Vous retrouverez sur la page de présentation de l’auteur deux documents sonores dans lesquels on peut entendre Jacques ELLUL s’exprimer sur des sujets divers :
DERNIERS COMMENTAIRES
Printemps 2012
5,90 €
pdf de 15 pages Format livre
À propos : Ce passage soulève la question de l’indépendance de la volonté divine et de son impact sur l’homme. Une indépendance qui est très vite transformée et ressentie chez ce dernier comme une insoutenable incertitude. Car l’homme veut être certain du ciel ; et les mystères de Dieu, il veut les mettre en lumière afin de « savoir où il va » et « à quoi s’en tenir ». De là la mécanique divine incarnée qu’est l’Église, qui va se charger de remplacer les mystères et l’imprévisibilité de Dieu par des certitudes et des dogmes logiques auxquels Dieu lui-même sera tenu de se soumettre. L’Église a changé le fondement.
Dans ce texte, Ivsan Otets propose une réflexion sur le matériau de la foi évoqué par Paul, et sur les différentes initiatives qui se présentent au croyant pour l’évaluer, dans une optique de « maîtrise de sa spiritualité ». Un texte qui examine une nouvelle fois la relation très contradictoire qui existe entre Église et Évangile.
Texte en quatre parties : i · Le fondement tue la forme ii · La mort de la révélation iii · L’homme est le mystère de Dieu iv · Les moissonneurs du vide
Réflexions sur1Corinthiens 3
À PARTIR DE 1 CORINTHIENS 3 9 - 4 5
PAGE 5
Bien qu’il prétende se tenir parmi les « intendants des mystères de Dieu », on peut se demander si Paul est ici à la hauteur de son affirmation. Car il est vrai qu’exhiber sa vie sous l’étendard du christianisme ne prouve nullement que les œuvres qui s’ensuivent soient inspirées du Christ. La bannière ne fait pas le soldat, pas plus que la particule ne donne la noblesse, et rien n’empêche de bâtir un lupanar sur d’excellentes fondations. Pourquoi donc jeter le doute sur Paul alors qu’il répète intelligemment une vérité commune à toutes les activités humaines ? Parce que ramenée à Dieu, il semble que cette pensée soit pour le moins ambiguë et au pire angoissante. En effet, comment le chrétien trouvera-t-il le repos en apprenant que son Dieu le laissera peut-être faire n’importe quoi en son nom ? N’est-ce pas angoissant pour lui de savoir que ses plus belles œuvres risquent ainsi d’être maudites par le Dieu même auquel il les aura consacrées ?
PAGE 9
L’instruction de Rabelais est bien trop sage pour traduire les propos du Nouveau Testament. Cette leçon que donne Gargantua à son fils Pantagruel est certes précieuse au regard de la vie matérielle, mais elle est totalement fausse lorsqu’on la rapporte à Dieu. Si l’un et l’autre avaient connu l’histoire biblique de Balaam, l’ânesse de ce dernier leur aurait tenu un tout autre discours : « Moi qui ne suis pourtant qu’une bête inconsciente j’ai vu l’ange de l’Éternel tel que rarement un homme l’a vu ; puis j’ai reçu la parole, et j’ai détourné un prophète de son orgueil. » C’est bien cette voix que l’Église devrait écouter, la voix de son ânesse ! Une voix qu’elle ne veut décidément pas entendre ; sa vanité et sa boulimie à se croire unique et indispensable l’a rendue sourde. Aussi n’est-elle pas plus « dispensatrice de la révélation » que Gargantua ne l’est ; elle lui ressemble d’ailleurs étrangement.
PAGE 11
Certains auraient donc une foi semblable à l’or quand pour d’autres elle serait pareille à une boule de chiffons. Une pensée aussi simple que trompeuse puisqu’elle ne conclut rien, bien au contraire, elle introduit une difficulté insurmontable. Pourquoi ? Parce que nulle part n’est dévoilé le secret nous permettant de mesurer avec exactitude la valeur du matériau ! Paul a-t-il élaboré un système infaillible ayant la capacité de juger la foi en Christ ? Oui, répond le christianisme : « le divin Rédempteur a pourvu son Église d’infaillibilité lorsqu’elle définit la doctrine sur la foi et les mœurs ». Une formule catholique que le protestant adopte tacitement ; Max Weber l’avait fort bien compris : « Dans les régions où le calvinisme était la religion officielle, le contrôle policier exercé par l’Église sur la vie privée confinait à l’inquisition. » Une pratique d’actualité dans nombre d’églises issues aujourd’hui du protestantisme. L’Écriture est pourtant totalement opposée au contrôle du groupe sur l’individu, et elle n’interdit personne d’incarner sa foi contre l’autorité supposée des papes et des pasteurs. Aux apôtres qui faisaient taire un homme « parce qu’il ne suivait pas le Christ avec eux », Jésus rétorqua : « Non, ne l’en empêchez pas ! » (luc 9 49-50). Que fait ici Jésus sinon renier l’autorité dont se revêtent Pierre ou Jean de leur propre initiative ? Cette autorité ecclésiastique qui était alors en train de poindre. « Je ne suis pas fondé sur les hommes » dit-il ; « et aucune corporation humaine n’est mon corps pour recevoir ma divinité ».
PAGE 13
Personne et pas même moi ne peut donc dévoiler ici-bas ce que je suis vraiment ; pas plus un ange qui surgirait du ciel que cent églises, mille théologiens ou dix mille érudits ; tous ceux-là ne font que raisonner selon les évidences du bien et du mal. Et Dieu considère comme un outrage lorsque l’un d’entre eux tente de déchirer le voile derrière lequel le sanctuaire de notre être est en devenir. Dieu seul y accède ; et au-delà du regard de nos consciences, il fait de chacun « un temple de son Esprit ». Ce à quoi l’apôtre conclut : « Ce n’est pas ma conscience qui me justifie ; c’est le Seigneur. » Paul ne parle donc pas des œuvres ou des convictions du chrétien lorsqu’il interpelle sur sa « manière de croire en Christ » ; mais de ses « desseins cachés » dit-il ! La foi touche à nos intentions inaccessibles ; à nos pourquoi bien plus qu’à nos comment. Pourquoi ai-je foi en Christ ? Ma foi me sert-elle à dissimuler ? N’est-elle qu’un masque, un prête-nom tandis que je crois en secret que ma façon de vivre suffit pour me justifier ? Ou bien ma foi est-elle le résultat de mon impuissance devant le bien et le mal ?
Cher Ivsan,
Vous n'êtes pas sans savoir qu'à une certaine époque vous auriez sans doute été crucifié, et en une autre brûlé pour avoir tenu les propos que vous tenez ici.Aussi permettez moi de vous féliciter, car quoi qu'on crucifia et qu'on brula pour peu de choses, vous au moins, vous ne l'auriez pas été pour rien...
Mais laissez moi vous demander, cher frère :
Auriez-vous donné en ces temps-là la même teneur à vos propos, et les auriez-vous assumé et dévoilé au risque de la croix où du bûcher ?Bien sûr je n'attends pas de réponse à une question si tortueuse.Quoique me direz-vous, dans certains endroits l'actualité du monde aurait tendance à la rendre légitime...
Dans tous les cas, merci Ivsan, pour cet écrit instructif et de grande qualité,
Bien à vous,
Comme vous le dites très justement : je ne sais quoi répondre à cette question. De plus – soyez rassuré – je n’ai pas la prétention de penser que ce que j’ai perdu (et perds encore) à tenir une telle position soit à comparer au bûcher et autres tourments de même type. Et pourtant… même cela, beaucoup n’arrivent pas à le concéder : ha ! quelle déception ! Décevant christianisme du monde moderne. Et je peux même vous assurer que ce dernier a néanmoins le culot de venir nous piller ici même. C’est-à-dire qu’à la moindre remontrance, ainsi que le dit l’Écriture, « ils se retournent contre vous et vous déchirent ». (Ne donnez pas aux chiens ce qui est sacré, ne jetez pas vos perles devant les porcs, de crainte qu’ils ne les piétinent, puis se retournent contre vous pour vous déchirer. · mat 76) – Je suppose que vous avez, vous aussi, rencontré sur votre route de telles personnes. Pour le coup, au moins, les bûchers avaient cette qualité d’être directs et clairs. Quelle maigre consolation…
Merci donc pour ce commentaire Loran, car je vois bien, entre vos mots, que bien des choses proclamées par nos soins ont déjà été par les vôtres découvertes personnellement… de votre côté. La chose est – je vous assure – réconfortante au possible.
Respectueusement, Ivsan
Être en Christ et Passer par le trou de l'aiguille… est-ce bien ce sujet qui intéresse les personnes dont vous parlez, celles qui, à la moindre remontrance « se retournent contre vous et vous déchirent » ?
Et la réponse à cette question, dans le cœur de l'Homme intègre, comment résonne-t-elle ?
Je crois en effet qu’ils veulent passer par le trou de l’aiguille… Vous visez au centre Loran. Où est donc le problème me direz-vous ? Je suppose qu’ils imaginent pouvoir le faire en restant des « chameaux » pour reprendre la métaphore biblique ; ou plus naturellement encore, c’est-à-dire en demeurant ce qu’ils prétendent être selon leur nature, à savoir : des brebis.
De fait. Car je vois bien que la réponse à ce dilemme se trouve être précisément incluse dans votre seconde question : « …le cœur de l’Homme intègre… » dites-vous. Car la métamorphose de « chameau » en « brebis » suffit-elle ? Non. C’est pourquoi je ne parlerai même pas d’« homme intègre » mais tout simplement de l’Homme. C’est cette métamorphose en « Homme » qui est un défi. Au mieux peut-on devenir des « brebis », soit donc des hommes religieux, ou encore des hommes oints. Ce sont ces bons petits chrétiens empoisonnés par le dogme du monde ; ces individus qui se croient être « du bon côté de la force », la « force » signifiant pour eux l’onction christique, une sorte de magie divine qui camoufle en vérité la peau de l’animal intelligent, la peau de leur identité même, cette identité qui est attirée par le divin mais qui est incapable de s’arracher de sa peau de bête. Aussi pensent-ils que le subterfuge suffit ; que le trou de l’aiguille les laissera passer sans voir qu’ils demeurent des animaux, des brebis : selon leur Nature. Niet.
Devenir un Homme, cela est impossible. Passer par le trou de l’aiguille est impossible. Pourquoi donc regimber ? Pourquoi donc regimbent-ils ? C’est une bonne nouvelle si Dieu seul le peut, la chose au moins sera parfaitement réalisée ! C’est pourquoi, en ce qui me concerne, je ne veux pas d’onction, je ne veux pas de force, et je ne veux assimiler l’individu à aucun vocable pour l’en habiller. Pour le déguiser en réalité. Je veux simplement pouvoir dire : « Je suis… un Homme. » Je crois que c’est vers cela que renvoie ce terme de « Fils de l’homme » tant apprécié par le Nazaréen, vers quelque chose de plus que la droiture, la complétude, la plénitude, l’onction… ou je ne sais quoi encore (christ n’est tout simplement pas le nom du Christ. Nous en parlons dans notre dernière causerie qui sera bientôt en ligne). Cela renvoie vers une autre identité, tout simplement. Ici (c’est-à-dire, là-bas), il n’y a plus de « trou d’aiguille » car il n’y a plus d’aiguille du tout. L’aiguille, c’est pour coudre, pour coudre le vieux vêtement avec le nouveau, pour devenir une brebis huilée, un chrétien, un ointé, un huilé, parfumé, convenable et sociable ; et même un inspiré recevant de sa génération la reconnaissance. Ça marche aux yeux des prophètes de la paix et autres marchands de miracles, de signes ou d’apocalypses… Auprès de ceux qui forcent le trou des aiguilles. Mais ça ne marche pas aux yeux des Hommes, des fils de l’homme : ceux-là ont brisé les aiguilles et laissé les vêtements animaux derrière eux. Ils attendent ce qui est à-venir : la Résurrection… seule ; leur Être. C'est là le « Chant des troubadours » (les frères) qui abolit le « Temps des bergeries ».
Mais peut être qu'elles ne se sentent pas si chameau que cela ces brebis... Et moins encore certes, celles ayant endossé par elles même, la cape d'un berger!... Un berger bercé dans l'art de l'auto-hypnose et auquel on a du apprendre le savant métier d’illusionniste(souvent à son insu d'ailleurs...) Un berger sous la houlette duquel les écrits se tordent et se déforment, allant jusqu'à prendre des allures contraire à tout ce qui demeure en Christ. Mais peu importe, me direz-vous... puisque le nom suffit... Quant à celui qui s'aperçoit de cette magie et la dénonce... celui qui refuse de participer à l’idolâtrie... on le plaint, on en rigole, on s'en sert de mauvais exemple... C'est que l'illusionniste manie avec dextérité le déni, et par l'instruction non conforme donnée aux brebis, il sait sauver ses meubles... Mais pour combien de temps encore?
Cher Ivsan, j'ai l'impression d'être en accords avec vous sur l'ensemble de votre propos et j'apprécie grâce à ses nuances, l'éclairement qu'il donne.
Merci pour votre travail,
Nom ou pseudo :
Adresse email :
Site web (facultatif) :
Commentaire :
Les commentaires peuvent être formatés en utilisant une syntaxe wiki simplifiée.
5 + 7 =
N’oubliez pas de répondre à l’anti-spam avant l’envoi pour éviter un filtrage automatique de votre commentaire
S’abonner aux dernières mises en ligne