Vous retrouverez sur la page de présentation de l’auteur deux documents sonores dans lesquels on peut entendre Jacques ELLUL s’exprimer sur des sujets divers :
DERNIERS COMMENTAIRES
& Suite de la précédente causerie sur le thème : « À propos du Christ »
1 — Le samedi 11 octobre 2014, 22:01 par JOHN
Merci pour ces développements très intéressants et révolutionnaires quand à la compréhension des Ecritures et de qui est Dieu et le Christ, mais ...Quelques questions essentiels pour ma part : apparemment pour avoir cette possibilité d’interprétation ou de compréhension qui est la vôtre, il faut remettre en cause l’inspiration et la véracité de toutes les Ecritures. Est-ce un choix personnel qui est fait ou peut-il être argumenté toujours selon le principe de l’herméneutique qui veut que toute doctrine doit s’appuyer sur l’ensemble de la bible (si inspirée ce n'est pas possible)? A partir du moment ou l’on remet en cause ce principe d’inspiration de la totalité des textes comment chacun ne pourrait-il pas avancé son idée sans que l’on puisse vérifier sa validité, par les Ecritures (et donc indirectement par la parole de Dieu et de Dieu lui-même) ? Même si ces idées sont belles et paraissent libératrices quand à l’aspect de la grâce et de la souveraineté de Dieu faire l’impasse sur cette question d’inspiration est difficile, limite blasphématoire, selon ce point de vue, qu’en pensez-vous ?Merci d’avance pour votre réponse.
2 — Le dimanche 12 octobre 2014, 05:25 par dianitsa
Bonjour John, merci pour votre commentaire. Les questions que vous posez sont en effet incontournables, elles surgissent d'elles-mêmes lorsqu'on commence à vouloir s'aventurer plus loin sur le terrain de la foi et que « quelque chose » nous travaille sans relâche. Avant de vous donner un début de réponse, j'aimerais vous signaler que nous avons abordé la question capitale de l'inspiration des Écritures dans une série de causeries intitulées Comment lire la Bible ? sur ce site et donc nous répondons là aussi - et surtout là ! (je l'espère) - à vos interrogations essentielles. Du moins nous tentons de commencer à y répondre car c'est un vaste sujet.
Le sujet de l'inspiration de la Bible est très délicat, limite blasphématoire comme vous dites, car la relation de l'homme avec le divin a toujours été de l'ordre de la magie et du rituel sacré. C'est précisément en cela que le Christ n'est pas « un dieu comme les autres dieux » car il est Dieu fait homme. Qu'est-ce que cela veut dire ? Qu'il est devenu faillible comme nous et que sa parole est donc pleine de pièges et d'erreurs ? Non bien sûr. Cela veut dire à mon sens qu'il aime l'homme d'une telle passion qu'il lui est impossible de ne pas respecter sa liberté. Dieu nous a faits libres. Tous. Les rédacteurs des livres bibliques y compris - car les livres qui constituent notre Bible moderne n'ont pas été rédigés par des anges scripteurs (= machines à écrire ailées et zélées !) non plus que directement par le doigt de Dieu. L'homme que Dieu aime jusqu'à en mourir et ressusciter est un être complexe qu'Il ne saurait utiliser comme une marionnette en le violant au plus profond de son être, l'utilisant comme zombie machine à écrire, ou pire, manipulant son intelligence, ses sentiments et ses circonstances afin qu'il se mette à écrire pour Lui. Proposer que l'Esprit aurait pris possession des rédacteurs afin que chaque mot ou verset fut un objet immuable à adorer tel un dieu (et donc… une idole - car un mot est un objet, et Dieu ne se résume pas à des mots. Il peut choisir de s'exprimer à travers des mots mais Il ne se réifie pas ; Il s'est incarné une fois dans un homme appelé Jésus de Nazareth), donc proposer cela serait prendre Dieu pour quelqu'un d'autre (un tyran opportuniste ?). Par amour, Dieu a pris le pari - car il est fou - de confier à l'homme faillible et « corrompu », c'est-à-dire asservi par la nature et esclave de l'arbre du bien et du mal (la raison), il a pris le pari de lui confier une révélation.À partir de là, d'une part, ce projet divin dont se sont saisi les rédacteurs appelés (tout le monde ne répond pas à l'appel de Dieu…) s'est trouvé naturellement et inévitablement mêlé à d'autres projets, plus humains, qui les animaient. Je vous invite à lire le billet « Samson l'indomptable » qui évoque un exemple de projets opposés entre les rédacteurs bibliques ('deutéronomistes' vs 'élohistes' aux intérêts divergents). D'autre part et en vérité, Dieu confie deux révélations à travers la Bible. Nous développons cette thèse des deux révélations bibliques dans les causeries Comment lire la Bible ?
Ainsi notre position à ce sujet ici, est que Dieu a appelé les rédacteurs de la Bible et leur a inspiré un projet existentiel de longue haleine - projet communément appelé le salut et qui concerne la résurrection de vous, de moi, de chaque individu. Ces hommes rédacteurs ont chacun et à des degrés divers été inspirés par l'Esprit. Non pas possédés mais inspirés. Ce projet existentiel passe par une étape préalable généraliste, par une première dimension publique si on veut, ou collective, pour ensuite aller vers son but principal, l'intimité de l'individu, de chaque individu, séparé des autres hommes. Voilà en une phrase le condensé des causeries sur les deux Écritures. Vous l'aurez compris, le chrétien s'en tient souvent à la première étape qui est malgré tout fortement amorcée par et « pleine » du véritable projet en gestation, du projet christique individuel du Royaume des cieux (la Résurrection). C'est pourquoi au bout d'un certain temps après sa conversion le chrétien vit souvent une profonde remise en question.
Cette position se base sur la personne même de Dieu - Christ - révélé à chacun d'entre nous à l'aide des Écritures sans se laisser enfermer dans, ni dévier par les projets ou les sensibilités interférents des différents rédacteurs (à caractère politique ou théologique par exemple). Dieu donne l'Esprit à celui qui croit et aime Christ, un Esprit qui va aider à Le connaître, notamment dans la prière mais aussi dans la lecture. La recherche est inhérente à la vie chrétienne. Quand je dis recherche je ne parle pas seulement de recherche documentaire mais de chercher la parole du Christ à l'intérieur même des Écritures inspirées. Il faut en effet chercher ce que nous dit le Christ dans les mots imprimés et si notre intelligence décèle une contradiction, il faut enquêter ! S'agit-il d'une contradiction divine, c'est-à-dire d'une parole paradoxale venant de Dieu qui vise à faire réfléchir ou bien s'agit-il d'une distorsion idéologique du rédacteur ?
Notre position est aussi une question de simple bon sens. Comment s'y retrouver dans la forêt des versions et dans les 6 ou 7 canons à notre disposition ? Comment dire que la Bible est la Parole de Dieu et que les textes forment un tout cohérent intouchable lorsque ce tout cohérent prend au bas mot une quinzaine de formes différentes ? Quelle version, quel canon est la Parole officielle de Dieu ? Qui a le copyright original ? Cette Bible « telle quelle » quelle est-elle ?
La question des références concernant l'autorité des livres bibliques :
Comment démêler le vrai du faux et discerner ce qui procède de l'humain de ce qui vient de Dieu ? La critique biblique, qui a déjà plus d'un siècle, a joué un rôle extrêmement important dans la vie de la foi, tout comme en leur temps la Réforme et l'imprimerie avaient contribué à libérer des millions de croyants de certains dogmes. Qu'a donc fait de si important cette critique biblique ? Elle a critiqué sur la base de recherches scientifiques le canon imposé par les autorités ecclésiastiques et la tradition. Petit aparté : nous reprochons aux Juifs qui rejettent le Christ de faire passer leur loi et leur tradition avant la révélation, la lettre avant l'esprit : nous faisons pareil lorsque nous nous agrippons à des dogmes établis par les hommes (la Loi à laquelle s'agrippent les Juifs a aussi été donnée par Dieu). Cela signifie entre autre que des spécialistes, des chercheurs (archéologues, linguistes, etc.) ont établi un certain nombre d'erreurs d'attribution des écrits et un certain nombre d'ajouts dans les écrits, jusque dans les Évangiles. Ces informations, ces avancées du savoir biblique sont à disposition de tout un chacun - il faut quand même se donner le mal de chercher et bien sûr beaucoup de choses sont encore disputées. Donc l'Esprit de Dieu, dans la prière, la réflexion et l'étude, sont la vie même du chrétien qui ne peut s'endormir sur des dogmes tout expliqués pour lui par des théologiens ayant pignon sur rue. Je m'excuse de vous renvoyer sans cesse aux causeries sur le thème mais cela évitera à ce commentaire de s'allonger en digressions ! Par ailleurs nous préparons actuellement un nouveau site où ces diverses références de la recherche académique auront plus de visibilité.
Des pistes sur les origines sont à disposition donc même si, et là est tout le problème, le planton d'église est le dernier au courant. Pourquoi ? La réponse touche au coeur du message porté par ce site, l'akklésia. L'église n'a pas vocation à affranchir le croyant, elle est utile pour la première étape, mais c'est le Christ seul qui affranchit chaque personne qu'Il appelle par son nom. À notre conversion, on baigne donc dans un tabou d'église : la sacralisation de la Bible. On voit pourtant bien comment de nombreux ministères (pasteurs, prophètes, etc.) savent prendre les versets « officiels » écrits noir sur blanc pour exprimer des idées qui vont à l'encontre de Christ. Avec la même Bible, chacun d'entre nous a de tout façon sa propre interprétation des mots qu'il lit. En effet, la question des références de la critique biblique est en réalité l'arbre qui cache la forêt. Chacun avance déjà son idée sans qu'on puisse trancher la validité de son choix doctrinal à lui. Certes, il existe un bouquet de dogmes dont la composition varie d'une dénomination chrétienne à l'autre, mais le consensus est plutôt dirigé vers la nécessité d'un corps collectif et le troupeau reste dans le flou et dans la libre interprétation sur de nombreux points doctrinaux, sans parler des détails (ah les interminables débats passionnés sur la chrétienne voilée ! Quelle importance cruciale pour la vie dans le royaume des cieux ! Non je plaisante, aucun intérêt). En réalité les débats et l'autorité à trancher sur les subtilités doctrinales dans l'église sont laissées à quelques conférenciers qui eux-mêmes vont faire des recherches chez les théologiens les ayant précédés, et ils en font presque un métier de tourner dans les églises pour rafraîchir et faire redécouvrir d'anciennes analyses et conclusions.
Il ne s'agit pas non plus dans le recours à la critique biblique, surtout pas et bien au contraire, de partir à la recherche du « Jésus de l'histoire » (nous en parlons aussi dans les causeries).
En bref, parmi les principales implications de notre position : cela entraîne pour nous que les 66 livres de la Bible protestante (les catholiques en ont 73, les orthodoxes environ 79 il me semble - voir les différents canonshttp://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_...) ne sont pas un Coran tombé directement du ciel, tels une pierre noire ou de toute autre couleur, à adorer sans en questionner les origines. Cela implique que la Bible est plus que jamais une rencontre toujours renouvelée avec le Christ, donc foncièrement déstabilisatrice car nous avons toujours à connaître le Christ, et que son but ultime n'est pas d'être un manuel de savoir-vivre ou de savoir-réussir-sa-vie-sur-terre quand bien même il soit possible de l'utiliser comme tel.
Je vous remercie encore pour vos commentaires et je vous invite à continuer d'explorer les deux sites (Causeries et LCJ).
Fraternellement et à bientôt.
3 — Le lundi 13 octobre 2014, 20:48 par JOHN
Merci pour votre développement très dense et fort intéressant. J’admire l’équilibre de l’ensemble et le bon sens qui en découle. C’est souvent le bon sens qui m’a permis d’éviter des enlisements définitifs dans des dogmes qui s’avéraient faux. Il est me semble-t-il une boussole assez fiable pour celui qui cherche avec droiture la vérité révélé quel qu’en soit le prix. Effectivement, on ne peut qu’être d’accord je crois devant l’hypothèse que ceux qui ont été inspirés n’étaient pas en mode écriture automatique. Cela aurait été un manque total de respect de leur humanité et de leur liberté. Impossible si on part du postulat que Dieu est juste et bon. C’est peut-être du fait de l’inconfort que représente une parole en partie faussée par l’humain et du tabou du niveau de l’inspiration des textes qui fait que l’on reste aveugle à l’évidence. Quand ce n’est pas pour des motifs « religieux » de domination et de pouvoir qui trop souvent sont avérés et dont les victimes sont innombrables. Là, on se trouve dans le pire des cas. Souvent ceux qui crient à l’hérésie sont les plus hérétiques et les plus mauvais. Les affrontés peut coûter cher.Je vous remercie tous, pour la possibilité qui m’est offerte de trouver un Dieu bien plus grand et aimant que je ne le pensais. Car effectivement, pour ma part, je commençais à me lasser d’une espèce de fermeture sur des dogmes figés qui éteignent le désir de découverte et empêche la possibilité d’un infini dans cette quête qui soit à la mesure d’un Dieu mystérieux voulant que nous le cherchions avec avidité. L’écoute de vos causeries me fait un grand bien. Ce sont comme des grandes bouffées d’air frais dans une vie spirituelle sclérosé par la mauvaise vue et la bêtise. Ce sera sans grande difficulté que je lâcherais le confort trompeur d’une vie spirituelle enfantine dont je me lassais au point de ne plus aller à l’église (ce qui semble peut-être ne pas être forcément un problème) de ne plus prier, de ne plus lire la bible (ce qui est sûrement un problème).
J’ai hâte de découvrir votre deuxième site concernant les références aux textes et à leur inspiration. Et je terminerai sur ces paroles : la lettre tue mais l’esprit vivifie.
Encore merci, et surtout continuez.Fraternellement, en christ.
4 — Le jeudi 22 octobre 2015, 15:53 par Parmelan
je met en ligne ici un long extrait d'une lettre de la correspondance privée de C.S. Lewis. je fais cela après avoir entendu vos différentes causeries, il est fait mention de la compréhension de la croix. Votre analyse était (si je ne déforme pas trop votre pensée ) que Dieu a usé de concepts faciles à comprendre, tels qu'enfant puisse comprendre le message. Donc voici ce qu'en pensait Lewis au début de sa conversion.
"En 1931, trois ans après sa conversion au théisme, il explique à Arthur Greeves, un ami d'enfance, comment il a vaincu le dernier obstacle intellectuel à la foi...." Ce qui m'a retenu ( en tout cas pendant l'année écoulée) n'est pas tant la difficulté de croire que la difficulté de savoir ce que la doctrine signifie; on ne peut pas croire en une chose si on ignore ce qu'elle est. Mes interrogations tournaient autour de la doctrine de la Rédemption: dans quelle mesure la vie t la mort du Christ "sauvent" le monde ou lui "ouvrent" le salut. Je pouvais voir à quel point un salut miraculeux est nécessaire; il n'est pas non plus difficile de comprendre, sur la base de l'expérience ordinaire, que le péché (par exemple dans le cas de l'alcoolisme) peut amener un homme au point où il est condamner à toucher l'enfer (c-a-d une dégradation complète) dans cette vie à moins que quelque chose qui se situe au-delà de toute aide ou de tout effort purement naturels n'intervienne. Et je pouvais fort bien imaginer le monde entier être dans le même état et avoir également besoin d'un miracle. Ce que je ne parvenais à voir, c'était comment la vie et la mort de Quelqu'un d'autre (quel qu'il fut) il y a 2000 ans pouvait nous aider ici et maintenant- hormis le fait que son exemple nous sert de modèle. Et toute cette question de l'exemple, bien que vraie et importante n'est pas le christianisme; au centre du christianisme, dans les évangiles et les épîtres de saint Paul, on ne cesse de recevoir quelque chose de très différent et de très mystérieux, exprimé en des termes dont je me suis souvent moqué ("expiation", "sacrifices", "sang de l'Agneau"), expressions que je ne parvenais à interpréter qu'en un sens qui me semblait soit stupide, soit choquant. Mais voici ce que Dyson et Tolkien m'ont montré: que si je rencontrais l'idée du sacrifice dans une histoire païenne, je n'y voyais aucun inconvénient; que si je rencontrais l'idée d'un dieu qui se sacrifie lui-même à lui-même, cette idée me plaisait et j'en étais mystérieusement touché; que la perspective d'un dieu mourant et ressuscitant (Balder, Adonis, Bacchus) me bouleversait de manière similaire, à condition que je la rencontre partout sauf dans l'Evangile. La raison en était que dans dans les histoires païennes, j'étais préparé à accepter le mythe comme profond et suggestif au-delà de ma compréhension, même si j'étais incapable d'exprimer dans une prose froide "ce qu'il voulait dire". Mais l'histoire du Christ est simplement mythe véritable; un mythe agissant sur nous comme le font les autres, à cette immense différence près que cela s'est réellement passé, et que l'on devrait bien être content de l'accepter de la même manière, en nous souvenant que c'est de Dieu tandis que les autres sont les mythes des hommes: c-a-d que les histoires païennes sont Dieu s'exprimant lui-même à travers la pensée des poêtes , utilisant les images qu'il y a trouvées alors que le christianisme est Dieu s'exprimant lui-même à travers ce que nous appelons ce que nous appelons "des chose réelles". Par conséquent, c'est vrai, non pas au sens où c'est la manière où c'est une description de Dieu(qu'aucune intelligence finie ne peut intégrer) , mais au sens où c'est la manière dont Dieu choisit d'apparaître à nos facultés. Les doctrines que nous tirons du vrai mythe sont bien sures bien moins vraies car elles sont des transcriptions dans nos concepts et idées de ce que Dieu a déjà exprimé dans un langage plus adéquat de l'Incarnation, de la crucifixion, et de la résurrection.
extrait du livre de Leanne Payne "Présence réelles" et en sous titre "la vision chrétienne du monde dans la pensée et l'imaginaire de C.S Lewis. pages 134-135 du chapitre neuf "l'intellect complet". Edition Raphaël 1995.
je savais pas ou placer cette intervention. Veuillez m'excuser pour la place prise et l'endroit choisi pour inscrire ce message.Fraternellement et courage dans la course. Parmelan.ps: j'ajoute un petit clin d'oeil; et si le verset le phus important de la Bible avait été effacé (Genèse ch-1, v-1 "I l n'est pas bon que je reste seul soupire Dieu". I l faut reconnaître que les projets de Dieu pour l'homme donne le vetrige : tour à tour créature, puis serviteur, puis ami puis de sa race, les Fils de Dieu. Quelle promotion arriver à être les vis à vis du Dieu. sans limite d'aucune espèces et dont l'essence même est l'amour. D'ailleurs pour faire écho à votre dernière causeries sur les maitres de la foi , Jean est bien le maître, celui qui se détache d'un Pierre, Paul Jacques Jude du NT.
5 — Le mardi 27 octobre 2015, 16:19 par Ivsan
Bonjour Parmelan,
Je préfère tout de suite mettre « cartes sur table », pour ainsi dire : je n’aime pas C.S. Lewis… enfin, ses écrits. Quelle surprenante magie, en outre, que la postérité ait réussi à faire de lui un apologète, un théologien et un philosophe du christianisme. Il n’était, selon moi, ni l’un, ni l’autre, ni le dernier. Ha ! ça, il était bien des choses et avait, dit-on, une grande érudition en terme de linguistique puisqu’une chaire de littérature anglaise du Moyen Âge et de la Renaissance fut spécialement créée pour lui à Cambridge.
En tous les cas, Lewis eut assez vite du succès. Poussé entre autres par son ami Tolkien – qui par la suite le critiqua – Lewis se fit une jolie place au soleil de son vivant. Je crois qu’il était convaincu d’avoir une mission, un don et une tâche spirituelle à accomplir. Que cette mission était inhérente à une réussite sociale, je crois qu’il en était convaincu : il faut bien se faire entendre. Sa tâche ? Je crois qu’il la résumait de la façon suivante, pour reprendre d’ailleurs une part de ses propos : Faire entendre au Monde que le christianisme se trouve à l’intersection du Mythe et de l’Histoire. La réussite actuelle de son œuvre prouve que le message passe ; il est moderne. Entre sa science-fiction, ses contes pour enfants et ses apologies, le Christ redevient en effet fréquentable.
Je crois que Lewis voulait « ménager la chèvre et le chou ». La chèvre, c’est l’Histoire, la Raison, la Morale, la Civilisation, etc. Et le chou, c’est le Mythe, l’Esprit, la Foi, le Paganisme, etc. Quant au loup, vous savez, celui de l’énigme du « loup, de la chèvre et du chou » – le loup de Lewis, il n’existe pas. Tout est pour lui un problème de réconciliation. Il faut réconcilier la chèvre et le chou au sein du processus qu’est le Progrès historique… et pour le plus grand respect de ce dernier. C’est d’une banalité extrême, car bien d’autres avant lui et après lui ont fait et feront la même chose.
Qu’il y ait un loup qui vienne précisément pour faire la rupture, pour empêcher cette réconciliation, pour briser le Progrès, pour faire la Sortie… Lewis n’y a pas pensé. Ha ! le sacro-saint Progrès, la Sainte Civilisation… L’aurait-il pensé ? Il n’aurait eu aucune réussite sociale, car le Monde ne donne pas son honneur à ceux qui le menacent : il les tue ou les convertit. Lewis fut converti. Aussi n’a-t-il à aucun moment supposé que le Christ était justement cette menace : la Non-réconciliation.
Lewis était donc un beau converti du Monde ; par le Monde et pour le Monde. Mystique d’une part, car nul n’ignore son lien avec l’occultisme et le spiritisme dont il était amoureux ; chrétien-Conformiste d’autre part, la morale et l’esprit cartésien de ses apologies en sont la marque ; Civilisé enfin, professeur à Cambridge, lisant, dit-on, le latin et le grec… Bref, Lewis, brûlant en secret pour Apollon, mais professeur et membre de l’Église anglicane, était très exactement ce qu’il prêchait et ce que Kierkegaard lui-même prophétisa : « Qu’est-ce que l’Église officielle ? C’est le christianisme païen ou le paganisme chrétien. » Au passage, Tolkien a fait de même avec ses Hobbits qui représentent les Juifs et son Aragorn copulant avec un ange (elfe), et qui représente le Christ.
Les Mythes. Je ne comprends pas comment on peut être aussi érudit et ne pas voir la chose suivante… aussi suis-je même tenté de dire que Lewis était un peu idiot. Les mythes auxquels il se réfère sont raisonnables ! Mircea Eliade et d’autres avec lui l’ont fort bien expliqué : « La fonction du mythe est de révéler des modèles, et de fournir ainsi une signification [intelligible] au Monde et à l’existence humaine. » (Mircea Eliade, Aspects du mythe).
Les mythes dont ils parlent étaient, DÉJÀ, une Expiation en vertu d’un dieu qu’on considérait, DÉJÀ, comme un système comptable de causes et conséquences. Le prêtre égyptien ou le chaman sont des lévites en attente d’être totalement vaincus par la Raison. Comment ? Lorsqu’ils accepteront enfin que le Sytème Expiatoire seul suffit. Qu’il n’est nullement besoin d’avoir plusieurs dieux. Un seul dieu suffit pour gérer le Système ; les autres dieux étant seulement des fonctionnaires servant le dieu-Un du système-Un. De là la lutte que l’AT mène contre l’idolâtrie : il faut faire rentrer tous les dieux dans un système universel de l’Expiation, chose assez aisée puisque tous les dieux ont déjà en eux la conviction expiatoire que leur a fourni la Raison… en prévision.
Il n’y a rien de mythique ou d’occulte là-dedans, si ce n’est, précisément, que l’occulte est dans le raisonnable. Dans ce fait qui consiste à représenter Dieu comme un mécanisme ; une alchimie mathématique comptable sur laquelle on peut jouer pour impacter sur le réel. Pour l’être-existant, parce qu’il tend au-delà de la raison, c’est occulte, bien que l’argument expiatoire qui en est la pierre d’angle soit des plus logique. Il n’y a donc aucune réconciliation à prêcher. Entre le mythe et le moderne, il n’y a que le Progrès. La guerre qu’on veut qu’ils aient est une fausse guerre. Le mythe est simplement l’enfance de la raison et le moderne sa maturité. À qui profite donc de faire de l’enfance l’ennemie de la maturité ? À la raison. Elle fait croire aux hommes que l’enfance même de la Raison est un ennemi, cette enfance qui est pourtant elle-même la Raison en devenir, l'animal intelligent mais encore trop peu intelligent. Ainsi l’attention vers la véritable guerre est détournée. La guerre véritable est celle qui a lieu entre elle, la Raison, et l’Être-existant. Parce que l’Être-existant est appelé à cette Liberté qui est le non-règne de la Raison.
L’Être-existant est appelé à régner sur la Raison comme un maître sur ses valets. Soit donc, à se délivrer de tous les systèmes expiatoires et sacrificiels, là où la Justice est toujours conçue comme un paiement qu’il faut verser à un dieu-Juge. Que ces systèmes viennent du paganisme, savant à son époque ; d’une religion un peu plus civilisée, savante à son époque ; ou de la science pure, savante à notre époque. Quand Dieu ressuscite, car Dieu est Vie et Esprit de Vie, et quand il ressuscite pareillement ses Fils, car ses Fils sont Vie et Esprit de vie, Il appelle en jugement, non pas ses Fils, mais les dieux-Juges. Lesquels précisément jugeaient les Fils et voulaient les damner ou les transformer en sujets parfaitement obéissants : des Lettres mortes de sa logique. Et c’est même à ses Fils qu’il donnera la capacité de juger ces dieux.
C’est cela qui est précisément enfantin : croire à cette fausse guerre. Lewis tombe dans le panneau. Mais cela lui permet, en outre, de pouvoir garder son amour pour l’occultisme. Car en ne voulant pas voir que le sacrifice païen est déjà de l’Expiation, et n’y voyant là que de l’occulte, Lewis tient alors le secret de son succès en même temps qu’un prétexte à conserver son cher occultisme : « le divin serait dans l’occulte et dans la raison ; et il faut réconcilier les deux dans un processus historique. »
Nous considérons que le sacrifice du Christ n’est pas un système expiatoire. Ainsi, il ne peut en rien être relié aux Expiations sacrificielles du monde païen, lesquelles étaient déjà lévitiques et l'annoncent, ou à celle du judéo-christianisme, tant l’Église n’a pas réussi à se libérer du système lévitique arrivé à son accomplissement dans le judaïsme. Le sacrifice du Christ est l’expression d’une libre volonté de Dieu, laquelle, justement, ne rend plus compte à l’Expiation et à ses Lois régissant le bien et le mal. Le sacrifice du Christ est la libération ultime où Dieu, ni raisonnable, ni occulte, mais libre, ne peut être compris. Le sacrifice du Christ n'est ni le fond d'une pure logique tel le système émanant de la Thora, ni le fond d'un imbroglio ésotérique. Le sacrifice du Christ est une communication d’Existence, de Vie, de Sang, et cette existence n’a qu’une manière pour être expliquée : Il faut la vivre. Or, la vivre, c’est ressusciter. C’est ici que la Foi prend le relais pour l’homme ici-bas qui est encore en lutte contre les évidences de la raison avec ses systèmes.
Soit donc, le sacrifice du Christ est une anti-réconciliation absolue. Notre volonté est de séparer définitivement le Christ, de faire la séparation et de veiller avec attention de ne plus Le mêler avec un système quel qu'il soit. Nous sommes écœurés par les mélanges continuels qu'on a eu de cesse de faire de Lui avec une logique du bien et du mal et un processus de réparation comptable. Aussi sommes-nous intransigeants. Les Lewis ou autres saints ne nous ferons pas fléchir. Toutefois, nous comprenons que l'individu a besoin de passer par cette subversion, nous-mêmes l'ayant connue. Et nous continuons, dans nos épreuves présentes, à lutter. Car l'épreuve nous pousse toujours à retourner au confort de l'Explicable, vers une spiritualité qui soit logique et dogmatique pour dire ce que nous vivons. Nous essayons de regarder vers la stature de « ressuscité » vers laquelle l’homme est appelé. Car celle-ci gardera de l’individu ici-bas ce qu’il a été comme Être-existant. Cet Être qui, dans la foi, dans l'incognito, buvait de Son sang et mangeait de Sa chair : emmagasinait DE l’ÊTRE . C'est cet or gardé en réserve où la rouille ne détruit pas et dont parle le NT.
Lorsque vous dites que le sacrifice du Christ, tel que nous l'évoquons, est « un concept facile à comprendre tel qu’un enfant puisse le comprendre » pour reprendre votre propos ; ce n’est pas ce que nous pensons. Non. À l’enfant « spirituel », justement, c’est le concept de l’Expiation avec sa logique qu’il faut donner, qu’il soit encore archaïque comme chez le païen ou érudit comme chez le moderne ; car c’est lui, très exactement, tant il est raisonnable, qui est un message facile à comprendre. Mais lorsque l’enfant quitte ce système d'Expiation avec toute ses constructions logiques, il entre alors dans la maturité où Dieu lui dit : « Tu ne peux rien comprendre, rien expliquer, mais seulement vivre ce que tu es, car comme moi, tel un Fils, tu échapperas à la raison. Et dans l’attente de le vivre, de ressusciter, je te donne la Foi. La Foi en cet impossible, cet impossible que je te donne et que je t’ai déjà donné. J'ai dressé ma croix pour te le dire et pour t'aider, précisément, à entrer dans cette Foi. »
Lewis est retourné dans le paganisme pour colorer la raison expiatoire d’occultisme, afin de faire supporter à l’homme moderne la tension que nous impose l’excessive technicité de la vie que nous bâtissons. De là son succès actuel. Car l’homme cherche cet assaisonnement pour sa vie, mais exister spirituellement, c’est-à-dire faire la cassure avec l’occulte et lumineuse raison, cela lui est toujours aussi difficile. Soit donc, ce qu’a fait Lewis, ça le regarde… mais qu’il ne mêle pas le Christ à cela. En somme, la pensée de Lewis, c’est une sorte de Harry Potter : « Je me crois divin parce que je parviens, dans un syncrétisme caché, à mêler l’extase occulte, somme toute raisonnable, avec la scolastique ecclésiale, elle aussi raisonnable, et avec la pure science de l'homme moderne. J'ai fait la réconciliation par le Progrès. Je suis le messie. » pff… écœurant.
Je vous suggère enfin à vous référer à la causerie 17, ici : Le Subterfuge. Nous y abordons ce problème.
Bien à vous…
6 — Le mardi 27 octobre 2015, 17:58 par dianitsa
Ivsan a été plus rapide que moi cette fois-ci... Mais je publie tout de même la réponse que je vous préparais.
« Votre analyse était (si je ne déforme pas trop votre pensée ) que Dieu a usé de concepts faciles à comprendre, tels qu'enfant puisse comprendre le message. »
Oui et non. :) Dieu a usé de concepts tels que des hommes puissent les comprendre, c’est-à-dire des concepts qui ont une résonance dans la réalité d’un être humain. Il s'agit donc plutôt d'une œuvre d'identification - de Dieu à la réalité de l'homme- que de simplification de concepts, même si cette œuvre d'identification implique ici une certaine simplification (sans doute... Mais la réalité de Dieu est peut-être finalement enfantine ?). C'est toute la démarche de Dieu au travers du Christ : se mettre au niveau de l'homme afin de l'entraîner vers Son niveau, ou, dit autrement : Dieu prend la nature de l'homme pour lui signifier qu'à son tour, l'homme prendra la nature de Dieu. Toutefois cette démarche entraîne bien sûr une attitude comparable à celle de l'adulte face à l'enfant, à savoir une pédagogie dans la formulation qui tiendra compte de ses limitations (immaturité de ses facultés, inexpérience, etc.).
Je suppose que vous faites allusion à la notion humaine de relation filiale qui pousse Dieu à se «dédoubler» en Père et en Fils. Pour ce qui est de la compréhension de la Croix, nous avons parlé d'un subterfuge destiné à neutraliser temporairement la raison toute-puissante chez l'homme, subterfuge qui permettra l’introduction chez un individu de ce projet INSENSÉ - dans l'acception de «contraire aux sens humains et à son entendement», contraire à son «bon» sens, sa Raison- ce projet donc, encore et toujours, d’avoir la nature de Dieu. Une nature qui transcende les lois de la Création (comme manifesté par les miracles) jusqu'à la loi ultime de la mort (comme manifesté par la résurrection). Une promotion, pour reprendre votre expression, qui va bien plus loin que d'être le vis-à-vis du Dieu ! puisqu'il s'agit d'être soi-même Dieu, ce qui constitue au final la seule manière de connaître Celui qui nous a engendré.
Pour ce qui est de C.S. Lewis, je le vois comme une sorte de V.R.P. du christianisme social (donc socialement acceptable), un logicien qui a poussé à l'extrême le rationalisme appliqué au christianisme afin de démontrer par A+B que le christianisme était la croyance la plus logique qui existe !Par ailleurs, j'ai l'impression qu'il n'a jamais réellement dépassé sa fascination pour les mystères occultes, un peu à l’image de l’auteur de l’épître aux Hébreux (peut-être CS Lewis est-il cet auteur ?! gag). On peut le voir dans l'extrait que vous partagez à son besoin de ramener l'histoire du Christ aux mythes et d’en faire LE mythe roi et véritable.
Je vais néanmoins tenter de répondre à votre rapprochement entre sa vision du "mythe chrétien" comme moyen de transmission privilégié par Dieu, et notre assimilation des procédés divins à des méthodes à la fois stratégiques et pédagogiques. Nous exprimons bien sûr la même idée générale, l'idée d'une intention, et même d'une attention particulière de Dieu dans Sa manière d'établir un contact avec l'homme. Cependant, deux choses me dérangent dans cet extrait :
1/ Quand Lewis compare les mythes des hommes et le mythe de Dieu, où est la différence ? En réalité, tel qu’il présente la chose, il n’y en a pas.
« les histoires païennes sont Dieu s'exprimant lui-même à travers la pensée des poètes , utilisant les images qu'il y a trouvées alors que le christianisme est Dieu s'exprimant lui-même à travers ce que nous appelons "des chose réelles". Par conséquent, c'est vrai, non pas au sens où c'est la manière où c'est une description de Dieu(qu'aucune intelligence finie ne peut intégrer) , mais au sens où c'est la manière dont Dieu choisit d'apparaître à nos facultés. »
Les deux sont inspirés par Dieu d'après lui.
2/ L’explication qu’il donne du véritable enjeu de la Crucifixion (du « sacrifice ») est que ce n’est pas un exemple, sous-entendu moral, et je suis d’accord avec cela (encore que l'aspect moral soit pour lui important), mais ce serait un acte mystérieux qui provoquerait un certain effet tout aussi mystérieux (à rapprocher du frisson qu'il éprouve pour les mystères païens). Je trouve que cette explication confine à la gnose.
Là où nous voulons évoquer une rupture radicale de Dieu avec la Raison — problème majeur et non-mystérieux — ainsi que la manière dont Dieu veut exprimer cette rupture et inviter l'homme à entrer dans un projet qui culminera à la Résurrection (et se poursuivra... l'homme devenu Dieu y sera désormais maître des logiques rationnelles), C.S. Lewis prétend de son côté tout expliquer et ordonner les mystères du monde, des hommes et de Dieu autour d'une autorité similaire à ses nombreux ersatz, mais elle-même véritable et suprême (originale). Dans sa conversion au christianisme, il n'a, me semble-t-il, fait que changer de patron pour prendre le plus puissant, celui qui chapeaute tous les autres, sans pour autant modifier en profondeur sa vision des choses.
L'intuition de Jean (d’ailleurs lui aussi soupçonné de gnosticisme) et ce en quoi il se démarque nettement des autres évangélistes, était d'avoir insisté sur la divinité de Jésus. En conséquence, il ouvre bien grand la porte sur le scandale de l'incarnation de Dieu, sur la notion de rapprochement extrême, intime, entre les deux natures - humaine et divine. Et c'est en cela qu'il se rapproche du cœur de Dieu.
Merci encore pour vos encouragements.
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