Vous retrouverez sur la page de présentation de l’auteur deux documents sonores dans lesquels on peut entendre Jacques ELLUL s’exprimer sur des sujets divers :
Si Ésaïe se présentait aujourd'hui parmi les chrétiens, on verrait en lui un désaxé, ou un illuminé dont il faut se méfier ; quant à ce christianisme d'adolescents et de trentenaires, il dirait du prophète qu'il est « space », qu'il « plane ». Mais étrangement, si « space » se traduit par espace, il peut aussi signifier espacer, ou espacement, aussi le fait d'accuser l'autre d'être « space » c'est avouer être soi-même resserré et étroit ; car derrière cette chrétienté « fraîche, branchée et se croyant libre » se cache finalement une jeunesse vieille avant l'âge et plus moraliste que ses pères ; une chrétienté qui se prépare à une longue vie sans risques, mais douloureuse, et qui finira certainement grabataire tant elle prend soin d'elle et prie pour la conservation de sa race.
Ésaïe osa donc débuter son livre comme le ferait un déséquilibré ; en s'adressant à la Nature : « Écoute, ciel ; prête l'oreille, terre ! » Une habitude connue chez de nombreux personnages bibliques puisque Moïse ou encore Michée prenaient eux aussi le ciel et la terre à témoin ; quant au Christ lui-même, on le voit s'adresser, entre autres, aux arbres (marc 1114), à la mer et aux vents (marc 439) ! Et si l'Église ne prend pas ces hommes pour des fadas et des êtres bizarres, c'est parce qu'elle dispose de théologiens. Ce sont eux qui ont eu la prestigieuse mission de donner une explication raisonnable et rassurante aux Écritures, de rendre étroit ce qui est « space » ! Ainsi le chrétien orne-t-il chaque dimanche le tombeau des prophètes que ses pères théologiens ont tués (mat 233). Il faut le répéter : si Ésaïe prenait aujourd'hui la parole dans les Églises ou les Facultés de théologie, on lui fermerait la bouche d'une manière et d'une autre. La lecture ecclésiastique prétend en effet que le prophète s'adressait à la Nature « selon une formule rhétorique : pour signifier l'importance du message qu'il avait à prononcer ». « De nos jours, prétend donc le chrétien moderne, d'autres moyens de communication sont disponibles, et la liberté d'expression est reconnue ; c'est pourquoi Ésaïe deviendrait probablement prêtre, pasteur, docteur en théologie ou encore évangéliste envoyé par une société missionnaire veillant bien à le contrôler ».
Je ne crois absolument pas qu'Ésaïe parlait à la Nature de manière rhétorique ; il parlait réellement à la Création, et la Création l'écoutait. Eh quoi ! les auteurs de l'Évangile auraient-ils donc eux aussi utilisé l'Art oratoire, tout comme Ésaïe ? N'est-ce donc que selon cette habitude d'écriture liée à leur temps qu'ils auraient inventé que le Christ parlait aux arbres et aux vents ? Eh quoi ! jamais le figuier ne trembla à Sa parole et en devint stérile ; et jamais la tempête ne L'entendit et cessa aussitôt ? Allez donc faire un tour à la Faculté théologique de l’Université de Lausanne par exemple, vous y rencontrez un certain crétinisme érudit vous expliquant, langues antiques et philosophies à l'appui, que jamais Paul ne vit le Christ sur le chemin de Damas, que jamais personne ne vit le Christ ressuscité, et que tout cela est une façon rhétorique et naïve qu'avaient les premiers chrétiens pour susciter la foi et l'espérance messianique. Mais que répondrait le Nazaréen à un tel discours s'il passait de nos jours les portes des Facultés et de cette chrétienté si évoluée ? « Qu'il te soit fait selon ta foi, ô homme savant ; car lorsque ta mort te fera face, c'est ainsi que je m'adresserai à elle : selon tes propres paroles. Je lui parlerai de façon rhétorique ; et toi, tu resteras dans ton tombeau. La terre n'entendra pas ma parole et te gardera lié, tandis que le ciel aussi me verra muet et ne s'ouvrira pas pour toi. »
D'ailleurs quel est-il ce message si important qu'Ésaïe voulait faire entendre ? « Mon peuple ne m'a pas compris et ne m'a pas connu ; il est sans intelligence et ne comprend rien ». De plus en plus étrange. Car comment un homme peut-il prétendre discourir sur l'intelligence quand l'instant d'avant il parlait avec la Nature ? « N'importe quoi ! », n'est-ce pas ? « Que celui qui parle aux arbres ou aux vents ne nous parle pas d'intelligence ; et que celui qui veut nous apprendre quelque chose recueille d'abord l'onction du peuple, se soumettant à ce qu'il demande et à la théologie qu'il réclame. Qu'en outre il se marie, fasse preuve d'une vie témoignant de sa bonne moralité et d'une conscience pure. » Tels sont les nouveaux « Ésaïe » à qui l'ekklésia donne une chaire de prophète, de porte-parole du divin ; des « Ésaïe » mondains et civilisés à qui l'on a appris comment être applaudi par le peuple et comment, surtout, ne plus être « space ». Assurément, la terre et le ciel méprisent de tels hommes ; ils n'ont rien à leur dire ; ils ne sont pas ces fils de l'homme dont la Création attend la révélation, « soupirant et souffrant dans cette attente les douleurs de l’enfantement » (rom 822) ; car ainsi parlait encore Paul, lui qui pareillement écoutait la Nature.
Que sont-ils donc ces nouveaux « Ésaïe » et le peuple auquel ils s'adressent ? Un ramassis de benêts, un christianisme d'imbéciles heureux dont tout le corps est malade d'avoir tout expliqué, tout compris et tout entendu. Oui, « une hutte dans un champ de concombres » ; telle est cette Église qui ne veut pas d'espace, qui ne veut pas être folle, mais qui aime être resserrée dans un discours dogmatique ; un discours qui lui offre la certitude de ne plus jamais être remise en question. Une Église qui n'entend ni la terre, ni le ciel, ni l'Autre, et qui voit comme une bizarrerie tout discours qui diffère du sien. À plus forte raison n'entend-elle pas le Tout-Autre ; elle ne comprend pas Dieu ; elle ne le connaît pas, précisément parce qu'elle croit l'avoir très bien compris, certaine que bien peu de choses pourraient la surprendre de Sa part. Oui, « à quoi bon encore frapper cette chrétienté-là ? » Elle est tel un malade sous morphine, craignant par-dessus tout que la souffrance renverse soudainement ses vérités éternelles ; elle est malade d'être une cruche pleine du savoir que lui offre sa Cité moderne, elle ne veut pas entendre ce reste des déséquilibrés que Dieu laisse ici-bas pour la sortir de son hypnose.
Ivsan Otets
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1 — le mardi 30 octobre 2012, par M
Si Jésus prenait la parole à notre époque on le prendrait pour un guru manipulateur et pervers et pour un malade mental. Mais il le fait quand même, Il le fait ici même, maintenant même, et l'on prend les personnes qui l'écoutent et le reçoivent pour des gurus manipulateurs ou des malades mentaux ! C'est réel et témoignant. Les gens parlent de Gnose mais ce qu'ils font c'est en parler, pas le vivre. Les gens parlent de "supra-mental", ils en parlent et prétendre le définir, sans le vivre... L'Appel, ils ne l'ont pas reçu, c'est leurs instincts qu'ils suivent et ils ont questionné les livres et les stages au lieu de questionner leur intériorité. Leur intériorité répond toujours par la même insipide ignorance, voilà quoi ? voilà qui ? voilà rien ! Le gond de la Porte du Ciel c'est un espace et non une matière, quand on a questionné le Christ et qu'Il n'a pas répondu, on s'est replié vers d'autres dogmes, d'autres sons, d'autres semblants. Le vrai Christ aborde la terreur des hommes qu'Il contacte ! Il y a longtemps que ce jeune homme est mort, assassiné par ses contemporains et co-religionaires, il y a longtemps qu'Il a perçu l'insatisfaction et l'intérêt chez les religieux du monde. Il y a longtemps que le Ciel, plus gracieux qu'un Evêque, aborde les humains directement ! La balle dans le camp des hommes c'est une balle qu'ils ne renvoient pas vers Dieu, en la gardant, ils ont questionné la balle pour rien. Un vin se boit sans revers et sans contestation, on aime un bon vin parce qu'il est rire dans l'être, alors voilà que le Ciel a produit un vin aussi, une ivresse et un temps pour le vivre ! Un vin fermenté est un vin riche et plein de sève nouvelle, ainsi le Vin de Dieu est offert à ceux qui tendent la main pour prendre la Coupe. Il est rare l'homme qui ose et accorde au mystique le droit d'être. Il est rare l'homme qui passe par l'offrande de lui-même au Ciel pour rencontrer le Ciel. Il est rare l'homme qui passe par le Ciel pour revivre le Saint en lui. Enfin, nous guerroyons le grégaire et la valeur fausse du monde, la Voie est ouverte, on passe !
2 — le mardi 30 octobre 2012, par Ivsan
Je ne crois pas qu'il y ait de gonds sur la Porte du Ciel — et c'est précisément là qu'est tout le problème que vous effleurez… Car il ne s'agit pas de faire tourner la Porte sur ses gonds pour l'ouvrir. Ou plutôt, comme le disait Kierkegaard : la poignée est à l'intérieur. Nous ne pouvons ouvrir. C'est impossible. Aussi le procès que vous faites aux hommes de ne pas vivre l'ouverture de cette porte, de ne pas entrer dans son espace, c'est un procès injuste. Et, paradoxalement, c'est un procès « humain et trop humain ». Car c'est précisément le procès que tous les hommes font au divin et à la vérité en général. C'est le procès qu'ont toujours fait les vérités contre les vérités adverses : « Votre maison s'écroule parce que vous ne bâtissez pas sur le roc, parce que vous ne mettez pas la vérité en pratique » (mat 7.24-25). Ainsi parlait le Christ aux hommes quand il leur présentait, selon leur volonté, la Loi comme étant la parole de Dieu. · En vérité, il les prenait au piège ! En effet, il savait fort bien que nombre de parfaits, de saints et de mystiques avaient déjà entrouvert cette porte de quelques millimètres, et il savait fort bien qu'elle s'était toujours refermée alors qu'ils tentaient de la franchir, les coupant alors telle la lame d'une guillotine, telle la procédure d'un procès auquel le moindre détail ne peut échapper. Aussi le judaïsme a-t-il lui aussi fini par abdiquer devant la doctrine des réincarnations : « Il faut y revenir, quitte à y revenir durant mille vies pour à chaque fois pousser cette porte de quelques millimètres de plus ». · Si vous voulez renvoyer la balle à Dieu, sachez que vous ne gagnerez jamais à ce jeu de ping-pong, c'est un jeu sur table plane auquel il manque une dimension. Et quand bien même vous joueriez durant un milliard de vies, Dieu vous renverra toujours la balle comme si vous deviez tout recommencer dès le départ : à partir d'une autre vie terrestre parmi d'autres. Le Gardien de la porte ne vous laissera jamais entrer. Au saint et au mystique, tout autant qu'au brigand et au pervers, il dira : « Tu ne trouveras rien, ni dans tes livres, ni dans ton intériorité, ni dans tes succès qui te rende digne d'ouvrir pour toi la porte du ciel. À moins que tu n'abandonnes ton humanité. À moins que de sujet tu ne deviennes objet au milieu d'un monde inerte et lui-même objet. Ton devenir, c'est de ne plus être en devenir, de ne plus être : d'être littéralement “nirvana”. De vivre ta mort. » · Ainsi tournent toujours en rond tous les procès du pragmatique. On veut que Dieu (ou la vérité si vous préférez) règne sur nous ; on veut Le couronner et Le garder ici-bas afin qu'Il règle enfin tous nos problèmes, tant intérieurs qu'extérieurs. On veut un Messie à notre service, un Messie-Roi dans la pure tradition judaïque… et aussi dans la tradition ekklésiale, tant le christianisme a subverti les propos du Christ. Ce désir, Dieu y a répondu en nous donnant ce que nous voulions, en nous induisant en tentation : « Bâtissez sur le roc, soyez parfait, sanctifiez-vous, mystifiez-vous… jusqu'à ce que toutes vos maisons s'écroulent les unes après les autres. Mais pour moi, je n'abdiquerai pas. Je ne veux pas régner sur vous. Le royaume de l'Être n'est pas de ce monde. L'Être ne règne que sur lui-même, sur son propre espace et sur son propre temps, jamais sur celui de l'Autre, de son frère. » Face à cette frustration pratique du pragmatique, le Ciel a donc répondu directement, en s'incarnant littéralement, ce par quoi on ne peut être plus direct quand bien même on apparaît au profane comme un homme d'une trentaine d'années. Et sa réponse se résume tout simplement ainsi : « Un tombeau vide — rien ! Sinon la résurrection. » · Et c'est ici que vient le paradoxe. Vaincre par la défaite. L'homme ne verra sauter la porte de ses gonds qu'au moment précis où, absolument désespéré, il cherchera ailleurs Dieu, ailleurs que dans le pragmatisme ici-bas d'une réalité littérale ou mystique. C'est à cet instant qu'il entend Dieu dire au Gardien de la porte : « Écarte-toi ! Ôte-toi du passage ! Celui-ci passera. Il passera gratuitement et sans rien payer. Il passera parce qu'il a vu que cette balle qu'il m'a renvoyée m'a tué ! Et parce qu'il m'a vu, soudain, me relever. Et là, au sein de mon tombeau vide, il sait désormais que j'ai englouti sa mort dans la mienne, que je me suis relevé pour le relever lui-même un jour, que j'ai été couronné pour bientôt le couronner. La porte lui est désormais toute grande ouverte, car de porte il n'y en a plus. » · Cette vérité-là, jamais elle ne sera prouvée ici-bas et jamais elle régnera en ce monde. Elle est tellement pragmatique qu'elle ne s'effectuera en réalité que dans la résurrection. C'est pourquoi le Christ n'a rien dit d'autre qu'il était à-venir. Et le Messie est toujours à-venir, dans un autre lieu, dans un autre espace, dans un autre temps. Et tout Messie qui prétend métamorphoser notre monde d'ici-bas en un monde meilleur, c'est un faux-messie. Boire le vin frais du nouveau, c'est boire le vin de la Résurrection. Ce vin a pour l'heure l'avant-goût d'un sacrifice de l'Être à cette croix qu'il accepta sans qu'on le contraigne. Il y a donc bien une « pratique » du divin dans la réalité, une pratique qui tient plus lieu d'incognito que du visible tant elle est fondée sur l'à-venir. De plus, ce pragmatisme divin s'incarne de manière existentielle et non de façon générale, s'inscrivant dans la réalité unique de chaque-Un et en particulier. Aussi n'y a-t-il pas de dogme, de credo ou d'église de ce pragmatisme dans lequel tous se réuniraient aux yeux du monde. Le Fils de l'homme est irréligieux. Chacun Le connaît pour lui-même et il diffère absolument des uns par rapport aux autres. Là est le propre du paradoxe de Jésus de Nazareth : sa gloire est de ne pas être prouvé et de ne pas régner, et sa subversion est de le forcer à régner sur la réalité de façon visible, extraordinaire. Là est sa contestation — insupportable et si profonde contestation envers un monde qu'il se refuse de changer, qu'il conduit à la croix et auquel il n'offre « que » la résurrection comme sortie !
· Soit donc, si vous voulez savoir quel peut être ce pragmatisme pour vous et dans votre propre cheminement, venez boire le sang de Celui que vous appelez « un jeune homme », mais dont la tombe est vide. Cette coupe vous semble-t-elle trop brûlante ? Ce Dieu trop déséquilibré ? Je vous rassure : il l'est car il est trop aimant. Pourtant je ne sais comment il est possible de vaincre la mort tout en conservant l'équilibre, et je ne crois pas à l'amour qui s'appuie sur ce monde tant il nous faut « tomber » amoureux de Celui qui nous aima le premier en déversant sa vie sur notre pauvre terre…
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