La Porte des Fruits

…QUI VIENT

Il existe une Porte, au fond des profondeurs de soi — loin, très loin de la surface habituelle sur laquelle nous porte la vie dès notre naissance. Une Porte qui se trouve au-delà du fleuve du sang.
Là, au fond de sa propre vie particulière, là où aucune lumière du jour ne vient, là où le soleil n’a pas sa place. Là, se trouve une Porte.
Immense, majestueuse Porte.

Elle est faite de bois rares présentant une noble patine. Son épaisseur la rend si solide qu’aucun effort ne semble jamais pouvoir forcer son ouverture. Elle est aussi très haute et d’une largeur surprenante. De plus, elle est comme dissimulée — couverte par un feuillage tombant, dense, chamarré et subtilement aromatisé. On devine, sous les végétaux, un fin travail de marqueterie, fait de motifs inexprimables, de sculptures en relief ou en creux, fort habilement maîtrisé par l’ébéniste. L’huile parfumée qui enduit ses gonds se mêle agréablement aux essences de ses bois sculptés, ainsi qu’aux senteurs fruitées du fameux arbre à la ramure enveloppante.

Étrangement, cette Porte est sans poignée et ne présente aucune serrure. Et, plus bizarrement encore — bien que lourde et imposante — elle n’offre pas de résistance ! L’homme ou la femme exténué-e, qui l’aura atteinte, la poussera de son épaule ou de ses mains sans qu’une réelle force contraire ne les décourage.

Docile, elle s’entrouvrira.

De quelques centimètres d'abord, comme ayant reconnu celui ou celle qui aura atteint ce lieu — le Tréfonds. De la fine embrasure qu’offrira alors la Porte entrouverte, surgira, soudain, douce et solide, ayant l’apparence d’un éclat inconnu — une lumière nouvelle. Cette luminosité vivante et pleine de forces, bien qu’elle ne brûle ni n’aveugle, aidera alors l’aventurier à élargir ce premier entrebâillement. Et la Porte glissera petit à petit sur ses gonds, jusqu’à l'ouverture entière !

Ce chatoiement serait-il celui d’un Être qui invite le voyageur à continuer son geste ? À ne jamais cesser ; à pousser la Porte jusqu’à ce qu’elle finisse sa course sur ses gonds ?

Alors ! osant franchir le seuil, et affirmant ainsi son « étonnant » cheminement — au-delà des limites — l’Être humain fera le dernier pas. Et ce pas, c’est celui du Commencement.

Et, pénétrant de tout son corps dans la vivifiante splendeur irisée, il s’enveloppera de la lumière de l’Arbre de Vie.
Déjà, il se transforme.


Ivsan Otets