pdf akklésia Maturité spirituelle couv
Ivsan Otets

AUTOMNE 2015

pdf 7,90 € 

pdf de 46 pages :
Format A4

paypal

En bref :  Pour parler de maturité spirituelle, il n’est pas forcément nécessaire de prendre l’un des tout derniers livres de la Bible, cette épître aux Hébreux qui fait profession de révéler les mystères de Dieu et d’amener les « élus » vers l’âge adulte des choses spirituelles. À cet effet, les 2e et 3e chapitres de la Genèse nous enseignent bien mieux. Assurément, l’allégorie du jardin d’Éden résume très bien les dynamiques fondatrices de notre réalité et les intentions de chacune des forces en présence au sein de la Création et au chevet de l’homme : Dieu et la Raison.

C’est en méditant sur ces dynamiques et ces intentions que l’homme peut entendre et voir — comprendre — toucher du doigt et démêler les fils de son pèlerinage sur la terre. Mieux comprendre les mystères conjoints de Dieu et de l’homme nous permet également, nous semble-t-il, de mieux appréhender la suite de ce pèlerinage : la résurrection, qui est à la fois une suite et une rupture.

Le texte ci-contre propose un exemple de réflexion sur ces « mystères » intimement liés que sont Dieu et l’homme.

En plus d’une confrontation entre les textes de l’allégorie d’Éden et de l’épître aux Hébreux, nous intégrons quelques développements de la pensée philosophique occidentale autour de la Raison et de la conscience. Une réflexion qui change radicalement la perspective du christianisme.

extrait pdf maturité spirituelle akklésia

La maturité
spirituelle

ou : « La foi en l’impossible »  ·  À partir de l’épître aux Hébreux, 1019-13

extrait

PAGE 12

Efforce-toi de te conduire selon ce que prescrit la raison pratique, la morale, et pour ce qui est de l’impossible, le Christ a réglé la dette — sur le Papier. Il est monté aux cieux, et lors d’une scène extraordinaire, dans le Temple de Dieu, il a payé à la rationalité pénale ce que tu dois. Si donc tu as encore mauvaise conscience, c’est que ton existence pose un problème. Tu manques de foi. Tu es coupable de tes crimes, et en plus tu es coupable de ne pas croire à cette scène expiatoire durant laquelle le Christ régla ta dette aux fonctionnaires de la Justice, là-haut, dans les cieux. Voilà l’exhortation de l’auteur de l’épître.

Toutefois, tel Job ou Pascal, mon existence répond  : « l’expiation sacerdotale a beau crier, elle ne peut QUE me rendre schizophrène », parce qu’elle ne peut pas m’assurer que l’impossible aura lieu, c’est-à-dire que la Raison sera totalement déchue de tous ses droits  ; que ce sera moi qui serai sur le Trône et que le “ce qui a été jamais n’a été” ne sera pas un principe doctrinal mais une réalité existentielle ; non parce que la logique d’un système sera apaisée, mais parce que je recevrai un autre sang, une autre chair – une autre Nature.

PAGE 15

Nous ne croyons pas comme l’auteur de l’épître aux Hébreux que la solution consiste à purifier la conscience par le paiement d’une punition. Ce type de théologie n’est somme toute qu’une théologie du purgatoire. Comme s’il suffisait de purger les profondeurs de l’être par le feu, par l’acide ou encore psychologiquement, par un sacrifice de substitution !

Cette approche punitive est dans une moindre mesure utile à l’enfant pour l’éveiller. Mais quand celui-ci devient un homme mûr, il découvre amèrement que cette mentalité des punitions ne marche plus. De même croyons-nous que la question de la conscience ne supporte aucun atermoiement. Elle doit être prise radicalement. Nous nous trompons tout simplement de porte pour percevoir l’existence. Il nous faut tuer notre conscience et entrer dans l’existence par une autre porte : celle que Dieu lui-même utilise.

PAGE 26

Le Christ sert ici d’agent double en réalité  ; une sorte d’espion spirituel. On lui fabrique d’abord une légende d’amour et de bonté en se servant de son sacrifice – fait historique. Puis à cette légende on ajoute la puissance divine en se servant de sa résurrection – fait tout aussi historique. Mais en réalité, dans la perspective de cette philosophie religieuse, le Christ est une taupe du système lévitique, un mouchard au service de la justice thoraïque. Il n’hésitera pas une minute à nous cafarder auprès du système si nous refusons son paiement : si nous choisissons de ne pas croire en lui. Il sera donc, pour l’administration divine – le Héros. Celui qui en venant parmi les hommes, d’une part, a servi de sceau à la Loi, d’autorisation finale pour jeter dans la damnation ceux qui rejetteront et condamneront la théologie lévitique  ; et d’autre part, pour ceux qui croiront, il sera la porte d’entrée vers une nouvelle nature, mais une nature totalement inhumaine  : l’être-obéissant-absolu.

PAGE 32

Nous voici donc avec un succédané de foi, un placebo. Une foi que nous croyons faussement être la Foi. Elle n’est en vérité que l’expression de notre libre arbitre coincé entre le bien et le mal, et hors duquel il ne peut sortir. Et comme lui, la foi qui émane du système lévitique dont parle l’épître aux Hébreux est tout simplement attelée à la raison. Ce en quoi, parmi d’autres, la théologie catholique est entièrement d’accord. L’encyclique Fides et Ratio le stipule de manière aussi éclatante qu’emblématique de la manière suivante  : « La foi et la raison sont semblables à deux ailes permettant à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité  ».

Mais le plus grave dans cette définition de la foi, c’est que l’homme n’a plus seulement une responsabilité temporelle face au système du bien et du mal qui l’encadre. Car la responsabilité temporelle est finalement naturelle  ; elle met sur nos épaules un joug décent, et même édifiant  : humain. Or voici que la foi religieuse oppresse l’homme avec un joug de fer  ; le joug d’une responsabilité éternelle  : il doit travailler à son salut. C’est une responsabilité inhumaine. Elle est titanesque, ahurissante, irréelle, outrageante, monstrueuse. Elle est diabolique.