Vous retrouverez sur la page de présentation de l’auteur deux documents sonores dans lesquels on peut entendre Jacques ELLUL s’exprimer sur des sujets divers :
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Quel plaisir de vous lire à nouveau ! Votre réflexion est rafraichissante et vivifiante.
Votre approche du phénomène de la possession me rappelle une expérience faite en 1984. En cette année maudite de mes 20 ans j'ai entendu pour la première fois l'Evangile dégagé des scories catholiques. Pour une raison inconnue, je ne fus pas "possédé" (dans le sens que vous employez dans votre causerie) par Dieu comme tout nouveau converti. C'est même le contraire qui arriva. En quelques mois j'ai sombré dans des troubles psychiatriques graves qui s'apparentent à des bouffées délirantes. Conviction que mes proches allaient m'assassiner, bref du lourd. Prostré dans la peur et enfermé dans ma chambre, je suis resté ainsi deux mois. Et puis brutalement j'ai eu la force (par quelle miracle, celui de la volonté?) de sortir de faire une heure de vélo tous les jours. Au bout de deux mois, j'avais retrouvé un équilibre psychique. Alors je souscris avec votre approche de l'unité de l'être: dans mon délire, j'étais entouré de démons et du diable et je tremblais comme une feuille au vent. Mais quand j'ai décidé de réagir, je me suis reconquis en quelques sortes. Les démons et le Diable ne sont que des chimères qui vivent de nos craintes ... En y réfléchissant, cela m'évoque aussi les peurs enfantines. Tant que l'on a pas osé affronter le pourquoi de nos peurs, ces dernières sont vivaces. Mais vient un jour, où on se lève, va ouvrir la porte, et incroyable, il n'y a personne dans le couloir... Sur ce mes bien-aimés, faites de beaux rêve...
bonjour Parmelan,
« Mais vient un jour, où on se lève, où va ouvrir la porte, et incroyable, il n'y a personne dans le couloir... » – Merci pour votre commentaire Parmelan car c’est bien cela que nous nous sommes efforcés de dire. À savoir, qu’à propos du diabolique, il est impossible de dire : « il n’existe pas » ; mais il est aussi impossible de dire : « il existe ». L’affirmation radicale de l’un et l’autre de ces deux cas étant les pièges par Excellence du diabolique. En somme, on fabrique du démon en affirmant son existence individuelle selon une rationalité théologique ; et on en fabrique autant en la niant pour n’y voir qu’un fait médical rationnellement psychologique.
Car la chose est en vérité fantomatique. Et, de fait, la chose en devient d’autant plus machiavélique. Car le fantomatique vit de notre vie. Mais il n’existe pas en propre et hors de nous. Il n’existe pas sans nous. Mais surtout, il n’existe pas sans notre attention, sans notre peur à son égard, et surtout sans notre description tandis que nous faisons de lui un Individu : un Démon. En somme, il n’existe pas sans la dogmatique théologique que nous lui fabriquons et que nous lui donnons, tel un sacrifice fait aux dieux archaïques… pour « leur » plus grand bonheur. Nous sculptons nos démons DE nous-mêmes, en leur donnant DE notre vie, DE notre sang, et DE notre perspicacité intellectuelle. C’est ainsi qu’ils deviennent très vite « une réalité » extrêmement bluffante tant ils sont nourris et mêlés de notre réel ! De là aussi la naissance de la Technique, de la Politique, ou encore de l’Industrie cinématographique en tant qu’émanation du diabolique dans le cadre d’un transfert spécifiquement intellectuel.
Le fait démoniaque, dirais-je, est donc une sorte de transfert intériorisé de nos volontés, de nos sentiments, de nos frustrations… Mais aussi, à l’extérieur, un transfert de nos intelligences hyper-rationnelles et obéissantes ; et de nos théologies « au carré » qui expliquent tout. Car la Rationalité est – elle – le Brisement le plus réussi de l’Être tant elle simule tout le contraire : son Évolution. Soit donc, pour la Personne intérieure, pour l’Existant intime que nous sommes, les démons vivent dans le transfert fantomatique de nous-mêmes qui gît là ; là, dans la faille de notre personnalité, dans une sorte de tohu-bohu né d’une tragique cassure de notre être. Dans un courant d’air que produit notre brisure ! Et, de là-bas, ils s’enfoncent de plus en plus HORS de notre contrôle, dans une réalité fantasmagorique, incompréhensible, adogmatique. Puis, en ces lieux fantasques, ils arrivent enfin, parfois, à acquérir, hélas, une certaine aperception du divin tant la Liberté Divine a elle aussi ce « parfum » de l’inexpliqué. C’est cette aperception simulant le miracle et le prophétisme qui nous fait passer, à l’égard du démoniaque – de la peur à la séduction.
Comme vous le dites : « Vient un jour où on se lève et où on ouvre la porte, et, incroyable, il n'y a plus personne dans le couloir ! » – Il faut donc mettre les démons à la diète. C’est-à-dire leur ôter, d’une part, la théologie de la peur et de la séduction, et d’autre part, la théologie des règnes et des retours ici-bas des messianismes miraculeux dont le christianisme les a couronnés. Cela, nous, nous pouvons le faire ; faire tomber les forteresses de pensées, nous, nous pouvons le faire. Mais pour le reste, c’est-à-dire, retrouver l’Unité de la Personne, « ressouder » l’Être fracassé, ceci nous est impossible, et à personne une telle modification de l'Être n’est possible ! Même un « prophète », et encore moins un « ange » ne le peuvent. Quant aux « sciences » de la psychologie ou de la psychiatrie, quand elles parviennent, ici et là, à procéder à quelques coutures, leurs sutures intelligentes n’ont aucune résistance au temps et montrent vite leur vanité. Leur utilité n’existe donc que dans le fait de pouvoir, elles aussi, provoquer la diète du fantomatique par un travail sérieux. Seulement cela. Elles sont, elles aussi, incapables de faire le geste divin qui consiste à redonner l’Unité intérieure à un Être-existant : à ressouder une « âme » de telle sorte que ce qui a été, jamais n’a été. Cela ne regarde que l’Homme, l’Individu dans sa Rencontre intime, longue, quotidienne et particulière avec le Christ. Seul le Christ a le possible d’un tel touché, car c’est là, finalement, le touché de la Résurrection, de l’Autre-homme, celui qui est à-venir, qui est en train de naître à un impossible. – Encore merci, Parmelan, car votre intervention nous donne l’impression d’avoir été entendus. C’est tout simplement un plaisir.
ivsan
Ha le bel œuf (de Pâques) !.
Merci donc à tout deux pour cette causerie et félicitations à Parmelan pour avoir réussi à « résilier » aussi rapidement ( deux mois).
Chez certains, cela dure bien plus longtemps (plus de dix années me concernant).
Cependant, le terme « brisement » évoqué dans cette causerie me semble « un peu » sous calibré, je comparerait plus cela à une explosion de l'individu à la façon d'une marguerite à qui l'on aurait soufflé ses pétales.
Ceci est corroboré par les témoignages de ceux qui ont réussi à se sortir de soucis similaires dit « psychiatriques ».
Selon moi et pour avoir vécu ces « choses », un brisement est plus consécutif à un divorce, une perte d'emploi, un accident, enfin bref, un événement conjoncturel or dans le phénomène évoqué, c'est la structure même de l'individu qui est attaquée, c'est autrement plus grave.
A ce titre, « Spaltung » disaient les psychanalystes en évoquant la psychose, en Allemand la traduction concernant l'usage de ce mot avec le nucléaire, c'est fission....
Or une fission de l'atome (non maîtrisée) semble entraîner une explosion (Tchernobyl) non ?.
bonjour Thamis
« Cependant, le terme “brisement” évoqué dans cette causerie me semble “un peu” sous-calibré, je comparerais plus cela à une explosion de l'individu à la façon d'une marguerite à qui l'on aurait soufflé ses pétales. » – Excellent ! Tu as raison Thamis. Et à propos de ta comparaison entre l’Individu et l’Atome, elle est aussi très intéressante. Nous en avions d’ailleurs déjà parlé, peut-être concernant un texte sur Jn 17 (je ne sais pas si nous l’avons laissé en ligne) : « Le mot “individu”, individum en latin classique, traduit le grec atomos “atome” : “qu’on ne peut couper, ce qui est indivisible”. Il sert à désigner un objet unique par opposition à genus, species, le “genre” ou l’“espèce”, nous dit le Robert historique de la langue française. En effet, si l’espèce est divisible, parvenu à l’individu, toute division supplémentaire devient criminelle ; de sorte qu’à chaque fois que nous parlons d’un individu, nous désignons en vérité un indivisible. Nous sommes, dans le projet divin, des indivisibles. Le malheur est que tel n’est pas le cas dans le concret : l’individu a été divisé. »
Or voici, dans cette comparaison « atomos-individu », la chose devient encore plus intéressante lorsque nous remarquons que la technique nucléaire comporte deux méthodes : la Fission et la Fusion. La Fission, comme tu le fais si bien remarquer, c’est ce qui est vécu individuellement. C’est, comme tu le dis, cette « explosion de l'individu à la façon d'une marguerite à qui l'on aurait soufflé ses pétales ». Notre causerie a donc pour objet de soulever que cette « explosion » ne peut être nommée « possession démoniaque » que de façon symbolique. C’est-à-dire, non dans le sens qu’une entité possède l’Être d’un individu, mais dans le sens que, précisément, l’Être est dépossédé de son indivisibilité. La possession est très exactement une dépossession, une dépossession de l’Être. Si la possession était finalement l’activité d’une entité possédant un individu : comme ce serait plus simple, comme ce serait finalement bien peu machiavélique.
Et maintenant, qu’est-ce que la Fusion ? C’est toujours le phénomène de « possession », mais cette fois la possession est vécue collectivement plus qu’individuellement. La Fusion en appelle à la masse et fait d’elle sa Puissance, tandis que la Fission se focalise sur l’individu seulement. Mais la possession se sert justement de cette menace de peur qu’est la Fission de l’Être pour entraîner ce dernier à se réfugier dans la Fusion et ainsi créer la méga-Puissance qui doit en résulter. La possession préfère donc la Fusion et n’opte pour la Fission que par manque. La méthode de la Fusion est de ce fait bien plus totalitaire. Les « atomos-individu » fusionnent dans ce que j’appelle une sorte de « méga-atome indivisible ». C’est le corps collectif : Nation, Empire, Église, Famille, etc. C’est le concept d’Être-suprême dans le bouddhisme et l’hindouisme ; c’est le concept de l’Un dans un monothéisme exacerbé qui n’a pas réussi à dire son : « Détruisez ce temple de l’Un et je le rebâtis en 3 jours dans l’Individu. » Le concept de la Fusion dans une Unité de paix est cependant un phénomène indispensable. Il faut précisément que l’Individu, l’Être-existant se confronte à cette possession et lui tienne tête. De là en sortira-t-il pour comprendre que ce Un fusionnel n’était qu’une sorte de matrice dont il faut se libérer pour justement – Exister.
Il s’ensuit que la possession réussie est bien celle de la Fusion en Un mega-Collectif étouffant tous les individus en Lui. Une possession dont nous voyons toutes les marques en ces temps de mondialisation excessive. Une dernière chose encore. Dans ce phénomène de possession réussie qu’est le mega-Collectif, le « démon » indispensable à sa propagation est généralement le phénomène de propagande. Phénomène absolument effrayant. Et encore une fois, en ce printemps 2017, les élections en France nous en font une belle démonstration. D’une part avec les journalistes, tête de pont de la Propagande et possédés au possible ; et d’autre part, avec « celui » qu’ils adoubent dans leur intimité commune et noirâtre avec la Puissance cachée : ce Grand melting pot qui vient où doit se fondre l’identité coupable d’être précisément une Identité.
Enfin, mon terme de « brisement », il est vrai « un peu sous-calibré », avait dans mon esprit un rapport avec l’homme en tant que « vase » (cf. Paul). J’aurais du effectivement préciser que notre vase peut être seulement fêlé par les épreuves « habituelles » de la vie, et parfois carrément jeté de très haut et s’éclater en mille morceaux sur le sol.
Je te salue respectueusement Thamis – Ivsan
Bonjour Ivsan, merci pour cette réponse, je me suis bien rappelé de ton évocation (atomos) dans une précédente causerie, un parallèle de génie propre à être soutenu dans une thèse (si cela n'a as déjà été fait..).
Pour en revenir aux termes, et pour ce qui me semble être des épreuves majeures de la vie, l'on parle effectivement dans les écritures quasi que de « brisement », le terme de « possession » est -semble t'il- plus accolé à des problèmes autrement plus « graves ».
Dans mon épisode de psychose fort long, j'ai expérimenté une curieuse chose, une dislocation, une pulvérisation entraînant une sorte de dilution-liquéfaction-fonte (devenir étranger à soi même, perdre ses sens être donc « hors de sens ») au point que même devant une glace je n'arrivait même plus à me reconnaître physiquement.
Peut être cette "fonte" était elle nécessaire à vue d'une reconstruction ultérieure (cette "soudure" dont tu parle).
Ce genre de « symptômes » évoqueront telle ou telle « pathologie » à des « médecins » spécialisés, cependant, la médecine étant aussi devenue une religion, elle ne supporte guère de remise en question, quand à la psychiatrie elle a été également fiduciarisée via ses « troubles » et ses pilules « magiques ».
D'ailleurs la « bible » du psychiatre conventionnel, le DSM (manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) est passé de 60 « troubles » en 1956 à 297 en 2013 (édition N°V).
Et pour reprendre mon analogie avec la religion, je perçoit qu'avec les neurosciences la « médecine » est en train de s'inventer une « nouvelle légitimité » comme une sorte de....nouveau testament...
Dans tout les cas, les solutions proposées à vue d'endiguer les problèmes évoqués par des religieux d'origine Freudienne ou Chrétienne sont hautement toxiques.
Les deux apportant leur lot de malédiction avec, pour un ce sera « Monsieur vous êtes malade » , pour l'autre « Monsieur vous êtes démonisé ».
Du coup, le néophyte non conscient et non informé soumis au phénomène que tu décrit fort bien va galérer (pléonasme) très longtemps....
Psychologie et démonologie se sont finalement entremêlées finissent en un produit « dérivé » pompeusement nommé en Ecclésia « relation d'aide »...
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Pour l'avoir aussi vécu, les deux cas de possession par le divin évoqué dans cette causerie est bien effectif, -me concernant-, celui de « l'amour » à été expérimenté durant quelques semaines et celui venant après nettement plus longtemps (décennie).
Je note que la première « possession » que je qualifierait d'amoureuse peut survenir plus d'une fois dans une vie, est n'est pas forcement consécutive à l'adhésion au message divin.
En somme, je comparerait la chose comme les rapports d'Obelix et Asterix avec la « potion magique ».
Obelix, étant tombé dans la marmite de potion étant « petit » voulant encore plus de potion malgré que celle-ci n'ai plus d'effet sur lui, bref de la gourmandise voir limite...une addiction.
Quand aux courant d'air consécutifs au second phénomène de possession évoqué, il est plutôt impressionnant et -c'est troublant- corrobore l’évocation d'un « esprit de vérité », néanmoins il vaut mieux parfois ne pas savoir certaines choses.
Enfin, cette chose qualifiée d'esprit dont les églises charismatiques de toute dénomination encouragent la recherche active est plutôt -pour celui qui le reçoit- un « cadeau empoisonné » entraînant chez l'individu une forme de régression propre à toute les décompensations dites « psychiatriques » comme cela est observé par le personnel médical notamment après consommation de produits stupéfiants, « rebirth », privation de sommeil etc....
Pour finir, dans mes discussions verbales avec des « tiers » concernant le diabolique, dans l’immédiat, je bote en touche et sort ce « verset magique » pris dans les réflexions d'Ivsan, « le diable est le diable de Dieu ».
Curieusement personne ne m'a encore remis en question (ou contredit) cet « argument d'autorité » .
Merci encore à tout deux.
Je voudrais faire une petite parenthèses concernant la piste évoqué par Parmelan pouvant envisager qu'une pratique d'un sport puisse aider à une « reprise de soi ».
J'ai adopté un « remède » similaire au début des problèmes de seconde « possession » (évoqué dans la causerie) via de la course en montagne, néanmoins j'ai rapidement constaté que plus je faisait d'exercice plus le phénomène était amplifié, je ne me l'explique toujours pas.....
Bref, cela n'a pas fonctionné sur moi.
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