Les Fils de l’Homme


Un résumé de l’Akklésia

Voici la version en français de l’avant-propos qui ouvre le recueil en anglais des écrits akklésiastiques (I), ainsi que celle des quelques paragraphes de présentation de ce même recueil dans le billet en anglais. [↗︎]

Cette page rejoint les billets de Présentation des auteurs [↗︎], d’Introduction aux causeries akklésiastiques [↗︎] et de « La marche akklésiastique [↗︎] », utiles pour avoir une vue d’ensemble de la démarche akklésiastique.

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Dieu engendre des enfants qui sont destinés à recevoir Sa nature, après leur mort, dans leur résurrection. Ceux ici-bas qui acceptent cette intention divine pour eux sont donc tout à la fois fils de l’Homme et fils de Dieu.

Le Christ est la possibilité de cette naissance, de cette filiation ; il est la possibilité de devenir fils de Dieu. Il est la porte qui s’ouvre – ou se ferme – sur cette vie divine post-mortem. C’est aussi pour cela que, tandis qu’il vivait une vie d’homme lors des jours de son incarnation sur terre, le Christ avait néanmoins la capacité d’agir selon sa nature divine.

La destinée divine est de devenir un être libre et souverain, dans sa propre réalité. Voilà ce qu’est la Résurrection telle qu’annoncée par le Christ. Cette réalité de la résurrection est un mystère dans le sens où, nous le croyons, elle permet la rencontre de différentes réalités souveraines, à savoir, la fraternité. Il y a une grande contradiction à nos yeux humains dans ces possibilités conjuguées.

Il est impossible de comprendre cette vie ressuscitée tout comme il est impossible de comprendre la relation entre deux dieux, entre deux royaumes où chacun règne en être souverain et libre dans son propre royaume : le royaume d’un dieu. Ce que la Bible appelle « le Royaume de Dieu » est donc en fait des royaumes de dieux, dont les relations sont pour nous un mystère absolu.

Voici en résumé l’Évangile — l’incroyable message porté par ce personnage élusif dont parlent les quatre évangiles du Nouveau Testament.

Tandis que nous écoutons ce que le Christ et seulement le Christ nous dit, ce but divin ou point principal ou cette destination de l’homme paraîtra hautement désirable et finalement « logique », évident, « naturel et cohérent » bien que fou — parce que c’est vraiment une Bonne Nouvelle ! La liberté absolue et la souveraineté, avec la possibilité de la fraternité. Répétons-le : il y a autant de Royaumes de Dieu que de fils de Dieu, et à chaque fils de Dieu correspond un royaume divin.

Cependant, ce n’est pas de cette manière que les évangiles ont été lus et enseignés à travers les siècles.

Par conséquent il nous faut revoir tout le réseau d’explications, de significations, d’interprétations, de lectures, d’analyses, etc. qui nous ont été inculquées – la plupart du temps en toute bonne foi – au sujet des évangiles.

Ce réexamen des évangiles implique et provoque à son tour un grand nombre de réajustements dans les façons dont on nous a appris à aborder nombre de notions, faits et réalités : la Bible, la foi, l’histoire, la vie, etc.

L’histoire du fils de Dieu elle-même telle qu’elle a été écrite doit être réétudiée à la lumière de cette résurrection.

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Nous ne sommes pas les premiers à déclarer que la résurrection individuelle est le principal et en réalité le seul message du Christ. Dans cette brève introduction à Akklésia nous souhaitons mentionner deux penseurs éminents qui nous inspirent : Soren Kierkegaard et Léon Chestov.

Chestov, pour son combat inspiré contre ces structures invisibles quoiqu’incontournables de la vie ici-bas, qu’il appelait « évidences » : la raison et la nécessité. Elles s’opposent implacablement à la liberté et la souveraineté, héritage divin de l’homme.

Kierkegaard, pour ses écrits perçants sur la relation entre l’homme et Dieu et par suite, pour la réflexion pénétrante qu’il a développée contre l’église établie de son époque et contre l’Église en général ; non pas toutefois comme une entité politique potentiellement toxique, mais comme une institution qui est intrinsèquement opposée au Christ. Pour Kierkegaard, l’institution ecclésiastique est intrinsèquement opposée au Christ parce qu’elle est un phénomène du général et que le général s’oppose à l’individu. Le Christ c’est l’individu. « Le Christ ne voit pas la foule », disait Kierkegaard.

C’est ici que commence Akklésia : en déclarant que l’Église n’est PAS le « Corps du Christ ». C’est une assemblée avec des fonctions générales, principalement sociales et politiques. Elle sert de crèche pour les croyants nouveaux-nés. En effet, l’Église est en quelque sorte une étape pré-christique et cette fonction-là peut être assumée par d’autres institutions que l’Église.

Dans l’idéal, l’Église est là pour préparer un enfant spirituel à entrer dans la maturité, c’est-à-dire, dans une relation avec le Christ où l’Église, l’école, la société… toute structure générale, est laissée derrière. Si elle ne réussit pas, elle enferme un individu dans l’enfance en lui interdisant la maturité ; ce faisant elle va lui fabriquer un Christ fantomatique, ecclésiastique.

Dans ce second cas, celui d’un échec de l’Église dans sa mission, il est préférable pour l’individu de recevoir la morale, la politique, la conscience commune, etc. au travers d’une structure neutre, puis d’entrer en relation avec le Christ quand Lui-même le décidera.

Qui plus est, et en dépit de ce que certains ont pu écrire et inclure dans la Bible, l’Église n’est pas une sorte d’accumulation fantasmagorique de personnes qui formeraient ensemble le super-corps d’une autre (fût-elle « supérieure ») ! Ceci est outrageusement anti-Christ et anti-homme car cela s’oppose frontalement au but divin ! C’est annihiler une personne en la dissolvant dans un concept au lieu de la conduire dans sa propre vie libre et souveraine, à l’image de celle du Christ. Pour plus de développements sur le sujet de l’Église, voir Le Cordon ombilical.

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Pour comprendre les positions adoptées par Akklésia, la question de notre attitude face aux Écritures est centrale.

Ce que la Bible contient n’est pas à nos yeux sacré et infaillible. La Bible contient des choses inspirées et non-inspirées, ou : des mots directement inspirés par le Christ et des mots inspirés par l’esprit de l’Arbre de la connaissance du bien et du mal, alias le Logos et toute sa panoplie de politique et de propagande – qui a sa propre fonction dans une vie d’homme. Pour plus de développements sur le sujet des Écritures et de la propagande, voir Samson l’indomptable.

Il s’ensuit que notre attitude vis-à-vis des Écritures est de chercher le murmure existentiel du Christ et de le séparer du rugissement du Logos général, très présent à travers la Bible. En fait, nous pensons que les paroles du Christ filtrent seulement à travers une part relativement faible du contenu biblique.

Certains pourraient objecter qu’une telle attitude conduit à bâtir de fausse doctrines basées sur des lubies personnelles. Voici ce que nous leur répondons :

▸ Premièrement — Pour reprendre l’expression qu’utilise souvent le prêtre et théologien étasunien John Paul Meier : « non liquet » – « ce n’est pas clair » (voir J.P. Meier, Un certain juif, Jésus, vol. V). À savoir que tous les livres bibliques nécessitent une interprétation puisque nous n’avons pas affaire ici aux résultats d’une recherche scientifique aboutissant à des équations irréfutables.

Or, qui osera prétendre avoir l’autorité suprême pour autoriser les uns et les autres ou pour leur interdire, de chercher, questionner, sonder, étudier année après année les textes bibliques ? Pour ce qui nous concerne nous n’avons demandé l’autorisation à personne si ce n’est à notre propre cœur de prendre cette charge mais aussi ce bonheur de questionner le texte et de chercher Dieu.

Dans le même ouvrage, Meier remarque que « nombre de paraboles attribuées à Jésus devraient être rangées dans le frustrant no man’s land du non liquet. » (p. 5). Donc, ce « no man’s land du non liquet » n’est-il pas en vérité ce que Dieu veut, et devant quoi le texte biblique nous place quand on l’étudie honnêtement ? De fait, plus une situation aboutit à cela, plus finalement elle invite à trouver une autre sortie pour résoudre l’équation : la sortie de la Foi, de l’incarnation de Dieu et de la divinisation de l’homme qu’aucun logos ne peut comprendre clairement (« liquettement »), et par conséquent reproduire. Mais aussi, hélas, cette situation de la vérité-non-liquet produit du monstrueux, comme le transhumanisme, la chosification de l’homme, le cube apocalyptique, etc.

Et ainsi, plus la séparation, acte de Dieu, pour ne pas dire de l’esprit-libre, peut avoir lieu, mieux on se porte, sachant que la séparation est le propre de « ce qui est libre », que « ce libre-Esprit-là » est en vérité un anti-universalisme, un anti-mondialisme, un anti-Un et qu’il n’est pas obsédé par cette faim de tout absorber « en Lui, l’Unique », puisqu’il ne veut qu’une chose : que l’autre soit libre & souverain tel que lui. Il préfère cinq amis de cette nature, ayant bu son sang, plutôt que cinq milliards contraints par la Raison à être absorbés dans l’Un, cinq milliards ayant bu l’encre de la logique que boit la brebis grégaire, cette pierre dont on fait les cubes apocalyptiques et les ekklésias corpus de l’Un !

Mais plus cette séparation apparaît, plus l’ambiguïté peut aussi venir, puisque le logos a toujours suffisamment de ressources techniques, au moins, et un infini de mensonges intellectuels – les chiffres étant l’Infini par définition –, pour simuler le mystère et la divinisation. C’est-à-dire, jusqu’à ce que, bien sûr, le mensonge du Logos qui dit « Je peux faire comme Dieu fait » parvienne enfin à conduire l’espèce homo sapiens à s’autodétruire. Ce qui est inévitable. Car le chiffre est infini, mais seulement sur le papier, tandis que la chair et le sang disparaissent dès les premières lignes. Cela signifie que la science en l’occurrence, peut à l’infini concevoir des plans abstraits – des lignes et des lignes de code technique – pour imiter Dieu et son projet de faire de l’homme un dieu après la mort ou du moins transformer profondément sa nature, mais à partir du moment où la science essaie d’appliquer ces plans abstraits à l’homme concret, elle le détruit. Il semblerait que Dieu ait posé une limite à l’homme ici-bas de sorte qu’il ne puisse jamais muter en quelque chose qui n’est pas l’Homme (un homme-machine ou un homme-onde électromagnétique par exemple) et continuer à vivre. Ou plus précisément, il semblerait que Dieu ait « missionné » la nature charnelle et fragile de l’homme pour être cette limite, afin qu’il ne puisse pas muter. L’ambiguïté est donc de croire que les hommes réussiront à faire de l’Homme un dieu par leurs propres forces, avec l’aide du logos (science, techniques…). Les hommes ne parviendront qu’à s’autodétruire en chemin. Mais les « élus » (pour reprendre cette délicieuse manière « parabolique » qu’a le Christ de parler) – c’est-à-dire tous ceux qui sont vus par Dieu – sortiront à temps !

▸ Deuxièmement — Nous croyons que le texte biblique est à l’image de chaque individu : il a un double discours. Il parle réellement de deux dieux, de deux théologies : — Un Dieu créateur, politique, organisateur, Dieu du Logos, etc. — Et un Dieu de l’individu, de l’être-existant, du mystère de l’homme en tant qu’être libre et souverain, etc.

Ces deux esprits se mêlent et s’entremêlent, s’allient ou se combattent, se coordonnent et se perfectionnent l’un l’autre ou se désaccordent totalement et se séparent absolument, tout au long des écrits bibliques.

Le Christ lui-même a repris cette difficulté puisqu’il a clairement montré qu’il y avait trois types de rencontres avec Dieu. Celle de la Loi — qui est encore sans le Christ ; celle de la foi — qui est une première tentative de l’individu s’approchant d’un Dieu non-créateur ; et enfin celle du Royaume de Dieu — c’est-à-dire de l’individu divin recevant nature et sang du Christ et ne connaissant plus que ce Dieu qui enfante – cet individu-là a laissé loin derrière lui le Dieu organisateur de la Création et des Lois. (Voir causerie #36 - Les Voleurs de Dieu)

Pour utiliser une image, Akklésia ne boit pas l’encre de l’Écriture, mais plutôt nous concassons les mots de la Bible avec le marteau du Christ existentiel pour voir ce qu’ils donnent réellement : l’eau vive qui nous portera en avant vers la résurrection, ou le sirop épais et gluant qui nous engluera aux vérités générales et nous piégera dans une compréhension fausse et infantile du Christ.

Cette sorte de lecture est un processus permanent et sans fin, une activité très délicate qui ne va pas sans prière. Ce n’est jamais un prétexte facile pour empiler des billets à sensation sur un site ou pour inventer des gadgets religieux.

La Bible est certainement une pierre d’achoppement sur ce chemin car un grand nombre de ses mots paralysent des millions de personnes dans une douloureuse perplexité, voire les figent dans un acquiescement automatique. Les Écritures sont décidément une source de grande confusion puisqu’elles contiennent à la fois une théologie terrestre et l’eau vive du Christ, comme mentionné plus haut.

L’histoire des Écritures et du christianisme, outre des notions telles que la « crainte de Dieu » font qu’il est extrêmement difficile pour un croyant de considérer les mots de la Bible d’une façon critique et spirituelle et de les placer dans une autre perspective que celles d’un manuel : obéissance, consolation, conseils de vie, etc. Et c’est finalement la raison pour laquelle la Bible est un livre particulier et unique : elle offre cette contradiction d’être une pierre d’achoppement ou une ouverture vers cette autre réalité du dieu de l’individu ; elle crée cette séparation, elle en est un instrument. Ceux qui s’engluent dans la crainte de Dieu choisissent un de ces deux chemins que propose le texte. Ceux qui sortent de cet écrasement par la Torah choisissent l’autre chemin.

Il est vrai que cette possibilité d’être soit un homme du général soit un être-existant est un leitmotiv que l’on retrouve partout : dans la philosophie, dans la littérature, dans la vie, etc. Mais la particularité de la Bible est que l’Être-existant y est représenté comme un être qui s’est incarné ( : le Christ).

La Bible est certainement un texte inspiré dans l’ensemble, parce qu’elle révèle chacun pour ce qu’il est. Et c’est tant mieux !

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La préparation à la résurrection, pour un « disciple du Christ », nécessite de s’efforcer à briser l’envoûtement de toute une vie, à lever le sortilège du Logos. Ce sortilège réside dans le regard Torahique et religieux qui a été sans cesse asséné par les interprètes autorisés des textes bibliques – et aussi par le réflexe instinctif de l’homme à devenir un fils du Logos au lieu d’un fils de Dieu ; et bien sûr par la société qui elle-même s’accorde si bien avec ce dieu Torahique ; ainsi, même si elle diffuse un message humaniste et athée, la société est animée de cet esprit torahique et produit des fils du général.

Les textes proposés sur ce site sont autant d’exemples d’une telle lutte pour se « désenvoûter ».

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Ivsan et Dianitsa Otets travaillent depuis une vingtaine d’années à développer une pensée qu’ils appellent akklésiastique parce qu’elle rompt avec le Corpus Christi supposé qu’est l’Ekklésia (l’Église).

Si le religieux et la raison en général sont des concepts collectifs, le discours christique, lui, ne l’est pas. On lui a imposé cette orientation collective par imposture, naïveté ou encore par volonté politique. C’est donc toute la théologie et toute la philosophie religieuse attachée au personnage du Christ que l’Akklésia remet en question.

Or, pour Ivsan et Dianitsa Otets, le propos akklésiastique est le seul avenir possible de la foi en Christ — car le 21e siècle s’ouvre sur une imposition écrasante et boulimique du collectif. L’Église n’échappe pas à la boulimie de cet Un du modernisme, lequel se délecte déjà de sa chair. Ne le voyez-vous pas ?


Ivsan et Dianitsa Otets