et de finir en disant : « C’est tenter l’homme que de lui laisser un choix. »

Comment se peut-il que, d’une part, le moraliste restreigne la liberté, et, d’autre part, que le Marquis de Sade, voulant user au maximum de la liberté, la condamne cependant quand elle émane de Dieu. Vous consentirez avec moi que ces contradictions forment un drôle de nœud — Est-il possible de dénouer la chose ? Ne convient-il pas de dire que si diable il y a, ce dernier a de nombreuses facettes. En vérité le Marquis de Sade et le Moraliste sont frères. Ils consentent tous deux à voir dans la Liberté un nœud inextricable. Quand le moraliste s’entend à vivre avec le nœud et se soumet, le Marquis y va pour le trancher ou le brûler — mais nul ne sait le dénouer ! Nul ne conçoit l’inconcevable : être à l’image de Dieu, être fils de Dieu.

Somme toute normal, car il y a des limites à ne pas dépasser, tant pour les libertaires que pour les moralistes. Il faut obéir à son père et sa mère. Les fils du Bien & du Mal, les frères de la morale ont si peur de quitter le cocon familial. D’ailleurs, tous deux tirent un grand profit à ce que le nœud ne soit jamais dénoué — grand Dieu, ils ne pourraient jamais se chamailler avec leurs frères. Ils perdraient le piment des riches tortures de leur vie apeurée. Ces vies égoïstes qui refusent absolument que le mystère divin soit révélé et donné à l'homme.


Ivsan Otets

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De l’ignorance religieuse

De l’ignorance religieuse

À L’ATTENTION DES BIGOTS & DES LIBERTAIRES

L’ignorance religieuse a bien sûr les mêmes fondements que l’ignorance scientifique puisque la science est la mère des religions. C’est chez Maurice Blanchot et son Ressassement éternel qu’on découvre une manière plutôt attrayante d’en parler : « L’élève écoute le maître avec docilité. Il reçoit de lui des leçons et il l’aime. Il fait des progrès. Mais, si un jour il voit que ce maître est Dieu, il le bafoue et ne sait plus rien. » Étrange conclusion, n’est-ce pas, d’affirmer que le maître, dès l’instant où l’élève le métamorphosera en Dieu, trouvera dans cet événement la trahison au lieu d’une plus grande écoute de la part de l’étudiant. Ainsi, l’élève, non seulement n’apprend-il plus rien de son maître, mais encore oublie ce qu’il a reçu de sa main et enfin subvertit ses propos en les formulant autrement.

Mais qui trahit l’autre finalement ? N’est-on pas en droit de reprocher au maître de se s’être trompé dans son enseignement ? En effet, étant Dieu, il ne pouvait ignorer la réaction de son élève devant une telle révélation. Pourquoi ne pas lui avoir caché sa divinité afin de le garder dans l’innocence et de le préserver de toute rébellion ? Se plaît-il donc à se laisser découvrir comme l’origine de tout, la puissance sur tout et la vérité en tout ? Est-ce chez lui une sorte de pulsion égotiste que de vouloir être adoré comme Dieu plutôt que d’être aimé comme un maître qui émancipe ? Bizarrement, c’est souvent chez les hommes qui se disent amoureux de leur liberté qu’on trouve ce reproche fait au divin. Le Marquis de Sade, par exemple, ne supportait pas que Dieu l’ait doté de liberté, tandis qu’il ne supportait pas non plus qu’en Son nom les hommes en soient privés : « en formant l'homme tout à fait bon, il n’aurait jamais pu faire le mal, et de ce moment seul l’ouvrage était digne d'un Dieu. C’est tenter l’homme que de lui laisser un choix », disait-il… dans une lâcheté tout humaine.

Toutefois, soyons moins bêtes, et interrogeons-nous autrement. Alors que la science, ou une quelconque divinité devient soudain la toute-puissante vérité aux yeux de l'élève, pourquoi serions-nous obligés de croire l’élève ? N’est-ce pas lui seul qui aurait fait du maître un Dieu ? Et, voyant qu’en se fabriquant un Dieu il tombe dans son propre piège puisqu’il y perd sa liberté, il se rebiffe naturellement pour retrouver son précieux héritage. Hélas, il perd dès lors doublement ; et son maître, qu’il croit être Dieu autocrate, et sa liberté, qu’il ne maîtrise plus puisqu’il n'aime plus et ne connaît plus ce maître qui l’enseignait. Car celui-ci n’avait-il pas précisément pour but de le rendre mûr et tout à fait apte à vivre libre ? C’est ainsi que l’écrivain et le marquis, de concert, chériront une liberté qui les brûlera, tout en haïssant un Dieu qui la leur a concédée. Un Dieu qui, croient-ils, soit leur laisse cette liberté mais les condamne, soit la leur retire mais les soumet, transformant ainsi leur ignorance en ignorance religieuse. L’ignorance consiste donc à oublier si totalement le maître qu’elle le dévisage personnellement autant qu’elle tord à loisir ses paroles. Et ses disciples sont tellement convaincus de leur clairvoyance qu’aucun ne veut admettre que leur premier maître a finalement réussi son enseignement. En effet, les uns et les autres n’affirment-ils pas absolument leur liberté puisqu’il leur est permis de prêter au maître une nature qu'il n’a pas — Dieu ? Ainsi choisissent-ils de haïr, de pleurnicher ou de se convertir, mais rechercher le véritable esprit du maître qui leur est désormais caché, cela leur est insupportable ! Car si par malheur il était un Père et non un dieu ; ils seraient alors des fils, et de là destinés à être comme lui, libres. Infiniment libres comme doivent le devenir un jour les fils de l'homme. Libres jusqu’à l'excès ! Jusqu’au-delà des vérités et des dieux. C’est-à-dire comme l’est ce Père : jusqu’à souffrir, voire même jusqu’à se sacrifier pour ceux à qui il communique ce joyau éternel.


Ivsan Otets

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L’Étoile polaire

l’Étoile Polaire

L’INFINI REND FOU
étoile

D’après les calculs rigoureux de la science, la vitesse de la lumière est extravagante. En une seule année, elle parcourt 9 millions de millions de kilomètres : 9 avec 12 zéros. Un homme qui marcherait durant une année, à une allure normale, sans s'arrêter, parviendrait à faire à peine plus que le tour de la terre : 50 000 km environ. La lumière, elle, fait un tour de la terre en quasiment un dixième de seconde ! Pourtant, une étoile, que nous appelons l'étoile polaire, est tellement éloignée de la terre, que même la lumière, avec sa prodigieuse vitesse, a besoin de 460 années pour parcourir la distance qui va de cette étoile jusqu'à notre terre. Ainsi, la lumière de l'étoile polaire, qui parvient jusqu'à nos yeux, est partie de là-bas en l'an 1548 ; elle commença son hallucinant voyage au début du règne du roi de France Henri II.

L'étoile polaire est, selon les scientifiques, l'étoile qui se trouve dans la prolongation de l'axe de la terre. En effet, le globe terrestre est traversé par un axe imaginaire qui va de son pôle sud à son pôle nord. Comme si une fine tige de pédoncule traversait avec précision une pomme d'une extrémité à l'autre. En faisant continuer cette fine tige, tout droit, dans l'espace infini, nous atteindrions au bout de 460 années-lumière, l'étoile polaire. La terre, dans l'espace, est telle ce fruit : la tige du pédoncule vise toujours dans la même direction, son axe ne bascule jamais et pointe toujours l'étoile polaire. Ainsi, les marins ont pu calculer leur direction en fixant l'étoile polaire. C'est un repère fiable entre elle et nous, et en calculant chaque nuit à quel angle elle se montrait à eux, ces voyageurs pouvaient ajuster le bon cap.

Cependant, c'est un leurre. Car si nous avions réellement la possibilité de prolonger la tige de l'axe de la terre jusqu'à 460 années-lumière, nous ne frôlerions même pas l'étoile polaire. Notre visée passerait à une distance encore phénoménale de cette étoile. Parvenus à « hauteur » de l'étoile polaire donc, notre axe serait considérablement décalé. Nous ne passerions pas « à côté » de l'étoile, mais à une distance qui correspond à des milliers de fois la distance terre-soleil. Pourtant, cet écart, cette erreur de calcul en quelque sorte, bien qu'il soit astronomique, devient soudainement insignifiant lorsque nous revenons à notre position. Là où se trouve la terre, ici, cet écart n'a plus aucun effet, comme par magie. Bien davantage, il devient exact, puisque les navigateurs utilisent cette étoile pour obtenir des calculs dont la précision est parfaite ! Pourquoi un tel phénomène ? Parce que la distance qui nous sépare de l'étoile polaire est des milliards de fois plus fantastique que l'écart de visée de notre axe. Ainsi, le marin, en plein Atlantique, qui règle son cap avec l'étoile polaire, ne verra pas l'écart : il sera devenu, par ce « jeu » des distances, de l'ordre du milliardième de millimètre à l'échelle de l'homme.

Il faut donc conclure que plus un point est distant de moi, et plus il est fiable. Grâce à l'extraordinaire distance qui me sépare de lui, il devient une référence absolue pour moi. Bien davantage, si nous pouvions concevoir qu'un point soit aussi loin que « l'Infini même », ce point serait le centre de tous les univers — aussi gigantesques que soient les univers, ce point, étant l'Infini, serait le centre de Tout.Et si nous disions que ce point est un Être personnel, vivant, ayant une volonté, il serait alors le centre de Tous les êtres. Il serait le point de référence qui, lorsqu'on le conserverait comme ligne d'horizon, nous éviterait de nous perdre : quel que soit le choix libre de notre volonté. C'est-à-dire, soit que j'aille au nord, soit que j'aille à l'est. De même, si mon voisin allait dans une direction opposée à la mienne, il ne se perdrait pas, si, lui aussi se référait à cet Être. De plus, je vois que cet Être infini, tout comme moi, peut se mouvoir sans cesse, et n'importe où, et à quelque distance que ce soit. Il peut Être ici ou ailleurs, car étant l'infini, il restera toujours pour moi un point absolu, et m'évitera ainsi de me perdre dans ma liberté de choix.

Mais, bien entendu, cela n'est encore rien ! et même bien peu de choses ! Pourquoi donc me direz-vous ? Parce que, le plus extravagant, le plus déraisonnable… et les mots manquent dans tout cela… c'est la chose suivante.

Cet Être, nous l'avons dit, Il est tel le point Infini, certes — Il est l'infini, pour moi, il est mon centre. Mais, à Son niveau à Lui, moi aussi je suis son infini ! Je suis son centre ! Et davantage encore. Vous vous souvenez, ce voisin qui, comme moi, naviguait en se dirigeant selon ce point, selon cet Être infini, ce voisin qui pourtant suivait une autre route que la mienne — et bien lui aussi devient un infini si l'on se place du point de vue de l'Être des êtres !

Que dire donc d'un tel Être ? Ou plutôt : que pourrait-Il me dire ? Ne me donne-t-il pas Son image ? Ne suis-je pas Son reflet finalement ? Mais au niveau plus pratique de l'être vivant, je vois bien que le don de l'image mouvante, c'est simplement le don de la Vie : c'est la capacité qu'a cet Être de me donner Sa vie. Hélas, me trouvant, moi, dans ce monde étrange du fini, il faudrait que cet Être vienne me rejoindre dans mon étroite limite. Il faudrait qu'une très légère émanation, qu'une infime expression de l'étoile polaire vienne sur terre, qu'une part imperceptible du céleste se revête du terrestre. En deux mots, il faudrait que cet Être Infini acceptât de s'abstenir de son Infini — un instant — pour me donner de Lui, là où moi je suis, c'est-à-dire en tant qu'homme.

D'ailleurs, ce dernier point, cet étrange et astronomique sacrifice, peut-être l'a-t-Il déjà accompli, avant même que je naisse. En ce cas, il faut considérer ce geste sous Son angle, à Lui : sous le regard de l'Infini. Mais surtout pas avec l'œil du fini, surtout pas comme un comptable de l'histoire, comme celui qui mesure le temps fixe sur la ligne de notre fini, à nous, terrestres. Car pour Lui, le Temps c'est l'Espace, et, un jour peut être mille ans. Pour Lui, 1548 arrive aussi en 2008. En L'écoutant, je L'entends m'annoncer une dimension que ma misérable intelligence ne peut ni mesurer, ni connaître. Le Temps et l'Espace sont Un et inséparables, alors qu'ils sont absolument libres et indépendants l'un de l'autre… ! — Est-ce cela l'amour ? En tout cas, pour l'Être des êtres, cette dimension-là est hors de toutes les connaissances, de telle sorte que seule la Foi lui coïncide, car la Foi seule a l'audace de penser follement que rien n'est impossible. N'est-ce pas ainsi que l'être échappe à l'orbite de la Raison, comme pour rejoindre l'Infini des possibles, pressentant que de là il provient et que là se trouve sa libre liberté ?


Ivsan Otets

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À propos des Rêves

À propos des Rêves

lampadaire

Un philosophe juif russe, Jacob Gordin, cité par l'un des ses plus proches héritiers (Askénazi), a dit la chose suivante :

Au fond, le génie des prophètes,
c'est de confirmer que le Royaume de l'enfant est vrai.

Certainement, les propos des prophètes hébreux le confirment, eux qui parlaient de manière extravagante d'un Monde à venir où « le lion, comme le bœuf, se nourrira de paille » (Isaïe). L'homme de Nazareth, quant à lui, osa même décrire ce Royaume à venir comme un lieu où « rien ne vous sera impossible ! » Il confirmait ainsi les paroles d'un autre de ces prophètes de l'Absurde — Jérémie, lui qui eut l'audace d'affirmer, en pleine catastrophe, lors de l'une des plus cuisantes épreuves de son peuple, que : « rien n'est trop difficile pour Dieu ». À cette même période d'ailleurs, Jérémie osa encore affirmer que la passion de Dieu pour Israël est plus solide que les lois astronomiques établies par ce même Créateur ! (ch. 31) Paroles d'un fou direz-vous ? Cependant, presque 25 siècles après Jérémie, l'Histoire même de son peuple est une preuve plutôt solide de l'existence d'une Volonté divine pour qui « rien n'est impossible » ; et, comparativement, l'étude des lois astronomiques est finalement plutôt avare en discours, voire même presque ennuyeuse !

Mais l'homme préfère les lois astronomiques car elles lui fournissent un rêve raisonnable. Or, il semble que pour atteindre la réalité d'un Dieu inattendu, un Dieu dont la seule volonté tienne lieu de raison, un Dieu dont les faits et gestes ne sont justifiés par aucune rationalité… il faille pour cela briser nos sages rêves ! La vérité est au-delà de nos rêves et nos rêves sont bien trop frileux. Car l'enfant, pour qui le lampadaire est un arbre qu'il suffit d'arroser d'eau pour l'éclairer — cet enfant là, devenu grand, qu'a-t-il fait ? Il a fait des études. Ainsi, il a puisé du pétrole, ou encore construit une centrale nucléaire, puis, il a fabriqué des lampadaires en métal, il les éclaire ensuite avec l'énergie puisée dans la nature. Enfin, il fait payer grassement son travail… pour en vivre ! Car, voyez-vous, il lui faut bien soumettre son miracle à l'argent ! Il prétend cependant avoir fait “coïncider la réalité avec la vérité mathématique”, et accomplit ses rêves. Mais au regard de l'enfant, il a tué ses rêves.

« J'ai fait un rêve » disait l'homme de religion, le pasteur Martin Luther King. Qu'était donc son rêve ? « Un rêve profondément enraciné dans le rêve américain » disait-il ; le rêve « qu'un Noir du Mississippi ait le droit de voter et qu'un Noir à New York puisse aussi voter » rajoutait-il. Ce discours fut prononcé dans un « endroit sacré », des mots mêmes de Luther King — à Washington, sur les marches du Mémorial d'Abraham Lincoln, le président américain auquel on associe l'abolition de l'esclavage. Détail significatif — il nous montre que cet Abraham-là était le père de ce Pasteur-là, et l'inspirateur de ses rêves. Les discours d'un pasteur ne devraient-ils pas s'appuyer sur la mémoire des prophètes de l'Absurde ? Les prophètes seraient-ils trop fous pour la politique ? Certes oui… ou plutôt, la politique est le lieu où la nécessité s'impose aux hommes, alors qu'eux, les prophètes, parlent d'un lieu où l'homme commande à la nécessité.

En tout cas, le rêve de Luther King s'est amplement réalisé, car non seulement les noirs votent, mais aujourd'hui ils sont élus ! Le rêve d'un faux-pasteur, au nom d'un Père de la politique, vient donc de se réaliser. Mais c'est le rêve d'un homme qui appartient à la même catégorie que l'ingénieur, celui qui invente des lampadaires en métal et les fait fonctionner à l'aide d'une centrale nucléaire. Car Barack Obama ne fera pas mieux que continuer à bâtir les rêves réalistes de ces hommes-là : il en est un preux et fidèle successeur. Et quand bien même l'Histoire ferait rentrer le Père Obama dans le Panthéon des dieux politico-religieux, auprès de Père Lincoln, il n'aura pas réalisé l'impossible pour un tel titre, il n'aura pas dépassé les lois de l'astronomie et commandé au soleil.

Et, non seulement Luther King n'a rien de commun avec les propos des prophètes hébreux, mais il lutte contre eux, étant lui-même un faux-prophète. En effet, comme la majorité des religieux et autres scientifiques, dont le miraculeux est possible ici-bas, dans le sein de nos lois, Martin Luther King ne confirme pas « que le Royaume de l'enfant est vrai » ; au contraire, il annonce que cela est impossible. Il prétend qu'il faut nous contenter d'un rêve, où, dit-il : « les enfants ne seront pas jugés par la couleur de leur peau, mais par le contenu de leur caractère ».

Or, le propre du Monde à venir, celui dont l'homme de Nazareth ne cesse de témoigner, c'est précisément le lieu où nul n'est jugé. Et ne me demandez pas comment cela est possible, comment donc peut-on imaginer briser ainsi les Tables des lois morales, scientifiques et naturelles… ne me demandez pas une telle chose. Demandez donc à un enfant de vous expliquer pourquoi son lampadaire est issu d'une graine, et comment il commande à la pluie pour l'éclairer… il vous regarderait probablement en souriant, supposant peut-être que vous êtes un peu bête, à moins qu'il daigne vous éclairer humblement, et ainsi vous réponde, comme répondrait son Dieu : Parce que je le veux.


Ivsan Otets

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The Water

The Water
Johnny Flynn et Laura Marling

Traduction par Votrov Alexander

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L’eau

Je n’ai qu’un fleuve
Ce fleuve a toujours été ma maison
Seigneur, emmène-moi
Car je ne peux pas rester
Ou je vais me noyer dans ma peau et mes os

L’eau me soutient naturellement
L’eau ne peut m’engloutir, j’en ai fini
Avec ma mort


S’il te plaît, aide-moi à construire un petit bateau
Un bateau qui naviguera sur l’eau
Là où le fleuve est profond
Et où de gros poissons rampent
Je me réjouirai de ce qui me maintient à flot

L’eau me soutient naturellement
L’eau ne peut m’engloutir, j’en ai fini
Avec ma mort


Désormais sur une eau plus profonde je navigue
Sur un courant plus puissant je vogue
Que chaque nuit apporte les étoiles
Et que résonne dans mon cœur la chanson
Telle une mélodie pour un compagnon d’histoire

L’eau me soutient naturellement
L’eau ne peut m’engloutir, j’en ai fini
Avec ma mort


Maintenant la terre que je connaissais n’est plus qu’un rêve
Et le chemin nous séparant s’amenuise peu à peu
Mon fleuve est si vaste
Et l’horizon seulement un éclat
L’artiste n'a plus de coloris

Là où l’azur de l'eau rencontre le ciel
Et la splendide lueur du soleil me ramène à la maison
Je suis désormais partout
Et le chemin est devenu un vœu
Dont chaque souffle exhale la brise

L’eau me soutient naturellement
L’eau ne peut m’engloutir, j’en ai fini
Avec ma mort


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Pensées en vrac

Pensées en vrac
1 · Trinité — 2 · Homme — 3 · Parole — 4 · Christ — 5 · Foi — 6 · Péché — 7 · Loi — 8 · Église — 9 · Divers
La supercherie de la trinité

Le Père est l’Être que Jésus Christ est au-delà de Jésus Christ ;
et Jésus Christ est l’Être qu’est le Père en deçà du Père.
De même en est-il pour l’homme.
Car l’homme est au-delà de son nom et de sa représentation,
et son nom et sa représentation sont en deçà de lui.
Toutefois, son nom et sa représentation, c’est parfaitement Lui et Une seule personne !
Les expressions « au-delà » ou « en deçà » ne nous servent que médiocrement d’explication,
à cause de la misère dans laquelle se trouve notre raison face à l’existence même ;
aussi n’ont-elles ici aucune notion de valeur ni de différenciation de personnes.

Les hommes… l’homme

Au commencement, le premier homme était une femme.
L’homme est apparu comme valet de la femme ; c’est pourquoi : « elle lui donna le fruit. »
L’homme devait construire à la femme le monde tel que « elle » le voulait.

La femme est toujours dominante dans le monde pratique ;
et c’est sous l’impulsion féminine que l’homme cherche à métamorphoser le réel : pour gagner la femme !
En vérité, c’est donc la femme qui choisit l’homme ; elle choisit celui qui est le plus soumis à sa volonté.
Puis elle met subtilement sous sa botte celui qui saura le mieux lui créer un monde raisonnable, confortable et sécurisé :
elle choisit l’homme de pouvoir.

La femme est par nature politique plus que ne l’est un homme.
C’est le déséquilibre des forces physiques qui empêcha l’hégémonie de la femme,
parce que l’homme a réussi à garder le pouvoir politique directement entre ses mains.

Mais dès l’instant où ce déséquilibre disparaîtra, le monde sera un enfer parce qu’il sera un fanatisme du féminin.
Les enfers des hommes furent terribles, mais ceux des femmes seront une poésie de l’enfer : l’enfer dans son essence.
C’est celui-là même qui se bâtit sous nos yeux – aux sons des harpes féminines…

G


Genèse : À ta naissance furent créés les dieux, les cieux et la terre.
La terre était donc encore informe et vide – chaotique.
Puis les dieux dirent : « Que la lumière soit » ; c’est-à-dire : que l’ordre paraisse, que la raison règne. C’est alors que les hommes commencèrent à mourir, car la raison ne parvient jamais à vaincre le chaos autrement que par l’inertie, c’est-à-dire par la mort.

Avoir une volonté, c’est lutter contre la conscience qui se dévoile puis devenir petit à petit son maître.
Tandis qu’être sans volonté, c’est se soumettre à la conscience jusqu’à l'émerveillement de ses lumières.

Le comble du raté, c’est de réussir, ou plutôt de faire croire qu’il réussit. Le raté est comblé quand il connaît la réussite et les applaudissements ! C’est pourquoi les plus grandes réussites sont imaginées par ceux qui possèdent l’art de déguiser leurs défaites.

On écrit son histoire avec des mots non avec des faits. Les actes, ce n’est que du cinéma.

Les hommes réclament des mineurs à gueule d’ange, aux mains propres et au sourire de star.
Mais ces mineurs-là ne trouvent nul trésor.

Pousser son frère à l’action, c’est le lier, tandis que l’encourager à penser, c’est le libérer.

Les extrémistes du milieu et de la voie médiane sont les plus extrêmes – les plus machiavéliques.

Passer du rêve à la réalité, c’est passer du mode expressif au mode de vie,
de la parole aux œuvres, de l’infini au fini – à la fin.

Le « mon » de l’égoïsme, c’est le « nom » de l’individu, mais à l’envers – c’est sa mise à mort !
C’est le « Je » à reculons.
Alors que porter son nom, c’est porter le nom de Dieu ; c’est être vêtu.

Le sectaire est un héros à bon marché et le héros est un sectaire qui s’ignore.

La foule est l’incarnation de la force et la force est la vérité de cette humanité.

C’est à la mort que nous naissons et non à la vie.
Nous portons sur notre dos le futur sarcophage de nos propres cadavres.

L’homme a été créé sans naître de Dieu – sans père. Il a été créé pour naître en lui ; pour avoir un père et pour être un fils. Il est en devenir, mais un devenir qui spirituellement s’entend comme une gestation dont la naissance consiste à vaincre la mort.

La plus haute violence de l’homme se donne d’être raisonnable et modérée.

Les couloirs du pouvoir sont les couloirs de la mort.

Le pouvoir protège le pouvoir.

Être libre sans avoir tout ou pouvoir tout, c’est cela qui rend fou les hommes.
Aussi préfèrent-ils abdiquer leur liberté que de sombrer dans la folie ; ils préfèrent être sages.

La parole… de Dieu

Le Christ n’a réalisé qu’un seul miracle en vérité ;
de même que les « dix prodiges » de la sortie d’Égypte n’en sont pas au regard du onzième.
Et quiconque ne veut pas le voir ne saura jamais lire la Bible et encore moins l’Évangile.

La sagesse a remplacé : « À la révélation et au sacrifice »,
par : « À la loi et à ses gloires. »

Les mots-espions sont des mots garnis d’une multitude d’yeux ;
puis, les yeux remplacent les mots : c’est ici la subversion de la révélation.

Il y a autant de langues que d’hommes, et un être a sa propre langue avec son propre alphabet.
Un jour, tous comprendront la langue de l’autre sans la parler, tandis que chacun parlera sa propre langue.

Le Verbe fait chair ! Ne reste donc au corps que la parole ?
Ce corps ne peut-il s’exprimer qu’en parlant ? Ne lui reste-t-il rien d’autre ?
À moins que ce reste soit dans l’incognito afin de nous donner du temps pour écouter.
Puis, lorsque soudain ce corps ne voilera plus son incognito, lorsqu’il ne se tiendra plus caché, lorsqu’il s’exprimera…
Que dirait-il selon vous ? Et qui pourra l’entendre ?

La révélation a pour nom « insaisissable ».
C’est pourquoi ne peut ouvrir une bible comme si on ouvrait Dieu.

Et encore : quiconque possède la Parole ne sera pas libéré par elle.

Dieu et/ou le Christ

Donner son fils, c’est donner « à être fils ».

Comment Dieu fait-il naître ?
Il ajoute un inattendu de sa propre nature à ce qu’il a d’abord créé en dehors de sa nature ; il déclenche ainsi une séparation. Ajoutez par exemple une apostrophe au mot « lettre » et vous obtiendrez « l’être ». Aussi sommes-nous tous des lettres mortes en devenir d’être vivant, mais pour cela il faut que surgisse l’apostrophe inattendue, c’est-à-dire un détournement radical à l’encontre de nos certitudes : nos vérités gravées en lettres d’or doivent se briser pour qu’apparaisse l’être d'or.

Celui qui veut posséder la vérité sera possédé par le mensonge.

Un Dieu donne la vie ; un Père donne l’être.

Que mon ennemi me serve.

Les plus grands ennemis de Dieu sont finalement d’excellents serviteurs.

Pourquoi Dieu est-il caché ? Que cache-t-il ?

Religions, mensonges et vérités vivent toujours à l’ombre de Dieu, bien que Dieu soit sans ombre – rire.

Dieu est un unique pluriel et de fait est-il aussi plusieurs.

Dieu n’a pas de nom, et il a tous les noms uniques.

La justice de Dieu, c’est que finalement, il n’y a pas de justice raisonnable.

Il est vrai que « rien ne peut sortir de rien » et qu’ainsi il ne peut y avoir de Création sans qu’une Loi soit présente avant qu’un quelque chose vienne à exister. Tout est créé à partir de cette Loi et rien ne peut exister sans elle ; rien ne peut donc être créé de rien, c’est-à-dire hors de la Loi, sinon la matière serait dans un tel chaos qu’aucune existence ne serait possible. Ce postulat est éminemment raisonnable et totalement insurmontable du côté de la raison. De fait, création et évolution se rejoignent : « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Ce n’est juste qu’une question d’entendre Dieu différemment : Dieu, c’est la Loi de la Nature. En vérité, l’athée croit en Dieu, ou plutôt, il en a les preuves matérielles dans la Nature qu’il observe, étudie et dissèque. C’est un-croyant sans Foi, et à ce titre il est juste de l’appeler un in-croyant. Son Dieu est une mécanique ; sublime et effrayante mécanique, car elle est absolument séparée de la matière. Elle l’administre pourtant de main de fer, l’ordonnant avec génie afin de rendre l’existence matérielle possible : non chaotique. Un Dieu qui finalement a toutes les qualité de Bouddha, Brahma, Allah et même le Dieu d’un certain judaïsme qu’est la Torah.
Soit donc : Si Dieu est autre que cette mécanique, et s’il fait réellement exister à partir de rien, que viennent donc faire les lois dans cette histoire ?

Les dieux séparent le mâle de la femelle, puis l’homme de la femme. Ce faisant, il les rendent raisonnables ; le plus homme qu’il soit possible d’être, le plus femme qu’il soit possible d'être ; le plus sage qu’il soit possible d’être pour l’homo sapiens qu’ils fabriquent.
Mais le Christ sépare un nom d’un autre nom, une identité d’une autre – puis, il les renomme. Mais renommer signifie là : donner une autre Nature. Il les fait naître, c’est-à-dire qu’il les crée à partir de rien du côté de la raison. Il les engendre de son Esprit… de sa passion pour eux. Celle-ci va même jusqu’au sacrifice de sa part puisqu’il les fait naître à partir de Sa nature ; en leur donnant Sa nature ; en leur donnant l’Esprit. Et c’est précisément l’Esprit auquel l’in-croyant fait référence lorsqu’il parle du « rien », lorsqu’il dit que « rien ne peut sortir de rien ». Une chose bien insultante à l’égard de Dieu d’affirmer que l’Esprit est rien, c’est-à-dire qu’il ne vaut rien.

Sur la foi… contre la croyance

Le chrétien n’est l’instrument d’aucune œuvre collective, et son malheur consiste précisément à croire qu’il est l’instrument d’un tel projet.
Le projet ? C’est lui ! Hors de ce fait, il n’est utile à rien : il est un serviteur inutile.

L’obéissance fait plier et ployer les hommes ; la foi les brise. Elle les tue, sinon elle n’est pas la foi.

L’âme est lasse de commander et réclame l’esprit en qui elle trouve le repos.
Car elle veut faire et elle veut jouir, mais elle ne veut plus décider, sachant que là n’est pas sa tâche.
Quel esprit, quelle volonté épousera-t-elle ?

Dans les ténèbres, il ne reste qu’une seule chose à faire : prier

La foi est l’aveugle de Dieu, la vue est l’aveugle du diabolique.

Il y a la grâce suffisante qui ne suffit pas, et, il y a aussi la foi incrédule : la foi qui ne doute pas.

La repentance est un souvenir brûlant et plein d’amertume en ce monde, mais qui va vers son oubli total – là-bas.
Le péché est un oubli total ici suant des promesses de la paix, mais qui va vers son souvenir ardent et là-bas à jamais brûlant.

Celui qui veut réussir sa vie là-bas la ratera ici.
Ce n’est pourtant pas en la ratant ici qu’on la réussit certainement là-bas.

Le péché et le diabolique

L’Église a déchristianisé le diabolique.
Elle a créé son diable, elle l’a personnifié par une lecture littérale de la bible.
Cette résurgence du diable contre le diabolique donne lieu à un retour de l’imagerie païenne dans les églises.
C’est une croyance au diable qui est exigé du « chrétien ».
Kafka avait raison : « Il peut exister un savoir du diabolique mais pas de croyance en lui,
car plus de diabolique qu’il n’y en a ici, cela n’existe pas. »

Pour passer d’un dogme à un autre, le diabolique accomplit, soit des Révolutions, soit des Réformes.
Elles sont le procédé type pour cacher le passage d’une soumission à une autre… plus puissante.
Si tu cherches un Dieu insoumis, il va te falloir lutter contre la raison et ses évidences.
C’est le combat le plus terrible – le seul combat.

Le mal est vraiment profond lorsqu’il ne fait pas sentir sa douleur, et il est incurable lorsqu’il fait du bien.

Le contraire du mensonge n’est pas la vérité, mais une fausse vérité.
Car la vérité est par-delà et non à l’opposé du mensonge.

Le contraire du péché, c'est le péché ; de même que le bien est le contraire du mal.
Chercher Dieu dans le bien, c’est chercher Dieu dans l’image négative du mal,
c'est chercher Dieu dans le dos du mal.
Il faut chercher Dieu par la foi, non dans le bien.
Il faut le chercher au-delà des contraires, au-delà du bien et au-delà du mal.

On prétend que le diable aimerait s’incarner dans un corps.
Si tel est le cas, on doit admettre que le jour où il y parviendra, sa plus grosse terreur sera alors de devoir abandonner ce corps dans lequel il se serait incarné.
Or, c’est précisément cette terreur-là qui fait tant frémir les hommes : il est effrayé à l’idée d'abandonner son corps au tombeau !
De là, le soupçon qui pèse sur l’homme d’être lui-même le diable.

Le cercueil de la mort, c’est la montre ; et son aiguille est tel le doigt de la mort. C’est la Loi.
Un jour Dieu arrêtera cette aiguille et brisera aussi les tables de la Loi.
Ce sera alors les funérailles des funérailles et moi je dirai à la montre : « Je m’en vais et toi tu restes. »

Le serpent est notre suggestion, nos possibilités selon la Nature observée.

L’Enfer des hommes est plus juste que le Paradis des hommes.

Le mal ? qu’est-ce le mal ? mais c’est son explication !

La régularité dans l’erreur est aisée : et c’est lorsqu’elle nous fait atteindre l’équilibre du centre.
Mais la régularité dans la vérité dernière est impossible.
Effleurer même la vérité suppose l’arrachement à notre milieu, et l’homme ne peut s’y arracher que par bribes… minuscules.

La loi et la connaissance

Dieu a donné la Loi pour confirmer la séduction du serpent, ainsi la Loi est-elle devenue une accusation logique à la droite de l’Homme.

La conscience ne révèle pas la vérité dernière, mais son impossibilité, telle est sa puissance.
Aussi est-elle la connaissance : connaissance de domination et de soumission où l’homme est toujours vaincu.

Anges et démons sont des symboles servant à personnifier les réalités. N’existent que des volontés en vérité.
La volonté chaotique se mue dans le temps en volonté mécanique. Ainsi pense-t-on qu’elle domine et ordonne le chaos quand elle n’est finalement que sa perfection.

L’art d’un homme, c’est de choisir ange et démon au plus près de l’actualité de son vécu ; c’est donc de les choisir après avoir anticipé son réel – ce qui en somme consiste à ne pas choisir, mais à être soumis au bien ou au mal.
Tandis que la divinité d’un homme, c’est d’être libre de ce faux choix : c’est que la réalité, ce soit lui : que la réalité soit divine.

La Science a trouvé une tête et cherche un corps. L’avenir du monde scientifique, c’est donc l’humain devenu robot.

La connaissance doit être vue ! Non pas la toucher, non pas la manger.

La Loi autocrate pour tous, sans exception et sans particularisme, cette loi offerte, c’est un peu Dieu qui se « diabolise ». C’est Dieu qui donne à l’homme ce que l’homme veut.

Plus j’obéis, plus je m’affaiblis.

Le commencement de la philosophie, c’est la crainte de la raison ; et le couronnement de la philosophie, c’est de devenir esclave de la raison.

L'ekklésia… les églises

Non pas abolir l’Église mais la remplir.
La bâtir si haute et si divine qu’elle devienne aussi vitale que le divin.
C’est alors qu’elle est abolie.

Les bâtisseurs d’églises détruisent l’Église.

Révélation akklésiastique.

Seulement embraser doctrines et dogmes.

Un protestant est un catholique réformé.

Un pragmatique picore de son bec la révélation puis la mime.
C’est la grande singerie de l’ekklésia.

La prédication ekklésiastique est généralement une leçon de morale pour adulte. Parfois donnée avec tendresse, d’autres fois avec humour, et s’il le faut, avec dureté. En outre, plus elle est pauvre de tous ces talents et moins elle peut simuler la révélation au moyen d’une loi morale. Ne lui reste alors que le miraculeux, le mystique – le fantasme des prophètes en carton.

Divers

Le hasard est l’allégorie de la volonté, c’est-à-dire de la liberté.

Qu’est-ce que se battre sinon toujours choisir ? Et cesser de se battre, c’est s’arrêter de choisir.

Malheur à la pensée pour qui l’homme est un média, à la pensée maîtresse qui prend l’homme pour esclave ;
ces pensées-là sont des détritus qu’il faut brûler !

La mort est un être vivant qui ne peut plus s’exprimer ; c’est-à-dire une conscience désincarnée en pleine lucidité d’elle-même : dans la lumière. C’est ce que certains appellent la béatitude éternelle, et plus exactement ce que les religions d’Extrême-Orient nomment le Nirvana. C’est l’homme toujours vivant, mais privé de toute possibilité de mouvement, d’expression ; incapable d’incarner aucune de ses particularités ; il est privé de son « animation », c’est-à-dire de son âme, ainsi que le suggère l’étymologie latine de ce mot : anima. C’est l’être « libéré » de son anima, de son corps ; de son individualité. C’est un sans-âme. Aussi n’est-il plus un individu. Il n’est plus un homme, mais quelque chose d’autre et de fantomatique. Toutefois, cette « liberté » par rapport à son corps fait de lui un être illimité dans la connaissance de soi ; il sait absolument tout de ce qu’il est et de ce qu’il a été, et il est éminemment clair-voyant quant à son impossibilité à ne jamais plus être ni devenir – pas même d’un cheveu. La mort, c’est très précisément « vivre sa mort », ainsi que le disait Kierkegaard. C’est un état infernal. — Ô, mon Père, toi qui es le Vivant, souviens-toi de moi et ne m’abandonne pas au séjour des morts.

Le jour s’est levé sur le dernier des jours depuis le commencement.

Parole et musique n’étaient qu’un à l'origine.

La mort est la porte de sortie de cet enfer. Et si cette porte n’avait pas été donnée ?

Pouvoir ou vouloir, c’est comme avoir ou être.

Le travail est un don fait au singe évolué ; plus il évolue, plus il travaille.

Le sentiment est le commencement de la folie.
Il aboie à la porte et veut sa pâtée de jouissance.
Tu le domptes, il prend des forces ; tu le tues, il repousse en double.
Regarde donc la porte qui te sépare de lui et de son désir : elle n’est qu’un vide d’air entre toi et lui – ton ego ; lequel s’accroît autant avec les frustrations de tes sentiments qu’avec leurs satisfactions.
Il n’y a d’autre maître que ce vaniteux ego en vérité ; et toi… tu es parfois le chien et lui ta pâtée, d’autres fois c’est l’inverse.
Tant que le courant d’air demeure, tu es un fantôme ; tu es perdu. Tu es emporté par toutes sortes de souffles, là, dans tes demeures venteuses…

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Horizon

Horizon
ÉTAT D’ÂME



Au sommet d’une haute falaise surplombant l’immense mer,
Seul, se dressait un arbre au fier feuillage étendu.
Sous son ombre, un homme contemplait la ligne de verre
Où se rejoignent à l'infini la terre et le ciel inconnu.

Il rêva, endormi par les relents salés d’une brise en coton.
Et plein de ces forces que donne l’impossible aux hommes ivres
Il se jeta dans le vide vers le fascinant horizon.
Majestueux, il déploya dans l’air les ailes de son navire.

Sans haine ni pitié, le temps aussitôt souffla sur son visage.
Et sa joie s’essouffla. L’air pur creusa dans ses traits la fatigue.
L’horizon impassible se moquait, aussi distant et figé que le sage.
Puis, les voiles du rêve se brisèrent et l’homme tomba telle une figue.

Au sommet d’une haute falaise surplombant l’immense mer,
Seul, se dressait un arbre au fier feuillage étendu.
Sous son ombre, un homme pleinement éveillé pleurait.

Ivsan Otets




R








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Contemplation médiévale

Contemplation médiévale

épée

par Alex
15 ans · Classe de seconde
Écrit en cours de français.
Sujet : Faites l’éloge d'un objet de votre quotidien
ou d’un objet que vous appréciez particulièrement.

Durée : 20 mn.



C’est une véritable reproduction authentique.
La poignée et ses anneaux dorés, magnifique.
La lame, fine, longue et remarquablement acérée,
Brille à la lumière, comme la mer sous le soleil d’été.

Quand je la regarde, ravi, elle me sourit.
Son fourreau lissé m’éblouit.
Je veux la prendre, la toucher, la contempler.
Sa légèreté me réconforte et m’emporte à l'époque des Templiers.

Dans mon rêve, je la dégaine gracieusement.
Une fois sortie, la lame éblouit le soleil soudainement.
Je me sens invulnérable,
Je me promène avec elle, inséparable.

Elle me console, elle m’intéresse,
Elle élimine ma paresse.
Grâce à elle, je lutte, déterminé,
Heureusement que tu es là mon épée.

Alex






N





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