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Ivsan Otets · pour Akklésia



Contre un texte de A.W. Tozer
SUR UN BLOG PROTESTANT · OÙ J'AI FINALEMENT ÉTÉ CENSURÉ

Aiden Wilson Tozer (1897-1963) était un pasteur américain, prédicateur, auteur, éditeur et conférencier. Il fut appelé « un prophète du XXe siècle » de son vivant. Pasteur d’une église à Chicago durant 31 années, il était aussi éditeur et rédigea une trentaine de livres abondamment traduits dans le monde protestant.

Le texte de Tozer présenté sur le blog : « La seule réforme nécessaire » : On peut apprendre beaucoup sur les gens en regardant simplement les personnes et les choses qu’ils imitent. Les faibles, par exemple, imitent toujours les forts ; jamais l’inverse. Les pauvres imitent les riches. Les timides et les peureux imitent toujours ceux qui ont de l’assurance. Ce qui est vrai est imité par la contrefaçon, et les gens ont tendance tous à imiter ce qu’ils admirent.
Selon cette définition, la puissance aujourd’hui réside avec le monde, pas avec l’église, car c’est le monde qui prend l’initiative et l’église qui imite ce que le monde a initié. Selon cette définition l’église admire le monde. L’église est incertaine et regarde au monde pour être rassurée. Une église faible singe un monde fort sous les regards moqueurs de pécheurs intelligents, et pour sa plus grande honte éternelle. […]
Cette imitation servile du monde est pratiquée majoritairement par les églises qui prétendent posséder le plus haut degré de spiritualité et qui déclarent audacieusement leur fidélité à la lettre de la Parole. […] Ce n’est pas la Parole de Dieu, mais les magazines et le commentateur radio qui régissent et orchestrent nos prédications. C’est toujours le monde qui fait le premier pas, et l’église suit gentiment derrière, essayant pitoyablement de ressembler à son modèle. […]
Quel est le remède ? Il est très simple. Un retour radical au christianisme du Nouveau Testament tant dans la lettre que dans la pratique. Répudier le monde de façon virulente, et prendre humblement la croix. Un tel retour à grande échelle signifiera une réforme d’une vaste importance. Certains qui sont élevés aujourd’hui devront être abaissés, et beaucoup d’humbles seront exaltés. Cela voudra dire une révolution morale. Combien sont prêts à payer le prix ?

Akklésia (LCJ) : À propos du mimétisme et du désir mimétique, le sujet est largement connu avec les écrits de René Girard, notamment dans son : « Celui par qui le scandale arrive ».
Bref… ce qui est plutôt à relever ici, c’est la question posée par Tozer : « Quel est le remède ? » Puis, la surprenante réponse qu’il fait : « […] un retour radical au christianisme du NT […] Cela voudra dire une révolution morale. »
Surprenant ! Tout d’abord, sa lecture du NT est fautive, car l’évangile est précisément un message contre la morale puisqu’il s'élève au-dessus de la tôrah ; en effet, le NT prétend justifier injustement, sans la loi et contre elle, et contre toutes les morales d’ailleurs, car le NT justifie l’homme par la seule volonté de divine. Dieu justifie l’homme sans nos mérites et sans nos morales !
Mais le plus surprenant donc, c’est qu’après son discours sur le mimétisme, Tozer tombe et fait tomber son auditeur dans le piège qu’il vient pourtant de condamner. Pourquoi ? Parce qu’il imite précisément ceux qu’il critique, c’est-à-dire le monde présent ! — oups.
En effet, le Remède du monde a toujours été celui de la Morale ! C’est-à-dire celui de la Loi, mais non le remède de l’Évangile. C’est en vérité le « contre la Loi » du NT qui est le prix de la croix, le vrai prix de l’évangile, non cette fausse humilité morale encensée par Tozer. Soit donc, le prix de la morale n’est pas celui de la croix, mais seulement celui de Moïse – pour parler gentiment. De fait, en mêlant le Christ et Moïse, le prédicateur américain réitère la subversion de l’Évangile. Pauvre Tozer qui mélange tout finalement !

1er intervenant : Un peu de lecture LCJ ? Juste pour te dire que tu te trompes sur le personnage. Amicalement.

2e intervenant : LCJ, que faites-vous de la mort substitutive du Messie, annoncée dans Esaïe 53 ? Le NT ne prétend pas « justifier injustement » comme vous l’affirmez ; au contraire, il confirme que Jésus a pleinement satisfait la Justice de Dieu par sa mort substitutive. Il apparaît que c’est vous qui n’avez pas compris le message du NT.

3e intervenant : Mmmm, LCJ… A part qu’il me semble difficile de vous comprendre, vous semblez dire que l’Evangile n’est pas une morale… Me trompe-je ?
Et l’Evangile, c’est quoi donc dans les faits : la capacité de marcher comme Jésus l’a fait, c’est-à-dire d’accomplir parfaitement la Loi (Mt 5:17)… ou plutôt la capacité d’accomplir par grâce, par la foi et dans l’obéissance volontaire, « la loi parfaite » de Dieu… puisque la Loi de Moïse n’est que l’ombre de ce qui est parfait.
De fait il s’agit donc bien d’une morale pratique : le résultat concret des fruits de l’Esprit qui ne contredisent pas la loi… Gal 5:22-23

4e intervenant : LCJ, je ne suis pas sûr que tu aies bien compris Tozer. Car il n’appelle pas à pratiquer une morale, mais à « Un retour radical au christianisme du Nouveau Testament tant dans la lettre que dans la pratique ». C’est en marchant sur ces anciens sentiers, qu’une révolution morale pourra se faire jour. Cependant, elle ne sera que la conséquence de ce retour. Il ne s’agira donc pas d’un outil de transformation, mais juste d’un témoignage de l’Oeuvre Divine. Ce n’est pas la même chose !

Akklésia : J’aimerais pouvoir répondre à ces différents commentateurs (pas moins de 5) sans être trop prolixe ; je vais m’y efforcer. Cependant, tout en ne désirant pas faire de ce blog une tribune, le sujet est délicat, difficile et ne mérite pas d’être négligé en le simplifiant à l’excès, ainsi que le disait Luther : « Que personne ne pense que la doctrine de la foi soit facile. Elle est, sans doute, facile à dire, mais très difficile à comprendre. Il est facile, en outre, de l'obscurcir et de la perdre. »
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Je ne porte rien à l’encontre de la personne même de Tozer, mais je critique sans concessions son remède dont témoigne le texte mis sur cette page : « Une révolution morale ».
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Pourquoi la condamnation de Jésus fut celle d’un innocent ? Parce que Jésus a obéi à la Loi ? Cette réponse est intolérable ! À moins, bien sûr, de prétendre qu’il n’est pas ce qu’il prétendit être mais un simple prophète : en ce cas, c’est faire de lui un moïse évangélique ou encore un mohamed évangélique, ce qui plaît, je vous l’accorde, au projet qu’ont certains d’unifier les « monothéismes ».
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Mais tel n’est pas Jésus-Christ. Ainsi est-il intolérable d’affirmer qu’il obéit, que dieu obéit. De même est-il intolérable d’affirmer que l’œuvre de son Esprit en nous consiste à nous rendre obéissants envers la Loi. Car tous ceux qui s’attachent à obéir à la Loi sont sous la malédiction (gal.3).
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Si la Loi est bonne et sainte, c’est parce qu’elle révèle le péché. Sans elle, le péché est mort (rom.7). Aussi est-elle indispensable tant que le ciel et terre subsistent. De fait, elle est Servante et Gardienne, c’est pourquoi elle fut donnée par les anges, eux-mêmes servants et gardiens, mais non pas fils.
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Servante en ce qu’elle sert à nous condamner, c’est-à-dire à nous révéler que notre choix, alors que nous plaçons l’arbre du bien et du mal au centre de nos âmes, au centre de l’éden, que ce choix nous conduit dans un cercle vicieux infernal d’où nous ne pouvons sortir : il nous faut payer le moindre centime. Le péché n’est pas la désobéissance. Il consiste à définir la Vie comme devant obéir aux lois des dualités du bien et du mal (c’est le témoignage de gen.3), le péché consiste à définir notre vie comme n’étant faite finalement que « de chair et de sang », biologique, animale. C’est alors tétaniser cette Vie donnée par dieu, c’est en abolir la couronne de la liberté à laquelle dieu lui-même nous destine, lui qui veut faire de nous des fils, non des anges obéissants et continuellement dans la crainte — ces bêtes sacrées nous disent les juifs.
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Et Gardienne car la Loi nous met en attente alors qu’elle promet une Sortie de ce déterminisme machiavélique sous laquelle elle nous place. C’est une Sortie de la Nature : c’est le Royaume des Cieux. Je rappelle que ce déterminisme des lois nous est imposé avec notre approbation, nous, hommes religieux, tant effrayés par notre liberté et plus encore par la liberté divine. Nous qui désirons de manière charnelle des dieux qui obéissent aux lois, des dieux assoiffés de révolutions morales, ajoutant à la faute la condamnation, ajoutant au crime moral la violence du bourreau. La Loi est incapable de faire de nous au-delà de l’Animal intelligent et obéissant. La loi ne peut aller au-delà, elle ne connaît pas le Fils de l’homme.
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Ainsi, la Loi, par les prophètes, annonce en même temps le brisement du joug même de la Loi : la fin de son alliance. Ses prophètes ont annoncé le Christ qui est la réalisation de la Promesse, ils ont annoncé qu’un jour sera donc accomplie la Promesse tandis que la loi servait de simple précepteur à cette promesse jusqu’à sa réalisation. Pour les fils de la promesse, la Loi n’a plus d’autorité spirituelle ! Ce jour qui vient, pour l’homme de Foi désormais, c’est le jour de la résurrection où « Rien ne vous sera impossible ». En ce jour, ont annoncé les prophètes, le temple sera détruit, il n’y aura plus d’églises et l’homme seul sera un temple de dieu.
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Ainsi, la Loi se tient dans cette attente de la Révélation, de ce qui vient dans l’intimité de chaque-un. La loi garde ceux qui n’ont pas encore pleinement reçu cette intimité. Elle garde sous sa force les enfants à la mamelle que dieu appelle à rompre un jour le joug de la tôrah. Et elle garde de plus tout homme ici-bas, afin que l’homme ne retourne pas à son animalité, afin d’ordonner le monde pour éviter qu’il retourne au chaos et à la barbarie. Ainsi brûle-t-elle l’homme avec son épée flamboyante, c’est-à-dire avec sa culpabilité. Elle nous place sans cesse devant le tribunal de nos consciences. Elle nous écrase, nous fatigue, nous met en échec, jusqu’à ce que nous en appelions à dieu lui-même. À ce dieu souverain qui nous aime librement, au-dessus de la Loi. À ce dieu souverain qui nous pardonne tout, qui pardonne en récusant le jugement même de la loi : en récusant la morale. À ce dieu souverain qui nous pardonne injustement, brûlant et humiliant l’acte d’accusation de la Loi. À ce dieu souverain qui accuse donc le Tribunal même de la Loi, sans rien payer à ses juges en retour.
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Dieu ne doit rien. Il n’a rien payé aux procureurs de la Loi : il n'a rien payé à la loi ! Quand le texte biblique enseigne que le Christ a pleinement satisfait la Justice de dieu, il ne s’agit pas de la justice de la Loi que le Christ a satisfaite, laquelle conduit à la malédiction, mais il s'agit de la justice de dieu contre la loi. Il s’agit de la justice du Royaume des cieux, une justice arbitraire, car tel est l'amour : afin que l'amour « ne dépende ni de celui qui veut, ni de celui qui court » après la morale, mais d’un acte immérité et arbitraire de dieu. Soit donc, si la justice de la loi est sainte c’est parce ce qu’elle a l’intention de réaliser la promesse, c’est-à-dire de faire entrer l’homme dans le Royaume des cieux… mais elle lui ferme cependant la porte. Pourquoi ? À cause de notre impuissance charnelle : parce que nous sommes nés de la terre et non de l’Esprit. Il faut donc une justice supérieure qui puisse dépasser les menaces et les punitions de la Loi, quitte à scandaliser la Loi — comme le fit le Christ.
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Comment dieu fait-il cela ?
En se sacrifiant lui-même. Quelle humilité ! Il se place « sous » le jugement injuste que constitue ce tribunal des lois que les hommes servent — hélas. Pourtant, le christ ressuscite. C’est ainsi qu’il condamne ces lois que nous estimions justes, elles qui maudissent l’homme jours et nuits. Elles qui ne supportent pas que le christ s’impose comme maître de la loi, c’est-à-dire au-dessus de la Loi. Enfin, il met à mort leur verdict de mort. À qui veut être oint de Son action, il offre gratuitement cette grâce : par la foi Seule.
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Que ceux donc qui veulent faire une révolution morale servent donc les lois. Ils seront utiles pour le monde présent, une utilité intellectuelle et sociale et plus ou moins spirituelle donc. Mais qu’ils ne prétendent pas que la Loi est le remède du christ quant celle-ci n’est que son ombre — c’est-à-dire une armée qui le précède, organisée, menaçante, tandis que dieu vient en murmurant, caché, dans la foi, dans le sacrifice. Il vient dans la résurrection, dans un autre monde, non dans les révolutions morales de ce monde présent. Celui-ci, avec ses morales et avec sa tôrah, ne doit pas subsister. Seront alors écrasées toutes ces « saintes » morales religieuses, ainsi que ses sœurs, les brillants systèmes intelligents, politiques et technologiques.
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Pour moi, je persévère dans la folie de la foi, témoignant, tendant et espérant que dieu conduise les siens dans le monde-à-venir, sachant que : « L'Évangile est au ciel et la loi sur terre, de telle sorte que l’on appelle céleste et divine la justice de l’Évangile, terrestre et humaine celle de la loi. (Luther) »
Il y a bien une justice du royaume des cieux, mais elle est inconcevable à l’intelligence, outrageante à toute morale et à la tôrah. Elle jugera les anges. Elle s’appelle « l’Infini des possibles » (Kierkegaard).

2e intervenant : LCJ, au lieu de répondre à nos objections, vous continuez de vous opposer à l’Esprit : « Mais tel n’est pas Jésus-Christ. Ainsi est-il intolérable d’affirmer qu’il obéit, que dieu obéit. De même est-il intolérable d’affirmer que l’œuvre de son Esprit en nous consiste à nous rendre obéissants envers la Loi. »
Personne n’a parlé d’obéissance « envers la Loi », nous parlons d’obéissance à Dieu. La Bible dit que « Il (Jésus) s’est rendu obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix » (Ph 28). Et dans Hébreux 107 : « Alors j’ai dit : Voici, je viens… pour faire ô Dieu, ta volonté ».
Romains 8 explique que nous recevons l’Esprit à la conversion pour nous rendre capable d’obéir à Dieu. Je n’ai pas dépassé votre 1er paragraphe, au lieu de vouloir enseigner les autres, allez vous-même dans une église pour recevoir l’enseignement biblique avec humilité.

5e intervenant : Quelque chose me dérange non pas dans tes mots, LCJ, mais dans l’esprit gnostique qui est derrière. Je ne comprends pas où tu veux en venir, j’ai l’impression de jouer au football avec une savonnette dans un bain turc… En 2 mots, es-tu strictement évangélique et sommes-nous en communion oui ou non ?

6e intervenant : LCJ, tu avances des idées mais pas une position de foi car nul part tu parles de l’œuvre de l’Esprit Saint et ton vocabulaire concernant les saints anges du Seigneur, armée céleste du Père, sont insupportables.
Tu offenses le Seigneur et injurie, insulte les gloires ! 2 pierre 21-22.
Je demande au Seigneur que ton cœur soit percuté par la grâce et purifié par le Sang de L’agneau qui à le pouvoir de circoncire ton cœur endurci.
La foi n’est pas une science, ni une idée, ni une philosophie, mais elle est donné, communiqué aux enfants du Père notre D.ieu à ceux qui ont reçu la révélation de sa personne et de la personne de son fils.
Médite la parole avec une personne qui à reçu l’effusion d’en haut, du Saint Esprit, alors tes yeux s’ouvriront et tu verras … Nous sommes actuellement dans une période de poste modernisme qui révèle la confusion des cœurs, le refus de la vérité et l’individualisme exacerbé, centré sur le « Moi » fait dieu.
L’homme c’est débarrassé de toute responsabilité et de toutes règles pour gérer ses comportements livrés à ses sens et ses passions qui sont en train de le perdre.
D.ieu heureusement tient toutes choses dans ses mains ! Il en est comme au temps de Noé Matthieu 24…

2e intervenant : Au vu de ses écrits, LCJ fait partie des « sympathisants » du Christianisme, mais il rejette l’autorité des Ecritures et la sanctification.
Son autorité, c’est lui-même et son mode de vie. D’où son dégoût de tout ce qui touche à l’obéissance et à l’inspiration de la Bible. Cela le place en dehors de la famille chrétienne.

Akklésia : Il n’est pas exact de prétendre que je rejette l’inspiration de l’Écriture, je ne l’ai pas prétendu. Ce que je rejette c’est le fait d’affirmer que la bible est un dictionnaire de réponses, c’est-à-dire un texte duquel on puisse tirer un Système définitif, une théologie arrêtée, indiscutable, et par laquelle on exclut untel ou untel sous l’injonction d’hérésie. Comme le dit Karl Barth dans son commentaire aux Romains « Dieu n’est pas une raison à côté d’autres raisons. » Si telle est l’inspiration de la bible, une raison, une logique, alors c’est une inspiration gnostique, fondée sur le savoir intellectuel, non sur la Foi. Or que dit la bible à propos de la Foi sinon qu’elle conduit à naître de l’Esprit. Et l’Esprit est tel le vent. L’oreille l’entend, mais étant attachée à une logique elle veut transformer l’inspiration afin de posséder la divinité, afin de l’enclore dans sa pensée, afin de l’encadrer dans sa connaissance, dans son gnosticisme. Aussi, ne pouvant intellectualiser d’où vient ce vent et où il va, puisqu’il échappe à son espace géographique ordonné, voici que l’oreille soupçonne. L’Esprit échappe à tout concept théologico-gnostique, telle une savonnette, telle l’eau que ne peuvent retenir les filets d’une dualité logique.
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Non plus que j’ai affirmé rejeter la sanctification, tu me prêtes un propos que je ne tiens pas. Cependant, là encore il faut dire que la sanctification ne consiste pas, selon moi, à s’adonner à une morale CONTRE une autre morale. Je pense qu’elle consiste à naître à une façon de pensée qui n’est plus dictée par la raison précisément, sans pour autant nier la logique, mais en la replaçant au rôle subalterne que dieu lui octroie, à lui ôter donc la couronne de vie. L’arbre de vie s’acquiert par la foi ; et l’arbre des dualités logiques s’acquiert par l’intelligence. C’est ainsi que l’intellect, pour pallier son absence de foi, se formule de manière plus ou moins divinatoire ; ce peut être des mythes religieux ou scientifiques, mais aussi des systèmes technologiques se voulant d’anticiper l’avenir. Cette tentative permet à l’intelligence de ne pas perdre la face devant la foi. – Vivre par la foi ne consiste pas non plus à s’adonner à l’instinct animal, certes non ! Mais là aussi, il faut admettre que la passion plaît à dieu ; elle n’a simplement pas à nous diriger au risque de nous rendre addicts. Aussi, la dimension de penser selon la foi devient une humiliation pour la raison, car lors même qu’on ne peut prouver la foi, ni par la logique, ni par le miracle, on touche à la liberté de dieu. La foi nous ouvre à cette perspective, celle d’une volonté qui n’a pas de limites. Ou, comme disait Luther : « Se cacher dans les ténèbres de la foi ». Car la raison ne trouvant pas de raison à notre foi, et l’instinct égoïste, lui aussi logique, n’y trouvant pas non plus d’intérêt pour son « moi », car la foi est portée vers le devenir, au-delà du présent – l’un et l’autre estiment donc que la foi vit dans les ténèbres. A contrario, dieu y voit la lumière d’un monde en devenir, et qui vient, là où les possibles seront infinis.
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Concernant la communion, je te répondrai par une simple réflexion que voici.
La tradition rabbinique a calculé le milieu exact de leur tôrah. Le total des mots étant pair, le milieu est vide, et les 2 mots qui entourent ce vide dans Lev.1016 sont, en hébreu : « Darosh (milieu) Darash », que les rabbins traduisent par : « Interprète, tu interpréteras ». Les pharisiens, qui contrairement aux saducéens croyaient en une loi orale, pensaient qu’il fallait sans cesse questionner le texte et l'interpréter. Il faut plonger dans le vide du texte où se trouve sa vraie inspiration ! Or, Jésus leur reproche précisément d’avoir cessé cette dynamique, d’avoir construit un système théologique clos, c’est-à-dire de se donner des prophètes afin que nul ne puisse alors avoir le droit d’interpréter, de mettre en question leur système de connaissance théologique.
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À force de servir un système clos où dieu est une raison à côté d’autres raisons, une morale à côté d’autres morales, l’homme est mis à l’épreuve et en échec. Il est conduit dès lors à contester enfin les évidences. En effet, celles-ci sont devenues bien pauvres pour expliquer le paradoxe de Dieu. Et lorsque 2 frères vivants entre le darosh et de darosh (pour reprendre l’image) se rencontrent, ils ne s’interrogent pas sur l’étiquette religieuse qu’ils n’ont plus. Ils interprètent ensemble, questionnent le texte joyeusement. Et sur ce chemin où l’amour pour le dieu vivant, le Christ, leur permet de découvrir Celui qu’ils aiment, ils espèrent, par cet échange, être enrichis l’un par l’autre.
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Jacques Ellul, dans son livre « l’espérance oubliée » parle du soupçon comme un des éléments majeurs des rapports que l’individu entretient avec son prochain… Sache donc qu’il existe encore des chrétiens qui lisent Ellul, Barth, Kierkegaard, et qui ne trouvent pas dans la théologie anglo-saxonne le murmure de Jésus-Christ, mais bien trop de menaces, avec ces tonnerres de la morale qui faisaient déjà trembler le mont Sinaï. Leur communion et leur amour pour le Christ est là, dans ce rejet des menaces et des révolutionnaires moraux et moralisateurs. Certes, ils sont rares, et de plus, sans cesse en butte au soupçon et à devoir se justifier. Maintenant je te comprends, tu es fortement imprégné de la théologie anglo-saxonne que tu aimes, aussi, lorsque tu entends Ellul ou Barth, tu as du mal à reconnaître le Christ. J’ai beaucoup lu les auteurs anglos-saxons et beaucoup écoutés (il y a fort longtemps… dans leurs temples), aussi, je te comprends largement et je ne te renverrai aucun soupçon. Je suis certain que ta foi au Fils de Dieu est sincère et qu’elle fait de toi un fils d’homme… à ton rythme.
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Bref, tout cela nous a éloignés de « la révolution morale » de Tozer, des éclairs et des tremblements que sont les morales théologiques de ces héros religieux venus du Nord !

4e intervenant : Il me semble qu’il faudrait éviter les stigmatisations trop rapides concernant la pensée de LCJ, car ça soulève de vraies questions.
Je suis allé faire un tour sur les sites auxquels on peut accéder à partir de son logo et j’y retrouve le principe de « l’akklésia » (c’est à dire la « non-église » du japonais Kanzo Uchimura) à laquelle il a déjà été fait allusion sur ce blog. C’est une conception de la vie chrétienne qui me semble fortement influencée par la pensée orientale du négatif érigé en système (« non-violence » ; « non-haine » ; « non-église » ; « non-loi » ; etc…).
À mon avis, c’est une mauvaise façon de poser un vrai problème, qui est celui de la place de l’Institution (« église-système » ou loi morale) dans la vision Biblique. Encore un courant de pensée qui analyse assez justement les problèmes de l’église actuelle, mais en fournissant des solutions qui ne sont pas exemptes de recettes charnelles et qui n’apporteront donc pas une véritable dynamique de Vie par l’Esprit.

Akklésia : S’il est une pensée que je trouve plus dangereuse que tout, c’est bien celle venant de l’Orient (l’Islam est un gosse à côté). D’ailleurs, la réincarnation a déjà, hélas, conquis la théologie rabbinique (depuis plusieurs siècles d’ailleurs) et elle sera bientôt conquérante du monde évangélique où elle a fait de larges brèches : Ceci est un grand malheur. Le dogme des réincarnations est selon moi l’incarnation de la tiédeur — tiédeur dont tu sais tout autant que moi l’aversion que le Christ lui porte, à tel point qu’il préfère les froids aux tièdes !
Pour ce qui est d’Uchimura, j’ai l’impression que tu n’es pas allé jusqu’au bout du texte.
Je peux comprendre ton affection pour la théologie de l’Église telle que l’Église l’enseigne justement (c’est le propos principal d’Akklésia).
Mais pour ce qui est de la violence et de la haine, je ne peux douter que tu sois comme moi, témoignant contre la violence et la haine !
Pour ce qui est de la Loi, c’est le grand sujet qui remonte depuis Augustin et Pélage, en passant par Luther et Érasme. Là non plus, rien d’oriental ici. C’est d’ailleurs le sujet sur lequel nous avons basculé à propos de « la Révolution morale » que j’oppose à la révolution de la Foi Seule. bien à toi !

Dernier intervenant : Je ne souhaitais pas forcément intervenir mais vue que c’est moi qui passé ce texte de Tozer je vais quand même le faire. […]
Mais là où cest problématique c’est lorsqu’on en arrive à rabaisser l’auteur du texte pour « finir par faire l’apologie des auteurs qu’on préfère ». C’est comme si on faisait de la publicité comparative mais de très mauvaise facture. Et voilà que l’on s’éloigne du texte pour entrer dans des discussions du genre moi je suis plutôt de Paul, et moi oh ! plutôt d’Appolos. Et ainsi Tozer est ringard, Ellul et Barth c’est le must !… voilà où nous en sommes arrivés et puis il était évident qu’on en arrive là ce n’est pas la première fois.
Il y aura toujours des gens frustrés qu’on ne passe pas leur auteurs préférés mais mise à part que ce blog n’est pas un jukebox, il est clair qu’on ne pourra jamais satisfaire tout le monde à moins de ne plus rien passer du tout au moins tout sera nivelé au niveau des frustrations.[…]
Je trouve toujours étonnant que des chrétiens qui se considèrent spirituel en arrive à mépriser des serviteurs de Dieu du passé sous prétexte que eux voient mieux et comprennent bien mieux.[…] Quand Tozer parle de « morale » je fais l’effort de saisir ce qu’il veut dire en faisant une conversion rapide dans ma tête sans lui traquer la petite bête en lui plaquant au passage la supériorité de ma spiritualité qui au passage est certainement la conséquence du travail de ces hommes de Dieu qui ont de leur temps tracé des autoroutes où d’autres ont pu marcher pour être conduits plus loin par le même esprit de Dieu. […]
Vous dites que vous ne croyez pas qu’on puisse tirer de la bible un « système définitif » hé bien moi je vais vous dire que je vais plus loin que vous : je ne crois pas du tout qu’on puisse tirer de la bible un système quel qu’il soit surtout pas un système anti système qui est par nature un autre système.
Vous dites que vous ne croyez pas qu’on puisse tirer de la bible une théologie arrêtée ; hé bien moi je vais aller plus loin que vous car je ne crois pas un seul instant que la volonté de Dieu soit qu’on tire de la bible une théologie quelle qu’elle soit. Ce n’est pas dans ce but que Dieu a donné sa parole […] Et viendra le temps où Dieu va venir prendre la mesure de son action en nous et certainement pas la façon dont nous aurons mesuré théologiquement la trajectoire du vent ni calculé méthodiquement son poids lorsqu’il percute un arbre millénaire enraciné dans la terre.
Alors je me doute bien qu’il n’y a pas que Tozer à lire mais il y a aussi certainement Tozer et proposer d’autres auteurs ne doit certainement pas se faire en tentant de minimiser la présence du même esprit de Dieu dans ses écrits quand bien même Dieu ne lui a pas tout livré de la vérité qui est je le rappelle une personne dont la parole est vivante et permanente.

Akklésia : Vous dites ne pas croire un seul instant qu’il soit la volonté de Dieu qu’on tire de la bible un système quel qu’il soit. Ainsi avons-nous un point d’accord remarquable dont il faut se féliciter. J’aimerais vous rappeler que je n’ai rien « contre » Tozer, pas plus que j’ai quelque chose « pour » Luther ou Ellul. Je ne défends pas un auteur « contre » un autre. L’échange portait uniquement sur cette remarque de Tozer qui affirme que le remède serait de faire une « Révolution morale ». Je suppose que d’autres passages de Tozer sont probablement remarquables, de même que je connais certains passages de Luther qui sont exécrables. Je citais son commentaire aux Galates parce qu’il est approprié à la remarque de Tozer, c’est tout.
Rien ne nous intéresse que le Christ et d’entendre ce qu’il dit, et je vois que c’est aussi votre cas. Or, je ne relève nulle part que la Révolution morale fût aux propos du Christ concernant Sa bonne nouvelle. De plus, je ne vois pas dans ce terme une notion ésotérique ou philosophique qui supposerait une grande subtilité pour la comprendre. Nous sommes bien dans ce vieux conflit où Luther déjà parlait de la lettre de Jacques comme d’« une épître de paille ». Conflit qui n’a rien de vieux et de dépassé car il s’inscrit dès le départ du christianisme, la lettre aux Galates, entre autres, en témoigne dès l'origine.
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Je note aussi votre remarque lorsque vous dites que « depuis (luther) Dieu a mené son peuple plus loin ». Il y a là, me semble-t-il un réel problème. On voudrait assimiler la Révélation au mythe du Progrès. Je ne crois pas que le Christ soit perfectible ! Paul lui-même n’est pas un perfectionnement du Christ, mais, bien que 1000 fois plus éclairé que nous tous, il est des millions de fois en deçà du Christ. De plus, si vous lisez Ellul qui décéda vers les années 90, ou Barth qui décéda en 68, vous remarquerez que leur modernisme est frappant. Le premier a été un visionnaire quant à la sociologie et le second a anticipé le totalitarisme allemand… et pourtant, tous deux, d’un point de vue théologique ont puisé dans les anciens sentiers, reconnaissant que la Révélation, au contraire de suivre une ligne d’Évolution, suit une ligne d’Involution. C’est ainsi que l’Apocalypse raisonne aussi dans sa description des Églises au cours de l’Histoire qui se fait. Suivre « les anciens sentiers », comme le disait Jérémie (c.6), est probablement la meilleure manière de retrouver la fraîcheur de la révélation dont le Christ est l’essence.
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Enfin, vous citez un autre texte de Tozer qui confirme finalement mes premières suppositions. Tozer affirme, dites-vous, que « les chrétiens du passé avaient un niveau de sainteté supérieur aux modernes bien que leur connaissance des vérités prophétiques était inférieure aux nôtres ». Je trouve cette remarque doublement trompeuse ! D’une part, la sainteté morale n’a rien à voir dans la valeur d’un chrétien, c’est l’Amour et la Foi qu’on a pour le Christ qui sont déterminants ! — Au contraire, la sainteté morale conduit précisément à élaborer des connaissances théologiques qu’on dit prophétiques. C’est par ce puritanisme malsain qu’on s’écarte de la folie de la Révélation.
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De plus, la Foi et l’Amour qu’avaient les anciens pour le Christ étaient, non pas une ignorance, mais bien au contraire une capacité à renverser les raisonnements et à juger de tout. Paul, Marc ou Étienne… avaient une connaissance concrète et subtile de l’adversité intellectuelle que formaient les corpus théologiques et gnostiques de leur époque — et ils étaient légion. Mais enfin, la Révélation n’est pas une ignorance naïve et béate d’un homme planant dans une extase magique, elle est précisément le fait de renverser les raisons et les raisonnements parce qu’ils s’élèvent contre ce que Dieu dit. À savoir : Que le bien et le mal, que la morale, que les lumières des sciences… ne peuvent nous donner accès à Lui et nous en barrent la route avec sévérité. La Vie est fondée sur la foi. C’est-à-dire que Dieu marche continuellement sur l’eau. Il affirme que telle chose est Bien, non parce que c’est Bien. Mais c’est parce que Dieu le veut que telle chose devient Bien.
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Au 2e intervenant : Je ne refuse pas la discussion à propos de vos remarques concernant Esaïe, Ezéchiel ou Jacques, mais il me semble qu’une telle discussion devrait faire l’objet d’un billet dédié. De plus, j’entends bien votre invitation à me rendre dans une église pour être éclairé, conseil que j’ai suivi puisque je les ai fréquentées 15 années. Aussi, je vous invite à suivre aussi le mien, qui serait par exemple de lire le commentaire aux Galates de Luther ou celui aux Romains de Barth ou encore « La subversion du christianisme » d’Ellul. Si vous avez toujours évité un tel vis-à-vis, je ne doute pas que notre discussion tourne en rond. Cependant, n’oubliez pas que le vis-à-vis est d’une aide considérable. C’est ainsi que la différence fait croître. C’est ainsi que Dieu donna à l’homme une épouse comme « aide en vis-à-vis » littéralement. Éviter la différence, c’est précisément basculer vers la similitude, vers un concept de foule où l’un est le même que l’autre. « La foule, c’est le mensonge » disait Kierkegaard, justement parce qu’elle réduit l’espace entre les hommes et leur évite ce vis-à-vis des controverses d’où jaillit la source de vie.
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Je vous le demande : qu’est-ce qu’un philistin ? C’est un homme qui remplit les puits du patriarche. Or, que signifie remplir les puits ? C’est le fait de banaliser la recherche de la vérité, de la banaliser en faisant de son dévoilement un enseignement qu’on inocule dans la banalité scolaire plutôt qu’un questionnement dans une rencontre exaltante des différences !