Vous retrouverez sur la page de présentation de l’auteur deux documents sonores dans lesquels on peut entendre Jacques ELLUL s’exprimer sur des sujets divers :
DERNIERS COMMENTAIRES
« Croire la résurrection ne signifie pas nourrir ses rêves d’une chimère d’au-delà, mais croire que la relation nouée avec le Christ introduit dans une vie qui ne finit pas »
Daniel Marguerat, Ce qu’ils n’ont pas dit de Pâques, in Les premiers temps de l’Église, Gallimard Folio Histoire, 2004.
Bonjour à tous les deux, après une brève recherche, l'auteur de "débuter après la mort" est Maurice Blanchard auteur dont la vie semble être âpre et riche. Je ne sais pas ce que signifie se préparer au monde à venir, puisqu'il est hors de mes capacités intellectuelles. Se buter sans cesse contre les murs de ma prison, c'est frustrant. Seule, l'attente de ma libération par un tel Dieu est le réconfort quotidien. Réconfort si infime quelques fois...
Salutations Bruno,
Oui, en effet, Maurice Blanchard (que je confonds facilement avec Maurice Blanchot). J’avais beaucoup apprécié cet ouvrage : Débuter après la mort. Il est écrit avec du sang, impossible de rater cela…
Moi non plus je ne sais trop ce que signifie « se préparer à la résurrection », et même pas du tout. Et plus j’avance, plus le trou de mon ignorance se creuse. Mais bon, un peu partout et dans toutes les croyances, on trouve des maîtres et des guides qui semblent avoir compris la recette, le comment se préparer à ce qui vient après la mort… Pour moi, j’ai trouvé que tomber dans mon trou, dans le Mystère en somme, consiste peut-être, justement, en soi, à se préparer à ce Mystère. Aussi n’ai-je trouvé autre chose que de le dire. Dire le trou. À savoir, que toutes les tentatives pour se persuader d’être qualifié pour une telle entrée sont de vaines tentatives. Peut-être que la meilleure des choses est de trouver sa disqualification, l’insurmontable disqualification de l’être. Certes, je n’ai pas la force de certains. Je pense par exemple à Kierkegaard. Que t’en semble ? Que voulait-il donc dire avec le propos suivant ? « Dieu est une représentation suprême qu’on ne peut expliquer par quelque chose d’autre, mais seulement par le fait qu’on s’approfondit soi-même dans cette représentation. »
Kierkegaard a été foudroyé, lors d’une balade. Écrasé par la fatigue à répéter ce qu’il disait : Dieu est un mystère, il veut le rester et l’inspiration consiste à savoir le dire, etc. Ailleurs (chez Muray), je lis que Flaubert s’est tué à écrire avec son dernier livre qu’il ne put achever. Il a été tué par son livre : « Il s’est laissé foudroyer le nez dans sa copie, un jour. Écrabouillé sur le miroir du manuscrit. » Bref. Il est vrai que la tentation est grande. Je parle de cette tentation à dire, s’adressant à Dieu : « J’avais peur de toi parce que tu es un homme sévère : tu retires ce que tu n’as pas déposé et tu moissonnes ce que tu n’as pas semé. » – Je te confesserai volontiers Bruno, que de mon côté, étant malade et pauvre, j’use excessivement de cet état devant le ciel pour ralentir mes exercices – je parle de cette fameuse préparation à la dureté de l’impossible que nous tend le Christ… Et d’un autre côté, je trouve normal pour celui qui a la pleine santé et l’autonomie financière – qu’il se laisse foudroyer le nez dans ses recherches sans lécher ses plaies.
De toute façon, nous savons toi et moi, que pour ceux dont le mystère est si terrible qu’ils ne peuvent faire autrement que de lécher cette plaie au lieu de la cautériser, le Christ donna une solution : la Banque. On peut toujours déposer ses talents à l’Église qui sait fort bien en produire un intérêt. Quant à Dianitsa et moi-même, nous essayons quelque peu de faire vivre notre site précisément pour ceux qui sont grillés dans toutes les banques et qui sont néanmoins acharnés à ne pas laisser l’impossible caché dans leurs mouchoirs, entre morves et mouchures. Nous savons en effet que Kierkegaard ne s’est pas écrabouillé sur le Mystère, cela, c’est pour l’histoire littéraire qu’on le dit. Nous savons fort bien ce qui l’a écrabouillé. Nous connaissons fort bien, nous aussi, cette donnée-là…
bien à toi, – i.o.
Ivsan, je rebondirai sur ton propos ainsi formulé par tes soins: "l'insurmontable disqualification de l'être". Propos que je mettrais en parallèle avec le suivant "je savais que tu es un homme sévère etc...". Je ne sais pas pour toi, mais me concernant je ne suis pas un parangon de vertu. Un des hommes qui se sont exprimés auprès du Christ et dont les propos sont une douce consolation est le brigand sur la croix. Combien d'hommes religieux, hautement moraliste, doivent baver d'envie d'être à la place de cet homme (place quoique peu enviable de supplicié) qui s'entend dire qu'il sera le soir même au Paradis. Voilà un homme qui se savait disqualifié par une vie peu recommandable mais qui ne se laissait pas tromper par le discours trompeur de la Morale, de la bien-pensance qui fait apparaître Dieu comme un maître dur. Discours issu de l'ancien testament dans lequel Dieu se cache mais quand Il apparait au moment de sa venue terrestre, le maître dur disparait...sauf pour ceux qui ne lâche pas la morale, les hautes vertus, et les superlatifs qui surgissent dans l'esprit de l'individu au sujet d'un Dieu si grand et si redoutable. Finalement Dieu aime tromper car l'arbre de la connaissance à donné de Dieu une caricature dans notre esprit. La préparation du monde à venir, c'est la destruction de cette caricature pour rentrer dans la connaissance d'un Dieu qui nous appelle ses frères.
Peut-être me suis-je mal fait comprendre. Car je t’entends dire que « …dans l’AT Dieu se cache mais quand Il apparait au moment de sa venue terrestre, le maître dur disparait… sauf pour ceux qui ne lâchent pas la morale, les hautes vertus, et les superlatifs qui surgissent dans l'esprit de l'individu au sujet d'un Dieu si grand et si redoutable. »
Je ne cherche pas la petite bête et encore moins suis-je enclin à polémiquer pour le plaisir de guerroyer par les mots. Je désire simplement que mon propos soit communiqué sans ambiguïté. Or, le sujet présent est ici essentiel puisque nous parlons de l’Impossible, de ce roc de l’Impossible qui est dur comme aucune pierre ne le sera jamais ici-bas.
En préambule. Il est bon de bien saisir cette truculente histoire du « Dieu caché ». On nous dit que Dieu se cache dans l’AT, qu’il apparaît donc caché parce que regarder sa face produit la mort de l’observateur. Or, qu’est-ce qui produit la mort sinon d’être en sa présence ? En présence de la mort. Moïse n’est pas en présence du Dieu caché sur le Sinaï, mais en présence de la mort. Cette mort qui est incarnée, évoquée, mise en scène par le peuple des anges dont on interdit à Moïse de voir le visage. Voici en outre, afin de préciser la chose, quelques passages du livre de de Sébastien Allali, Les prophètes, les enfants et les fous : « Les anges — du fait de leur non corporéité — la supériorité de l’esprit sur le corps […] ont une méfiance à l’égard du genre humain. Il y a opposition des anges à la création de l’homme et au don de la Tora à l’humanité. […] Pour la tradition juive, la Tora préexiste au monde. Le texte biblique n’est qu’une infime facette d’une sagesse infinie, conceptuelle, transcendante, qui fait le bonheur des anges qui l’« étudient » dans sa pureté absolue. Ils ont donc de l’appréhension lorsque le Créateur envisage de confier cette Tora à des êtres de chair et de sang. Comment réduire l’infini au fini, l’absolu au relatif, le spirituel au matériel ? […] Les anges continuent à accuser et à douter de la possible mise en œuvre ici-bas de la Tora infinie par des êtres de chair et de sang. […] Trait caractéristique des anges : leur extrême rigueur et leur intransigeance. Vivant dans la proximité de la perfection divine, ils exècrent tout ce qui n’est pas parfait. Surtout, ils sont incapables d’envisager l’homme comme un être dynamique, en mutation permanente. Le jugement des anges à l’égard des agissements humains est toujours radical et sévère. […] Les anges sont l’expression d’une quête d’absolu. […] ce qui implique la suspicion à l’égard des sens et du corps et à la catégorisation simplificatrice et sans appel des êtres de chair et de sang en « bons » ou en « méchants » ? […] La logique des anges n’est pas sans évoquer le monde platonicien des idées pures et le mépris du maître de l’Académie pour les corps. […] L’École d’Athènes représente Platon le doigt tendu vers le ciel : pour lui, seul le monde des idées pures est réalité… »
Comment le Judaïsme s’est-il sorti de cette impasse ? Fort simplement par la rhétorique suivante (toujours à partir de l’ouvrage précité) : « Dieu laisse Moïse argumenter face aux anges. Que rétorque-t-il ? Que la Tora n’est pas adaptée aux anges car, dans sa version concrète, elle comprend des commandements qui ne peuvent s’appliquer qu’au monde réel. Le débat semble se résumer ainsi : il manque aux anges la faculté de vivre concrètement la Tora. Mais ces derniers craignent que les hommes ne la réduisent exclusivement à cet aspect, renonçant à son infinitude. […] Seul l’homme peut faire se rencontrer le fini et l’infini et appréhender la Tora dans l’ensemble de ses dimensions, y compris la plus immanente. […] L’argument angélique est classique et se retrouve dans de nombreuses traditions religieuses : les hommes sont faibles, ils ne pensent qu’à assouvir leurs pulsions animales. […] Or, c’est bien à l’homme que la Tora sera donnée car ce qui pourrait sembler être sa faiblesse (son corps) fait au contraire sa force : le corps seul permet la matérialisation des concepts toraïques qui, sinon, resteraient définitivement dans le « monde des idées ».
C’est bien essayé mais l’argumentation ne vaut rien. Nous sommes ici dans le bon vieux pontifex romain (le pont), ce concept de Pontife romain qui fait le lien entre les dieux et les hommes, entre le fini et l’infini. C’est un écartèlement sans fin ! Soit je suis dans la chair, continuellement en accusation et ainsi voué à la condamnation post-mortem ; soit je deviens ange, je me chosifie en mécanique obéissante et parfaite, resplendissant sur mon visage des mystères du code secret, de la Thora, et de fait, je ne suis plus un homme ; soit, enfin, je demeure dans cet écartèlement ici-bas, espérant que le jugement final reconnaîtra mes efforts et me fera passer – post-mortem – dans la moulinette angélique, finissant ainsi le travail pour me transformer en être angélique. Alors parfait, je répéterai sans fin la perfection de la loi puisque tel est le rôle des sauvés : applaudir éternellement cet Égotiste, ce Dieu de l’absolu qui m’a persuadé que la liberté m’a été donnée pour que j’apprenne à l’abolir, et que, ce faisant, j’entrerai dans la béatitude : saint, saint, saint… En effet, puisque « les commandements ne peuvent s'appliquer qu’au monde réel », une fois uni à Dieu avec les anges, je n’ai plus de corps, le corps et la liberté m’ayant été donnés seulement pour m’éprouver et voir si je choisissais ou non d’appliquer le commandement. Une fois l’épreuve passée, je suis débarrassé de mon corps et de ma liberté. Que me reste-t-il ? Applaudir le chef des commandements, le dieu-Égotiste : saint, saint, saint… Quel programme éternel !
Soit donc. Dieu n’est pas caché dans l’AT. Il est ABSENT. Et cette absence est allégorique comme représentation de son ombre, une ombre infranchissable puisqu’elle est l’absolu, elle est la perfection, l’infini, l’éternité. Pour atteindre Dieu, il me faut enjamber l’Éternité m’est-il dit. Il me faut vaincre la logique de la Raison avec son Armée de commandements et autres anges resplendissants de la vérité ; mettre la cognée à l’arbre des connaissances en somme, l’arracher du mon jardin, de mon intériorité, là où il règne en Maître puisque je suis homo sapiens, soumis par nécessité à la Loi, à la Raison. Jusque là, tout va bien. L’AT est bien ici le chemin préparant l’entrée dans le désert, là où je vais pouvoir enfin trouver la réponse de Dieu, sa solution, puisque celle de la Loi est celle de l’impasse. — Devant cette impasse, la rhétorique rabbinique, des religions, et celle du christianisme ecclésiastique ont donc finement joué. On nous dit, afin de contourner cet impossible enjambement de l’infini, AT et NT à l’appui : « Tu veux rencontrer Dieu ? Soit. Dieu n’est pas au-delà de l’éternité, il est l’éternité, l’Éternel, la perfection, l’absolu. Il t’est simplement demandé d’obéir aux commandements, et de t’y consacrer toute ta vie. Réparation pour le rabbin, sanctification pour le prêtre (avec toute la panoplie des vertus, de l’implication collective envers le prochain, des bonnes œuvres, des prières, des jeûnes, des exercices spirituels, etc). Et enfin, ce que tu n’auras pas réussi à achever dans ta chair, Dieu le finira – réincarnations pour le rabbin, grâce pour le prêtre. Tu seras sauvé ! »
Où est la dureté dans cette théologie ? Nulle part. Mon libre arbitre est la clef. Ma démarche religieuse est la clef : heureux les hommes de bonne volonté… Et le job qui est pas fini, Dieu l’assumera, soit par la métaphysique de la métempsycose, soit par la grâce, en livrant en expiation son Fils pour payer ma dette aux anges et à leur dieu-Égotiste. Tout baigne donc. C’est relativement facile somme toute. Tout réside dans mon libre arbitre en attendant que Dieu assume ce que je ne peux assumer… puisque, au fond – il m’aime. Égoïstement, certes – mais il m’aime.
La dureté demeure-t-elle donc dans le fait que, rejetant cette théologie, je me rende compte que l’enjambement de l’Éternité m’est impossible ? Non. Pas même là. La Dureté vient lorsque Dieu cesse d’être absent et se révèle : le Christ. La saut est certes DUR, non parce qu’il est impossible, je veux dire sportivement parlant, mais parce qu’il me parle d’une Nature de l’Être qui m’est inaccessible. Cette Nature dont le Christ est l’incarnation, la Nature de Dieu, le Christ étant Dieu lui-même. Cette « insurmontable disqualification de l'être » est la Dureté parce que je veux Être tel que Lui, tel que le Christ. Parce que je veux que le temps et l’espace même me soient soumis, que ma réalité m’appartienne, que rien ne me soit impossible. Que m’importe d’enjamber l’Éternité au fond ! Ce qui m’importe, c’est d’Être tel que Celui que j’aime, tel que lui, un fils. Avec l’Ange apparaissant au Sinaï, c’est le visage de la mort qui apparaît, c’est le mur de l’Impossible que je ne peux franchir. Je pleure et me lamente, je suis au désert, et se dresse devant moi une impasse infinie. Mais avec le Christ, c’est le visage de la vie qui m’apparaît : ce qui se trouve derrière ce mur d’Éternité m’apparaît soudain et le Christ, en me montrant la vie, me montre que même si je franchissais l’Éternité, je n’aurais encore rien atteint.
Qu’est-ce qui est dur en définitive ? Le Mur de l’infini ? Non. Ce qui est dur, c’est moi. Il faut que Dieu me brise. Il faut qu’il me crucifie. Il faut justement qu’il me jette dans la Mort — qu’Il m’enjambe, qu’Il me ressuscite ! Je suis le mur de l’infini, en moi-même. Je suis fils de l’Éternité, moulé dans la raison, créature du dieu-Égotiste qui reprend toujours ce qui lui appartient. Je vis ici. Et demain je meurs. Je vivrai alors en tant que conscience désincarnée auprès de ce dieu-Égotiste, cette harmonie glorieuse de la mort où plus rien ne bronche. Ni mon libre arbitre, ni les anges, ni la puissance des vérité et nul dieu ne peuvent me donner d’Être maître du temps et de l’éternité. D’Être fils de la Résurrection. L’éternité des temps est soumise à elle-même en ne pouvant effacer ce qui a été. Le dieu-Égotiste est soumis à lui-même comme la Loi est soumise à son propre principe. Elle se mord la queue et s’absorbe elle-même dans un cycle sans fin où elle dévore tout le vivant — Alors voilà. Aimer la Résurrection de Dieu, c’est à ce jour le seul scandale et la seule espérance, parce que Sa résurrection me dit que le Christ est en somme plus dur que toute dureté, au-delà de la dureté même de l’Infini. Aimer avec une telle rigidité, voilà même un amour que le diable ne connaît pas, lui qui aime selon mon libre-arbitre – avec mollesse en somme. Ce qui plaît aux hommes. De là en vient-il que « lécher ses plaies » revient à lécher un mur, celui de l’Éternité ; même Job avait finalement compris combien cela était vain.
i.o.
Merci Ivsan pour cette réponse, elle m'apparait encore bien obscure. ll me faudra du temps pour suivre ton développement. beaucoup de temps probablement puisque je suis devenu lent à comprendre. Au travail donc...
Bonjour à vous deux, je n 'ai pas encore pris le temps de bien approfondir ta réponse, cher Ivsan. Cependant je m'aperçois combien le message ecclésiastique a mis sous silence le phénomène angélique dans l'Ancien Testament. Ce phénomène angélique nous amène près d'un polythéisme. De ce coté-ci, je prends conscience (je ne parle que pour moi et de l'enseignement ecclésiale que j'ai pu recevoir) d'une certaine frayeur devant cet inconnu (le monde angélique). Je ne sais pas si tu me comprends, Ivsan, par ailleurs tu évoques sur ton site à plusieurs reprises le phénomène angélique, à moi de creuser....
La résurrection ne serait-elle pas justement cet instant-là où la tension qui sourdait en nous cesse enfin, nous écriant à l'univers entier et à ses lois: "Je ne suis pas toi! Le tombeau est vide. Il n'y a pas pas plus de retour au Tout qu'il n'y a de retour du Christ. Je suis d'ores et déjà le Qui-Dis-Tu-Que-Je-Suis.
Chère Dianitsa, Cher Ivsan,
Je vous rejoins sur la description de ces combats humains (trop humains ?) que vous développez – qui est le meilleur apôtre ? – qui restent très superficiels.
En dehors de ces considérations humaines, le problème de la résurrection ou plutôt de la transformation de l´homme en Fils de l´Homme (notre propre résurrection) continue à m´interpeller. Car cela touche le fameux binôme qualité et quantité. Car la cohorte de tous les êtres humains depuis la création est telle que cela donne le tournis si on pense que tous ont/sont/seront « sauvés » par Dieu, ma raison/imagination ne peut envisager ce que cela donnerait. D´un autre côté, je ne peux accepter (ma Foi/ intuition) qu´un homme sera « sauvé » et un autre non, cela me révolte. Loin de moi de vouloir faire de Dieu un communiste (open bar pour tout le monde) ou capitaliste (seuls les meilleurs auront une place), mais cela montre la limite de ma raison, imagination, intuition et peut-être Foi.
Possiblement que l´Amour de Dieu fait qu´il ne s´embarrasse pas de ces considérations qualitative et quantitative pour nos résurrections, et cela reste donc incompréhensible pour mon être terrestre.
C´est effectivement un os à ronger.
Peut-être que la Foi est une possible conséquence de l´Amour que l´on a pour Dieu, et que finalement c´est la seule chose qui dépend de nous. Mais cela est difficile d´Aimer sans connaître, et que cela paraît absurde aux personnes matérialistes. Cependant Dieu ne s´arrête pas à ces détails car tous nous avons un corps.
Encore merci et meilleurs vœux pour cette nouvelle année.
Salut Olivier,
Je vous remercie Olivier pour ces vœux favorables que vous nous adressez. Nous les recevons de bon cœur, tant notre terre en est aride ; et nous vous souhaitons pareillement le meilleur pour 2020, et plus encore que le meilleur : l'inspiration, le souffle de Dieu dans vos voiles.
Incompréhensible, dites-vous, un os à ronger... Oui ! Oui, Olivier…
J'aime beaucoup à ce propos le verbe espagnol pour « attendre » : Esperar, todavía estoy esperando… : Attendre, j'attends encore… Parce que « attendre », c'est « espérer », ou, du moins, ces deux verbes devraient être absolument et définitivement synonymes. À ce titre, l'espagnol est « plus spirituel » quand le français est « plus réaliste », soit donc, « plus diabolique ». Pourquoi ? Parce que le français dit la vérité réelle, c'est-à-dire le mensonge ; parce qu'il détaille, le salopard, il analyse, cette langue est droguée à l'analyse. etc.
Tiens, en passant, voyez ce que disait Cioran du français : « Ce serait entreprendre le récit d'un cauchemar que de vous raconter par le menu l'histoire de mes relations avec cet idiome d'emprunt, avec tous ces mots pensés et repensés, affinés, subtils jusqu'à l'inexistence, courbés sous les exactions de la nuance, inexpressifs pour avoir tout exprimé, effrayants de précision, chargés de fatigue et de pudeur, discrets jusque dans la vulgarité. Une syntaxe d'une raideur, d'une dignité cadavérique les enserrent (les mots) et leur assignent une place d'où Dieu même ne pourrait les déloger ! Quelle consommation de café, de cigarettes et de dictionnaires pour écrire une phrase tant soit peu correcte dans cette langue inabordable, trop noble et trop distinguée à mon gré. Je ne m'en aperçus malheureusement qu'après coup et lorsqu'il était trop tard pour m'en détourner, sans quoi je n'eus jamais abandonné la nôtre dont il m'arrive de regretter l'odeur de fraîcheur et de pourriture, le mélange de soleil et de bouse, la laideur nostalgique, le superbe débraillement. »
Haha ! Cioran regrettait « l'odeur de fraîcheur et de pourriture, le mélange de soleil et de bouse » de son roumain natal, « sa laideur nostalgique, son superbe débraillement », dit-il. Car pour lui, « le français enserre les mots dans la raideur d'une dignité cadavérique ».
Quand on ose séparer l'attente de l'espérance, on est bien effectivement dans une raideur cadavérique. Il n'y a qu'en enfer qu'on attend sans espérer. Et si, auprès du Christ, l'attente se conçoit davantage comme en espagnol, « esperanza », c'est précisément parce qu'elle se fait dans un tombeau vide, là où il n'y a plus de « raideur cadavérique », puisqu'il n'y a plus de cadavre.
Est-ce qu'on y gagne au change ? Oui ! Mais ce n'est qu'un « oui » de la foi. Car « raisonnablement » et sous l'angle de l'analyse du réel, de la vie ici-bas, franchement malaxée du pragmatisme indispensable qu'elle ordonne : on n'y gagne pas ! On y perd même. Dans un vieux texte hébreu, l'auteur dit qu'à la fin de notre recherche de Dieu, au soir de la vie, « tout est aussi fermé qu'au début ». Je dirais même que les choses sont encore plus fermées qu'au début, justement, puisque les débuts vivaient encore dans une insouciance plus ou moins infantile de celui qui marmonne ses premiers pas de foi et ose tout espérer, tout attendre…
Ainsi donc, je me pose les mêmes questions que vous Olivier. À propos de la « transformation de l'homme en Fils de l'Homme (notre propre résurrection) » ; du comment penser Dieu, en terme d'« open bar pour tout le monde ou du seuls les meilleurs auront une place… » Je sais que Dieu parle plus espagnol que français – au moins en ce qui concerne l'attente… Puisque, ce qu'Il attend, pourrait-on dire, ce qui n'existe pas, déjà existe pour Lui ; attendre n'étant dès lors qu'attendre ce qui est déjà réalisé, certain… Mon petit développement se stoppe néanmoins, et brutalement, ici. Pour le reste, je ne sais pas. Je ne sais pas comment Dieu regarde ce réel : non pas du mont Sinaï, avec la thora carrée, rigide comme un cadavre ; non pas de la croix, avec un « pardon à tous » ; non pas du tombeau vide, il n'y a là aucun regard… Il regarde d'ailleurs, d'une autre ou d'autres montagnes… Tout est pour moi, largement plus fermé qu'au départ et je n'ai non seulement rien résolu, mais d'innombrables questions, difficiles, se sont rajoutées. Aussi, le Christ est-il une question bien plus profonde aujourd'hui, parce que plus ouverte (l'ekklésia me l'avait simplement fermée, m'avait donné le repos…), que lorsque je me tournais, au commencement, joyeusement, vers lui pour le suivre… Ainsi donc, je me réfugie dans « les ténèbres de la foi », là où se mêlent « l'odeur de fraîcheur et de pourriture, le mélange de soleil et de bouse… »
Soit donc, si cette syntaxe millimétrée et bien française qu'est cette réalité, ici-bas, d'où Dieu est absent, ploit quelque peu sous les coups de boutoir de notre foi (estamos esperando…), nous pourrons achever, cette année, tous les chantiers de « Akklésia 2 » (.eu et .fr), et enfin lancer les bribes de l'« Akklésia 3 » (.com), celui que nous avons décidé de nommer, à l'instar de l'esprit de votre texte : « Qui dites-vous que je suis ? »
Bien à vous Olivier, Ivsan, hasta pronto hermano (car je ne sais pas comment dire « frérot » en espagnol : hermanito, quizás)
Bonsoir Ivsan, Vivant en Espagne depuis pas mal de temps maintenant, mais surtout ayant appris l’espagnol de la manière d’un enfant (tout du moins au début) en vivant directement dans le pays, j’ai fait l’inverse qu’avec l’allemand et l’anglais (Etude des langues dans le cursus scolaire puis vie dans le pays). Je dois dire que j’ai une toute autre approche des langues avec cette expérience de vie. L’espagnol m’a aidé à appréhender le français d’une autre manière. Le français était pour moi, bien entendu ma langue maternelle, mais également une langue très analytique, précise et donc difficile (toutes les langues sont difficiles si on veut les maitriser- même l’anglais). Grâce à mon immersion en Espagne, j’ai pu me rendre compte que le français a perdu énormément de termes/concepts (que l’espagnol continue à utiliser) et a développé de nouveaux concepts. Je pense que cela s’est passé, principalement, dans les 2 derniers siècles, avec une accélération dans le dernier demi-siècle (je ne suis pas linguiste, et je ne m’intéresse pas à ce phénomène de manière universitaire mais suivant mes ressentis). Par exemple, comme tu le soulignes, le terme « esperanza », qui peut se traduire par espérance et espoir en français, termes qui ont perdu, dans l’usage courant, le concept de temps. Le français utilisera « attente » alors que l’espagnol « espera », qui possède la même racine que « esperanza », ce qui permet aux espagnols d’avoir toujours la notion de temps, durée, Foi quand ils parlent « d’esperanza », ce qui n’est pas forcément le cas d’un français. En revanche, le français a introduit la nuance « d’espoir » que n’a pas l’espagnol. Si un médecin te dit que, grâce au traitement trouvé par les hommes, tu n’as que 50% de chances de mourir d’une maladie donnée, tu as encore de l’espoir, si tu as 99% de chances de mourir, et bien il te reste l’espérance (si tu es croyant) car il n’y a plus d’espoir. C’est Jacques Ellul qui dit, dans son très beau livre « L’espérance oubliée », que l’espérance c’est quand il n’y a plus d’espoir. Alors que l’espagnol utilisera « esperanza » dans les 2 cas. La langue influe bien sur la manière de percevoir les choses, et le français s’est écarté du latin plus tôt que l’espagnol (et donc de la notion de Dieu). C’est un regret pour moi, de ne pas avoir fait de Latin. Mais grâce à l’espagnol, j’ai pu retrouver l’usage d’anciens termes français tombés en désuétude, voire d’expliquer des mots français grâce à l’espagnol… alors qu’en ayant des connaissances de latin cela aurait été plus simple.
Bref, le français est devenu une langue de progrès (ton réel) et a dû se défaire de ses vieux habits spirituels, et elle façonne en retour la psyché des gens qui l’utilisent. Et il est maintenant dépassé par une autre langue qui s’adapte mieux au « réel ». Et c’est peut-être cela que Cioran avait ressenti en passant du roumain au français. Mais est-il juste de continuer à appeler cette langue « le Français » ? Puisqu’il y a eu changement de paradigme, de substance et donc de société ? Lourd débat d’ici-bas… sur l’importance de la langue, du souffle.
Pour en revenir à ce « Qui dites-vous que je suis ? »… Ma raison, mon imagination, mon intuition, mes connaissances, mon intelligence, ma logique etc.. ne me servent à rien pour appréhender un tel Être. Seuls la Foi et l’Amour me permettent de supporter mon incapacité. Ce sont mes seuls outils, non pas pour répondre, mais pour survivre au fait de ne pas posséder la langue de Dieu.
Bien à toi Frérot, et encore merci
Hasta luego.
¡Hola!
Je t'entends fort bien… et avec une oreille respectueuse. Soit donc, pour rajouter à ton intéressant propos, je me rappelle encore cette citation de Cioran : « On n'habite pas un pays, mais on habite une langue. » Ce propos a toujours été, selon moi, d'une profondeur cachant mille et une choses… car : Comme tu le dis toi-même, lorsque tu exprimes, qu'au fond, toutes les langues sont « difficiles », pareillement en est-il de cette citation de Cioran qui nous dit que la langue, ce n'est, au fond, qu'une question personnelle, d'habitation, d'existence individuelle, etc. Il s'ensuit que les disposer sur une échelle de valeurs définitives est une erreur. On ne peut faire cela que pour les « langues » dans lesquelles le rapport existentiel n'intervient pas, les langues de mensonge où tout n'est question que de « s'entendre pratiquement » : le PHP, le Javascript, l'HTML, les Mathématiques, etc. Aussi, est-ce la raison pour laquelle j'ai toujours pensé cette chose insensée : qu'un fils de Dieu doit parler sa propre langue, que chaque-Un doit, finalement, en tant qu'Être-accompli, en tant que cet « Être » parvenu à cet état d'Homme-autre… qu'un tel Être-existant donc, doit parler sa propre langue, son propre alphabet, sa propre syntaxe, etc. La folie, c'est de concevoir que, sans même apprendre la langue de l'autre, les fils de l'homme savent néanmoins, dans cette Autre-réalité, parfaitement se comprendre dès le premier échange. La langue est absolument une question « existentielle », d'habitation, de bien-être ou de mal-être. C'est pourquoi, rien de plus normal, somme toute, dans un cheminement d'Homme, de voir ses habitats se modifier, ses accointances avec les langues se métamorphoser. C'est pourquoi, enfin, moi qui hais profondément l'anglo & le saxon, la vie moderne m'oblige à une torture quotidienne, et le moindre souffle médiéval redonne à mes poumons un air vivifiant.
Enfin, je me suis encore rappelé ce propos, que j'ai retrouvé dans mes notes, je crois que j'avais noté cela lors d'une lecture concernant la poésie de Pouchkine ou de Tsvétaïéva… : « Lomonossov (un érudit russe du 18e) citait les mots de Charles Quint : « Il faudrait parler espagnol à Dieu, français aux étrangers, allemand aux ennemis, italien aux femmes » ; et Lomonossov de commenter : « Si Charles Quint avait su le russe, continue Lomonossov, il aurait sûrement ajouté qu'avec tous ces interlocuteurs on pourrait s'entretenir en russe, car le russe possède la magnificence de l'espagnol, l'esprit du français, la gravité de l'allemand, la douceur de l'italien et par-dessus tout ceci la richesse et la concision imagée du grec et du latin. Traduites en russe, la puissante éloquence de Cicéron, la somptuosité solennelle de Virgile, l'élégance rhétorique d'Ovide ne perdent en rien leur dignité. » On voit bien comment un tel propos témoigne en définitive de l'habitation de la langue dont parle Cioran. Lomonossov se sentait si bien dans la langue russe, qu'il la voyait comme un palais, et qu'il était même persuadé que Charles Quint, lui qui bâtit le palais de l'Alhambra dans l'Andalousie du 16e, que le grand Charles Quint aurait préféré habiter un palais moscovite : parler russe. J'ai moi-même, à une époque, pensé plus ou moins pareillement, tandis qu'aujourd'hui, les terres russes ne me sont plus autant sympathiques. Pourquoi ? Parce que, bien sûr, tu l'as fort bien exprimé : on cherche en définitive la langue de Dieu, qui n'est pas de ce monde… On pérégrine.
C'est pourquoi, concernant ton dernier paragraphe : « Ma raison, mon imagination… » ; je n'ai rien à y répondre tant il dit fort bien, au fond, ce que je voulais exprimer. Oui : « Ne pas posséder la langue de Dieu, c'est survivre », puisqu'alors nous n'avons pas de lieu réel d'habitation.
Bien à toi, fratello, Ivsan
Salut Ivsan,
Pour rester sur le sujet des langues, et cela en Français. Je trouve que nous vivons dans les langues le fait « dual ». Bon et son antonyme Mauvais, Gentil / Méchant, Riche/Pauvre etc. etc… Si on émet l’hypothèse que cela n’appartient pas à la langue de Dieu. Je m’en remet pour cela au livre de Chestov « La nuit de Gethsémani », où il dit que Dieu peut tromper les uns et tromper les autres, voire tromper puis éclairer une même personne puis l’induire dans l’erreur. Nous trouvons cela également dans le livre de JOB (Job était béni puis maudit – même si comme tu dis Dieu est absent du livre de JOB). Voire Jésus qui n’en avait rien à faire. Et bien, pour essayer de comprendre Dieu, ne faut-il pas abandonner ses termes duaux. Et chercher des termes sans antonymes. J’utilise l’outil du Centre National de ressource Textuelles et Lexicales, qui donne l’étymologie, les synonymies, les antonymies et la proxémie des mots. Et cela est intéressant : Pour les antonymes de Dieu, cela nous donne : créature, diable, homme. Ces trois termes ne conviennent pas… Homme, diable et créature ne sont pas les opposés de Dieu… Pour les antonymes d’être (substantif), cela donne : non-être, néant, disparaître. Disparaître est un processus il ne convient donc pas. Non-être est une négation mais pas vraiment un terme, cela ne nous permet pas d’expliquer l’être par un opposé. Reste Néant… qui pourrait convenir mais je reste sur ma faim car dans cet outil Néant n’est pas l’antonyme de Dieu et puis on dit que l’être (homme) vient du néant et retourne au néant… c’est donc suivant ces expressions linguistiques une partie du néant (une partie visible ?). Être m’apparaît donc un terme/concept « exclusif » dans le sens qu’il sort de la langue des hommes. Pour Être, l’outil nous donne comme proxémie beaucoup de termes reliés entre eux. Mais il y en a un qui est relié uniquement à la notion directe d’être et ce concept est « devenir ». Et là nous rentrons dans un discours qui nous plaît… Bref, ce que je viens de décrire peut paraître tirer par les cheveux, et cela l’est certainement. Et cela reste très vague, voire bancal comme raisonnement. Mais je pense que chercher des termes « exclusifs » peut nous permettre de nous rapprocher de la notion de Dieu. Est-ce à creuser ou pas… seul Dieu le sait (si je peux me permettre). Bien à toi, Olivier
Salutations,
Tu évoques ici, en fond, semble-t-il, la vieille et millénaire bataille de Parménide vs Héraclite – éléatisme vs héraclitéisme ; la philosophie de l'Être opposée à la philosophie du Devenir, etc.
Or, voici ce que dit l'excellent Jean Brun dans Les présocratiques (« Que sais-je ? ») :
« Nous pouvons donc dire que la philosophie d’Héraclite est bien plutôt une philosophie du revenir qu’une philosophie du devenir au sens classique du terme ; le devenir dont il est ici question n’est pas, en effet, un devenir de l’Être mais un devenir dans l’Être. C’est toujours à l’intérieur du Même que s’opèrent les changements : « C’est la même chose que la vie et la mort, la veille et le sommeil, la jeunesse et la vieillesse, car ceux-ci se transforment en ceux-là et inversement ceux-là se transforment en ceux-ci ». Nous retrouvons donc, à peine transposée, l’idée déjà rencontrée selon laquelle toutes les choses naissent de l’Un et l’Un de toutes choses. Héraclite nous dit que « Dieu est jour et nuit, hiver et été, guerre et paix, satiété et famine. Il se transforme comme le feu qui, lorsqu’il est mêlé d’aromates, reçoit des noms différents selon le plaisir de chacun ». Nous ne franchirons donc jamais les limites de l’Un qui sont celles que lui a assignées le Logos qui gouverne ; il en va de lui comme du soleil qui ne franchira jamais ses limites sinon les Érinyes, gardiennes de la justice sauraient bien le découvrir. » (C'est moi qui souligne en gras).
Or, voici ce que dit encore Jean Brun, un peu plus loin, à propos de Parménide :
L’Être étant ce qui est ne peut pas être nié, même partiellement, si bien que Parménide élimine tout recours au mouvement, au changement et au devenir. L’Être est, il est inengendré et impérissable, sans fin, « jamais il n’était ni se sera, puisqu’il est maintenant tout entier à la fois un et contigu à lui-même » (VIII, 5). Il est indivisible (VIII, 22), immobile dans les limites de liens puissants (VIII, 26), immuablement fixé au même endroit (VIII, 30) ; il est sans manque (VIII, 34), terminé de toute part, semblable à la courbure d’une sphère bien arrondie ; à partir du centre il est également rayonnant, car ni plus grand ni moindre, il se saurait être ici ou là (VIII, 41). Il ignore donc la dispersion et le rassemblement (IV). Il ne peut être venu du Néant (VIII, 7), il est éternel et immobile, il ignore par conséquent le temps et l’espace.
On voit fort bien, en prenant ces deux passages en exemple (remarquable synthèse de J. Brun), que la bonne vieille bataille entre l'Immuabilité et le Devenir ne tient pas. Parménide et Héraclite sont en réalité absolument d'accord : on échappe pas à l'Un-Imuable et Sans-Devenir qu'est le dieu ! Aussi faut-il que notre « devenir », à nous, petits humains, ne soit qu'un « revenir ». Car il faut toujours que l'Immuable gagne, et c'est à ce titre que le devenir doit finalement se transformer en un revenir. Un revenir vers quoi ? Mais vers l'immuable, voyons, vers l'Un ! C'est le retour en l'Éden de la perfection, ou plutôt dans le mythe d'un Éden de la perfection. Un retour vers les paradis religieux, vers ces mondes dorés des Unités collectives fomentés par un homme super-évolué. Et, c'est ainsi que l'ambiguïté entre le devenir et l'existentialisme se réalise.
Oui. C'est ainsi qu'on a tué l'Existentialisme – la philosophie divine. On a manipulé les notions duelles – noblesse oblige – au pied de l'arbre des savoirs. Puis, d'un coup de baguette magique, au nom de l'Unité, de la paix, de la concorde, ou est allé au-delà du bien et du mal, de la dualité, et, on a inventé l'Un, on a créé le dieu ! Résultat ? L'existence individuelle de l'homme est devenue un péché. Néanmoins, pour ne pas perdre l'homo-sapiens, c'est-à-dire, les Élus de la connaissance du dieu, les Élus de la conscience-Globale, on a fait muer le Devenir de l'homme. Le Devenir a été annoncé comme une vertu, un acte de sanctification. Le Devenir est devenu une libre-obéissance : soit donc, un Retour vers l'état de l'homme-Membre de l'Un, non-individualisé, non-pécheur. Ainsi a-t-on créé, à la suite du dieu – l'homme-Membre. L'homme-Membre du corps ecclésial, l'homme-membre du corps-social de Marx, l'homme-Membre de l'Un-inconaissable de l'hindo-boudhisme (les gouttes retournent à la mer), l'homme-Membre de l'âme-du-monde avec son champ unifié d'énergies (les consciences se connectent à la conscience universelle), l'homme-Membre de la soumission sacrée des dieux-jumeaux judaïco-arabe que sont Yavhé et Allah, etc.
Or, voici. Et si dieu voulait le devenir ? Je parle ici d'un Autre-devenir : un Non-Retour. Si Dieu voulait couper le cordon ? Où nous conduirait-il alors ? Vers quelle nature de l'Être ? Vers quoi veut-il nous faire naître ? Et sommes-nous capables d'accomplir un tel voyage ? Parvenu à ce point, ici – je ne vois plus que le Christ ! Il ne reste que le Christ. Le Fils de l'homme. Celui qui vient après l'homme-Membre, après cet homme que la conscience a élevé au-dessus de l'animal, mais que cette même conscience, pourtant, veut Unir, à la fin, dans la Même trame universelle-et-une dans laquelle, précisément, se trouvent les animaux. Qui est cet homme qui vient après cet homme-là ? Assurément, c'est l'homme-Dieu. Un Fils ! Et avec quels termes le définirons-nous ? Par quelles notions serons-nous aidés pour nous rapprocher de cet-Être-là ? Il n'y a aucune notion et aucun terme Olivier. Sinon de ne cesser d'affirmer que le message du Christ, c'est le mystère. Toute la difficulté, c'est de trouver les mots pour dire ce mystère, pour l'évoquer ; pour inquiéter les hommes-Membre, les hommes-Conscients… Sinon, c'est la réalité qui s'en chargera. Ou encore, et pour l'exprimer autrement, je dirais, à la manière du Christ : « Tu sauras ce que je suis quand tu le seras. » Le « devenir » prend ici la forme d'un pinceau qui évoque l'art de Dieu, un art qui parle fort simplement de la mort des graines, de la “mort de notre réalité avec ses vérités”, et plus exactement d'une naissance vers un ailleurs que nul véhicule, individuel ou collectif, n'est capable d'atteindre ! La résurrection seule. Le coup est infaillible. La Raison se cache dans sa honte et le mysticisme dans ses antidépresseurs car la feinte divine est ici impossible à déjouer. Le coup de maître de Dieu est imparable : « Détruisez ce temple, et… » – Et c'est tant mieux ainsi afin que celui qui trouve ne puisse trouver au pied de l'Arbre-des-con_sciences. — Que celui qui a des oreilles…
Bien à toi, Ivsan
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